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Exil progressif

Un blog old-school sur les musiques progressives et psychédéliques

samedi, septembre 21, 2013

Brian ENO & David BYRNE My Life in the Bush of Ghosts (1981)

Brian Eno & David Byrne - My Life in the Bush of Ghosts
World music synthétique / électronique (Grande-Bretagne)


« Ma vie dans la brousse des fantômes »… Une collaboration essentielle entre deux ténors de la musique expérimentale : Brian Eno et David Byrne. Certes, le premier avait déjà offert ses services de production au groupe du second : les Talking Heads. Mais ici, nous sommes en présence d’une fusion de leurs deux styles musicaux très marqués, et préfigurant, parmi d’autres, l’art de l’échantillonnage.

Le disque est un véritable travail de fond sur de nombreux terrains : les sons et les textures, les rythmes et l'assemblage de samples, les ambiances et la production. Il présente une assise rythmique bien particulière, fortement inspirée des percussions africaines, et sur laquelle se posent la plupart du temps des échantillons vocaux, se substituant à un chanteur classique ; on se trouve ainsi tour à tour en présence d’un politicien, d’un animateur radio, d’un révérend, d’un exorciste (!)...

Divers genres musicaux fondent dans le creuset de nos deux artistes : la musique électronique bien évidemment, et une forme de world music synthétique, presque mécanique, technologique. En effet, les samples peuvent également être tirés de chanteurs locaux. L’influence africaine est prégnante via ses rythmes, certaines dynamiques authentiquement funk, et le titre de l’album (tiré du roman de l’écrivain nigérian Amos Tutuola). Aux travers de chants ou prières locales, les mondes arabe et musulman sont d’autres horizons embrassés par l’opus. Il en résulte une forme de spiritualité assez évidente, auréolant le disque d’un halo toujours plus lumineux.

Très homogène et propre, le travail d’Eno et de Byrne est particulièrement minutieux, méticuleux, à la façon d'un dressage de plat, mis en valeur par une production limpide, fluide, translucide. Il y a un sentiment de perfection technique qui émane de ce disque, exécuté tout en finesse et subtilité. Ce qui permet aux deux artistes, entourés d’une douzaine de musiciens ici intermittents (dont l’incontournable Robert Fripp), d’apporter quelques titres majeurs comme ‘Mea Culpa’, ‘The Jezebel Spirit’, ‘Regiment’ ou ‘The Carrier’.

My Life in the Bush of Ghosts demeure une œuvre historique, spirituelle, un voyage entre les cultures et au cœur de la modernité. Un travail d’alchimiste du son, de virtuose des manipulations analogiques, donnant aux arts des samples leurs lettres de noblesse. Une collaboration qui, à l’image de son résultat, fait montre de toute son importance et de sa nécessité.

Note : 5,5/6

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samedi, septembre 07, 2013

MANSUN Six (1998)

Mansun - Six
Pop (un peu) progressive (Angleterre)


Mansun sur ce blog ? La britpop se serait-elle introduite subrepticement et frauduleusement sur Exil Progressif ? Pas vraiment... J’aime beaucoup la britpop, ce genre musical ayant sévi dans les années 90, nous rappelant au bon souvenir du songwriting pur, des guitares britonnes et de leurs pédales overdrive. Ceci dit Mansun, qui faisait partie du mouvement, a développé avec son deuxième album Six une pop accidentée, aux accents obliques et aux climats changeants, proche des dynamiques progressives. Des structures non conventionnelles, un zeste de psychédélisme et nous y voilà : Mansun obtient au forceps une colonne dans ce site.

La britpop de Mansun est particulière. Elle présente un côté un peu glam-qui-tâche mais également une composante vraiment dark par moment. La musique du groupe semble correspondre en partie au subconscient triste du mouvement britpop (tout mouvement a sa face sombre). Les deux caractères glam et dark se retrouvent pleinement dans Six qui n’échappe pas à la règle. Il la renforce même, forgeant un peu plus son identité. Mais en y ajoutant une troisième dimension, (un peu) progressive.

À l’instar du très sympathique premier album qui en regorgeait, Six met en avant un certain nombre de tubes (singles ou non) : l’excellent ‘Six’, mais aussi ‘Negative’, ‘Serotonine’… D’ailleurs, singles et britpop vont de pair, et cela m’a toujours amusé de voir comment chaque groupe allait mettre en avant telle ou telle chanson de son nouvel album, avec clip vidéo à la clef. La commercialisation d’une chanson peut être un élément essentiel de son « histoire » et de celle du disque qui la contient. Elle semble définir un ordre, des places, des rôles à des morceaux. De plus, la britpop entretient une grosse culture des EP "Maxi".

À mon sens, quatre morceaux se détachent dans Six :

- ‘Legacy’, pour ses arpèges de guitares clinquantes et la mélancolie puissante se dégageant de l’ensemble. Un morceau sinueux qui semble tournoyer autour de vous, mais qui lentement arrive à vous envoûter, à vous conquérir. Quand on parlait de clip vidéo, celui de ‘Legacy’ est franchement pas mal, mettant en scène l’essor et la chute d’un groupe de rock, incarné par de petites marionnettes. J’ai encore la nostalgie de la découverte de ce morceau et de sa vidéo en 1998, à Londres…

- ‘Cancer’, une belle petite pièce montée, avec ses ambiances nébuleuses et ses passages mélodiques fins et définitifs, appuyés par la voix de Paul Draper, pas forcément très éloignée de celle d’un Billy Corgan (Smashing Pumpkins). Un morceau sombre (et un peu inquiétant au début) d’où émerge un véritable charisme lumineux.

- ‘Special’, l’introduction du track ‘Blown It’. J’aime beaucoup comment le morceau apparaît, un peu sans complexe, avec sa ligne mélodique tendue qui déambule, bien mise en valeur par des atmosphères prenantes un tantinet dramatique. Un moment singulier d’une grande importance pour l’ensemble du disque.

- ‘Six’, déjà brièvement évoqué plus haut, et que je cite ici en dernier lieu. Un très bon morceau d’ouverture, notamment pour son couplet addictif. En version single, ce titre a été copieusement retapé pour l’occasion ; sa structure instable et ses traitements divers n’étaient pas forcément très adaptés pour les ondes.

Avec Six, Mansun tient un peu son album d’envergure, tentant de voir les choses en grand. La voix et le look un peu « vulgos » pourront déranger, certains titres aussi (l’horrible ‘Fall Out’ franchement…) mais la diversité des ambiances et l’efficacité de certains passages feront mouche chez les auditeurs qui ne sont pas rebutés par la personnalité artistique du groupe. De mon côté, j’ai un attachement particulier pour Six ; ayant toujours la fibre britpop, je ressens la nostalgie de ce mouvement comme de ce disque, qui embaumèrent mes étés adolescents d’un parfum lumineux.

Note : 5/6

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jeudi, août 22, 2013

HENRY COW Unrest (1974)

Henry Cow - Unrest
Jazz Rock Free & Expérimental / Canterbury (Angleterre)


Unrest est le deuxième album d’Henry Cow, sorti en 1974. Si le groupe est souvent assimilé au mouvement Canterbury (Unrest est d’ailleurs dédié en partie à Robert Wyatt), il s’en éloigne sur de nombreux aspects, lorgnant davantage vers un expérimental sombre et avant-gardiste, parfois très improvisé, et très influencé par le jazz et la musique contemporaine, voire le blues dada. Henry Cow développe une musique intellectuelle et quasi philosophique, un avant-rock arty aux fausses allures de musique de chambre. Bartók, Kurt Weil, mais aussi Beeheart, Zappa et la machine molle ont sans doute eu une influence notable sur la dynamique artistique d’Henry Cow.

Si l’on ne peut négliger l’apport de Chris Cutler et Lindsay Cooper, l’épine dorsale du groupe reste bien sûr constituée de Fred Firth et Tim Hodgkinson, dont la rencontre à Cambridge en 68 scella l’avenir de ce groupe obscur, anti-commercial, en marge de la scène marketing mais toujours très coté. La vie du groupe Henry Cow fut d’ailleurs mouvementée, le line up évoluant avec le temps. De plus, après l’expérience Unrest, Henry Cow eut ensuite le sentiment de tomber dans la monotonie et le classicisme d’un rock plus conventionnel ; cela poussa la formation à se séparer de Lindsay Cooper et à se trouver de nouveaux chemins expéri-mentaux.

