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Exil progressif

Un blog old-school sur les musiques progressives et psychédéliques

mercredi, juillet 28, 2010

NOSOUND A Sense of Loss (2009)

Nosound - A Sense of Loss
Atmosphères, Art Rock (Italie)


La chaleur d’un frisson… Le premier titre de l’opus est un vrai bijou. Cette mélodie d’éternité, ces atmosphères éthérées, ce rythme chaloupé, ces cordes plaintives, aériennes et poignantes… Nosound, formation italienne composée de cinq musiciens, s’accompagne ici d’un quatuor à cordes pour délivrer une musique mélancolique et onirique, atmosphérique, presque en évanescence, et pas forcément très éloignée de celle de Porcupine Tree. Les diverses compositions montrent les capacités du groupe à réaliser de façon accomplie et élégante une musique sombre et flottante, trouble et intense, comme sur les très beaux ‘Constant Constrast’ & ‘Fading Silently’. Les émotions demeurent ici contenues, comme voilées, étouffées. Mais bien réelles. Le temps semble suspendu. C’est l’échappée. Le piano de ‘My Apology’, chanson simple et émouvante, nous emmène loin, parce qu’au plus profond de nous-mêmes. Et c’est sur les quinze minutes fluctuantes et inquiétantes de ‘Winter Will Come’ que le disque se refermera. Son passage central, tout particulièrement réussi, avec ces cordes tristes et brumeuses, en arrière-plan, nous fait errer dans un univers lugubre et énigmatique… Dans ce voyage intérieur en clair-obscur, A Sense of Loss reste un album à la fois déboussolant et salvateur, dans lequel on découvre toute l’intimité d’une musique qui se veut impalpable, insaisissable, évanouissante. Un art contemplatif et profond, vaporeux et élégiaque, à la fois intime et distant, fugace, entre présence et absence. Un art qui ne saurait nous faire oublier que, de la Trieste mélancolique à l’énergétique Milan, de la Venise romantique à la Rome écrasante et majestueuse, l’Italie est aussi le pays du progressif, de la musique, de ces atmosphères si particulières et personnelles.

Note : 5,5/6

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mardi, juillet 27, 2010

MARILLION Clutching at Straws (1987)

Marillion - Clutching at Straws
Néo-progressif (G.B.)


Clutching at Straws est le quatrième volet discographique terminant la période de Marillion avec Fish. Et elle s’achève peut-être avec leur disque le plus abouti. Moins inoffensif, plus incisif, présentant des musiciens davantage accomplis et mettant en valeur leur individualité au sein d’un collectif finalement uni et cohérent, malgré le contexte tendu dans lequel le disque fut réalisé. Une nouvelle fois, le côté conceptuel est présent puisque cet album porte sur l’alcoolisme ; musicalement cela se ressent également, déjà au vu du très bon enchaînement des premiers titres. Plus sombre que le précédent opus, Clutching at Straws dévoile de nouveaux morceaux variés et pénétrants affinant la personnalité artistique d’un groupe qui changera pourtant de formule après le départ imminent de son chanteur… Parmi ses innombrables temps forts on compte les soli de ‘Hotel Hobbies’ et l’enchaînement avec les deux titres suivants, eux-mêmes également marquants, mais aussi les ambiances de ‘Going Under’ & de ‘White Russian’, la section instrumentale de ‘Just for the Record’, la mélodie de ‘Slainte Mhath’, l’intimisme lumineux de ‘Torch Song’, l’anthémique ‘Sugar Mice’, la section finale du fantasque ‘Incommunicado’, intrinsèquement progressive, avec ces échanges et cette communion entre les divers instruments... Mais à mon sens, le meilleur titre de Marillion première période reste celui avec lequel ils nous quittent : ‘The Last Straw’… Franchement, avec un tel moment musical, qui viendra nous dire que le néo-progressif est nécessairement pompeux ? La composition est soignée, les voix percutantes, la tension palpable, le solo de guitare magistral… Un des plus grands titres de Marillion à n’en pas douter, morceau qui termine de belle manière un disque qui nous aura montré toute sa lumière noire. Et qui parachève donc la première ère d’une formation bientôt prête à réaliser sa mue.

