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Exil progressif

Un blog old-school sur les musiques progressives et psychédéliques

dimanche, mars 31, 2013

PINK FLOYD Meddle (1971)

Pink Floyd - Meddle
Psychédélisme/Progressif/Space Rock/Expérimental (Grande-Bretagne)


Si l’on met de côté Piper…, Meddle offre jusqu’alors un classique indéboulonnable, au sens historique du terme. Mais il ne faudrait pas négliger un autre aspect : le son Pink Floyd continue de se former, une identité se crée. Même si l’on reste bien ancré dans cette deuxième phase sans Syd Barrett, on entre dans une nouvelle dimension au niveau des sonorités. Une sorte d’acoustique planant et expérimental, déjà un peu entrevu, émerge, et va enfanter ici LE morceau emblématique du Floyd : ‘Echoes’.

Auparavant, on aura quand même noté cette belle ouverture, arrogante et menaçante, dotée d’un soupçon d’euphorie vicieuse : ‘One of These Days’. Tremolo des guitares et batterie qui pulse. ‘A Pillow of Wind’ reste un beau titre acoustique et sombre, toujours dans cette lignée de songwriting sec que l’on a pu rencontrer par endroits, depuis Ummagumma. Si ‘Fearless’ coexiste étrangement avec un ‘You’ll Never Walk Alone’ entamé en chœur par des supporters de foot, ‘San Tropez’ nous invite dans des contrées plus joviales. Quant à ‘Seamus’, il présente un chien comme invité, le temps d’une chanson, moitié couinée, moitié… couinée.

‘Echoes’, nous disions donc. 23 minutes, une nouvelle odyssée. Dans les profondeurs. Tel un sonar, une note de piano aigüe et fixe amplifiée via une cabine Leslie, amorce ce voyage, comme un appel. Le chant floydien prend le relais, avec une mélodie typique du groupe qui affine ici son style. Elle laisse la place à une impro instrumentale, solide et jazzy, marquée par la guitare hurlante de Gilmour. Puis c’est une plongée dans les abysses… A l’instar d’un ‘Atom Heart Mother’ se dévoile alors un passage angoissant et sinistre. Ici des cris musicaux d’animaux irréels semblent nous appeler, venant des cieux ou des abîmes où ils végètent. Après la dissipation de cette section saisissante, la note du début apparaît de nouveau pour battre le rappel des instruments, et tout semble se reconstruire, se remettre en marche habilement… avec notamment cette rythmique qui apparaît progressivement, pour ensuite laisser le premier rôle à un motif de guitare rotatif, étincelant. Si le chant entame dès lors un nouveau refrain, le morceau s’achève tout de même dans l’ambiguïté, avec cette ambiance inquiétante qui refait surface à la toute fin.

Meddle est un peu le petit frère d’Atom Heart Mother. Les efforts portés sur un morceau tumultueux et de longue haleine sont leur principal point commun. L’océanique ‘Echoes’ est une pièce majeure dans la discographie du groupe, et probablement le plus symbolique, avec ‘Shine on You Crazy Diamond’, que l’on trouvera sur Wish You Were Here, autre composition éprouvante. Certes, les morceaux plus courts ne tiennent pas la distance à côté d’‘Echoes’, mais ils l’accompagnent plutôt intelligemment. Cette épopée musicale fait de Meddle le nouveau fer de lance de la carrière du Floyd, toujours appuyé par une belle renommée chez les fans. Et ce, même si l’album sera éclipsé par son successeur : le célèbre The Dark Side of The Moon.

Note : 5/6

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samedi, mars 30, 2013

PINK FLOYD Atom Heart Mother (1970)

Pink Floyd - Atom Heart Mother
Psychédélisme/Progressif/Space Rock/Expérimental (Grande-Bretagne)


Pink Floyd entame sa mue progressive. Du prog-rock au sens symphonique du terme. Le morceau-titre est une longue épopée culte de près de 24 minutes (presque le maximum pour une face de 33 tours), complètement dans l’esprit du genre ; sont ici assemblés plusieurs mouvements un peu épiques, un peu inquiétants, un peu majestueux, un peu pompeux aussi parfois… Des chœurs, une mélodie de sirène, du Hammond à gogo, et puis bien sûr ce thème repris en fanfare… Ron Geesin, de sa patte avant-gardiste coécrit la pièce avec le Floyd, lui apportant entre autre son expertise dans l’enregistrement. Ressemblant parfois plus à un tour de force qu’à un pur moment de plaisir, le morceau ‘Atom Heart Mother’ n’en demeure pas moins une pièce d’envergure dans l’histoire du Floyd.

