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Exil progressif

Un blog old-school sur les musiques progressives et psychédéliques

mercredi, août 25, 2010

SPARKLEHORSE It's A Wonderful Life (2001)

Sparklehorse - It's A Wonderful Life
SUPPLÉMENT : Rock Indépendant (U.S.A.)


Sparklehorse est un projet américain créé par Mark Linkous en 1995, songwriter multi-instrumentiste issu de Dancing Hoods et de The Johson Family (Salt Church Mary). Sous l’emprise de Johnny Cash et inspiré par Neil Young, il s’inscrit dans un mouvement de pop/rock lo-fi imprégné de la tradition folk américaine qu’il tente de renouveler, un peu à la manière de Grandaddy, voire des immenses Mercury Rev. Linkous apporte parfois une touche expérimentale à ses compositions, sans vouloir pour autant atteindre les excès étourdissants du psychédélisme d’antan. Ayant assimilé un certain héritage punk (The Damned et The Sex Pistols) et appréciant profondément les Pixies, Sparklehorse parsème également ses disques de chansons plus brutes, nerveuses et tendues.

Troisième album de Sparklehorse, It’s a Wonderful Life demeure définitivement une œuvre plus homogène, équilibrée et profonde que Vivadixiesubmarinetransmissionplot et Good Morning Spider, déjà deux opus de grande qualité. En outre, Linkous a su s’entourer de musiciens capables de mettre en valeur ses intuitions artistiques et de faire ressentir tout l’arôme de sa musique : Nina Persson de The Cardigans sur ‘Gold Day’ et ‘Little Fat Baby’ ; PJ Harvey sur ‘Piano Fire’ et ‘ Eyepennies’ ; Jane Scarpantoni, Joan Wasser (Those Bastard Souls) et Margaret White pour une section de cordes. N’oublions pas que Linkous a conçu Sparklehorse en s’inspirant de Swordfishtrombone de Waits, d’où la présence de ce dernier sur ‘Dog Door’. La production est quant à elle assurée, non sans hasard, par David Fridman (Mercury Rev) et John Parish (PJ Harvey). Enfin, le disque contient un titre fantôme, ‘Morning Hollow’ que nous retrouverons sur l’album suivant.


La musique de Sparklehorse semble chancelante, ébranlée, indécise. Derrière les allures d’imperfection de leurs compositions, Linkous et son cheval étincelant savent pourtant où ils nous emmènent : vers un univers personnel, poétique et introspectif, avec l’intimité que l’on trouve parfois chez Pearls Before Swine. Cette fois-ci, les guitares s’effacent délibérément dans un ensemble musical organique sur lequel se pose la voix fragile et frémissante du songwriter. Tout en retenue, Linkous suit dès lors les pas de Nick Drake pour nous conter son histoire. Surtout, It’s a Wonderful Life demeure une collection de pop songs dont l’homogénéité impressionne. De la berceuse diaphane ‘Gold Day’ à la nostalgie brûlante de ‘Babies on the Sun’, Linkous dissémine dans son œuvre quelques mélodies d’éternité (‘Eyepennies’, ‘Sea of teeth’ & ‘Comfort Me’) et nous offre deux autres belles réussites : ‘Dog Door’, dans la veine de Captain Beefheart, et le désabusé ‘King of Nails’. Victime d’un accident en 1996, Linkous ne connaîtra pas le destin tragique de Robert Wyatt ou de Vic Chesnutt, dont ‘Little Fat Baby’ rappelle le songwriting pénétrant. Ironique et ambigu, le titre de l’opus nous questionne ainsi irrémédiablement sur le goût que nous avons finalement, pour l’existence. Discrète et pastorale, mélancolique comme celle des Red House Painters, la pop de Sparklehorse devient alors un éveil musical nostalgique, où défilent les souvenirs de la vie, une oscillation vertigineuse et hésitante entre les cimes d'un bonheur accompli et les abysses d'un désespoir déchu, mais jamais vaincu, toujours présent et hantant un disque meurtri par les séquelles et l’absurdité des questions que perpétuellement le monde nous pose.

Note : 6/6

(Chronique réalisée du 8 au 12 novembre 2007)

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mardi, août 24, 2010

Bruce SPRINGSTEEN The River (1980)

Bruce Springsteen - The River
SUPPLÉMENT : Rock (U.S.A.)


