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Exil progressif

Un blog old-school sur les musiques progressives et psychédéliques

mercredi, février 29, 2012

ASH RA TEMPEL Ash Ra Tempel (1971)

Ash Ra Tempel - Ash Ra Tempel
Kosmische Musik (Allemagne)


Tonnerre et méditation. Ash Ra Tempel, formé en 1971 par Manuel Göttsching, Klaus Schulze et Harmut Enke, prend sa place dans la galaxie krautrock, quasiment dès sa genèse. Deux longs morceaux, respectivement de 20 et 25 minutes, composent ce premier album éponyme. Les premières nappes planantes et menaçantes d’‘Amboss’ font leur apparition. Le ciel infini semble gronder et nous projeter dans un univers cosmique, psychédélique, stratosphérique. De ce bain de claviers ambiants et futuristes émerge un rock puissant en fusion. S’ensuit ainsi un jam spatial et gondolé où guitares furibardes et acides se déchaînent sous fond de martellements explosifs. Dans son livre Krautrocksampler, Julian Cope fait un parallèle saisissant avec l’énergie et la véhémence annihilatrices qui animent la scène de Détroit. La forme est différente, mais le fond serait le même, tout du moins en partie. Ash Ra Tempel ne coupe cependant pas ses racines de la musique allemande, tout en y ajoutant une vitalité spirituelle et ésotérique supplémentaire. Si le jam brille par sa spontanéité, Ash Ra Tempel ajoute dans ses morceaux l’apport de la technologie et une tonalité résolument progressive, étirant ses morceaux à l’infini : du punk dilué d’une certaine manière, mais avec une intensité continue. En tout cas, ‘Traummaschine’, qui constitue la seconde face du disque, demeure beaucoup plus ambient. Les claviers caverneux d’outre-tombe se dévoilent lentement, tels des ombres approchant. Leurs harmonies nous transportent, semblent déchirer le ciel, semblent gémir aussi. L’osmose est remarquable et ‘Traummaschine’ fait figure de grande réussite, une des plus belles pièces du mouvement kraut. Le cœur du morceau s’agite davantage, avec ces percussions qui pilonnent et tonnent, avec ses guitares qui sifflent… Après une brève accalmie, un solo de guitare émerge pour l’ultime assaut, puis cette épopée retombe merveilleusement dans les atmosphères minimalistes, angoissantes et désolées. On sent encore les palpitations du morceau, entretenues par des motifs de guitare lumineux. C’est donc là aussi la réussite de ce premier album : le mélange turbulent rock/atmo, alliage bouillant et tumultueux, prend bien et prépare, poursuit, illustre certains aspects du prog, du kraut, du punk, du space rock… ART nous fait entrer dans son temple éclectique et visionnaire, et signe ici l’une de ses œuvres les plus fortes.

Note : 5/6

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mardi, février 28, 2012

Tim BUCKLEY Lorca (1970)

Tim Buckley - Lorca
Avant-garde / Folk / Jazz / Blues (U.S.A.)