Note : 5,5/6

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lundi, juillet 26, 2010

MARILLION Misplaced Childhood (1985)

Marillion - Misplaced Childhood
Néo-progressif (G.B.)


Un concept album sur l’enfance… et un opus déjà plus personnel dans sa musique et dans ses thématiques… Marillion privilégie ici la cohérence, se tourne vers plus de subtilité, canalise ses émotions… pour en tirer toute la substance. S’il n’est pas encore à son apogée artistique, le groupe frappe cependant un grand coup avec Misplaced Childhood, disque faussement naïf et vraiment intrigant, nous plongeant dans l’univers mélancolique du passé. Un voyage léger et nostalgique, une échappatoire au présent, pour peut-être mieux le comprendre. Les claviers prennent une place royale, de premier plan, et les ambiances deviennent parfois même majestueuses, sans tomber véritablement dans le pompeux. Les musiciens optent ainsi pour une vraie cohésion, et restent très mesurés. Certes, Fish demeure toujours un peu excentrique, mais on le sent déjà beaucoup plus sincère. Globalement, en termes de son et d’époque, on est en plein cœur des 80’s mais cela n’empêche pas, contrairement aux a priori un peu présomptueux, la genèse d’un disque authentique et émotif, à défaut d’être génial, intégrant les divers éléments du concept album : outre quelques singles (l’emblématique ‘Kayleigh’ et le tendre ‘Lavender’), le groupe n’oublie pas de nous offrir comme il se doit un morceau épique (‘Blind Curve’), tout en soignant également ses transitions (‘Lords of the Backstage’ et l’excellente plage atmosphérique pleine de tension : ‘Bitter Suite’). Aussi, un morceau contenant toute l’essence de l’album attire l’attention : il s’agit de ‘Childhood’s End?’, éblouissant et mélancolique, grâce notamment à ses lignes de guitar delay et à ses claviers élégiaques… Un titre qui demeure pour moi l’une des grandes réussites du début de la carrière de Marillion. Le groupe prend ainsi encore un peu plus d’ampleur avec ce disque capital qui s’ajoute déjà au séminal Script for a Jester’s Tear... Triomphe commercial et succès artistique, album touchant et maîtrisé, Misplaced Childhood marque dès lors l’époque d’un son, et le progressif d’un de ses classiques.

Note : 5/6

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lundi, juillet 19, 2010

MARILLION Fugazi (1984)

Marillion - Fugazi
Néo-progressif (G.B.)


À première vue, déjà, la pochette de Fugazi garde une grande fidélité avec l’imagerie bigarrée qui avait déjà été développée sur le premier opus, imagerie dans laquelle nous retrouvons la trace du bouffon, the jester… regardez notamment dans la glace… En outre, certains éléments relatifs aux titres du disque sont présents sur la jaquette : un puzzle, un caméléon…. Quant à la musique proprement dite, elle reste complètement dans le carcan 80’s et cela se voit dès ‘Assassing’ ; qu’on aime ou non la griffe de Fish, chanteur extravagant et versatile, et la marque si particulière de la production, ce titre d’ouverture demeure quand même globalement réussi, plutôt percutant, doté d’un refrain déterminé et d’arrangements synthé plutôt catchy… et puis j’aime beaucoup sa section middle, un changement habile de climat… Parmi les autres titres, je pense aussi aux ambiances de l’énergétique ‘Punch & Judy’ (particulièrement envoûtantes, aériennes et olympiennes sur la fin), premier single du disque, efficace et dynamique. Un morceau fétiche qui montre un Fish en grande forme. De même, le début fantasque et les dernières minutes de ‘Incubus’ demeurent de bons moments, avec cette section solo et ses atmosphères bien prenantes. On peut également compter sur la coda de ‘Emerald Lies’, un titre progressif dans l’âme, plutôt soigné et bien venu. En revanche, les autres compositions me laissent sur ma faim ; même le morceau-titre, qui pourtant part très bien, déçoit, et les derniers moments du disque demeurent ainsi vraiment étriqués, voire vraiment de mauvais goût sur la toute fin… Par ailleurs, je note surtout l’horrible refrain de ‘Jigsaw’, trop sentimental et finalement assez vilain. Dès lors, le disque reste donc un peu trop dans l’ombre de son prédécesseur, dont il est la suite logique mais peut-être un cran en dessous. En fait, Fugazi semble recycler l’influence Genesis 70’s pour mettre en quelque sorte un peu à plat sa propre version du Genesis 80’s, de façon plus ou moins inconsciente ; le néo-progressif de Marillion promeut ici une mouture un tantinet plus progressive (?) de ce qu’offre durant les 80’s certaines références/influences du prog sympho des 70’s (Yes, Genesis…) Avec plus ou moins de réussite. Mais, si Fugazi n’a pas forcément bien vieilli par endroit, il ne mérite franchement pas l’opprobre pour autant : à mon sens, c’est avant tout une affaire de réceptivité au style pratiqué ici par le groupe.