Ainsi, Bruce Springsteen ferait du « mainstream intelligent » : il arrive à écrire des classiques sans suivre la mode et parvient à toucher le coeur des gens avec une musique personnelle et authentique. La subtilité de ses chansons participent au bonheur d’une grande famille de fans, voire au soulèvement de tout un peuple : ses concerts marathoniens galvanisent les spectateurs en transcendant des compositions fédératrices. Le Boss devient le souffle qui anime la communauté. Les chansons de Springsteen sont vivantes, touchantes ; il s’agit de petites explosions vitales pleines d’humanité, mais, attention, pas de cette « humanité » hypocrite et aveuglante dont beaucoup se réclament trop souvent. La musique de Bruce est subjective mais universelle, locale mais à l'image de nombreuses sociétés.

The River a une valeur hautement symbolique ; ce disque révèle la sueur du travailleur, le bouillonnement de son sang, l'odeur du sable, de la cendre et du goudron, le craquement des planchers californiens, l'éclat de l'or fin ou de la limaille de fer… Pour les plus voyageurs, il évoquera les atmosphères des paysages imaginatifs que l'on peut rencontrer à tout hasard, chez Steinbeck, Cendrars ou Buzzati. Mais finalement, ne s'agirait-il donc pas des paysages dévastés des villes industrielles, ou plus exactement du New Jersey ? Effectivement… Parallèlement à cela, Bruce a réussi le pari de transcender des textes a priori banals, par leurs thématiques, en leur apportant émotion et vitalité, les transformant dès lors en authentiques témoignages. Des témoignages qui créent une réelle proximité entre les chansons de Bruce et ceux qui les écoutent. Springsteen arrive ainsi à réinventer la « communication » dans la musique. Mais également la communication entre les musiciens eux-mêmes : The River reste le produit d'un groupe cohérent et fidèle. Le Boss s'entoure en effet du polyvalent et indispensable pianiste Roy Bittan, du guitariste complice "Little Steven" Van Zandt, de l'impassible bassiste Gary Tallent, de "Mighty Max" Weinberg, batteur à la force de frappe métronomique, de l'instinctif claviériste Danny Federici, et bien sûr du populaire saxophoniste Clarence Clemons. Influencés par les Byrds et les Stones, par le songwriting de Van Morrison, de Bob Seger et de Bob Dylan, les membres du groupe livrent des chansons solides, de véritables complexes énergétiques unifiés, des perles de cohésion. L'éclectisme est au service de compositions exubérantes, brutes et électriques, a priori arides mais fertiles au fil des écoutes. Le son est lourd, et se rapproche parfois d'une forme de heavy rock n' roll assez optimiste. Parmi les nombreuses pépites en or fin que contient The River notons ‘The Ties That Bind’, hommage aux Byrds muni d'une section middle dévastatrice ; ‘Ramrod’, véritable rouleau compresseur de rock n' roll euphorisant et lourdingue ; le désertique et poignant ‘Stolen Car’ ... Et que dire du dépouillé ‘Independance Day’ évoquant la déchirure père-fils ? Des musclés et humoristiques ‘Sherry Darling’ & ‘I’m a Rocker’ ? Des pêchus et irrésitibles ‘Out in the Street’, ‘Two Hearts’ et ‘You Can Look’ (et ses backing vocals) ? ... Le Boss a au final plus d'un tour dans son sac. Avec la finesse de grain de ses chansons, il arrive à point nommé vainqueur dans la ruée vers l'or. Mais si la rogne des guitares turbulentes est présente, le double-album contient deux ballades humides et déboussolantes : ‘Point Blank’ & la mythique ‘The River’. Cette dernière évoque le contraste entre les passions et les responsabilités adultes, et les déceptions auxquelles mènent de nombreux rêves. Et puis il y a cette comptine crépusculaire et étoilée, ‘Drive all Night’, témoignage d'honneur au ‘Madame George’ de Van Morrison, un des nombreux tournants de ce disque. Cette longue chanson typique d’un road-movie nocturne, aux leitmotivs hypnotiques, se profile comme une des cinq plus belles chansons du Boss. La dure journée du working class hero bat retraite pour laisser place, dans une veillée brumeuse, à l'amour. À la magie du soir. D’ailleurs, la thématique de la voiture est également bien représentée dans ce disque : ‘Cadillac Ranch’, ‘Stolen Car’, ‘Wreck on the Highway’… Ce n’est pas étonnant, finalement ; le Boss parcourt les routes sinueuses et rocailleuses de destinations multiples, chemins le menant tout droit à son meilleur opus, et à une forme d’aboutissement au croisement des décennies.