Il est d’ailleurs étonnant de voir comment Pink Floyd est à l’image du genre qui le comprend : des racines psychédéliques à l’origine d’un rock progressif structuré et imposant. Aussi, ils présentent ici une longue compo précédant d’autres plus courtes, comme d’autres disques progressifs d’époque ou à venir… Face aux « concurrents » allemands, le Floyd peut sembler plus timoré et naïf, et moins impressionnant. Mais le mélange flagrant des genres, et la personnalité qui se dessine derrière ses transformations et ses jeux d’apparences en font un acteur majeur de la scène rock expérimental, ajoutant sans cesse de nouveaux atouts, promesses et compromis, à sa discographie.

Il y a ces racines que l’on n’oublie pas, celles d’un été ensoleillé, celui de ‘Summer ‘68’, dont la mélodie de cuivre irradie encore les pensées... Cette lumière centrale vient de Rick Wright. La construction est maligne, fluide, les arrangements précis, et le grain de diverses sonorités nous plongent irrémédiablement dans les seventies… Ces cuivres flamboyants et rutilants donnent une véritable identité au morceau. Un chef d’œuvre miniature pour le coup, et un des meilleurs morceaux du Floyd à n’en pas douter.

Je suis plus circonspect sur le songwriting léger d’‘If’ et du très britannique ‘Fat Old Sun’ qui complètent le disque davantage qu’ils ne le transcendent. Ils parviennent cependant à apporter un souffle particulier, tout en offrant des visages et des virages musicaux différents. Des visages car au final trois membres du groupe apporte chacun sa chanson, la meilleure restant celle de Wright. La formule d’Ummagumma est donc reprise dans un Atom Heart Mother décousu, même si un (très léger) soupçon de cohésion fait parfois son apparition.

Et puis, en guise de clôture, le très bon ‘Alan's Psychedelic Breakfast’, petit-déjeuner contemporain sous fond de bruitages réalistes, précis et concrets (cafetière, cuisson, gouttes d’eau, et craquages d’allumettes…) Pour info, Alan n’est qu’autre qu’Alan Stiles, roadie du groupe… Et de ce festin sonore, je retiens surtout son départ relax et cette section onirique vers 9:50, bien dans l’air du temps. Ces passages font à mon sens de ce morceau un autre atout de l’opus. À coup d’orgue Hammond et de guitares seventies, cette composition alambiquée assoit un peu plus Pink Floyd dans son époque, comme aventuriers avant-gardistes, conservant toutefois un esprit rock.

Atom Heart Mother rappelle quelques éléments du passé : le songwriting folk/acoustique de certains passages d’Ummagumma, la volonté de réaliser une musique concrète, l’écriture individuelle de certains titres, et l’absence de véritable capitaine à bord. Il reste cependant une nouvelle avancée, à défaut de véritable rupture, apportant un morceau-titre imposant et deux autres chapitres majeurs dans l’histoire du groupe (‘Summer ‘68’ surtout, et ‘Alan’s Psychedelic Breakfast’). Ces nouveautés placent irrémédiablement le Floyd dans une dynamique davantage progressive, toujours imprégnée de l’esprit psychédélique, dans laquelle elle plonge ses racines et trouve sans cesse des ressources.

Note : 5/6

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samedi, mars 09, 2013

PINK FLOYD Ummagumma (1969)

Pink Floyd - Ummagumma
Psychédélisme/Progressif/Space Rock/Expérimental (Grande-Bretagne)


Ummagumma est un objet curieux. Il se présente comme un double album, comprenant une partie compos (chacune étant écrite par un membre du groupe) et une partie live (Birmingham et Manchester, en 1969). J’apprécie le concept, le concert étant l’occasion de célébrer parfaitement les genres expérimentaux, en rallongeant les morceaux, en les étirant, en les improvisant. La scène reste l’expression théâtrale la plus adaptée pour ce type de musique, qu’on pourrait appeler « musique-événement » ou « musique-expérience ».

.Partie live. Comme dit précédemment, le live fait honneur au Floyd. C’est bien ici que se dévoile l’essence d’un ‘Set the Controls for the Heart of the Sun’, ou qu’émerge des profondeurs un ‘Careful with That Axe, Eugene’, venu d’ailleurs... Un moment majeur, pour son atmosphère lunaire bien prenante. ‘Astronomy Domine’ et ‘A Saucerful of Secrets’ complètent évidemment ce tableau psychédélique, héritage du temps, vestige d’un instant dans cette année 1969.

