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Exil progressif

Un blog old-school sur les musiques progressives et psychédéliques

lundi, septembre 02, 2013

HAPPY THE MAN Happy the Man (1977)

Happy the Man - Happy the Man
Progressif (U.S.A)


Happy the Man est un groupe de rock progressif à tendance « symphonique » formé à l’aube des années 70. Originaire des États-Unis, cette formation ne se prive pas pour autant de puiser son inspiration chez des groupes anglais de renom ; dans ce premier album, on retrouve un progressif organique et éclectique comme chez Gentle Giant, mais surtout la mélancolie mystérieuse et les dynamiques d’un Wind and Wuthering de Genesis sorti… l’année d’avant. Ceci dit, et pour regarder aussi outre-Atlantique, on ressent parfois la chaleur du jazz cosmique de Steely Dan…

Dans ce disque, presque intégralement instrumental, Happy the Man donne la priorité aux ambiances, appuyées par des couleurs sonores chaudes et lisses, minérales et aériennes, assez agréables, charmant immédiatement l’oreille, avertie ou non. Il en ressort presque une forme d’exotisme cotonneux et énigmatique, pas si loin de l’univers de Camel (voire de Saga). C’est probablement cet aspect qui rend l’album si engageant, même s’il délaisse quelque peu l’efficacité pure. Par contraste, les instruments se lancent parfois dans des tourbillons animés, offrant au disque tout son caractère progressif.

À l’image du groupe qui en est l’origine, l’ensemble de l’œuvre est parfaitement cohérent. Sans rompre son équilibre, le petit orchestre donne une bonne part aux multiples claviers et aux vents, laissant une place aux vocaux sur uniquement deux morceaux (‘Upon the Rainbow (Befrost)’ & ‘On Time As a Helix of Precious Laughs’). Oui d’ailleurs, il y a de sacrés noms de morceaux dans cet album…

Parmi les meilleurs moments de l’opus je note déjà ‘Starborne’ qui plante bien son décor astral. J’aime bien aussi le début de ‘Stumpy Meets the Firecracker in Stencil Forest’. Mais la mélancolie nocturne et poétique de ‘Upon the Rainbow (Befrost)’ reste mon highlight, tout comme l’imposant et dramatique ‘Carousel’. Une petite pensée aussi pour l’évocateur et onirique ‘New York Dream's Suite’ qui termine le disque de belle manière, avec une dernière contemplation nocturne. En revanche je serais davantage circonspect sur ‘Knee Bitten Nymphs in Limbo’ qui pourra sembler un peu artificiel par moment.

Le premier album d’Happy the Man est un moment de rêverie avec une identité progressive très marquée, se gardant de faire fuir le premier auditeur venu. Je garde d’ailleurs un peu une image de « ciel étoilé » quand j’écoute ce disque. Et s’il ne semble pas toujours suffisant pour « élever » très haut l’auditeur, il ne manquera pas de le faire voyager, le temps de beaux songes féeriques.

Note : 4,5/6

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vendredi, novembre 04, 2011

GENTLE GIANT In A Glass House (1973)

Gentle Giant - In A Glass House
Progressif (Angleterre)


“People who live in glass houses shouldn't throw stones”. C’est donc sur ce proverbe que fut érigé In A Glass House, l’album le plus énigmatique de Gentle Giant, semblable à une maison de verre, laissant entrevoir ses jeux de lumière. En effet, l’éclat de la musique de Gentle Giant se dévoile encore dans cet étrange opus.

Pourtant, un changement majeur a été opéré : Phil Schulman, pièce maîtresse de Gentle Giant, a quitté le groupe, et une nouvelle ère s’amorce sous un autre label. Avec un nouveau style aussi, plus rock, peut-être plus accessible, mais toujours avec cette sophistication de chaque instant. Le disque est donc loin d’être impénétrable et son côté sibyllin vient au moins d’un fait assez simple : il n’a pas été facilement disponible pendant plus de 25 ans après sa sortie. Boudé par la distribution, jugé invendable, In A Glass House demeure néanmoins un des albums du groupe qui a eu le plus de succès.

L’entrée en matière peut sembler un tantinet déstabilisante. In A Glass House s’ouvre avec des bruits de verre, s’éclatant sur le sol. Puis une boucle façonnée par ce vacarme démarre… Avec ‘The Runaway’, Gentle Giant tiendrait-il ainsi un peu son ‘Money’ ? Rassurons-nous, le morceau délivre ensuite toute sa complexité. Une production assez lisse, équilibrée et parfaitement adaptée, met en valeur les enchaînements de gimmicks enchevêtrés et marqués par l’empreinte du groupe, toujours présente et palpable.

‘Experience’ et le morceau titre seront dans la même veine, titres tournant également autour de 8 minutes très inspirées. Même constat pour une composition fétiche, ‘Way of Life’. Certes, ses premières minutes restent difficile à appréhender, avec ce motif un peu cocasse. Cependant, pulsé notamment par la batterie de John Weathers, il devient assez marrant, plutôt malin, et particulièrement bien construit. Progressivement, il laisse sa place à une autre séquence plus profonde, mettant en valeur le rôle essentiel des claviers.