Note : 6/6

(Chronique réalisée autour du 2 novembre 2003, corrigée en août 2010)

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samedi, août 21, 2010

MARILLION This Strange Engine (1997)

Marillion - This Strange Engine
Néo-progressif / Pop-Rock acoustique (G.B.)


Après une succession de disques assez monumentale, This Strange Engine marque un peu le pas dans la carrière de Marillion. Tourné parfois vers une forme de pop acoustique, ce nouvel opus, extrêmement inégal, ajoute au demeurant des éléments intéressants à la discographie du groupe. Je pense tout d'abord à certaines dynamiques de l'ouverture, ‘Man of A Thousand Faces’, titre plutôt rythmé et entraînant, mais qui pèche par un refrain un peu minable et un final pompeux... Difficile ensuite de résister à l'écriture appliquée du très beau ‘One Fine Day’, chanson nostalgique et amère, interprétée avec une certaine finesse. Et puis bien sûr le voyage proposé par ‘Estonia’ demeure mémorable, notamment grâce à sa section middle envoûtante... Enfin, j'ajouterais ‘The Accidental Man’, assez efficace, sans être renversant. Bon malheureusement, à côté de cela, il faut se coltiner ‘80 Days’, ballade acoustique improbable à la faiblesse d'écriture ahurissante, le genre de rengaine indolente dont on ne pensait pas Marillion capable. Si le très emprunté ‘Memory of Water’ n'arrange rien à l'affaire, tendant à l'autoparodie, le très (très) niais ‘Hope for the Future’ noircit le tableau de façon considérable. Marillion pouvait sembler à la limite de ses possibilités, ou tout du moins en danger dans certains passages des œuvres précédentes, mais on ne pouvait, ou ne voulait trop croire à la possibilité de ce genre d'écarts. Pourtant le Rubicon semble être ici franchi, les limites du mauvais goût aussi. Il est d’ailleurs vraiment étonnant de se rendre compte d'un tel contraste en terme de qualité au sein des différents morceaux, de belles réussites côtoyant des compositions médiocres et indignes, clichés de platitude et de sentimentalisme dégoulinant. Peut-être que le morceau-titre, petite pièce de près de seize minutes, pourrait nous permettre de trancher en faveur du disque dans sa globalité ; cette suite réconcilie temporairement le groupe avec le monde du progressif proprement dit, de par sa structure alambiquée et ses moments floydiens. Je dois dire que l'ensemble mérite vraiment qu'on s'y attarde, et notamment toute la seconde partie, riche en moments d'excellence : soli de sax et de guitare triomphants, nappes de claviers discrètes et enivrantes, final contrôlé et maîtrisé... Toutefois l'impression d'un album particulièrement décousu ne peut que s'estomper, à défaut de vraiment disparaître. Encore un peu trop poussif dans l'ensemble et un peu trop banal aussi, sans réelle personnalité (à moins qu'il ne la pousse parfois jusqu'à la caricature), ce disque semble parfois manquer de souffle et demeure dès lors dans l'ombre de ses prédécesseurs. Les plus belles années de Marillion semblent derrière eux, même si de très bons moments musicaux présents ici sont à considérer simplement.

Note : 3,5/6

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lundi, août 16, 2010

MARILLION Afraid of Sunlight (1995)

Marillion - Afraid of Sunlight
Néo-progressif / Pop-Rock moderne (G.B.)