Lorca, du nom du poète espagnol, est un des disques les plus exigeants de Tim Buckley. Difficile d’accès, cet opus expérimental pourra désorienter les fervents admirateurs du folk flamboyant de Goodbye & Hello. Cela étant, il est inconcevable de passer outre l’impulsivité créatrice de l’artiste et de sa volonté d’explorer toujours plus loin l’horizon de la musique. C’est un peu dans ce sens qu’il faut, à mon avis, aborder Lorca. Au contact du jazz et influencé par la musique contemporaine, le disque développe un univers particulier, abstrait et avant-gardiste, parfois hostile, lugubre et menaçant. Une nouvelle narrativité se met en place, sous l’impulsion d’une voix utilisée comme un authentique instrument, ce qui fait l’une des forces majeures de Tim Buckley. Les mélodies semblent s’être fondues dans une dynamique jazzy et parfois dans des gammes chromatiques, donnant la formule d’une nouvelle poésie folk lyrique, à la fois expérimentale et spontanée, et un peu provocante. Nous ne sommes pas loin d’une certaine forme de transe mystique, quasi-tribale. Une vraie présence, d’un nouveau type, se dévoile dans cet album. Le climat est très sec, dépouillé, loin des harmonies de Goodbye & Hello. Ici, guitares nues, orgue et piano électrique, basse et contrebasse accompagnent les incantations vocales de Tim, intenses et romantiques, sous fond de congas. Les morceaux les plus emblématiques de l’œuvre restent bien sûr l’inquiétant et halluciné titre éponyme, ‘Anonymous Proposition’ et ‘Driftin’’, tournant autour de 8-10 minutes. Plus accessibles, ‘I Had A Talk With My Woman’ et ‘Nobody Walkin’’ permettent pour leur part de s’éloigner un moment de ces territoires austères et arides. Mais ces régions sont aussi celles de l’âme de Tim Buckley, mettant en valeur tout l’aspect exalté d’un folk mêlé de blues romantique et de jazz aventureux et minimaliste. Si le disque peut déranger, il n’en demeure pas moins un voyage unique, enflammé et fiévreux, qui vous transportera vers des recoins jusque-là inédits et inexplorés.

Note : 5/6

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lundi, février 27, 2012

Tim BUCKLEY Goodbye and Hello (1967)

Tim Buckley - Goodbye & Hello
Folk Rock / Psychédélisme (U.S.A.)


Premier changement de taille, et premier coup de maître. Avec Goodbye and Hello, Tim Buckley voit les choses en grand. Il y développe un folk psychédélique, très mélodique et raffiné, quasi-mystique. On y perçoit parfois le sens de l’éternel. Sur ce deuxième album aux accents médiévaux, Tim Buckley parvient à élaborer des atmosphères psychés et lyriques, mettant en scène une grande variété d’instruments (kalimba, vibraphone, congas, harmonium, orgue, clavecin…) A l’instar du titre éponyme, on se sent presque plonger dans une histoire, notamment grâce à l’étrange ‘Carnival Song’ ou aux visions resplendissantes du très réussi ‘Hallucinations’. Mais ce qui me frappe le plus, c’est la subtilité des compositions, mêlée à une âme visionnaire, illuminée, proche de la communion spirituelle. Les mélodies sont d’orfèvre, que ce soit sur le magistral ‘Pleasant Street’, fulgurant et animé d’une tension fébrile, ou sur le délicat ‘Phantasmagoria in Two’, absolument mirifique, beauté simple toute en retenue. Une partie de la grâce qu’il communiquera à son fils Jeff, probablement. Il lui clame d’ailleurs le bouleversant ‘I’ve Never Asked to Be Your Mountain’, témoignage poignant et humain. Autre titre plein d’emphase, le morceau éponyme, petite pièce contrastée et mouvementée de 9 minutes parfois proche de la musique de chambre, coloré et exaltant. Evidemment, je ne saurais oublier les 2 minutes 30 de bonheur lumineux de ‘Morning Glory’, et ses chœurs sombres et poignants… Des cordes délicates, une voix zénithale, pour l’une des plus belles fins de disque. À la fois soigné à l’extrême, authentique et spontané, créateur d’ambiances, Goodbye and Hello est un album unique, éblouissant, intense et d’une grande profondeur. Miroir des émotions de l’artiste, Tim Buckley tiendrait aussi son Blonde on Blonde. Premier coup de maître, et premier grand disque.

Note : 6/6

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vendredi, février 24, 2012

Tim BUCKLEY Tim Buckley (1966)

Tim Buckley - Tim Buckley
Folk Rock (U.S.A.)