Note : 4/6

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dimanche, juillet 04, 2010

MARILLION Script for a Jester's Tear (1983)

Marillion - Script for a Jester's Tear
Néo-progressif (G.B.)


Le rock progressif a véritablement évolué au fil des années, et le néo prog, l’une de ses branches rejetonnes, s’est imprégné des atmosphères et des dynamiques eighties pour devenir un style à part entière. Né dans le creuset de cette décennie, il en représente en effet les principaux caractères. Et le son qui lui est propre, faisant écho à la modernité de l’époque, aura ses ardents détracteurs et inévitables contempteurs, mais aussi ses adulateurs, thuriféraires et coryphées. Les claviers permettent ici l’élaboration de nouvelles ambiances plus prononcées et planantes, qui tantôt respireront la nostalgie, tantôt auront mal vieilli. Les compositions lorgnent parfois vers plus d’accessibilité, et subiront les accusations de promo marketing, quand le progressif le plus « pur » endurera celles de sectarisme. L’essentiel est de rechercher la qualité, et la diversification des possibilités artistiques, celles du néo prog incluses, demeure un des moyens d’y parvenir. Mais il paraît que ce courant a engendré une foule de groupes qui n’ont pas forcément fait honneur au style, et qui ont cristallisé d’acerbes critiques se répercutant d’ailleurs de façon un peu injuste sur le rock progressif dans son ensemble… mais je n’entrerai pas dans ce débat. Inspiré fortement et fondamentalement par le progressif symphonique des 70’s, le néo prog permet quoiqu’il advienne de continuer le mouvement et de le renouveler à sa façon.

*****

Il n’est pas simple en tout cas de porter un jugement clair et définitif sur le premier album de Marillion : Script For A Jester’s Tear. En effet, si le disque fait figure d’amorce pour le mouvement néo progressif, il reste quand même encore trop poussif par endroits pour être considéré comme un chef d’œuvre, son contenu n’égalant donc pas nécessairement sa portée historique, bien que toute relative.

Tout d’abord, parmi ces longues suites qui constituent et caractérisent l’opus, je retiendrais principalement trois passages atmosphériques apparaissant comme les cols du disque : le morceau-titre déjà, et surtout sa coda pleine de mélancolie ; la section aérienne de ‘Chelsea Monday’ et son solo de guitare tout en apesanteur ; et les dernières minutes de ‘Forgotten Sons’, au ton emphatique mais non dépourvues de finesse et de sincérité. Sans être de purs moments d’anthologie ils lèvent le voile sur un certain potentiel pour une écriture plus précise et mature. On peut aussi signaler le solo à la guitare et les petites notes de claviers disséminées dans ‘The Web’, et pourquoi pas la section posée et sereine de ‘Garden Party’, titre pourtant globalement assez faiblard. Dans tous ces mariages entre émotivité et structures longues (encore assez complexes), on parvient à retrouver un peu cette aura sépia caractérisant le passé, et qui sensibilisera surtout ceux qui auront grandi dans les années 80.

