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Exil progressif

Un blog old-school sur les musiques progressives et psychédéliques

vendredi, novembre 04, 2011

GENTLE GIANT In A Glass House (1973)

Gentle Giant - In A Glass House
Progressif (Angleterre)


“People who live in glass houses shouldn't throw stones”. C’est donc sur ce proverbe que fut érigé In A Glass House, l’album le plus énigmatique de Gentle Giant, semblable à une maison de verre, laissant entrevoir ses jeux de lumière. En effet, l’éclat de la musique de Gentle Giant se dévoile encore dans cet étrange opus.

Pourtant, un changement majeur a été opéré : Phil Schulman, pièce maîtresse de Gentle Giant, a quitté le groupe, et une nouvelle ère s’amorce sous un autre label. Avec un nouveau style aussi, plus rock, peut-être plus accessible, mais toujours avec cette sophistication de chaque instant. Le disque est donc loin d’être impénétrable et son côté sibyllin vient au moins d’un fait assez simple : il n’a pas été facilement disponible pendant plus de 25 ans après sa sortie. Boudé par la distribution, jugé invendable, In A Glass House demeure néanmoins un des albums du groupe qui a eu le plus de succès.

L’entrée en matière peut sembler un tantinet déstabilisante. In A Glass House s’ouvre avec des bruits de verre, s’éclatant sur le sol. Puis une boucle façonnée par ce vacarme démarre… Avec ‘The Runaway’, Gentle Giant tiendrait-il ainsi un peu son ‘Money’ ? Rassurons-nous, le morceau délivre ensuite toute sa complexité. Une production assez lisse, équilibrée et parfaitement adaptée, met en valeur les enchaînements de gimmicks enchevêtrés et marqués par l’empreinte du groupe, toujours présente et palpable.

‘Experience’ et le morceau titre seront dans la même veine, titres tournant également autour de 8 minutes très inspirées. Même constat pour une composition fétiche, ‘Way of Life’. Certes, ses premières minutes restent difficile à appréhender, avec ce motif un peu cocasse. Cependant, pulsé notamment par la batterie de John Weathers, il devient assez marrant, plutôt malin, et particulièrement bien construit. Progressivement, il laisse sa place à une autre séquence plus profonde, mettant en valeur le rôle essentiel des claviers.

À côté de ces 4 morceaux exécutés avec minutie et brio, et d’une longueur analogue, on retrouve deux titres plus courts, assez délicats et raffinés : le minimaliste ‘An Inmates Lullaby’ et l’intimiste ‘A Reunion’. Gentle Giant aime s'attarder sur des formats plus courts que ceux rencontrés habituellement dans les sphères progressives. Avec toujours cette intensité cérébrale, cette minutie, cette complexité non dénuée de fraîcheur.

Aventureux, et tout en restant homogène, In A Glass House présente alors une réelle solidité, et une aura très particulière. Au carrefour de la discographie du groupe, l’opus tient toute sa puissance de ses différentes sources d’inspiration. De ses contrastes aussi, à la fois hermétique et envoûtant. Fort de cela, il pourrait ainsi faire office de meilleur disque de la formation.

Note : 5,5/6

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mardi, novembre 01, 2011

YES Tormato (1978)

Yes - Tormato
Rock progressif / Pop (Angleterre)


Représentant l’un des fers de lance du courant progressif, Yes nous a habitués à plusieurs pièces imposantes ; on pense en effet à Close to the Edge, Relayer, Tales…, ou encore au morceau ‘Awaken’ sur Going for the One. Avec Tormato en revanche, Yes amorce un virage un peu plus pop-rock, s’enfuyant subrepticement des contrées intrinsèquement progressives. Malheureusement, le résultat n’est pas des plus convaincants.

La production semble un peu plus sibylline, et les orientations musicales plutôt hésitantes. Certains titres auraient mérité mieux (‘Madrigal’ s’échappant à peine de la caricature) et d’autres moments font vraiment pâle figure : le très kitsch ‘Don’t Kill the Whale’ et ‘Release/Release’ qui s’enfonce dans l’inutile et le démonstratif (la section en « faux live » plutôt ridicule)... On se demande en fait qui pourrait écouter ça, et dans le meilleur des cas, le second degré n’excuse pas tout. Quant à ‘Future Times/Rejoice’, il reste fidèle à la personnalité de Yes, une ouverture plutôt correcte malgré ses toutes premières notes un peu datées. ‘Onward’ semble lui plutôt appréciable et délicat mais devient parfois un peu irritant et mielleux à la longue. Enfin, ‘Arriving UFO’ et surtout l’étrange ‘Circus of Heaven’ apportent tout de même quelques sons nouveaux et deux micro-univers un peu décalés, sans pour autant que l’on crie au génie.

Personnellement, je me demande si « le mal » du disque ne vient pas de deux membres du groupe, dont Tormato scelle le départ : Jon Anderson et Rick Wakeman. Certes, le chanteur reviendra pour 90125 (1983), et le claviériste pour Union (1991), deux albums, il est vrai, assez mauvais.

 - Pour Jon Anderson, j'admets avoir beaucoup de mal avec sa voix. Elle passe assez bien quand elle est intégrée à un projet de plus grande ampleur, à des disques de plus grande envergure participant pleinement à l’identité de Yes et apportant quelque chose à l’Histoire (comme Relayer ou Close to the Edge). En revanche, dans un disque poussif, à la limite du mauvais goût, elle ne fait que catalyser le côté ringard et ennuyeux de l’ensemble, impression qui fait tant de mal au courant progressif.

 - Le constat est également alarmant pour les sons de synthés de Rick Wakeman, qui a plutôt le beau rôle dans cet album. Dès les premières notes, on est déjà un peu gêné... Et la suite ne nous donnera pas tort, tant les claviers tyranniques transforment Tormato en un disque un peu confus, en une nuée musicale un peu difforme. L’intention artistique n’est pas forcément blâmable mais le résultat est plutôt problématique. Pas étonnant finalement qu’on demande la vague punk à la rescousse pour déblayer le terrain et engloutir ces types d’écarts.

Tormato contient quand même du positif. Dans les morceaux les plus ratés on décèle toujours une certaine maturité dans l’exécution, même si l’inspiration fait grandement défaut. De plus, on retiendra notamment ‘On the Silent Wings of Freedom’, plus subtil que les pochades un peu grossières du reste du disque. Ce titre final met à l’honneur Chris Squire, Steve Howe et Alan White dans des passages un peu plus épiques et tendus. La section instrumentale de départ demeure plutôt intrigante et magnétique, et le reste de la composition reste également bien senti et construit, mettant en valeur différents types d’émotions et de climats. Ce morceau très réussi, intégré dans une seconde partie de disque de meilleure facture, sauve un peu l’ensemble du naufrage, même si la barre est sans doute redressée un peu tard…

Bon c’est vrai, on reste toujours un peu content d’écouter un disque de Yes, un tantinet mystérieux et toujours alambiqué, même si les pièces ouvragées des grands opus du groupe sont délaissées. Par moments, Yes montre qu’il a de bonnes idées de compositions et une volonté de « maîtriser » des sons nouveaux. Malheureusement, il n’échappe pas à la maladresse. Dépassé, n’ayant que trop peu à offrir, Yes semble un peu aux abois à la fin des seventies. Certes, Going for the One le disque précédant, avait peut-être réussi, par endroits, là où Tormato échoue. Mais pour le moment, et un peu facilement il faut le dire, on ne peut que réserver une seule sentence pour ce dernier : quelques (petites) tomates bien mûres.

Note : 2,5/6

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