Objectivement, on ne peut pas vraiment dire que le premier album de Tim Buckley soit sa plus grande réussite. La faute à un parcours étourdissant et exceptionnel, le plaçant parmi les plus grands. Ce n’est pas non plus son œuvre la plus représentative, même s’il est difficile de déceler le « vrai » Tim Buckley, puisque sa musique prit des virages et des visages différents. Ici, les morceaux semblent assez classiques, assez convenus, tournant autour de 3 minutes. La musique de Tim Buckley ne prend pas encore son envol, lui qui est plus à l’aise pour casser les carcans des musiques folk, rock, blues, jazz afin de révéler leurs essences cachées. Pourtant, son premier disque présente déjà une certaine verve, une certaine beauté, et avant tout de la générosité. Déjà, il met en avant une voix exceptionnelle pour un garçon qui n’a pas encore atteint la vingtaine. Et puis il y a un titre que j’aime beaucoup : ‘Wings’. Ah, ces petits arrangements de cordes qui font toute la différence et nous transportent dans un vent de nostalgie. Ces cordes sublimes, on les retrouve même davantage sur le magnifique ‘It Happens Everytime’, poignant et témoin d’une véritable puissance émotive. À cela on ajoute également ‘Song for Jamie’ que j’aime bien, un peu plus cristallin. Je noterais enfin le discret ‘Song Slowly Song’ qui tranche assez bien avec l’arrivée de ‘It Happens Everytime’. En revanche il faut un peu plus s’accrocher sur ‘Strange Street Affair Under Blue’, ‘Valentine Melody’, ‘Aren't You the Girl’ et ‘Grief in My Soul’, titres nettement plus faibles, voire un peu agaçants quand on n’est pas de bonne humeur. Le reste est plus inoffensif mais s’écoute agréablement pour ses atmosphères sixties. Ce premier album reste le fruit d’une époque dont on estime la saveur, le son et le sens. Le fruit d’un cheminement personnel aussi, de sa rencontre avec Larry Becket, ami participant au disque pour ses textes et arrangements. Si l'itinéraire entrepris par Tim Buckley prendra moult directions que l’on ne peut percevoir jusqu’alors, la magie est déjà un peu là, en partie, tout comme les premières illuminations d’une voix mirifique qu’il va progressivement user tel un authentique instrument.

Note : 4/6

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jeudi, février 23, 2012

PANDA BEAR Tomboy (2011)

Panda Bear - Tomboy
Expérimental / Indé (U.S.A.)


Après l’impressionnant Person Pitch, Tomboy tente d’amorcer d’autres directions. Un peu plus kaleidoscopique, il n’en garde pas moins la patte du panda, marquant un peu plus son territoire en 2011. Certes le travail sur les samples de Person Pitch n’est plus, mais l’essentiel est ailleurs. Le pétillant ‘Slow Motion’ (hypnotique et exquis jusqu’à l’abrutissement), le terrible ‘Tomboy’ et l’extraordinaire ‘Alsation Darn’ sont parmi les plus belles réalisations du disque. J’aime également beaucoup les ambiances et les harmonies de ‘Friendship Bracelet’, magnifique, ou encore les pétulantes boucles d’‘Afterburner’, à la pulsion moderne mais légèrement tribale. On note aussi la mélancolie extatique et enivrante de ‘Benfica’, placée sous le soleil portugais, exactement. C’est d’ailleurs peut-être lui qui vous donnera envie de rêver éveillé sur le scintillant ‘Surfer’s Hymn’, très évocateur, avec ses vagues et ses mélodies en chœurs. On pense enfin au bourdon électronique de ‘Drone’ et au piano minimal de ‘Scheherezade’… De façon générale, la recherche est davantage orientée sur un format chanson mais en soignant toujours les mélodies (les Beatles et les Beach Boys ne sont pas loin) sur un mode psychédélique bien marqué. On retrouve dès lors cette atmosphère si particulière et intrigante, spirituelle et lumineuse, et un peu exotique. Tomboy est une boîte à idées expérimentale, émotionnelle et toujours instinctive. Une grande réussite.

Note : 5/6

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mercredi, février 22, 2012

PANDA BEAR Person Pitch (2007)

Panda Bear - Person Pitch
Expérimental / Indé / Sampling (U.S.A.)


