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Exil progressif

Un blog old-school sur les musiques progressives et psychédéliques

jeudi, janvier 19, 2012

SLINT Spiderland (1991)

Slint - Spiderland
Post-Rock (U.S.A.)


Noir et blanc. Quatre gars un peu paumés, hébétés, l’eau du lac jusqu’au cou, souriant comme des illuminés. Telle est la fameuse pochette de Spiderland, qui a presque la valeur d’icône. En effet, ce qui marque avant tout Spiderland c’est le culte et l’aura qui entourent ce disque, pas très connu du grand public mais adulé dans le milieu : un luxe propre à certains opus underground.

Cet album s’est imposé progressivement comme l’un des fers de lance de la scène post-rock, mais pas tellement au sens de celui de Sigur Rós, de Talk Talk ou de Silver Mt Zion (même si Slint semble avoir influencé Godspeed). En fait, Spiderland reste davantage proche de l’énergie d’un Don Caballero qu’il influença, mais en plus épuré et intimiste, sombre et rachitique.

Les guitares distordues, acides et perfides (nous ne sommes parfois plus très loin du Crimson de Starless…), se placent indubitablement au centre du disque, pulsées par moment par une section rythmique slow/mid-tempo, souvent à la rage contenue. De temps en temps elles se retirent, plus discrètes, presque prêtes à dialoguer avec le silence. Les vocaux sont tantôt chantés, narrés, hurlés. Un climat noir d’aliénation semble végéter au sein de cette œuvre étouffante et claustrophobe, noire d’encre, composée au plus près de l’os.

Très homogène, l'opus n’en demeure pas moins irrégulier et imprévisible. Slint semble se trouver au sein de tous les équilibres précaires. Sec et minimal, brut et peu engageant, Spiderland s’apparente à un environnement complexe et réfléchi, et à un canon du genre. Le groupe emprunte les chemins désaxés du punk et post-punk, et devient l’affluant majeur des courants post-rock, indé et parfois même math-rock. Un jeu d’équilibriste animé par une verve primale et tourmentée, pour un disque séminal, tranchant et rayonnant, quasi-mystique, à l’aube d’une décennie qui n’a pas fini de surprendre.

Note : 5/6

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mercredi, janvier 18, 2012

SIGUR RÓS Takk... (2005)

Sigur Rós - Takk...
Post-Rock (Islande)


Sigur Rós est de retour en 2005, 3 ans après ( ). Bon, ça couine toujours autant, voire davantage, mais force est de constater l’envergure de ce nouveau disque. Takk… en effet, impressionne. Le style du groupe est toujours présent, peut-être moins sibyllin et expérimental, peut-être davantage diversifié, sans doute plus efficace. Je ne juge pas nécessairement la qualité de la musique à son aspect « direct » mais je ne puis m’empêcher de conférer à Takk… une aura et des qualités qui parviennent à marquer fortement l’auditeur.

J’ai pour ma part du mal à résister à certaines pièces du disque qui me bluffent littéralement. Bon, il y a déjà ce morceau bien sympa, ‘Hoppípolla’, remixé notamment en ‘Poppiholla’ par Chicane, et qui envoûte assez rapidement, malgré un usage des cordes que je trouve encore un tantinet trop théâtral. J’aime bien aussi ‘Glósóli’, et ‘Sé lest’, pas si mal, avec son lit de cordes plutôt maîtrisé, mesuré et équilibré… L’apparition d’autres instruments (cuivres notamment) est également bien trouvée. Le groupe va au bout de son style, jusqu’au-boutiste, en lorgnant légèrement vers d’autres horizons et sans en faire des tonnes, malgré des vocaux un peu caricaturaux ici (reproche que l’on pourrait aussi faire à ‘Mílanó’, un peu décevant).