Henry Cow semble être davantage un groupe de scène, même si ses réalisations en studio sont évidemment fondamentales. Il faut aussi noter qu’ils ont mis un certain temps avant d’enregistrer (6 ans environ). Enfin, parmi leurs expériences scéniques majeures, le groupe a été en première partie de Pink Floyd en 1968 et a également tourné avec Faust (en 73, avant la sortie de Faust IV).

Le groupe est aussi le fer de lance du mouvement « rock in opposition » (RIO). Henry Cow organisa en 78 un festival à ce nom, avec d’autres formations européennes. Le RIO est un collectif d’artistes organisé, muni d’une charte, s’opposant à l’industrie musicale et à ses pressions. Il présente clairement une volonté de s’extraire de l’hégémonie anglo-saxonne en musique, mais plus globalement de faire son art sans tenir compte des desideratas du business. Cette motivation n’est d’ailleurs pas sans entraîner des difficultés pour se sustenter…

Henry Cow semble bien un groupe autonome et auto-suffisant, à la marge et sans compromis, faisant de la musique pour la musique. Déjà avec le mouvement RIO, on sent toute le composante politique derrière, mais je ne souhaite pas m’égarer ici. Le groupe fonctionne comme un comité délibérant sur tous les aspects de la vie du groupe, nécessairement de façon collective. Les décisions sont prises à l’issue de réunions formelles, hebdomadaires et minutées.

*****

Unrest est le témoin d’une volonté du groupe d’aller toujours plus loin dans le dépassement de la musique rock. Lindsay Cooper (hautbois & basson) est d’ailleurs sollicitée dans ce but, permettant ainsi l’émergence d’une nouvelle identité ou empreinte sonore pour le groupe. Se remettre en cause, se réinventer, se lancer des défis, telles sont les impératif d’un groupe exigeant avec lui-même et avec ses auditeurs.

Inaccessible, atonale, asymétrique, la musique d’Henry Cow, et ici d’Unrest, est à la fois une négation des conventions et une affirmation d’une liberté créatrice, instaurant dès lors elle-même des codes difficiles à suivre mais inspirant de nombreux artistes. Des codes visuels aussi ? La pochette représente une chaussette, comme celles des albums Legend et In Praise of Learning. Ces visuels formeraient ainsi un triptyque assez intrigant.

A l’image de sa musique, Unrest est un disque enregistré dans l’intensité et la tension. Ses sessions furent aussi extrêmement enrichissantes pour chacun des membres, opposés par leurs personnalités fortes, mais également liés ici dans une aventure collective de création et d’apprentissage permanent. Le résultat est à la hauteur des efforts et de la satisfaction liée l’aboutissement de l’œuvre.

La première partie du disque est formée de compositions très précises et riches. La seconde face est en revanche improvisée, les musiciens n’ayant pas assez de compos pour remplir l’album entier. Les différentes improvisations mettent également en lumière les capacités du groupe à manipuler les bandes et leurs différents sons, voire leurs vitesses.

- Au niveau de la face A, ‘Bittern Storm over Ulm’ est un détournement de ‘Got to Hurry’ des Yardbirds, composé par Fred Firth en référence à une de ses chansons favorites du groupe. Highlight de la première face, ‘Half Asleep/Half Awake’ est comme un flux de pensée très riche, développant une logique venant d’une autre planète. Le morceau est captivant, chaque détail ayant son importance. Les parties restant au service d’un tout cohérent mais insaisissable. Fondé à partir de suites numériques de Fibonacci, le faustien ‘Ruins’ démontre aussi toute la dynamique de création mathématique d’un groupe expérimental comme Henry Cow. Le début du morceau nous rappelle aussi les sphères du style Canterbury.

- Pour la face B, ‘Solemn Music’ et son hautbois apportent une douceur ambiguë, étrange mélange de mélancolie, de sérénité, de nostalgie et d’inquiétude… Ce dernier sentiment sera parfaitement mis en musique avec ‘Linguaphonie’, ‘Upon Entering the Hotel Adlon’ et ‘Arcades’ qui entrent en scène : le groupe part dès lors dans des délires musicaux bien plus sinistres. Morceau final et highlight de la seconde face, ‘Deluge’, plus introspectif, et peut-être davantage Canterbury, laisse entrevoir un filet de lumière dans cet album sombre, dans cette musique de manoir. Il symbolise l’expérience d’Unrest (que ce soit côté musicien ou auditeur) présentant surtout ce « vécu » de l’enregistrement, entre tension collective et effervescence créatrice.

Unrest a tout pour plaire pour les fans de jazz-rock sombre et expérimental, aux vertus inexpliquées. Les aficionados de Soft Machine pourront aussi s’y reconnaître, non sans quelques entorses à leurs principes. Hostile mais source d’une certaine fascination, à la fois mode de vie et mode de création musicale, Henry Cow est un groupe vraiment à part, musicalement et commercialement parlant. En somme, un groupe de rock un peu obscur, mais bien dans ses chaussettes.

Note : 5/6

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dimanche, juillet 07, 2013

SOUND OF CONTACT Dimensionaut (2013)

Sound of Contact - Dimensionaut
Néo-progressif/Atmo/Pop (UK/USA)


Sound of Contact se fait sans doute connaître pour son chanteur, Simon Collins, qui n’est autre que… le fils de Phil ! Dimensionaut est le premier album du groupe, une virée néo-progressive dans les grands espaces temporels. On peut ainsi dresser un parallèle intéressant entre rock progressif classique (Genesis, le groupe du père) et néo-prog (Sound of Contact, le groupe du fils).

La voix semble déjà nous mettre sur… la voie : celle de Simon possède un timbre qui n’est pas sans rappeler celle de son paternel. Après tout, on trouve aussi dans Dimensionaut un certain « esprit » prog, mâtiné d’une dynamique assez pop par moment ; et si l’album de Simon proposait justement un équilibre entre les deux facettes du père ? Pour se diriger inexorablement vers la pop, Phil Collins s’était en effet bien éloigné des sentiers progressifs (durant la période Genesis post Peter Gabriel puis sa carrière solo).

Comme nombre de disques prog, l’album de Sound of Contact met en scène son concept : le voyage spatio-temporel, dans l’infini des dimensions, comme fuite de la réalité. Rien d’original même si la musique, assez planante par endroit, colle bien à la thématique espace-temps. Si l’habillage conceptuel ne fait pas tout, il est souvent saisissant de constater la fluidité dans l’emboîtement de certains morceaux : le concept ne concerne évidemment pas que le fond, le sujet et les paroles, il entraîne aussi une mise en scène des compositions (enchaînements, présence d’interludes, pièces montées, etc.).

Penchons-nous un peu plus sur notre Dimensionaut et sur ses chansons…

Quand je parlais d’héritage progressif, je ne m’étais pas trompé : l’introduction du disque rappelle immédiatement Yes pour ses chœurs. On se doute bien que le fils n’existe pas uniquement à travers l’influence de Genesis, mais ce premier morceau un peu cliché sonne légèrement à côté, et n’apporte pas grand-chose, à part quelques doutes… À moins que cela soit mon biais concernant Yes qui s’exprime un peu trop.

On peut classer les morceaux en plusieurs catégories :

Concernant les morceaux plus pêchus, ‘Pale Blue Dot’ et ‘Remote View’, sont assez directs. ‘Omega Point’ est très subtil et dégage une grande sérénité, brillant par ses instrumentations délicates, et restant animé par une certaine tension dramatique progressive.

Au niveau des ballades lumineuses, ‘I Am Dimensionaut’ est intéressant pour ses aspects un peu ambiants, lunaires et dépaysants. En revanche, ‘Not Coming Down’ qui fait office de single, demeure un peu pompeux et n’est guère passionnant, noyés dans ses grandes instrumentations. ‘Only Breathing Out’ présente lui aussi un côté assez emphatique, mais certains passages plus fins font mouche. À mon sens, les deux ballades les plus attachantes sont ‘Closer to You’, très (trop ?) FM, et plutôt efficace, et surtout ‘Beyond Illumination’ que je trouve sublime et émouvant, devenant probablement le meilleur titre de l’opus.

Parmi les instrumentaux on note ‘Cosmic Distance Ladder’ qui apporte de l’énergie dès le début et ‘Realm of In-Organic Beings’, un joli interlude enchanteur.