Afraid of Sunlight ressemble au petit frère de Brave. Qualitativement et stylistiquement d’une part… et conceptuellement d’autre part, puisque les diverses compositions tournent autour d’une même thématique : ici, la célébrité et ceux qui s’y brûlent les ailes. Cependant cette fois, les morceaux de l’album semblent conserver chacun une identité forte et peu de liens musicaux entre eux. Pour leur dernier disque avec EMI, Marillion nous offre en tout cas une forme de pop-rock moderne, illuminée par les divers instruments. Comme dans Brave, les ambiances, lyriques et romantiques, généralement mélancoliques, sont bien accentuées et prennent ainsi un rôle central, valorisées par une production lisse et profonde. L’écriture reste toujours très fine, efficace et sensible, dévoilant une nouvelle fois des compositions travaillées, précises et de haut niveau ; mis à part l’étrange et sanglant ‘Cannibal Surf Baby’, petit clin d’œil bizarroïde aux vénérables Beach Boys, chaque titre se montre vraiment à la hauteur. L’ouverture, curieusement nommée ‘Gazpacho’, reste de très bonne facture, soignée et lumineuse, marquante par ses parties de guitare étincelantes. La ballade ‘Beautiful’, atypique et radieuse, nous présente quant à elle un monde onirique, un peu rose bonbon, sur une mélodie simple et directe emmenée par la voix de Steve Hogarth, pleinement dans son sujet. Mais ce sont sans doute les titres de la seconde moitié de l’album qui tirent leur épingle du jeu. Si j’aime bien la douceur diaphane d’‘Afraid of Sunrise’, comment ne pas être proprement subjugué par ‘Afraid of Sunlight’, morceau céleste et touchant, particulièrement brillant ? Quant à ‘Out of this World’, et ses atmosphères confinées et dépressives, introspectives et pénétrantes, il demeure un moment musical particulièrement sombre et poignant. Cependant, mon titre fétiche reste indubitablement ‘Beyond You’, que je place parmi les joyaux du groupe. Calme et nocturne, ce titre révèle à nouveau avec habileté des sentiments contenus, sur un texte de toute beauté, à la simplicité troublante. Une chanson en clair-obscur, fantastique et rayonnante, précieuse et intime, une forme d’élévation, pure et éclatante. Enfin, l’opus se termine avec le mémorable ‘King’, et sa coda en incandescence : une fin en apothéose pour l’un des grands disques de Marillion, moment majeur pour un groupe qui n’en finit plus d’exceller depuis Misplaced Childhood. Enivré et éclairé par une période fertile pour la composition, Marillion apporte ici une nouvelle réussite indéniable, pleine de fraîcheur et de générosité.

Note : 5/6

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mercredi, août 11, 2010

MARILLION Brave (1994)

Marillion - Brave
Néo-progressif / Concept-Album (G.B.)


Cela commence par des bruits terrifiants, et cela ne vous lâche plus. Les chemins tortueux de Brave s’offre à nous. Une nappe de clavier envoûtante et dépouillée se pose sur le premier titre, simplement appelé ‘Bridge’, en guise d’introduction, et nous voilà projetés dans un monde où le temps et l’espace entrent en collision. Brave raconte une histoire basée sur un fait divers : une jeune fille rencontrée par des policiers, rôdant sur Severn Bridge, un pont connu pour les nombreux suicides qui y eurent lieu. Ayant perdu la mémoire, cette demoiselle fut incapable de répondre à leurs questions. Que ce soit sur sa vie, ou son identité. Mais Brave n’est pas qu’une fiction, c’est également le grand concept-album du groupe, qui s’était notamment déjà exercé sur le séminal Misplaced Childhood et sur l’emblématique Clutching at Straws. Tous les éléments de réussite propres à Marillion sont ici réunis : la maturité dans l’écriture, le renforcement de chacune des personnalités artistiques, la cohésion limpide entre les morceaux, la sensibilité sincère et mesurée de compositions introspectives et magnétiques, absolument troublantes. Jamais dans l’excès, toujours avec adresse et raffinement, Brave joue sur la variété des caractères, des émotions, et nous entraîne dans un voyage intérieur fascinant et absolument déroutant. Entre intimité et apothéose, les morceaux oscillent et ballottent l’auditeur dans des dimensions mentales et artistiques diversifiées, grisantes et irrésistibles. Je ne compte même plus les compositions qui peuvent entrer au panthéon de la carrière de Marillion, aux côtés de ‘The Last Straw’, ‘Childhood’s End?’, ‘Berlin’, ‘Seasons End’… et il est presque impossible d’évoquer, plus que d’autres, certains de ces moments d’existence, d’exaltation, d’extase. De bravoure… C’est bien simple, tout semble s’enchaîner à la perfection, à la façon d’un courant de conscience (écoutez le morceau-titre…), dans lequel chaque élément se dévoile progressivement pour laisser place à d’autres moments d’excellence. Le niveau ne faiblit jamais et l’on est indubitablement happé par cet acheminement, ce développement artistique qui n’en finit plus de lever le voile sur tout un tas de splendeurs à la précision d’écriture proprement effarante... Impossible non plus de regarder dans le rétroviseur où en est Genesis entre les 80’s et 90’s : déjà loin derrière actuellement. Certes, la comparaison semble hors de propos, et la formation de Gab’ le magnifique a déjà tout prouvé pendant les 70’s (le prodigieux The Lamb… entre autres, souvenez-vous…), mais au moment où elle traîne encore sa carcasse dans le monde de la pop, tout en méritant parfois d’être défendue, Marillion semble avoir quant à lui dépassé le maître, le temps d’un instant. Un groupe a fait son temps, l’autre lui succède. Avec Brave, Marillion tient ici son concept-album, son classique, son chef d’œuvre.

