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Exil progressif

Un blog old-school sur les musiques progressives et psychédéliques

mercredi, août 15, 2012

Peter GABRIEL Peter Gabriel [Security] (1982)

Peter Gabriel - Security
Art Rock/Pop (Angleterre)


Car était le premier disque de Peter Gabriel et Melt son premier classique. Security doit dès lors être son premier chef d’œuvre, à peu de choses près… Accompagné de son groupe (Tony Levin, David Rhodes, Jerry Marotta, Larry Fast), il compte aussi sur la participation de Peter Hammill, John Ellis et Simon Phillips. Et toute cette joyeuse troupe va être à l’origine d’un des plus grands opus de la carrière du Gab’. L’hétérogénéité des thèmes abordés (confiance et anxiété, spiritualité, dépaysement et déracinement) s’efface pour laisser place à une musique envoûtante, tribale et fiévreuse. Une world music synthétique, sombre, introspective, tourmentée, évocatrice…

C’est dans la chaleur bouillonnante de ‘The Ryhtm Of The Heat’ que Security prend naissance. Un réveil dans de nouvelles contrées, de nouveaux panoramas, de nouvelles ambiances intérieures, psychologiques, mais nous dépassant également, tel un voyage troublant auquel nous sommes invités un peu malgré nous. Security dessine le paysage de notre âme. Et cette impression ne sera que renforcée par le magistral et majestueux ‘San Jacinto’, construit autour d’une boucle musicale hypnotique et envoûtante, scintillant comme des verres multicolores qui s’entrechoquent. Le titre finit par muter, par éclore sous un autre jour, en dévoilant ses atmosphères grandioses, tel un grand plongeon aérien vers de nouveaux horizons... Comme cela sera approfondi par son magnifique Passion, la musique de Peter Gabriel semble à la fois un voyage introspectif/psychologique et une exploration géographique et culturelle ; à la fois flux de conscience et world music syncrétique.

On aurait tort de négliger le dynamisme d'‘I Have The Touch’ et toute l’étrangeté lugubre de ‘The Family And The Fishing Net’, mais c’est sur la suite que j’aimerais me pencher : le tube ‘Shock The Monkey’, percutant et atmosphérique, et sur les deux perles magistrales à qui il fait place... Tout d’abord le fiévreux, subtil et pénétrant ‘Lay Your Hands On Me’, avec ces nappes de clavier diaphanes et ascendantes qui se faufilent au plus profond de nos souvenirs... et bien sûr ‘Wallflower’, jardin secret, jardin intérieur mélancolique troublant faisant office d’un de ses plus beaux poème musical… Après ces deux morceaux définitifs, l’œuvre se referme finalement sur une note plus tonique et exotique, avec le coloré ‘Kiss Of Life’, titre relativement mineur au vu des sommets précédemment atteints, mais demeurant important pour l’identité du disque.

Ces sons soyeux, synthétiques et tordus, opaques, bigarrés et ornementés… Jamais auparavant l’univers de Peter Gabriel ne s’est montré aussi abouti. Security est un voyage sensoriel unique pour des destinations multiples. Une œuvre maîtresse.

Note : 6/6Morceaux fétiches : ‘Wallflower’, ‘San Jacinto’, ‘Lay Your Hands On Me’, ‘Shock The Monkey’

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mardi, août 14, 2012

Peter GABRIEL Peter Gabriel [Melt] (1980)

Peter Gabriel - Melt
Art Rock/Pop (Angleterre)


Melt fait figure de premier classique de Peter Gabriel, à défaut d’être son premier chef d’œuvre. La dynamique de création d’une pop toujours plus complexifiée arrive à maturation et le Gab’ franchit un nouveau palier, atteint un nouveau stade dans l’inventivité musicale. Il ne s’agit pas seulement de juger la qualité d’écriture nette de chacun des morceaux ; ici on s’attarde presque davantage sur l’ensemble des arrangements qui fourmillent d’idées alambiquées et ultra modernes. La production à elle seule semble mériter une forme d’émerveillement auditif.