Enfin, pour clore l’album : le titre épique de 20 minutes, ‘Möbius Slip’, qui en vaut bien plusieurs (il est composé de quatre parties distinctes). Comme dit précédemment, Dimensionaut obéit à la logique de nombreux disques progressifs, avec ici sa grande pièce conceptuelle. Les 15 premières minutes sont très bien enchaînées et maîtrisées, et sont toujours plus agréables au fil des écoutes, notamment pour ses atmosphères un peu lunaire et sa superbe section 4 (‘All Worlds All Times’), pleine de mélancolie. J’aurais cependant évité de répéter en fin de morceau la mélodie d’introduction du disque, faiblarde certes, mais ne collant pas vraiment à l’esprit de ce titre épique.

Après moult écoutes, j’avoue avoir apprécié le voyage proposé par Sound of Contact. La composante atmo est souvent présente, et offre une tonalité nostalgique, ce qui n’est pas pour me déplaire. Malgré certains passages un peu pompeux, l’ensemble est travaillé, bien produit, évocateur et plutôt équilibré, avec de nombreux passages réussis et marquants qui font de Dimensionaut un des éléments prog bien sympathique dans cette année 2013.

Note : 4,5/6

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samedi, mai 18, 2013

Syd BARRETT The Madcap Laughs (1970)

Syd Barrett - The Madcap Laughs
Folk/Psychédélisme (Grande-Bretagne)


Deux ans après l’aventure Pink Floyd sort The Madcap Laughs, l’œuvre d’un artiste là où on ne l’attendait pas. Dans les esprits de Syd Barrett, l’expérimental de Piper… semble s’être tari. Un folk sombre et intime, ourdi par un songwriter un peu isolé dans ses pensées psychédéliques : voilà à quoi ressemble le rire de l’« écervelé ».

Nous sommes bien en 1970. Le temps est toujours aux symphonies expérimentales. Ailleurs, mais pas ici. Syd Barrett nous livre des morceaux crus et nus, des chansons à la dérive, coupées du monde. D’apparence simpliste, ces compositions présentent une certaine maturité, au sein d’un disque un peu dérangé, un peu dérangeant.

« Isolé dans ses pensées », mais accompagné dans la production du disque. Syd est épaulé par ses ex-frères d’armes David Gilmour et Roger Waters, pour une moitié de l’œuvre ; et par Malcom Jones (Harvest Records) pour l’autre. Au final, la dualité de ces différentes sessions n’apporte pas vraiment de schizophrénie à l’ensemble... Par ailleurs, au niveau de l’accompagnement, notons la présence de Robert Wyatt, Hugh Hopper et Mike Ratledge de Soft Machine (eh oui), jouant sur deux morceaux : ‘No Good Trying’ et ‘Love you’.

Bizarrement, je ne trouve pas la musique de Syd spécialement attachante. C’est un argument parfois utilisé pour garder un regard bienveillant et clément sur une œuvre. Ici, j’ai plutôt l’impression de déceler une vraie force. Piégé par leur allure désinvolte et facile, je n’avais pas accordé beaucoup de crédit à ces chansons au départ. Et pourtant…

Au fil des écoutes, on semble avoir devant soi une collection de titres en avance sur leur temps, formant presque un guide d’écriture pour un folk psyché, dépouillé et un peu abîmé, sec et radical. Derrière ces morceaux opaques se cache pourtant une forme d’universalité. Prenez votre guitare, et exprimez-vous : c’est peut-être ça qui résonne à l’écoute de ces petites pièces (dé)composées, d’une monotonie trompeuse.

Les chansons sont là. ‘No Good Trying’ reste à mon sens le meilleur morceau du disque, avec sa mélodie légèrement chaotique, viciée et implacable. Plus introspectifs, on note bien sûr l’effrayant ‘Dark Globe’, emblématique et personnel... et dans une veine toujours inquiétante, ‘Golden Hair’ et ‘Long Gone’. Parmi les morceaux symboliques, on ne saurait oublier ‘Octopus’, même si je n’en fais pas vraiment un des atouts de l’œuvre, étrangement. Enfin, j’aimerais aussi citer les différentes dynamiques d’écriture de ‘No Man’s Land’, ‘Feel’ et ‘Late Night’, attractives à plus d’un titre.

Globalement, The Madcap Laughs ne ressemble pas un chef d’œuvre, ni à un disque révolutionnaire, ou parfaitement abouti. Il a aussi ses talons d’Achille, sa naïveté, qui pour beaucoup seront des points forts. De mon côté, j’y vois plutôt un appel visionnaire et surtout, une œuvre auprès de laquelle on a beaucoup à apprendre.

Note : 4,5/6

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jeudi, mai 02, 2013

PINK FLOYD The Final Cut (1983)

Pink Floyd - The Final Cut
Pop-Rock (Grande-Bretagne)


En principe, The Final Cut devait être une B.O. de The Wall, nommée "Spare Bricks", et contenant des titres nouveaux ou retravaillés pour coexister davantage avec la narration. Mais la guerre des Malouines pousse Roger Waters à changer son fusil d’épaule pour écrire un disque conceptuel sur le conflit, avec des titres tout frais.

Il s’agit aussi et bien sûr du dernier disque de PF avec Waters, symbolisant l’apex de sa prise de pouvoir. C’est presque « son » disque, les autres musiciens étant quasiment assimilés à du personnel de session… Il présente aussi, plus que tout autre album, les tensions au sein du groupe, et leur aboutissement. De mon côté, ce fut un plaisir au premier abord de le réécouter. J’ai un rapport personnel avec ce disque, certes très relatif, mais qui me rappelle brièvement les débuts de ma période universitaire.

The Final Cut reste sur certains plans le petit frère de The Wall, notamment pour l'aspect conceptuel, le son & la dynamique « cinématographique », voire de story telling. On retrouve également un univers sombre, tournant évidemment autour des choix thématiques et de l’inspiration musicale de Waters. Au niveau des instrumentations, le groupe fait appel à une section orchestrale, donnant un côté plus solennel ou emphatique à certains titres.

Pourtant, The Final Cut se montre bien plus introspectif et intime que son prédécesseur, même si certains passages se veulent assurément grandiloquents. En contrepartie il n'aura pas de charisme détonnant ou de véritable envergure. S’il est marqué par un songwriting un peu léger, voire un peu invisible, il s'écoute relativement bien ; on s'y installe assez aisément, même si aucune chanson ne casse véritablement des briques.

Je note tout de même parmi les meilleurs moments : ‘Your Possible Past’, ‘One of the Few’ ou encore ‘Paranoid Eyes’... peut-être le pont de ‘Not Now John’ aussi. En revanche, ‘Get Your Filthy Hands of My Desert’ et ‘When the Tiger Broke Free’, voire ‘The Post War Dream’ en introduction, demeurent des échecs cuisants, sonnant de manière un peu mielleuse et datée.

Pour aimer ce disque, doit-on nécessairement partager les mêmes vues sur les Malouines ? Non. Doit-on apprécier la thématique de la guerre associée à des chansons ? Fort possible. Doit-on aimer la personnalité artistique de Waters ? Vraisemblablement. Pour ma part, j’apprécie par moments l’atmosphère personnelle et mélancolique de l’ensemble, surannée et cotonneuse, formant un tout cohérent. L’aspect un peu pompeux et le simplisme de l’écriture, avec lequel il entre étrangement en contraste, affaiblissent néanmoins très fortement ce disque, qui restera dans l’ombre des autres œuvres du groupe.

Note : 3+/6

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mercredi, mai 01, 2013

PINK FLOYD The Wall (1979)

Pink Floyd - The Wall
Pop-Rock/Concept (Grande-Bretagne)


The Wall reste sans doute l’un des disques conceptuels les plus connus dans l’histoire du rock, si ce n’est le plus réputé. On lui voue un véritable culte, et il assoie toujours davantage la popularité de Pink Floyd, comme son envergure.

Ce double album s’insère dans un dispositif en trois volets, comportant aussi une tournée grandiloquente, dans laquelle les musiciens construisent un mur sur scène pour les séparer du public, et le célèbre film sorti en 1982, réalisé par Alan Parker. Ce long métrage garde cependant une allure plutôt sinistre et a un peu mal vieilli. Mais, à l’instar du disque dont il est l’illustration, cela variera beaucoup selon les gens.

Beaucoup aura été dit sur The Wall en tout cas. Certaines théories à son égard peuvent se contredire radicalement tout en gardant une certaine pertinence.