Note : 6/6

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mardi, août 10, 2010

MARILLION Holidays in Eden (1991)

Marillion - Holidays in Eden
Néo-progressif / Pop FM (G.B.)


Marillion entre dans les 90’s avec le disque qui fait peut-être figure de maillon faible dans leur discographie, et dans la progression cohérente qui lui est propre. Et pourtant, l’album n’est vraiment pas avare en qualités, nous le verrons… Ici, la démarche pop est davantage poussée, le son est plus lisse, et le monde du progressif s’éloigne un peu plus encore… Holidays in Eden repose sur la pop aérienne de Seasons End, affirmée à nouveau, même si la ferveur du précédent opus reste beaucoup moins présente. Un mot sur l’artwork déjà : un nouveau logo et une pochette bleutée et sympathique, illustrée par cette meute d’animaux se rejoignant autour d’un arbre, semble-t-il. Cela me fait un peu penser aux pochettes de Talk Talk période Spirit of Eden (1988) & Laughing Stock (1991). D’ailleurs, dans différents disques, la voix d’Hogarth a tendance à se rapprocher de celle de Mark Hollis par endroits... En revanche, Marillion propose une pop assez FM, mais travaillée, au moment où Talk Talk est déjà loin, parti sur les terrains fertiles de l’avant-garde et de la musique spirituelle. Dans Holidays in Eden, on trouve en tout cas plein de bonnes choses, parfois un peu contrastées et discutables : des nappes de claviers et des atmosphères éthérées bien intégrées dans des compositions cohérentes et appliquées (‘Splintering Heart’ & ‘The Party’), quelques morceaux sensibles et convaincants, à défaut d’être géniaux (‘Dry Land’ & ‘No One Can’) et un titre assez efficace et entraînant, mais pouvant diviser les fans (‘Cover My Eyes (Pain and Heaven)’). Concernant ‘Waiting to Happen’ et le morceau-titre, plutôt inégaux, ils alternent le pire, par leurs fautes de goût, et le meilleur, par une certaine intelligence dans la composition. Le disque s’achève de façon conceptuelle sur les trois derniers morceaux, parfaitement enchaînés : ‘This Town’ (au solo de guitare éblouissant), ‘The Rakes Progress’ (et ses ambiances introspectives très réussies), et ‘100 Nights’, dont j’adore tout particulièrement la fin : cette coda en guitar delay, absolument terrible et magnétique, terminant parfaitement l’album. Holidays in Eden regorge ainsi de nombreux moments d’accomplissement à écouter en toute sérénité. Une récréation pop, souvent sensible et délicate, presque toujours maîtrisée, avant que Marillion ne voie les choses en grand, avec Brave

Note : 5/6

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lundi, août 09, 2010

MARILLION Seasons End (1989)

Marillion - Seasons end
Néo-progressif / Pop aérienne (G.B.)