Voilà un disque bien marquant dans ces dernières années… Il s’agit à la fois d’un exercice personnel de sampling, d’une revisitation un peu spirituelle de différents samples si vous voulez, et également d’un travail authentique de composition. Noah Lennox, alias Panda Bear et membre d’Animal Collective, est lâché dans la nature depuis quelques albums solo déjà. Et Person Pitch pourrait être son graal.

Très typé, très malin, espiègle et remuant, cet album demeure accessible et efficace, tout en gardant des atmosphères contemplatives prenantes et intenses. Les voix en filigrane et leurs échos participent aussi à cet exil troublant dans des ambiances étranges et un peu farfelues... Quels sont donc ces bruits de fond que l’on entend parfois au loin ? Vos sens et votre imagination vous apporteront des réponses.

Au niveau des morceaux, le fringant ‘Bros’ est une merveille. La manière dont il évolue est assez amusante, et l’on ne sent pas le temps passer dans ce titre sémillant et addictif. Les morceaux purement atmos font également grandement partie du succès et de l’accomplissement de cette œuvre : le religieux ‘I’m Not’, l’énigmatique ‘Search for Delicious’ sont saisissants et absorbants… Et les autres compositions sont autant de tours de magie. La seconde partie de ‘Take Pills’ (et ses atmosphères aquatiques et ondoyantes), plutôt dansante et frétillante, est par exemple assez sympathique.

On retrouve dans l’ensemble une forme d’aura mélancolique/nostalgique mais en même temps bien actuelle, le tout mis en valeur par un climat « ensoleillé » assez frappant. Cela est probablement dû au départ de Noah Lennox et de sa petite famille au Portugal. Il y a un vrai esprit dans ce disque, quelque chose d’assez sain, réflexif et en même temps très spontané. Aussi intrigant que réussi, Person Pitch est un émerveillement à vivre de l’intérieur. Magistral.

Note : 6/6

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mardi, février 21, 2012

OPETH My Arms, Your Hearse (1998)

Opeth - My Arms, Your Hearse
Métal progressif (Suède)


Opeth semble s’être vidé de quelque chose. Pour éclore ailleurs. La section rythmique qui avait ourdit tant de belles choses sur l’opus précédent n’est plus là. Certes Johan DeFarfalla & Anders Nordin ne font plus partie de l’aventure mais l'arrivée de Martin Lopez à la batterie, ce n’est pas rien non plus, assurément. Le groupe abandonne également les structures de plus de 10 minutes. Les voix claires prennent davantage d’espace, les guitares acoustiques aussi. Le groupe semble rechercher un nouvel équilibre. Ailleurs. Un temps nouveau pour Opeth est arrivé et My Arms, Your Hearse demeure l’album de transition propice. Un vrai régal aussi. Un concept album enfin, sur les errances d’un fantôme autour de la femme qu’il a aimée. Musicalement, la tempête est toujours de mise avec une ouverture magistrale : ‘Prologue’/‘April Ethereal’. Le groupe soigne ses premières pistes, emblématiques (et notamment leurs motifs de conclusion), une habitude qui le suivra pour notre plus grand plaisir. Les riffs sont toujours efficaces, alambiqués, mélodiques, même s’ils demeurent plus directs que sur les deux albums précédents. Plus timoré et moins éblouissant, riche et impressionnant que ‘Morningrise’, My Arms, Your Hearse reste pourtant un successeur particulièrement digne. Creuset du nouvel Opeth, authentique préparation pour les disques suivants (écoutez ‘When’ par exemple, terrassant), nouvel preuve éclatante du talent d’une formation qui sait composer des œuvres d’envergure, et des titres perforants et décisifs comme jamais. ‘Demon of the Fall’ en est une preuve remarquable. J’ai aussi un petit faible pour le folk de ‘Credence’, annonciateur de beaucoup de belles choses futures, et le troublant ‘Epilogue’, mélancolique et incandescent, qui me laisse dans une rêverie crépusculaire. Pas grand-chose à blâmer une fois encore. La magie d’Opeth est bien là, et pour longtemps.