Si je ne le place pas sur un piédestal, force est d’y constater la présence d’un certain « souffle » ; The Wall reste un disque de rêveur désabusé, à la poursuite nostalgique du passé. "The dream is gone", dit la chanson… Mais j’admets tout de même que la construction de son aura s’est faite davantage autour du disque.

Globalement, l’album The Wall présente pour moi deux défauts majeurs :
.les thématiques, un peu égocentriques et misérabilistes. Retracer de façon imagée les déboires de Roger Waters peut détourner l’intérêt de l’auditeur. Grossi par l’effet de loupe de la popularité, l’ensemble fini par sembler trop mégalo. Cela étant, on peut aussi s’y reconnaître d’une façon ou d’une autre.
.La faiblesse de trop nombreux titres. The Wall aurait gagné à être un disque plus simple, quitte à chambouler le concept et l'identité de l'album tel qu'on les connaît. Tailler davantage dans le roc aurait été salutaire pour rendre le disque plus dense et percutant (tournant dès lors autour de ses face A et C actuelles).

Mais ce serait injuste de passer outre les meilleurs moments, judicieux à plus d’un titre. Rétrospectifs et mélancoliques, ‘The Thin Ice’ et ‘Mother’ ressemblent à ces comptines d’artistes absorbés par leur passé. Cette tonalité désenchantée se retrouve aussi dans l’aérien ‘Comfortably Numb’, et son solo de guitare mythique. Enfin, je retiens surtout le bon enchaînement formé par ‘Hey You’ (marqué par sa très belle section middle), d’‘Is There Anybody Out There?’ plus atmosphérique, et de ‘Nobody Home’ plus intimiste. Un des climax de l’album à mon sens.

Dans l’ensemble, The Wall aurait gagné à être amélioré, sur le fond et sur la forme. Il apporte néanmoins de nouveaux morceaux solides pour le répertoire du Floyd, et une autre dimension en termes d’ambiances. Honni ou vénéré, The Wall reste un disque ambivalent ; certains s’y retrouveront, tandis que d’autres y seront insensibles, comme… face à un mur.

Note : 4-/6

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jeudi, avril 18, 2013

PINK FLOYD Animals (1977)

Pink Floyd - Animals
Progressif/Expérimental (Grande-Bretagne)


Animals est un peu la contre-attaque au punk, ou au moins, son vaccin. Plus rigide et moderne dans les sonorités, plus agressif et menaçant dans l’interprétation, le Pink Floyd version trio montre les dents. Mais le groupe garde ses vues progressives, en s’immergeant ici dans trois longs morceaux. Au moment où Roger Waters met plus que jamais en pratique sa domination sur la formation, Animals est un pari artistique globalement réussi, atypique, et souvent oublié par l’histoire.

Derrière une musique davantage contemporaine, se trame la fable d’Animals. Les cochons bourgeois, les chiens arrivistes, et les moutons suiveurs… une forme de relecture détournée de La ferme des animaux de George Orwell. Cochons préfabriqués, chiens artificiels, moutons synthétiques… Chaque animal est représenté dans un long morceau, dans lesquels on peut entendre parfois leurs cris étouffés et tordus.

Dans cette atmosphère industrielle, sombre et froide, surgit à mon sens l’un des meilleurs morceaux du Floyd, si ce n’est le plus grand : ‘Dogs’, écrit par Waters & Gilmour. Claviers futuristes, guitares et percussions cliniques, mélodies insidieuses… Derrière ces divers atouts ‘Dogs’ incarne pourtant une forme de décrépitude, de délabrement moribond. Cette sensation se poursuit notamment dans sa section middle, complètement ambiante et hypnotique, comme un étrange voyage intérieur… ‘Dogs’ est la réussite d’Animals, grandement maîtrisé sur tous les plans, s’affirmant comme morceau total.

Ce titre magistral a donc de quoi faire de l’ombre aux deux autres grandes pièces du disque : ‘Pigs (Three Different Ones)’, pas réputé pour être le plus fameux, et ‘Sheep’, avec ses fausses allures de classique. On sent davantage l’influence de Waters sur ces morceaux, qu’il fait siens. De plus, ils participent pleinement à l’atmosphère globale, et poursuivent le concept en filant deux nouvelles métaphores musicales. En termes d’écriture, ‘Pigs’ est un peu plus maladroit dans sa mélodie, mais mise davantage sur ses expériences sonores. Quant à ‘Sheep’, il semble plus en verve et dynamique, pulsé par ses guitares énergétiques.

Au final, on ne sait pas bien si Animals ressemble à un disque de Pink Floyd. D’un côté, il reste toujours dans une veine psyché/prog/expérimental, pour ses structures et instrumentations. D’un autre côté, le groupe semble toujours plus se dissoudre, pressé dans la main de fer de Waters. Mais globalement, Pink Floyd garde cette dynamique qui le fait se métamorphoser constamment. Et c’est peut-être justement le fond de son identité. Après tout, “There is nothing so stable as change”, comme dirait l’autre…

Note : 4,5/6

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mercredi, avril 17, 2013

PINK FLOYD Wish You Were Here (1975)

Pink Floyd - Wish You Were Here
Progressif (Grande-Bretagne)


Le réputé Wish You Were Here reste probablement le disque le plus progressif du Floyd. Non dans le sens « expérimental », mais au niveau de son allure générale, de sa dynamique, de ses influences et de sa construction. Il semble aussi s’insérer dans une tradition de prog-rock typiquement britannique. Wish You Were Here est un nouveau succès dans les ventes, mais avant tout un disque dans lequel les membres du Floyd semblent se retrouver, une dernière fois, comme pour un « instant limite ». Après le succès et la gloire, avant des conflits et de nouvelles séparations.

La thématique de l’absence est prégnante. Et c’est précisément pourquoi la présence de Syd Barrett semble planer autour de ce disque, comme une ombre... Comme un spectre qui finalement s’incarna ; pendant l’enregistrement de l’emblématique ‘Shine On You Crazy Diamond’ qui lui est dédié, le Syd lui-même apparut brièvement en studio. Obèse et déprimé, le crâne rasé, l’ancienne figure de proue Floydienne fut difficilement reconnue par les membres du groupe, émus et médusés.

Hormis le succès commercial, Wish You Were Here partage un autre point commun avec The Dark Side of the Moon : cette forme de pureté qui en émerge au premier « regard auditif », et qui peut aussi rendre l’ensemble un peu fade par moments. C’est là toute l’ambiguïté de ces deux disques si prisés. De plus, Pink Floyd poursuit également ses expérimentations synthétiques, certes plus timides mais toujours bien intégrées, assurant une continuité avec le disque précédent. Enfin, on pourrait ajouter un dernier atome crochu : la critique de l’appât du gain (plus précisément dans l’industrie musicale, avec les morceaux ‘Welcome to the Machine’ & ‘Have A Cigar’), déjà évoquée plus généralement dans le titre ‘Money’, et que l’on retrouvera également dans l’album Animals. La thématique n’est guère originale, peut-être hypocrite également, mais là n’est pas la question.

En termes d’interprétation, la célébration d’un songwriting léger et en apesanteur nous offre le mythique morceau d’ouverture : ‘Shine On You Crazy Diamond’. J’adore l’intro, aérienne, tout en ne décollant jamais vraiment, de façon un peu équivoque. On sent que quelque chose se prépare, l’ensemble étant très bien amené. La mélodie et le son des guitares, doucement saturées, sonnent très british, Pink Floyd proposant une pop progressive céleste très agréable, planante et prenante, personnalisée par ses claviers hors du temps.

‘Shine On You Crazy Diamond’ ouvre et ferme le disque. Entre ses deux parties, la plus belle réussite reste à mon ses ‘Welcome to the Machine’ ; une mélodie plaintive, une ambiance plus oppressante. ‘Have A Cigar’ reste plus convenu, un rock propre et honnête, quoiqu’un peu nargueur tout de même. Quant au célèbre morceau-titre, il s’agit sûrement d’une jolie ballade épurée, même si je n’y ai jamais vraiment perçu la force qu’on lui reconnaît généralement.

Wish You Were Here garde bien l’allure d’un monument musical. Homogène, impressionnant à bien des égards, cultivant une esthétique singulière et influente. Une réelle personnalité artistique, incarnée par une interprétation sans faille. Sa musique résonne comme une présence un peu impalpable, faisant un avec le concept même qui s’y déploie. Wish You Were Here est une réussite notable, même s’il lui manque parfois une force supplémentaire pour atteindre les sommets.