Marillion à la croisée des chemins… dans l’élaboration d’une nouvelle formule qui fera date. Un nouvel artwork déjà, résolument moderne, qui tranche avec l’imagerie du passé mais en en gardant quelques traces symboliques, celles du caméléon et de l’oiseau, du clown et du bouffon. Un nouveau chanteur surtout, Steve Hogarth, qui place sa voix sur un disque pratiquement déjà composé et qui n’attendait plus que lui… pour remplacer Fish qui avait déjà fait ses valises. Certes, si la majorité des textes est écrite par John Helmer, Hogarth pose sa pierre à l’édifice en ajoutant indubitablement, et pour longtemps, une personnalité artistique propre, au service d’une musique qui se tourne davantage vers une pop aérienne et délicate… En fait, ce qui me trouble le plus dans ce disque c’est la foi, la puissance spirituelle qui émane de l’ensemble. Quelque chose de véritablement ardent, vibrant, quelque chose d’intrinsèquement profond et humain, illuminant la totalité d’un disque mettant en évidence un groupe à l’apogée de son art. Rarement, Marillion fut aussi intense dans sa musique. Et beaucoup de moments forts consolident évidemment ce sentiment… Déjà, l’entrée en matière, dans laquelle Marillion dévoile tout son art : ‘The King of Sunset Town’, morceau dont j’aime particulièrement la fin, tout en subtilité… Puis vient ‘Easter’, un classique du groupe, qui brille par ses mélodies et parties de guitares. Mais surtout, après le dynamisme volontaire de ‘The Uninvited Guest’, se met en place ‘Seasons End’, un morceau émouvant jusqu’aux larmes, fragile et pénétrant... Un hymne à la vulnérabilité, doté d’un solo floydien impérieux et d’une coda hypnotique assez hallucinante, faisant irrémédiablement voyager l’auditeur. Puis c’est le couplet de ‘Holloway Girl’, efficace, lucide, décisif… avant que se dévoile toute la ferveur de ‘Berlin’, une chanson absolument sublime ; le passage avec le sax y est d’ailleurs tout bonnement terrible, et puis là encore, le titre se finit de la plus belle manière, avec ces atmosphères troublantes et si personnelles… Ambiances que l’on retrouve sur ‘After Me’, avant que le disque ne se referme sur une autre coda magistrale, celle de ‘The Space…’, toujours dans une grande intensité... Le disque joint la pureté de la nature, illustrée ici par l’artwork, à l’accomplissement artistique de l’humain. Magnifique, témoignant d’une grande humilité, Seasons End se révèle un opus de qualité, habile et exigeant, d’une grande sensibilité. Un tour de force dans un moment crucial pour le parcours de Marillion : la fin d’une saison et déjà un sommet artistique.

Note : 5,5/6

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dimanche, août 08, 2010

Brian ENO Here Come The Warm Jets (1974)

Brian Eno - Here Come The Warm Jets
Art-Rock / Glam futuriste (Angleterre)


L’après-Roxy Music commence ici pour Brian Eno. Quelque part entre pop et avant-garde, entre innocence et expérience, Here Come The Warm Jets ressemble à un disque de rock and roll glamour et futuriste, style abandonné au bout de deux albums mais témoignant déjà de la démarche de l’artiste : Brian Eno veut réconcilier la musique pop, contemporaine ou rétro, et son futur. Tout en persévérant dans la création d’un nouveau langage.

Guitares acérées, harmonies synthétiques, rythmiques obliques, sons artificiels venus d’une autre planète… divers éléments au service d’une free-pop fantasque dans laquelle l’accident musical se révèle plus fécond que l’intention artistique fidèlement réalisée ; en effet, si ce premier disque d’Eno en solo s’apparente à une excroissance des débuts de Roxy Music (tous les protagonistes du groupe sont présents, sauf Bryan Ferry évidemment), les artistes qui y contribuent de façon diversifiée seraient retenus pour leur incompatibilité…

En tout cas, et donc bien au-delà de ses lyrics absurdes et surréalistes, Here Come The Warm Jets reste fondamentalement l’aboutissement d’un travail sur le son lui-même et du mélange qu’il forme avec le bruit, et demeure ainsi le fruit d’un débat perpétuel sur les frontières qui délimitent ces deux concepts. Dans cette optique, Eno constitue plusieurs couches d’arrangements qui se superposent, formant des morceaux construits et très riches dont les nombreuses écoutes se révèlent nécessaires.