Note : 5/6

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lundi, février 20, 2012

SUICIDE Suicide (1977)

Suicide - Suicide
SUPPLÉMENT : Punk/Post-Punk/No-wave/New-wave/Synth-Pop/Industriel (U.S.A.)


Suicide est punk, intrinsèquement. S’il végète sur les cendres de ce mouvement passé et dépassé, mort en pleine explosion, il en garde le côté dépravé, salasse, urbain. Le punk n’existe plus, alors tout est possible. Place au divin. Un disque de synth-pop cradingue, voilà la bonne nouvelle. La révélation même, un rêve un peu cauchemardesque qui chamboula le paysage rock. Deux acteurs : Martin Rev & Alan Vega. Deux héros contemporains. Ils nous ont concocté une musique qu’on aimerait écouter uniquement sous des réverbères blafards, errant péniblement sur les trottoirs ternes et pisseux de nos villes modernes et étouffantes. Le premier album de Suicide est un carrefour. Il est aussi new wave, pour ses synthés poisseux et ses rythmes tendus. Il est également no wave dans l’esprit, pour la désillusion qu’il véhicule. Mais avec un tel esthétisme qu’elle en devient espoir. Enfin, il est industriel, dans son apparence martiale et dans ses thématiques d’aliénation. Alors voilà la recette : les incantations d’Alan Vega, ses glapissements, ses halètements anxiogènes, pulsés par le beat terrifiant des machines électroniques de Martin Rev. Ouais, ce beat acide, perfide, mécanique, on le retrouve un peu partout dans le disque, même s’il semble muter. Et puis ces synthés barbouillés… bien sûr. Un truc de sagouin en somme, mais qui sonne vraiment impeccable. Le tout animé par l’âme du disque, zénithale et narquoise. C’est elle qui détourne et maltraite le rockabilly sauvageon et classieux de ‘Ghost Rider’, entêtant et terrible. C’est elle qui façonne l’autoritaire et atmosphérique ‘Rocket U.S.A.’ tout comme le mélancolique ‘Che’. À moins qu’il ne s’agisse de l’âme damnée de ‘Frankie Teardrop’. Le trauma. Ce beat cinglant dans la tête, cette ligne de basse vile et visqueuse qui s’introduit dans le morceau et voici le titre le plus éprouvant du siècle. Un mythe, un peu trop morbide, mais qui ravage de l’intérieur, frissonnant. Une expérience d’épouvante, presque cinématographique. Et pourtant je n’ai envie que de garder l’euphorie lumineuse vers laquelle ce disque nous mène. Un peu à la façon du premier Velvet, l’œuvre est obscure mais reste teintée d’une aura fulgurante et diaphane nous irradiant de son mysticisme et de son énergie. On retrouve bien ce sentiment dans le romantisme faussaire de ‘Cheree’, les obsessions lascives un peu kitsch de ‘Girl’ ou dans les notes d’espoir de ‘Keep your Dreams’, titre bonus et salvateur. Le premier album de Suicide est une renaissance. Primaire et un peu intello quand même, il représente l’envers du monde moderne mais aussi sa nature propre. Musique minimale, impact maximal, et facilement un des disques les plus importants du siècle passé.