Bon, qu’en est-il des musiciens engagés dans ce nouvel album ? Mis à part les fidèles Tony Levin, Jerry Marotta, Larry Fast, Robert Fripp et maintenant David Rhodes, on note la présence de John Giblin à la basse, de Dave Gregory à la guitare, de Paul Weller sur ‘And Through The Wire’, et surtout de Kate Bush, l’égal musical féminin du Gab’. Les sax semblent prendre une place plus importante au fil des disques et sont assurés ici par Dick Morrissey. On ne saurait oublier non plus la participation de Phil Collins à la batterie et au surdo. La production est quant à elle dans les mains de Steve Lillywhite…

Et au niveau des morceaux ? L’ouverture déjà : ‘Intruder’. Crimsonienne en diable, tonitruante et torturée, effrayante avec ses barrissements... Tout le travail de maillage d’arrangements impressionne dès le départ et se laisse progressivement découvrir. La voix menaçante du Gab’ se pose sur ces enchevêtrements de percussions et de bruits synthétiques. Sa musique se veut davantage tourmentée et les arrangements sont là pour mettre en forme cet état d’esprit, pour le symboliser. Cela est évidemment prouvé par le titre suivant : l’indomptable ‘No Self Control’. Une vraie homogénéité se met en place, assez opaque de prime abord. À noter une version intéressante, plus posée et un peu décontenancée, dans le disque Peter Gabriel Plays Live (1983).

Puis ‘Start’, lueur dans la nuit. Le saxophone étoilé retentit et une mélodie mélancolique nous envoûte… avant de laisser place à la new wave visqueuse d'‘I Don’t Remember’, toujours à la limite du « mélodique », et assurant une prédominance rythmique quasi-autoritaire. La basse et les assauts de la batterie de Phil Collins y sont pour beaucoup. Peter Gabriel sait s’entourer et son groupe ne cesse de monter en puissance. Dans cette dynamique globale, ‘And Through The Wire’ et ‘Not One of Us’ assoiront un peu plus l’identité globale du disque. Pour le premier cité, j’aime beaucoup sa section middle, et moins son refrain un peu ramenard.

Concernant les autres morceaux déviant légèrement de la trame conceptuelle principale : ‘Family Snapshot’, plutôt réussi, replace l’album dans un moment d’accalmie toute relative ; ‘Lead A Normal Life’ suspend le temps à sa façon, avec un travail plus ambiant ; ‘Game Without Frontiers’ demeure un peu le tube (un peu irritant) de Melt (dans lequel on mesure la dualité Peter Gabriel/Kate Bush) et ‘Biko’ un classique live pour clore l’album d’un grand coup, hymne commémoratif taillé pour les stades qui préféreront cette fois une chanson aux minutes de silence.

Tribale, européenne, toujours moins rassurante, la musique schizoïde du Gab’ tend vers une world music synthétique et électronique claustrophobe et très personnelle. Peter Gabriel a eu souvent le fond, il a désormais la forme. À lui désormais de confirmer et de joindre les deux en les rendant toujours plus solides et solidaires.

Note : 5/6Morceaux fétiches : ‘Start/I Don’t Remember’, ‘Intruder’, ‘No Self Control’

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lundi, août 13, 2012

Peter GABRIEL Peter Gabriel [Scratch] (1978)

Peter Gabriel - Scratch
Art Rock/Pop (Angleterre)


Scratch pourrait bien être le mal-aimé de la discographie de Peter Gabriel. Pourtant, certains morceaux lui donnent une vraie respectabilité et lui confèrent également une authentique identité. Poussant plus loin sa pop, entrant progressivement dans de nouvelles sophistications, Peter Gabriel s’entoure encore une fois de Robert Fripp, toujours plus influent sur sa musique, et de Tony Levin. À ce sujet, Scratch s’insère dans une trilogie avec Exposure de Robert Fripp (1979), dont on retrouve ici le morceau titre dans une autre version, et Sacred Songs de Daryl Hall (1980). Par ailleurs, Sid McGinnis participe toujours à l’aventure tout comme l’expert Larry Fast pour les traitements synthétiques. Deux nouveaux venus enfin : Roy Bittan aux claviers (les connexions musicales avec Springsteen ne sont pas fortuites) et Jerry Marotta, fidèle compagnon, exerçant ses talents à la batterie.