Mais surtout, écoutez donc ça : ‘Sæglópur’, le terrible. Le piano et les effets guitaristiques nous plongent dans une composition majestueuse, noire et menaçante, impressionnante et écrasante, probablement une des plus réussies de la formation. Et puis voilà ‘Gong’, l’illuminé. Son groove est implacable, son piano de cristal. Irrésistible. Les promesses tenues des premiers disques, et l’émotion jusqu’aux larmes. Enfin, ‘Andvari’, le subtil. Les cordes enivrantes de sa coda nous font voyager et méditer. Le temps s’arrête dans ces paysages froids et dévastés. Takk… se présente comme un vrai aboutissement, assurément. Je ne saurais non plus oublier le lacrimal ‘Svo Hlj ótt’, mélancolique et contemplatif, et ‘Heysátan’ qui clôt l’album avec adresse.

Alors bien sûr, on pourra peut-être juger l’ensemble trop mielleux, et faire les mêmes reproches qu’aux autres oiseaux blessés au cœur moelleux et sensible comme Radiohead et Coldplay, avec cependant des griffes différentes. Efficace et personnel, Takk… semble pourtant réconcilier tant d’antagonismes dans la musique du groupe. Les promesses tenues des premiers disques, et de l’émotion jusqu’aux tripes. Du très grand art.

Note : 5,5/6

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lundi, janvier 16, 2012

SIGUR RÓS Ágætis Byrjun (1999)

Sigur Rós - Ágætis Byrjun
Post-Rock (Islande)


Je me souviens avoir acheté ce disque en Norvège, à Bergen, en 2003. Probablement pour rester dans les atmosphères nordiques. C’était en tout cas un choix judicieux pour amorcer la découverte de Sigur Rós. Ágætis Byrjun, album très respecté, a en effet propulsé le groupe au devant de la scène et reste ainsi le premier vrai classique de la formation islandaise.

Tout d’abord, Ágætis Byrjun demeure assez impressionnant au niveau de la forme. Le groupe bâtit vraiment son propre univers (et parfois sa propre langue vonlenska). Sa musique est propice pour nous faire voyager dans un monde pur et étrange, rempli d’éléments naturels que le groupe semble avoir lui-même façonné, paradoxalement. Un véritable langage musical est né. Le falsetto de Jònsi et les divers instruments (notamment via le jeu à l’archet) construisent des ambiances limpides et cristallines extrêmement soignées et personnelles, et évoquent tour à tour la tempête ou le calme religieux. En tant que telle, la qualité de la démarche est considérable.

Cependant au niveau du contenu, je reste davantage perplexe. La personnalité de Sigur Rós, au final assez marquée, est à double tranchant. Ça couine, ça dégouline même un peu parfois. Enfin juste un peu, hein. Les morceaux ne sont pas toujours réussis, et ce malgré une vraie sensibilité de composition. Mais c’est histoire de chipoter et surtout d’être honnête avec cette œuvre. Paradoxalement, derrière cette musique fragile, se cache un caractère parfois un peu inélégant voire un tantinet pompeux par endroit :

 - ‘Starálfur’ est une pièce symphonique miniature remarquable à plusieurs reprises mais son refrain est un peu trop grandiloquent, notamment à cause de son avalanche de cordes.

 - Pour les mêmes raisons, les emphases de ‘Hjartað hamast’ me sont pénibles, même si son outro est plus subtile.

 - Enfin, la montée d’adrénaline de ‘Viðrar vel til loftárása’ semble prendre tout le monde dans son envol tout en me laissant sur le quai.

Ces éléments entraînent chez moi un conflit dérangeant, un écart entre la maîtrise de la forme et les maladresses du fond, du contenu. Alors bien sûr j’ai tout de même quelques compositions fétiches comme ‘Flugufrelsarinn’ (et son très bon couplet), le morceau-titre, assez touchant, ou encore le mélodique ‘Olsen Olsen’… Mais l’ambiguïté reste présente en filigrane.

A la fois accessible et très typé, Ágætis Byrjun peut en fait être adulé comme négligé. Il symbolise néanmoins l’appel du grand froid, un truc un peu métaphysique, et un album à prendre, au minimum, en considération. En somme, et comme son titre le signifie en toute simplicité, ce grand pas en avant qu’est Ágætis Byrjun demeure… un bon début.

Note : 4/6

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