Aussi, le disque, et ses textes sombres et introspectifs, n’est pas dénué d’une certaine sensibilité féerique et un peu ingénue, même s’il on est réfractaire aux vocaux caractériels et surjoués de Fish, et en général aux synthés qui tachent. Elle sera probablement mieux mise en valeur par la voix de Steve Hogarth, lors de la seconde partie de la carrière du groupe… mais les éléments sont déjà là, de façon très embryonnaire bien qu’un peu masqués par la personnalité du Fish, qui singe d’ailleurs un tantinet le Gab’, sans pour autant délivrer une mauvaise prestation. Quant à Steve Rothery, dont le jeu guitaristique tout en touché rappelle un peu celui de David Gilmour des Floyds, il reste de la partie même sans s’exprimer encore à son meilleur niveau, ce que l’on aura l’occasion d’entendre, là aussi, sur d’autres disques...

Enfin, même s’il est un peu inutile de les mentionner précisément, j’ai quand même du mal à oublier les mauvais moments du script, éparpillés un peu partout, le genre de passages maladroits et pompeux dans lesquels Marillion demeure empêtré pour le moment. Cependant, le groupe reste évidemment promis à une longue aventure progressive que beaucoup auraient tort de négliger, cette formation étant capable de faire appel à une magie authentique, et de la décliner sous tout un tas d’aspects que nous aurons l’occasion d’étudier de plus près.

Note : 4,5/6

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vendredi, juillet 02, 2010

THIRD EAR BAND Third Ear Band (Elements) (1970)

Third Ear Band - Third Ear Band (Elements)
Méditation psychédélique (G.B.)


Une « troisième oreille »… Effectivement, ce disque est une invitation à une méditation intrinsèquement sensorielle à travers quatre morceaux évoquant tour à tour les éléments naturels : air, terre, feu et eau. Une forme de voyage intérieur, parfois apaisant, parfois haletant… et extatique. Une forme de transcendance spirituelle au carrefour de différents mondes artistiques : une musique de chambre psychédélique, ethnique et progressive jouée par un quatuor constitué d’un violon, d’un violoncelle, d’une clarinette et de percussions (tabla).


Ce disque s’insère donc dans un contexte world music et psychédélique mais j’ajouterais à ce sujet qu’il me fait beaucoup penser à certaines directions artistiques que l’on retrouve début 70’s, dans le Krautrock et la Kosmische Musik, par exemple pour les aspects « méditation/contemplation » (Tangerine Dream), « tension/éréthisme » (Klaus Schulze), « ethnique/tribal » (Amon Düül II). On peut cependant signaler que ces critères sont valables chez de nombreux disques psychédéliques en général. En revanche, le morceau ‘Fire’, lors de ses toutes dernières secondes, me donne, et de façon curieuse, l’envie de poser sur ma platine Larks’ Tongues in Aspic des Anglais de King Crimson. Cela étant, cette description musicale du monde qui nous entoure nous porte tout de même plus loin que l’Angleterre et l’Allemagne, et, comme le new age, reste un mélange de voyage spirituel et d’exil géographique (et temporel).


Ainsi, s’agirait-il d’une métaphore de notre rencontre sensorielle avec la nature, ou alors d’un prolongement esthétique de nos organes ? … A moins que cet album éponyme ne s’apparente à une odyssée anagogique, à la rencontre des essences mêmes qui nous entourent, d’une nouvelle façon que nos sens n’avaient pu maîtrisée jusqu’alors. Une transcendance de ces derniers au service d’une beauté musicale absolue, les sens étant progressivement abandonnés, comme dans une forme de catalepsie, laissant entrevoir l’essence primaire et inconditionnée de la nature avec laquelle nous entrons en communion.

Note : 5/6

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