Note : 4,5/6

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dimanche, avril 07, 2013

PINK FLOYD The Dark Side of the Moon (1973)

Pink Floyd - The Dark Side of the Moon
Psychédélisme/Progressif/Expérimental (Grande-Bretagne)


Tant de choses ont été écrites, dites, vécues avec cet album, The Dark Side of the Moon... Dans cette chronique, je ne pense pas apporter grand-chose sur l’une des œuvres les plus fameuses de l’histoire du rock. Et accessoirement des ventes de disques (voire de chaînes hi-fi…)

Toutefois, j’aimerais brièvement parler d’un paradoxe que renferme la pierre noire de la discographie de Pink Floyd. En effet, beaucoup reprochent à ce disque son côté « trop parfait », trop lisse, et donc son aspect fade, sans âme et sans saveur. Suscitant indifférence, ennui et lassitude. Devant le travail impeccable réalisé à la production, on peut comprendre cet avis. Et c’est vrai que plane un peu cet aspect hermétique et froid, tout le long du disque.

Pourtant, j’ai l’impression que cet album est insufflé par le son d’une époque et, au final, restant lui-même très personnel, par son propre son, sa propre identité. La direction artistique proposée par ce disque est à double tranchant ; si l’on ne ressent rien, on accusera une production et des chansons sans relief. Mais d’un autre côté son identité, quand on la perçoit, en fait un disque clé dans l’histoire en lui donnant une place à part, une singularité.

Et puis voir un disque conceptuel s’introduire dans le monde mainstream est déjà un tour de force. D’ailleurs, honneurs aux deux acteurs qui auront joué le rôle de filtres entre cette musique et le grand public : Alan Parsons pour sa production musicale, fondamentale, et Bhaskar Menon pour sa production marketing et commerciale, particulièrement efficace.

Je me souviens avoir entendu Roger Waters dire que l’album était "driven by emotion", ce qui peut, justement, sonner curieusement par rapport à l’argumentaire des pourfendeurs de Dark Side. Pourtant, les frissons sur ‘Time’ sont bien réels. L’atmosphère d’époque très Zeitgeist de ‘Breathe’ également. Et que dire de cette magie qui nous illumine, le temps d’un morceau, ‘Us & Them’, comptant parmi les plus belles compositions du groupe, à la fois… intime et fédérateur. À moins que l’on ne cède à l’envoûtement, le temps d’un grand concert dans le ciel ; Rick Wright apporte encore une fois une touche essentielle, ‘The Great Gig in the Sky’ restant un des moments phare de l’œuvre.

A cette émotion se mêle un concept clé pour Waters : « l’empathie ». Elle imprègne le disque, lui donne toute cette approche conceptuelle. Les thématiques se rapprochent de M. tout le monde : le stress du travail, l’angoisse de la guerre, l’amour, la folie, la mort. On se reconnaît parfois dedans, et l’être humain y est finalement décrit, compris, pas forcément excusé. Un concept… intime et fédérateur, encore une fois.

Et puis les outils, les armes. La technologie qui illustre à merveille le concept d’une modernité étouffante. Un synthé EA. Des oscillations, des spectres. De l’effet Doppler. De la pop et du jazz. Le passé. Le futur. Ces réveils et pendules qui vous foutent la trousse. Ces voix noires et blanches. Ces notes de cristal. Les variations de styles divers, au sein d’un monolithe, d’une pierre noire, d’un diamant. Un diamant noir, dans lequel des groupes aussi divers que Dream Theater, Anathema ou Air, viendront puiser leurs influences.

Point besoin de s’appesantir sur ‘Money’. Autre exemple dans la carrière du Floyd dans lequel un songwriting approximatif et un tantinet benêt sera détourné de façon maligne, ici à coup de bruit de caisses enregistreuses et de basse sautillante. Alors oui, c’est vrai que le final du disque est un peu pompeux, ‘Eclipse’ refermant le disque de façon un chouia grandiloquente. Mais peut-être est-ce ‘Brain Damage’, morceau troublant le précédant, qui lui fait de l’ombre, avec son écriture introspective. Ces deux titres resteront en tout cas marquants dans les mémoires pour leur enchaînement, leur opposition, leur fusion.

En fait, à force de dire que Dark Side est surestimé, il va finir par devenir sous-estimé, finalement. Enfin presque. J’ai eu à certains endroits un regard désapprobateur sur cette œuvre, une relation conflictuelle aussi parfois. Curieusement, je maintiens le constat de ses défauts réels, mais ne peux nier une certaine aura. Je ne sais encore s’il s’agit, comme dit, de celle de l’époque durant laquelle elle a été créée. Ou alors s’agit-il de ces moments pendant lesquels je l’ai découverte… Il n’empêche de Dark Side mérite sa chance. Et même si la vénération entière et suspecte dont il est l’objet peut énerver, ne perdons pas l’occasion d’être éclairés par ses rayons et ses couleurs.

Note : 5/6

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dimanche, mars 31, 2013

PINK FLOYD Meddle (1971)

Pink Floyd - Meddle
Psychédélisme/Progressif/Space Rock/Expérimental (Grande-Bretagne)


Si l’on met de côté Piper…, Meddle offre jusqu’alors un classique indéboulonnable, au sens historique du terme. Mais il ne faudrait pas négliger un autre aspect : le son Pink Floyd continue de se former, une identité se crée. Même si l’on reste bien ancré dans cette deuxième phase sans Syd Barrett, on entre dans une nouvelle dimension au niveau des sonorités. Une sorte d’acoustique planant et expérimental, déjà un peu entrevu, émerge, et va enfanter ici LE morceau emblématique du Floyd : ‘Echoes’.

Auparavant, on aura quand même noté cette belle ouverture, arrogante et menaçante, dotée d’un soupçon d’euphorie vicieuse : ‘One of These Days’. Tremolo des guitares et batterie qui pulse. ‘A Pillow of Wind’ reste un beau titre acoustique et sombre, toujours dans cette lignée de songwriting sec que l’on a pu rencontrer par endroits, depuis Ummagumma. Si ‘Fearless’ coexiste étrangement avec un ‘You’ll Never Walk Alone’ entamé en chœur par des supporters de foot, ‘San Tropez’ nous invite dans des contrées plus joviales. Quant à ‘Seamus’, il présente un chien comme invité, le temps d’une chanson, moitié couinée, moitié… couinée.

‘Echoes’, nous disions donc. 23 minutes, une nouvelle odyssée. Dans les profondeurs. Tel un sonar, une note de piano aigüe et fixe amplifiée via une cabine Leslie, amorce ce voyage, comme un appel. Le chant floydien prend le relais, avec une mélodie typique du groupe qui affine ici son style. Elle laisse la place à une impro instrumentale, solide et jazzy, marquée par la guitare hurlante de Gilmour. Puis c’est une plongée dans les abysses… A l’instar d’un ‘Atom Heart Mother’ se dévoile alors un passage angoissant et sinistre. Ici des cris musicaux d’animaux irréels semblent nous appeler, venant des cieux ou des abîmes où ils végètent. Après la dissipation de cette section saisissante, la note du début apparaît de nouveau pour battre le rappel des instruments, et tout semble se reconstruire, se remettre en marche habilement… avec notamment cette rythmique qui apparaît progressivement, pour ensuite laisser le premier rôle à un motif de guitare rotatif, étincelant. Si le chant entame dès lors un nouveau refrain, le morceau s’achève tout de même dans l’ambiguïté, avec cette ambiance inquiétante qui refait surface à la toute fin.

Meddle est un peu le petit frère d’Atom Heart Mother. Les efforts portés sur un morceau tumultueux et de longue haleine sont leur principal point commun. L’océanique ‘Echoes’ est une pièce majeure dans la discographie du groupe, et probablement le plus symbolique, avec ‘Shine on You Crazy Diamond’, que l’on trouvera sur Wish You Were Here, autre composition éprouvante. Certes, les morceaux plus courts ne tiennent pas la distance à côté d’‘Echoes’, mais ils l’accompagnent plutôt intelligemment. Cette épopée musicale fait de Meddle le nouveau fer de lance de la carrière du Floyd, toujours appuyé par une belle renommée chez les fans. Et ce, même si l’album sera éclipsé par son successeur : le célèbre The Dark Side of The Moon.