Au niveau des morceaux plus précisément, je retiens déjà l’ouverture très percutante, ‘On The Air’, avec ses effets futuristes et sa basse gonflée à bloc. ‘D.I.Y’ n’est pas le morceau du siècle mais il lui succède bien, avec cette énergie et cette homogénéité construite pour ce disque. ‘Mother Of Violence’ n’est pas trop mal, rappelant la fragilité émotive de certains titres de Genesis, sans casser des briques. Non, en fait, les deux autres morceaux qui me plaisent particulièrement et sortent du lot sont ‘White Shadow’ (quelle merveille…), et sa mélodie implacable et classieuse, et bien sûr ‘Exposure’, appuyant encore davantage le côté expérimental de l’album. Ah et puis il y a ‘Indigo’, encore une mélodie pas inintéressante…

Avec ces divers ingrédients, on peut visiblement passer déjà de très bons moments musicaux. Alors pas de quoi se plaindre ; derrière ses allures hostiles et moins avenantes que Car, Scratch, à défaut d’être le premier classique de Peter Gabriel, reste un très bon disque, certes largement perfectible, mais dont les égarements seront bien vite rattrapés par la suite.

Note : 4,5/6Morceaux fétiches : ‘White Shadow’, ‘On The Air’, ‘Exposure’

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dimanche, août 12, 2012

Peter GABRIEL Peter Gabriel [Car] (1977)

Peter Gabriel - Car
Art Rock/Pop (Angleterre)


Les quatre premiers albums de Peter Gabriel n’ont pas de nom inscrit sur leur pochette respective, à part la version U.S. du quatrième, Security. Pourtant, un titre leur est systématiquement promis de façon un peu symbolique. Et c’est tout naturellement, au vu de la pochette, que l’on nomme en général ce premier effort Car.

Peter Gabriel a quitté Genesis… Chronologiquement, Car sort après A Trick Of A Tail et Wind And Wuthering, les deux premiers albums de Genesis sans le Gab’, opus encore très progressifs. Avec Car, Peter Gabriel s’oriente progressivement vers une pop sophistiquée, même s’il est encore loin de la complexification de ses meilleures œuvres. Parallèlement, Genesis ne cessera de s’enfoncer dans une pop FM et taillée pour les radios, avec de gros ratages honteux, mais aussi avec plusieurs réussites notables (notamment au sein des disques marquant le tournant 70’s/80’s).

Avec Car, Peter Gabriel n’offre encore rien de véritablement exceptionnel et ses morceaux ne soutiennent, du moins pas encore, la comparaison avec ce que vient d’offrir Genesis au même moment. Mais ses avantages en font une carte de visite remarquée : la présence de musiciens (ou de futurs musiciens) de King Crimson (Robert Fripp, Tony Levin) et la production de Bob Ezrin (Berlin du Lou). De plus il regorge dans tous les cas de quatre classiques : le très connu ‘Solsburry Hill’ et l’entraînant et énergique ‘Modern Love’, deux singles plutôt corrects ; mais également la perle ‘Humdrum’ que j’aime vraiment beaucoup pour ses atmosphères cotonneuses et profondes, et ‘Here Comes The Flood’, encore joué en concert, brillant surtout (et un peu paradoxalement) pour la finesse mélodique de son intro et de son couplet. Ces deux dernières compositions, de loin les deux meilleures à mon sens, restent dans une veine mélancolique, même si la première est plus introspective, la seconde apparaissant logiquement comme un petit hymne adapté au live.

Ce premier disque du Gab’ reste un succès en termes de popularité (disque d’or dans quatre pays), mais se positionne dans l’ombre des œuvres suivantes. Il apparaît suffisamment attachant pour que l’on s’y attarde et ses classiques demeurent de premières bonnes accroches pour le grand public. Et si l'on attend quelque chose de plus profond de la part de l’ex-leader de Genesis, les notes triomphales de ce premier opus semble un peu sentir le parfum des victoires à venir.