.Partie compositions. J’ai bien du mal à chroniquer du live en général et je trouve plus intéressant d’évoquer les compos studios du groupe. Il est stimulant de pouvoir appréhender de façon séparée le jardin musical si singulier de chacun des musiciens du groupe. Petite précision cependant, Waters présente bien deux compos à son actif. Mis à la suite, ces morceaux restent néanmoins équivalents en longueur à ceux de Wright ou de Gilmour.

Par ailleurs, cette partie d’Ummagumma semble nous proposer une musique « réelle », également très expérimentale, jouissant au final d’un succès un peu inespéré. Plutôt rejeté par le groupe, le disque offre néanmoins certains moments sympathiques :

- ‘Sysyphus’. Le morceau conceptuel de Wright ouvre l’album. J’aime avant tout la section piano de départ, inspirée et mélodique. Malgré ses écarts un peu pompeux, ce titre épique présente par ailleurs assez bien certains pans de la personnalité artistique de Wright. Elle demeure fondamentale pour l’identité du Floyd, et en général bien sous-estimée.

- ‘Grantchester Meadows’/‘Several Species of Small Furry Animals Gathered Together in a Cave and Grooving with a Pict’, de Roger Waters. C’est vrai, le premier titre cité n’est pas renversant en termes de songwriting. Pourtant, mêlé à cette ambiance naturaliste et onirique, il fait montre d’une réelle efficacité, propre à l’envoûtement. Le second morceau reste quant à lui complètement expérimental avec ses boucles et ses hallucinations auditives. De ces trois premiers morceaux constituant la face A, on retient une certaine continuité dans le délire nature/animalier assez bien rendu, que ce soit par l’ambiance ou les cris de bêtes artificiels.

- ‘The Narrow Way’. Une autre pièce en plusieurs strates contrastées, écrite cette fois par Gilmour. En son cœur, la partie plus folk mélodique est très réussie, accentuant toujours plus la tonalité sombre du disque.

- ‘The Grand Vizier's Garden Party’, de Nick Mason. Peut-être un morceau un peu pénible à écouter, constitué d’expérimentations de percussions. Je note tout de même le contraste saisissant entre les notes de flûtes par la femme de Mason, et les bidouillages secs et austères de la majeure partie de la composition. Ces notes sont jouées en introduction et fin de morceau, et permettent de l’encadrer intelligemment.

De façon générale, le songwriting s’élève quand il se mêle à des ambiances, le Floyd ne se montrant pas vraiment encore comme un groupe d’écriture, ou tout du moins d’écriture classique/pop. Cela étant, certaines phases de Gilmour et de Waters à la guitare préfigurent les styles à venir. Les entendre chacun de leur côté est intrigant puisque cela montre leurs particularités, et même l’opposition, dans l’appréhension/création d’une chanson.

***

Voilà, la période Pink Floyd des sixties s’achève ici et je souhaitais vraiment lui donner une place dans Exil progressif. En fait, dès Saucerful of Secrets s’amorce en réalité la seconde période du groupe, pendant laquelle quatre musiciens vont tenter de trouver l'équilibre, et continuer de tenir la barre, orphelins de Syd, capitaine esseulé. Pourtant ces trois disques ont des connexions évidentes, notamment dans leur approche du psychédélisme sixties, qu’ils ont façonné en (petite) partie, à moins qu’ils aient croulé sous son poids.

D’ailleurs, j’ai ce sentiment à la fois d’admiration curieuse et d’insatisfaction frustrante quant à ces trois disques. Le premier reste peut-être le plus abouti, le plus solide historiquement, mais je préfère parfois, et de peu, les deux suivants, même s’ils incarnent bien ce côté « inachevé » qui peut me laisser sur ma faim. Mais comprenez bien, ils ne font qu’exemplifier à merveille ce que le psychédélisme propose ou insuffle : l’ébauche surpassant le produit fini, et l’expérience auditive au-delà des notes musicales.

Ummagumma est peut-être celui des trois qui va le plus dans ce sens-là, et qui va susciter une forme de manque, qui ne gagne qu’à être comblé par notre imagination créatrice et nos sentiments les plus intérieurs, ceux qui nous font entrer dans l’expérience communicative de cet album, ceux qui nous font dire : « Oui, ce disque-là m’est très personnel ».

Note : 4,5/6

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