Note : 5/6

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samedi, mars 30, 2013

PINK FLOYD Atom Heart Mother (1970)

Pink Floyd - Atom Heart Mother
Psychédélisme/Progressif/Space Rock/Expérimental (Grande-Bretagne)


Pink Floyd entame sa mue progressive. Du prog-rock au sens symphonique du terme. Le morceau-titre est une longue épopée culte de près de 24 minutes (presque le maximum pour une face de 33 tours), complètement dans l’esprit du genre ; sont ici assemblés plusieurs mouvements un peu épiques, un peu inquiétants, un peu majestueux, un peu pompeux aussi parfois… Des chœurs, une mélodie de sirène, du Hammond à gogo, et puis bien sûr ce thème repris en fanfare… Ron Geesin, de sa patte avant-gardiste coécrit la pièce avec le Floyd, lui apportant entre autre son expertise dans l’enregistrement. Ressemblant parfois plus à un tour de force qu’à un pur moment de plaisir, le morceau ‘Atom Heart Mother’ n’en demeure pas moins une pièce d’envergure dans l’histoire du Floyd.

Il est d’ailleurs étonnant de voir comment Pink Floyd est à l’image du genre qui le comprend : des racines psychédéliques à l’origine d’un rock progressif structuré et imposant. Aussi, ils présentent ici une longue compo précédant d’autres plus courtes, comme d’autres disques progressifs d’époque ou à venir… Face aux « concurrents » allemands, le Floyd peut sembler plus timoré et naïf, et moins impressionnant. Mais le mélange flagrant des genres, et la personnalité qui se dessine derrière ses transformations et ses jeux d’apparences en font un acteur majeur de la scène rock expérimental, ajoutant sans cesse de nouveaux atouts, promesses et compromis, à sa discographie.

Il y a ces racines que l’on n’oublie pas, celles d’un été ensoleillé, celui de ‘Summer ‘68’, dont la mélodie de cuivre irradie encore les pensées... Cette lumière centrale vient de Rick Wright. La construction est maligne, fluide, les arrangements précis, et le grain de diverses sonorités nous plongent irrémédiablement dans les seventies… Ces cuivres flamboyants et rutilants donnent une véritable identité au morceau. Un chef d’œuvre miniature pour le coup, et un des meilleurs morceaux du Floyd à n’en pas douter.

Je suis plus circonspect sur le songwriting léger d’‘If’ et du très britannique ‘Fat Old Sun’ qui complètent le disque davantage qu’ils ne le transcendent. Ils parviennent cependant à apporter un souffle particulier, tout en offrant des visages et des virages musicaux différents. Des visages car au final trois membres du groupe apporte chacun sa chanson, la meilleure restant celle de Wright. La formule d’Ummagumma est donc reprise dans un Atom Heart Mother décousu, même si un (très léger) soupçon de cohésion fait parfois son apparition.

Et puis, en guise de clôture, le très bon ‘Alan's Psychedelic Breakfast’, petit-déjeuner contemporain sous fond de bruitages réalistes, précis et concrets (cafetière, cuisson, gouttes d’eau, et craquages d’allumettes…) Pour info, Alan n’est qu’autre qu’Alan Stiles, roadie du groupe… Et de ce festin sonore, je retiens surtout son départ relax et cette section onirique vers 9:50, bien dans l’air du temps. Ces passages font à mon sens de ce morceau un autre atout de l’opus. À coup d’orgue Hammond et de guitares seventies, cette composition alambiquée assoit un peu plus Pink Floyd dans son époque, comme aventuriers avant-gardistes, conservant toutefois un esprit rock.

Atom Heart Mother rappelle quelques éléments du passé : le songwriting folk/acoustique de certains passages d’Ummagumma, la volonté de réaliser une musique concrète, l’écriture individuelle de certains titres, et l’absence de véritable capitaine à bord. Il reste cependant une nouvelle avancée, à défaut de véritable rupture, apportant un morceau-titre imposant et deux autres chapitres majeurs dans l’histoire du groupe (‘Summer ‘68’ surtout, et ‘Alan’s Psychedelic Breakfast’). Ces nouveautés placent irrémédiablement le Floyd dans une dynamique davantage progressive, toujours imprégnée de l’esprit psychédélique, dans laquelle elle plonge ses racines et trouve sans cesse des ressources.

Note : 5/6

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samedi, mars 09, 2013

PINK FLOYD Ummagumma (1969)

Pink Floyd - Ummagumma
Psychédélisme/Progressif/Space Rock/Expérimental (Grande-Bretagne)


Ummagumma est un objet curieux. Il se présente comme un double album, comprenant une partie compos (chacune étant écrite par un membre du groupe) et une partie live (Birmingham et Manchester, en 1969). J’apprécie le concept, le concert étant l’occasion de célébrer parfaitement les genres expérimentaux, en rallongeant les morceaux, en les étirant, en les improvisant. La scène reste l’expression théâtrale la plus adaptée pour ce type de musique, qu’on pourrait appeler « musique-événement » ou « musique-expérience ».

.Partie live. Comme dit précédemment, le live fait honneur au Floyd. C’est bien ici que se dévoile l’essence d’un ‘Set the Controls for the Heart of the Sun’, ou qu’émerge des profondeurs un ‘Careful with That Axe, Eugene’, venu d’ailleurs... Un moment majeur, pour son atmosphère lunaire bien prenante. ‘Astronomy Domine’ et ‘A Saucerful of Secrets’ complètent évidemment ce tableau psychédélique, héritage du temps, vestige d’un instant dans cette année 1969.

.Partie compositions. J’ai bien du mal à chroniquer du live en général et je trouve plus intéressant d’évoquer les compos studios du groupe. Il est stimulant de pouvoir appréhender de façon séparée le jardin musical si singulier de chacun des musiciens du groupe. Petite précision cependant, Waters présente bien deux compos à son actif. Mis à la suite, ces morceaux restent néanmoins équivalents en longueur à ceux de Wright ou de Gilmour.

Par ailleurs, cette partie d’Ummagumma semble nous proposer une musique « réelle », également très expérimentale, jouissant au final d’un succès un peu inespéré. Plutôt rejeté par le groupe, le disque offre néanmoins certains moments sympathiques :

- ‘Sysyphus’. Le morceau conceptuel de Wright ouvre l’album. J’aime avant tout la section piano de départ, inspirée et mélodique. Malgré ses écarts un peu pompeux, ce titre épique présente par ailleurs assez bien certains pans de la personnalité artistique de Wright. Elle demeure fondamentale pour l’identité du Floyd, et en général bien sous-estimée.

- ‘Grantchester Meadows’/‘Several Species of Small Furry Animals Gathered Together in a Cave and Grooving with a Pict’, de Roger Waters. C’est vrai, le premier titre cité n’est pas renversant en termes de songwriting. Pourtant, mêlé à cette ambiance naturaliste et onirique, il fait montre d’une réelle efficacité, propre à l’envoûtement. Le second morceau reste quant à lui complètement expérimental avec ses boucles et ses hallucinations auditives. De ces trois premiers morceaux constituant la face A, on retient une certaine continuité dans le délire nature/animalier assez bien rendu, que ce soit par l’ambiance ou les cris de bêtes artificiels.

- ‘The Narrow Way’. Une autre pièce en plusieurs strates contrastées, écrite cette fois par Gilmour. En son cœur, la partie plus folk mélodique est très réussie, accentuant toujours plus la tonalité sombre du disque.

- ‘The Grand Vizier's Garden Party’, de Nick Mason. Peut-être un morceau un peu pénible à écouter, constitué d’expérimentations de percussions. Je note tout de même le contraste saisissant entre les notes de flûtes par la femme de Mason, et les bidouillages secs et austères de la majeure partie de la composition. Ces notes sont jouées en introduction et fin de morceau, et permettent de l’encadrer intelligemment.

De façon générale, le songwriting s’élève quand il se mêle à des ambiances, le Floyd ne se montrant pas vraiment encore comme un groupe d’écriture, ou tout du moins d’écriture classique/pop. Cela étant, certaines phases de Gilmour et de Waters à la guitare préfigurent les styles à venir. Les entendre chacun de leur côté est intrigant puisque cela montre leurs particularités, et même l’opposition, dans l’appréhension/création d’une chanson.