Note : 6/6

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samedi, février 18, 2012

OPETH Morningrise (1996)

Opeth - Morningrise
Death métal progressif (Suède)


Nouvelle énigme d’Opeth, Morningrise est le premier album d’envergure du groupe. Orchid avait déjà tracé un chemin, de manière plutôt réussie, mais Morningrise pousse Opeth vers une nouvelle dimension. Déjà, la pochette reste des plus sublimes et des plus évocatrices. Pour avoir acheté le vinyle, je reconnais que c’est un vrai plaisir de pouvoir l’admirer sur ce format. Et puis ce son… Dense, opaque, équilibré, brillant, éclatant. Les guitares rugueuses et sombres sont toujours de mise, la saturation est lourde, mais Opeth ourdit ici une très belle synthèse acoustique/électrique (avec parfois des passages au chant clair), quelque part entre la puissance du death metal et les atmosphères forestières du black metal. La basse se gonfle, claque, s’entortille, la batterie percute, explose, groove. La section rythmique fait souvent preuve d’un feeling étonnant et enivrant, parfois presque jazzy. Et tout se développe au sein de larges structures, encore une fois complexes, avec une expertise du son et de l’arrangement un cran au-dessus de l’opus précédent. Morningrise semble davantage porteur de sens qu’Orchid qui, sans négliger ses qualités, lui ferait presque office de brouillon. Toujours très sibyllin, à la fois sombre et lumineux, ce deuxième album a beaucoup à offrir. ‘Advent’ est un classique des ouvertures de disques opethiens : une introduction fracassante, une incursion des guitares acoustiques, de grands moments organiques pour la section rythmique, une envolée de chant clair, une tempête de basse sinueuse… Les premiers ingrédients sont présents. Et Opeth nous dévoile tout son ‘Nectar’, une des plus belles réussites du groupe, avec notamment cette séquence entêtante dans laquelle la guitare acoustique et la basse se rencontrent dans une vraie dynamique progressive [autour de 8:00]. ‘The Night and the Silent Water’ qui le précède n’est pas en reste. L’hymne à l’eau noire. On retrouve les lignes mélodiques et les riffs renversants et efficaces qui font lorgner Opeth du côté du dark metal suédois (stricto sensu, ce qui conforterait l’idée d’une synthèse black/death si on veut). Une section plus calme s’y dévoile également, plus méditative. Mais le cœur du disque, progressif, réside peut-être dans les vingt minutes de ‘Black Rose Immortal’. Une ode électrique et folk, pleine de rage mais aussi de souplesse rythmique. Le groupe étire les structures naturellement. Certes, cette longue pièce regorge de différents mouvements plus ou moins autonomes, mais ces derniers s’associent plutôt bien. ‘Black Rose Immortal’ est plus difficile d’accès que le reste du disque mais il résume assez bien l’ensemble, asseyant un peu plus son homogénéité. L’opus se referme sur des points de suspension, ceux de ‘To Bid You Farewell’, forme de ballade opeth-ienne subtile et complexe, mettant encore une fois en valeur l’identité forte du groupe. Devant tant de richesses, de compromis artistiques nécessaires, Morningrise ne se trouve pas loin du zénith. Non loin de la perfection, non loin de l’absolu. Opeth a encore beaucoup à nous faire découvrir. Avec ses deux premiers disques nous ne sommes qu’à l’aurore d’un grand voyage. La route est longue, les écoutes exigeantes. Et ceux qui persévèrent découvriront sans mal les secrets que Morningrise veut révéler.

Note : 6/6

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jeudi, février 09, 2012

BORKNAGAR Quintessence (2000)

Borknagar - Quintessence
Black métal épique (Norvège)