Certes, ce n’est pourtant pas le Eno que j’apprécie le plus ici ; même si la recherche intellectuelle et sonique demeure bien présente dans son projet avant sa prochaine mutation, le côté glam et ampoulé est encore un peu trop présent pour moi : par exemple, je ne suis pas particulièrement enchanté par le maniérisme un peu insupportable d’un ‘The Paw Paw Negro Blowtorch’...

En revanche, parmi les titres qui me marquent le plus, je penserais plutôt à celui de l’ouverture : ‘Needles in the Camel’s Eye’, et sa rythmique tendue, au bord du déséquilibre… et puis à son solo de guitare, vestige de la culture rock. La fin de l’album reste aussi assez réussie, avec cette ballade visionnaire, ‘Some of Them Are Old’, prophétisant d’une certaine manière les sons et atmosphères des disques suivants, et la très bonne chanson-titre qui clôt le disque un peu de façon circulaire. Notons aussi la section instrumentale de ‘Baby’s on Fire’, emmenée par un Robert Fripp en grande forme, éminent musicien à l’aise avec sa guitare/"tuned jet" (ce n’est d’ailleurs pas étonnant si ce titre me donne envie d’écouter Starless and Bible Black de Crimson…)

Dans Here Come The Warm Jets, le studio devient un instrument proprement dit, et si les morceaux sont encore légèrement maladroits par moments, la réflexion artistique sur ce qu’est la musique pop-rock en est plus qu’à ses balbutiements : entre instinct et maturité, elle profite à l’émergence d’un disque sophistiqué et futuriste, glauque et ironique, curieux et intriguant, pour le début d’une carrière complète et fondatrice, réalisé par un futur touche-à-tout de génie.

Note : 5/6


N.B. : je me suis parfois appuyé sur les sources suivantes pour réaliser cette chronique :
- TAMM Eric. Brian Eno: His Music and the Vertical Color of Sound. 1995, Da Capo Press. ISBN 0306806495. Cité dans la page wikipedia consacrée au disque : http://en.wikipedia.org/wiki/Here_Come_the_Warm_Jets
(pour ce qui concerne l’accident artistique et l’incompatibilité musicale désirée ; http://www.pdfhacks.com/eno/BE.pdf est le lien pour l’avoir disponible) ;
- http://music.hyperreal.org/artists/brian_eno/HCTWJlyrics.html
(pour la signification que donne Eno à "tuned jet" ; cité aussi dans le wiki) ;
- http://www.allmusic.com/cg/amg.dll?p=amg&sql=10:difqxqt5ldfe
(pour la construction des morceaux en couches).

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mardi, août 03, 2010

THE BEACH BOYS Wild Honey (1967)

The Beach Boys - Wild Honey
Pop sucrée / Soul blanche psychédélique (U.S.A.)


Après la tempête intérieure des sessions de Smile, et quelques mois après la sortie de Smiley Smile (sic), les Beach Boys nous livrent un nouveau disque, Wild Honey, un peu moins axé autour de l’influence artistique de Brian Wilson. Composé d’onze morceaux très courts, ce nouvel album met en valeur une pop mélodique, cohérente et vivante, étincelante et colorée. Hormis le premier single, ‘Wild Honey’, qui ne fut toutefois pas un véritable succès artistique (et commercial), on retiendra surtout les fringants ‘Darlin’’, ‘Here Comes the Night’ et ‘Aren’t You Glad’. Les autres titres sont beaucoup plus faibles et vraiment moins spectaculaires. Notons quand même que le pauvre ‘Mama Says’ fait figure de vestige de l’inachevé ‘Smile’, baptisé ‘Vegetables’ sur l’original. Illustré entre autre par la reprise enluminée de ‘I Was Made to Love Her’ du grand Stevie, l’esprit général de l’opus marque quant à lui une authentique fidélité vis-à-vis de la musique black et ajoute de ce fait un aspect encore plus vivant et profond à l’ensemble. Une réconciliation de deux mondes en noir et blanc sur une musique étonnamment bigarrée. Simplement, Wild Honey reste un album de pop psychédélique élégante et ensoleillée, vive et expressive, teintée de soul, un disque sympathique et chatoyant à faire écouter à ceux qui pensent encore que les Beach Boys ne savent faire que de la musique de babybel.

Note : 4/6

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