***

Voilà, la période Pink Floyd des sixties s’achève ici et je souhaitais vraiment lui donner une place dans Exil progressif. En fait, dès Saucerful of Secrets s’amorce en réalité la seconde période du groupe, pendant laquelle quatre musiciens vont tenter de trouver l'équilibre, et continuer de tenir la barre, orphelins de Syd, capitaine esseulé. Pourtant ces trois disques ont des connexions évidentes, notamment dans leur approche du psychédélisme sixties, qu’ils ont façonné en (petite) partie, à moins qu’ils aient croulé sous son poids.

D’ailleurs, j’ai ce sentiment à la fois d’admiration curieuse et d’insatisfaction frustrante quant à ces trois disques. Le premier reste peut-être le plus abouti, le plus solide historiquement, mais je préfère parfois, et de peu, les deux suivants, même s’ils incarnent bien ce côté « inachevé » qui peut me laisser sur ma faim. Mais comprenez bien, ils ne font qu’exemplifier à merveille ce que le psychédélisme propose ou insuffle : l’ébauche surpassant le produit fini, et l’expérience auditive au-delà des notes musicales.

Ummagumma est peut-être celui des trois qui va le plus dans ce sens-là, et qui va susciter une forme de manque, qui ne gagne qu’à être comblé par notre imagination créatrice et nos sentiments les plus intérieurs, ceux qui nous font entrer dans l’expérience communicative de cet album, ceux qui nous font dire : « Oui, ce disque-là m’est très personnel ».

Note : 4,5/6

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mercredi, janvier 30, 2013

PINK FLOYD A Saucerful of Secrets (1968)

Pink Floyd - A Saucerful of Secrets
Psychédélisme/Progressif/Space Rock/Expérimental (Grande-Bretagne)


Un disque de transition… Le groupe navigue désormais sans véritable capitaine, de manière un peu irrationnelle. Une nouvelle fois enregistré à Abbey Road, A Saucerful of Secrets reste également le dernier album marqué par la patte de Syd Barrett (enfin le bout des doigts), avec notamment le morceau ‘Jugband Blues’, dopé par la participation très improvisée de membres de l’Armée du salut, et dans lequel on retrouve un tout petit peu l’esprit du premier album. Progressivement remplacé par David Gilmour, Syd Barrett joue pourtant sur d’autres morceaux, mais il semble devenir fantôme, sans prise sur le réel, et sous l’emprise des drogues en vigueur…

Roger Waters, David Gilmour, Richard Wright & Nick Mason : il faudra donc composer avec.

Emmené par quelques titres de renom, comme ‘Let There Be More Light’ et ‘Set the Controls for the Heart of the Sun’ écrits par Waters, le groupe prépare une musique toujours plus expérimentale, presque comme une fin en soi, ce qu’on pourrait éventuellement leur reprocher. En tout cas, leurs univers sonore intrigue et met le cap sur le cœur de la musique expérimentale, en proposant une expérience auditive. Une nouvelle ère est lancée, un nouveau groupe aussi, le nom et la popularité croissante étant les matrices sur lesquelles se grefferont des albums à géométrie variable, et donc bien différents les uns des autres.

Pour l’écriture de A Saucerful of Secrets, on retrouve également Rick Wright pour deux morceaux à l’empreinte sixties surannée vraiment très agréable et prenante : ‘Remember a Day’ et ‘See-Saw’, ce dernier plus dans une veine psyché-prog, notamment grâce à l’usage du mellotron. Mais l’on rencontrera davantage l’aspect progressif dans ‘A Saucerful of Secrets’ : plus conceptuel, ce morceau spatial reste aussi le plus long du disque (une douzaine de minutes) et montre le groupe sous un jour encore plus ambitieux, avec cette volonté de créer des paysages sonores, de construire une composition sur la durée, articulée en quatre parties se voulant évocatrices.

En fait, si thématiquement on retrouve encore un aspect « spatial », le groupe ourdit également une dynamique de space rock plus ou moins embryonnaire et parfaitement préparée par les guitares flottantes de Gilmour et les atmosphères de Rick Wright. La composante mystique est d’ailleurs bien présente, avec notamment une influence orientale disséminée par endroits. Dans les titres plus anecdotiques et moins aventureux, je note tout de même ‘Corporal Clegg’, que j’aime bien, mis à part la mélodie forcée au kazoo, qui a particulièrement mal vieilli. Le son du morceau est très sixties, et demeure une forme de contrepoint aux Beatles. N’oublions pas que ces derniers ont enregistré leur Sergent Pepper à Abbey Road à peu près en même temps que Piper des Floyd ; les groupes savent à peu près ce que font leurs contemporains et baignent de façon plus ou moins volontaire dans le même son, celui d’une époque.

A Saucerful of Secret ressemble à un disque psychique, un peu déroutant, préférant un scientisme parfois un peu naïf au règne de l’émotif, mais restant avant tout une belle pièce clair-obscur (et plus obscure que claire) pour laquelle j’éprouve une certaine nostalgie, celle de l’époque à laquelle je l’avais découvert, et qui offrait à moi un nouveau monde de possibles.

Note : 4,5/6

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mardi, janvier 29, 2013

PINK FLOYD The Piper At The Gates Of Dawn (1967)

Pink Floyd - The Piper at the Gates of Dawn
Psychédélisme (Grande-Bretagne)


Southampton University. Pink Floyd annoncé en concert. Des musiciens jouent, sans leur leader, orphelins, après avoir fait le choix de ne pas aller le chercher. Cruel dilemme. Pink Floyd sans Syd Barrett, une équation insoluble, un contre-sens, une facétie de l’histoire, on ne sait pas trop.

C’est vrai, il était la flamme, l’impulsion créatrice de ce rock psychédélique branché et bariolé, étourdissant et assourdissant… Mais il ne sera pas là ce fameux soir, le « diamant fou »… qui n’aura cessé de briller sur ce premier album légendaire, celui du joueur de pipeau aux portes de l’aube.

Il est tellement désarmant d’imaginer le Cid, à l’origine d’une œuvre, ne plus pouvoir la soutenir en live, lui insuffler une seconde vie en concert… Volontairement ou non, là n’est plus le problème. Les droguent auront raison de tout, et auront été la Raison de ce premier opus, faisant végéter d’innocentes petites pop songs dans un psychédélisme acide et bouillonnant.

Enfin petites pop songs… ne nous égarons pas trop vite : il y a cette longue odyssée narcotique, ‘Interstellar Overdrive’, ses 10 minutes qui font de ce (white) highlight le point focal de toutes les tensions. Et puis un morceau spatial avant tout… caractère déjà annoncé par l’ouverture : ‘Astronomy Domine’ (prononcez « domini » paraît-il…) Le reste oscille entre délires psyché miniatures et pop songs obscures et chantantes, avec toujours cette volonté expérimentale et cette sensibilité mélodique sixties.

De la qualité certes, mais à quel point cette musique est-elle dotée d’éternité ? Aussi bien chez les fans que dans le groupe, la question de l’avenir est engagée. « Comment Pink Floyd va soutenir le départ de Syd Barrett ? » pourrait être une problématique, musicale et humaine, les hantant à jamais. Les textes des chansons ultérieures, comme leurs dynamiques, sont autant de choix et de ressentis, parfois directement affectés par l’anéantissement de la première version du Floyd.

Depuis ce premier album enregistré à Abbey Road, la route fut longue. Enfanter un des classiques indéboulonnables du psychédélisme n’est pas sans logique et postérité : Pink Floyd sera toujours dans une ambivalence, entre faire de la musique et proposer une expérience qui dépasse cette dernière. Mais si tant de questions résonneront toujours dans les têtes d’un groupe désormais décapité, l’histoire de The Piper… s’arrête bel et bien ici, disque isolé mais porteur de sens, comme son chanteur désormais délaissé, un soir de concert, à Southampton University.

Note : 4,5/6

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jeudi, novembre 08, 2012

THE ALAN PARSONS PROJECT Eye in the Sky (1982)

The Alan Parsons Project - Eye in the Sky
Art Rock/Pop (Grande-Bretagne)


Ce projet est né de la rencontre en 1974 entre Eric Woolfson, pianiste de session et compositeur, et Alan Parsons, qui avait travaillé comme ingé son sur Abbey Road et Dark Side of the Moon, qu’on ne présente plus. Eye in the Sky représente un peu le succès du groupe, puisant sa force dans un équilibre art-rock/pop FM, conciliant à la fois radios et amateurs de prog. L’épine dorsale constituée du duo Parsons/Woolfson s’entoure de différents chanteurs (Colin Blunstone par ex) pour chacun des titres qui le nécessitent. Cette diversité des voix se superpose à la multiplicité des styles et des approches musicales abordés dans Eye in the Sky.