Note : 4/6Morceau fétiche : ‘Humdrum’

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samedi, août 11, 2012

SKEPTICISM Farmakon (2003)

Skepticism - Farmakon
Funeral Doom Metal (Finlande)


Farmakon est un disque mortuaire qui se dévoile dans la noirceur des soirs d'automne (mais que j’ai aussi beaucoup écouté lors d’étés brûlants). Sa musique s'étend et semble prendre un véritable espace sonore, avant de s'éterniser dans le néant. Une nouvelle offrande qui permet aux Finlandais de Skepticism de donner au funeral doom ses lettres de noblesse.

Entre diverses harmonies ourdies par des orgues oppressantes, ‘The raven and the backward funeral’ nous plonge dans ses saisons en abysse, tandis que le second titre, ‘Shred of Light, Pinch of Endless’, le plus accessible de l’ensemble, se met en valeur grâce à ses claviers atmosphériques, mélodiques, proprement majestueux. Quant au quatrième morceau, sans titre, il nous interpelle, nous saisit : un hommage anonyme et dithyrambique au néant, tout en étant rythmé par une pulsation stressante qui s’accélère progressivement (cette dynamique m’évoquerait un peu Steve Reich parfois). Noir et haletant, un des titres les plus marquants du groupe. Farmakon se clôt sur l’ultime morceau, ‘Nothing’, qui, battu par ses percussions sèches et funéraires, offre un final céleste, appuyé par des nappes de claviers cérémonieuses.

Dans ce disque, il est bien question de généalogie musicale des profondeurs, en termes de son et de sens. La musique de Farmakon, monolithe sépulcral, renvoie à une image de la mort inévitablement spirituelle et dramatique. Tension, lenteur et gravité se mettent au service de compositions tourmentées, qui se cachent derrière une uniformité trompeuse pour mieux voiler leurs déchirures internes. Un exil noir, une traversée intérieure, dotée d’un véritable esprit équivoque prônant une forme de minimalisme extensif, et légitimant ainsi une place dans ce site.

Ancienne chronique, à l’origine très brève, datant de 2003 et modifiée en 2012.

Note : 5/6

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vendredi, août 10, 2012

SKEPTICISM Stormcrowfleet (1995)

Skepticism - Stormcrowfleet
Funeral Doom Metal (Finlande)


Stormcrowfleet est l'un des grands classiques influents du funeral doom metal, même s’il n’a pas forcément été la pierre fondatrice et originelle du courant. Pour faire simple, ce genre musical déroule de longues et (très) lentes marches funèbres, lourdes et pesantes, appuyées par une voix gutturale. Les groupes y ajoutent leur patte personnelle et Skepticism privilégie pour sa part ses claviers cérémonieux, donnant un aspect mélodique marqué, se mariant bien avec ses atmosphères profondes et oppressantes.

‘Sign Of A Storm’ ouvre le disque et devient comme un canon du genre, présentant très bien le style et l’ambiance du disque, mystérieuse, en incandescence, dépouillée et mélancolique, avec une forme de solennité brûlante qui fait la marque du groupe. À cela se joint les énigmes mélodiques en escalier du titre suivant, ‘Pouring’, mais aussi l’excellence des atmosphères de ‘By Silent Wings’ et son très beau coda, ou encore de ‘The Rising Of The Flames’ dont les orgues nous saisissent implacablement. Difficile de résister également à ‘The Gallant Crow’, à son appel troublant et à ses questions intérieures. Enfin ‘The Everdarkgreen’, dernière offrande de l’opus, reste à mon sens un des meilleurs morceaux de Skepticism, avec sa montée majestueuse et son final envoûtant.

Un mélange équivoque… à la fois intime et imposant, élégant et menaçant, minimaliste et grandiose, déboussolé et triomphal, accessible et repoussant, Stormcrowfleet demeure une véritable œuvre réflexive, féconde, toujours évocatrice, jamais malsaine. L’album genèse de Skepticism, ardent et dévorant, dont les détours scabreux ne cesseront de charmer toute une génération de fanatiques du genre. Magistral.

Note : 5,5/6

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