Quintessence, un disque teinté d'atmosphères épiques et grandiloquentes… Nous sommes quelque part entre la lave en fusion du cœur d’un volcan, et une nuit bleue étoilée. Le métal en fusion de Borknagar mêle l’agressivité des précédents opus à un lyrisme poétique, tout en cultivant certains réflexes légèrement progressifs dans son exécution. Des guitares touffues et cinglantes, sulfureuses, en incandescence, s’accompagnent d’une batterie frénétique mais appliquée, et se frayent un chemin parmi les nappes brûlantes d’un orgue flamboyant… Pour l’alternance des vocaux clairs/criés, Borknagar compte une fois encore sur Vortex, arrivé lors du précédent album The Archaïc Course. Son chant clair, devenu une de ses marques de fabrique, est atypique, que l’on aime ou non. La production de l’ensemble semble plutôt acide, et l’on regretterait presque un son un tantinet plus dense et mieux équilibré pour mettre davantage en valeur l’écriture des différents morceaux. Mais telle est la personnalité de Quintessence. Cet opus à la fois direct et complexe recèle de nombreuses perles et met tout le monde d'accord en enchaînant dès le départ des titres particulièrement accrocheurs et incisifs : dès 'Rivalry of Phantoms', les guitares sont entraînées dans des courses épuisantes ; 'Colossus' est une véritable réussite organique et émotive ; le thème de 'The Presence is Ominous' terrasse l'auditeur dès les premières écoutes ; et l'éprouvant 'Ruins of the Future' brille par son orgueil et sa solennité. On retiendra aussi les synthétiseurs de braise de l'instrumental 'Embers', la mélancolie contemplative de ‘Icon Dreams’, la rage homérique de ‘Genesis Torn’, et enfin la mélodie claire et subtile de 'Revolt', magnifique. Les compositions sont très personnelles et se dresse parallèlement en filigrane le spectre des ambiances élégiaques. Quintessence se démarque de beaucoup d’autres disques, avec son identité, sa maîtrise, sa poésie.

Note : 5/6

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mercredi, février 01, 2012

OPETH Orchid (1995)

Opeth - Orchid
Death métal progressif (Suède)


Mais qui est donc David Isberg ? Souvent, les routes qui nous mènent à la musique et les parcours qui nous font évoluer au sein même de l’art sont pour le moins étranges. David Isberg, musicien suédois, est à l’origine de la formation en 1990 d’Opeth, groupe incontournable de la scène métal. C’est lui-même qui sollicita l’un de ses membres cruciaux : Mikael Âkerfeldt… Mais leurs chemins se séparèrent. David Isberg, sans oublier ses premiers amours, est devenu DJ Dake, parfois influencé par la scène Madchester dont nous reparlerons peut-être ici. Opeth, de son côté, développa sa musique, sa syntaxe, son essence.

Orchid est le premier album de ce groupe de référence. Un peu à la façon des premiers disques des formations phares du doom (Katatonia, Paradise Lost, My Dying Bride, Anathema) ou du death suédois (In Flames, Dark Tranquility), le son est raw, brutal, primitif voire primaire, mais sans négliger, en filigrane, une recherche mélodique embryonnaire. Le grain du death metal et son agressivité se marient ici à l’éclosion de guitares acoustiques. La musique d’Opeth révèle déjà sa complexité, mais sans trop en montrer. Encore aride, opaque, Orchid met du temps à être apprivoisé par l’auditeur. Opeth est encore à l’étape de la genèse mais impressionne déjà par sa personnalité, et par certains passages qui ne trompent pas : l’introduction mélodique de ‘In Mist She Was Standing’ et ses guitares entremêlées qui ne nous lâcheront plus… la section acoustique et menaçante d’un ‘Under The Weeping Moon’, telle l’eau noire qui dort… et puis le piano crépusculaire de ‘Silhouette’… Un tableau mélancolique et onirique se peint progressivement, chaque morceau apportant ses touches personnelles, réfléchies et introspectives. L’épais ‘Forest of October’, le triomphant ‘The Twilight Is My Robe’ & l’épique ‘The Apostle In Triumph’ marquent par leur générosité et leur tempérament, malgré l’aspect parfois impénétrable de leurs agencements. À l’instar du titre d’ouverture, les structures s’allongent jusqu’à une quinzaine de minutes, les guitares se rencontrent, se chevauchent, et donnent naissance à des lignes mélodiques alambiquées, parfois fougueuses, faisant résonner en nous leurs échos. Orchid est un apprentissage lumineux. Et de ces premiers pas on retiendra volontiers les balbutiements d’une nouvelle grammaire dans une œuvre intrigante, dont les promesses ne tarderont pas à devenir réalité, et ce pour les quinze années à suivre.

Note : 4,5/6

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