Chacun jugera de ses morceaux préférés mais il est difficile d’en oublier certains : la courte ouverture du disque, l’instrumental ‘Sirius’, assez célèbre, solennelle et magnétique ; la chanson-titre, hit interplanétaire, dégageant un charme suranné qui nous plonge irrémédiablement dans l’époque ; ‘Silent and I’, beaucoup plus prog dans l’idée et dans la structure, avec notamment comme section middle une cavalcade de cuivres assez imposante ; ‘You're Gonna Get Your Fingers Burned’, rock assez basique mais que j’aime beaucoup pour son couplet efficace ; et aussi ‘Mammagamma’, pop numérique, dansante et spatiale. L’ensemble est hétérogène tout en gardant une certaine cohérence grâce à l’esprit qui anime ce disque et à la production qui mâtine les morceaux en leur donnant un certain éclat.

Hétérogène et cohérent certes, mais qualitativement un tantinet inégal. Je suis en effet plus circonspect pour l’irritant ‘Psychobabble’. ‘Gemini’ me semble un peu dispensable, avec ses appels du pied aux Beach Boys. Malgré son solo de guitare, ‘Children of the Moon’, tout comme le pourtant sympathique ‘Step by Step’, n’apportent pas énormément au disque, complétant l’ensemble de façon honnête. Quant à ‘Old and Wise’, c’est difficile à dire, puisqu’elle se situe entre la ballade guimauve et le morceau attendrissant. En fait, le disque présente quand même sur toutes les compositions une identité forte, bien d’époque, et cela est à double tranchant ; on pourra aimer ce disque pour ses mélanges, mais aussi ne pas y adhérer pour ses aspects datés et kitch, et son lyrisme parfois un peu pompeux. Il reste quand même un passeport de renom pour revisiter quelques facettes des 80’s.

Note : 4/6

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mercredi, octobre 31, 2012

Kate BUSH Aerial (2005)

Kate Bush - Aerial
Art Rock/Pop (Angleterre)


Douze ans après The Red Shoes, Aerial fait un peu figure d’événement, comme nouvel opus de Kate Bush. Il se présente comme un double album mêlant à la fois l’univers bien reconnaissable de Kate (entre onirisme lyrique, littérature et dépaysement), et une qualité sonore moderne tout à fait d’époque. Aerial se compose d’un disque relativement hétérogène au niveau de ses thèmes, et d’un autre plus conceptuel, présentant l’évolution d’une demi-journée, de l’après-midi à la tombée de la nuit. Le concept se rapproche d’Hounds of Love (1985) même si ce dernier n’était pas un double album.

Parmi les temps forts du disque, je pense immédiatement à ‘An Architect’s Dream’, diaphane et ambiant, parfaitement maîtrisé, amenant une vraie présence avec des atmosphères prenantes et subtiles : un nouveau voyage sensoriel et un de mes morceaux préférés de la dame… A côté, le sublime ‘Sunset’ et sa progression mélodique émotive absolument fabuleuse en première partie… puis son incartade plus enjouée et festive (mais peut-être un peu forcée) dans la seconde. Le disque laisse aussi une part à des compositions plus classiques, calmes et pianotées, comme le joli ‘A Coral Room’... ou aux pulsations de ‘How to Be Invisible’ et de ‘Nocturn’, dans un registre encore différent. Les autres tracks ne font pas trop de vagues mais la production les rend plutôt agréables. Je reconnais en revanche avoir du mal avec ‘Joanni’ et le morceau titre.

L’ensemble maintient une vraie diversité tout en restant cohérent. La générosité de l'artiste se marie agréablement avec l'intimité du monde qu'elle dévoile. Naturaliste, entre ciel et terre, brassant des influences musicales diverses, Aerial est un voyage singulier dans l’espace-temps. L’occasion de célébrer en 2005 son retour lumineux de très belle manière.

Note : 4,5/6

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mardi, octobre 30, 2012

Kate BUSH The Sensual World (1989)

Kate Bush - The Sensual World
Art Rock/Pop (Angleterre)


Aux portes des années 90, The Sensual World semble légèrement en préfigurer le son et le sens. Bien dans son époque, Kate Bush nous propose une œuvre toujours plus moderne, entourée d'une aura brumeuse et enivrante. Lisse et accomplie, la production lève le voile sur un certains nombres de titres de qualité comme la chanson-titre, en guise d’ouverture, présentant parfaitement l’univers à découvrir, avec cette lascivité et cette sensualité dont Kate a le secret et qui avaient déjà été bien exploitées dans le disque précédent, Hounds of Love. Mais si je devais ne retenir que deux titres je penserais avant tout à ‘Deeper Understanding’, pour ses instrumentations mêlées, et bien sûr à ‘This Woman’s Work’, morceau mirifique faisant partie des tous meilleurs de la dame. La voix y est sublime et se fait porter par une chanson émotive extraordinaire, dans laquelle le temps semble d’arrêter. Entre fragilité et puissance, d'une profondeur abyssale. Je noterais aussi deux autres titres intéressants : ‘Fog’, accentuant ces ambiances oniriques et ténébreuses, donnant un caractère plus sombre à The Sensual World, là où Hounds of Love obtenait un peu cet aspect davantage lumineux ; et ‘Never Be Mine’, dans une veine plus romantique, jouant sur une fausse facilité d’écriture. L’ensemble du disque reste bien homogène, riche en arrangements léchés et de qualité, et livrant pour notre plaisir son parfum le plus délicat.

Note : 5/6

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lundi, octobre 29, 2012

Kate BUSH Hounds of Love (1985)

Kate Bush - Hounds of Love
Art Rock/Pop (Angleterre)


Trois ans après le séminal The Dreaming sort Hounds of Love, succès commercial et figure de proue d’une discographie riche et enivrante. Ici se dérobe un univers lascif et cotonneux, accompagné de ses atmosphères célestes et laiteuses. À mon sens, le mérite de l’œuvre découle avant tout de son homogénéité, même si ses deux parties demeurent comme les deux faces de Janus, la première riche en singles (notamment ‘Cloudbusting’ et la chanson-titre), la seconde davantage conceptuelle, chaque titre participant à un tout. Nouvelle œuvre dont Kate Bush assure elle-même la production, Hounds of Love présente l’artiste sous un jour différent, soutenue par une forme de pop progressive 80’s moins aventureuse que celle de The Dreaming, mais pas forcément moins ambitieuse, et dans laquelle la dame semble toujours plus impliquée. Hounds of Love renforce ainsi toute l’imagerie lyrique de l’artiste, en l’enrichissant, mettant en valeur tout son charisme et sa puissance.

Note : 4,5/6

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vendredi, octobre 26, 2012

Kate BUSH The Dreaming (1982)

Kate Bush - The Dreaming
Art Rock/Pop (Angleterre)


Des songes complexes et étranges, une musique sophistiquée et aventureuse… Kate Bush franchit ici véritablement le pas, pour nous afficher une identité artistique bien énigmatique. Alambiqué, multi facette, synthétique, The Dreaming est un disque à part, très personnel (produit par l’artiste elle-même), parfois hostile, souvent accidenté, toujours dépaysant. S’appuyant sur un Never For Ever à la croisée des chemins, le quatrième album de Kate nous fait entrer de plein pied dans un univers intérieur atypique et dès lors intrigant, poésie à la fois théâtrale et intime. La face A du disque, très solide, nous présente les morceaux que je préfère : les atmosphères de ‘There Goes A Tenner’, l’instabilité délicieuse de ‘Pull Out The Pin’, l’exotisme mélodique et irréel de ‘Suspended in Gaffa’, et la subtile discrétion de ‘Leave It Open’. De façon étonnante, j’ai avant tout envie de retenir de la seconde face le farouche ‘Get Out Of My House’, prêt à hérisser devant nous toutes ses épines. Très mature malgré quelques petites maladresses par endroit, The Dreaming reste une œuvre majeure dans la carrière de Kate Bush, un disque unique... Unique comme chaque rêve est unique.

Note : 4,5/6

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