À côté de ces 4 morceaux exécutés avec minutie et brio, et d’une longueur analogue, on retrouve deux titres plus courts, assez délicats et raffinés : le minimaliste ‘An Inmates Lullaby’ et l’intimiste ‘A Reunion’. Gentle Giant aime s'attarder sur des formats plus courts que ceux rencontrés habituellement dans les sphères progressives. Avec toujours cette intensité cérébrale, cette minutie, cette complexité non dénuée de fraîcheur.

Aventureux, et tout en restant homogène, In A Glass House présente alors une réelle solidité, et une aura très particulière. Au carrefour de la discographie du groupe, l’opus tient toute sa puissance de ses différentes sources d’inspiration. De ses contrastes aussi, à la fois hermétique et envoûtant. Fort de cela, il pourrait ainsi faire office de meilleur disque de la formation.

Note : 5,5/6

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dimanche, août 10, 2008

KING CRIMSON Three Of A Perfect Pair (1984)

King Crimson - Three of a Perfect Pair
Progressif, New Wave, Expérimental (Angleterre)


Three Of A Perfect Pair clôt la trilogie amorcée par Discipline. Tout en poursuivant la pop des précédents opus, le groupe développe les quelques expérimentations claustrophobiques de Beat. Si la première face reste composée de solides morceaux axés new wave, la seconde présente des titres plus portés sur l’avant-gardisme et les atmosphères industrielles, les deux parties demeurant séparées par un instrumental de très bonne facture : ‘Nuages’. Un disque bicéphale en somme, montrant les deux visages du Roi Pourpre durant les années 80.

Les morceaux seront peut-être moins réussis en termes d’efficacité, même s’ils restent impressionnants au niveau de la technicité. Sur la première face, c’est ‘Sleepless’ qui mérite principalement le détour. Et sur la seconde, c’est ‘Industry’ qui tire indéniablement son épingle du jeu. Après plusieurs morceaux divertissants, King Crimson arrive ainsi à confectionner une musique froide et cruelle, industrielle. Le groupe vit en effet avec son temps, le suit, le prédit, le réinvente. Avec cette patte technoïde et intellectuelle, mais sans délaisser cette fraîcheur et cette forme d’urgence qui, si elle calcule, dévalise avec panache.

Certes, ce troisième épisode de la lutte crimsonienne face à la Modernité reste peut-être le moins bon. Mais, conceptuellement, artistiquement, esthétiquement, tout semble se recouper, tout semble s’emboîter parfaitement dans une même logique. Dans un même esprit combinant plusieurs vérités. Celle des sens, celle de l’esprit, celle de la technique, celle des sentiments. Et c’est à travers la lumière inquiétante issues de ces carrefours des possibles que surgiront les mécaniques de THRAK et de The ConstruKction of Light, les œuvres suivantes du Roi Pourpre…

Note : 4/6

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mercredi, juillet 30, 2008

KING CRIMSON Beat (1982)

King Crimson - Beat
Progressif, New Wave (Angleterre)


Une autre trilogie continue… Cette foi-ci, Crimson prouve qu’il demeure tout à fait capable de surfer sur la vague des années 80, exercice périlleux mais réussi avec brio. Premier fait notable en tout cas : aucun changement de line up n’est survenu depuis le précédent opus… La machine rythmique crimsonienne va donc pouvoir continuer à faire des étincelles avec virtuosité, en nous montrant les nouveaux schémas rythmiques et les différentes couleurs et textures sonores qu’elle est capable de générer. Cela étant, le groupe reprend cette fois-ci les éléments de Discipline pour faire quelque chose de bien plus accessible, de bien plus pop (sous l’impulsion notable d’Adrian Belew), sans négliger pour autant un travail parfois assez net sur les ambiances. Si, au vu de l’ensemble, le résultat s’en trouve peut-être moins conceptuel, le disque brille souvent par son efficacité, notamment par le biais de ses trois premiers titres. Quant à ‘Waiting Man’, à la section rythmique proprement hallucinante, il développe intelligemment l’influence des musiques du monde. Par ailleurs, on retrouve une fois encore cette matérialisation musicale du stress urbain très marquante, sur ‘Neurotica’. Enfin, ‘Requiem’, un titre plus expérimental et légèrement bruitiste, termine le disque de belle façon, affirmant la prétention de Crimson à rester sur le terrain expérimental. Alors, pas question de faire la fine bouche devant ce disque. Jugé indigne ? Jugé intrépide. Jugé turbulent et indiscipliné. Jugé (presque) inusable.

Note : 5/6

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mercredi, mai 07, 2008

Robert FRIPP Exposure (1979)

Robert Fripp - Exposure
Art Rock (Angleterre)


À l’issue d’une période de doute et de dégoût concernant le milieu musical, Robert Fripp, remis à flot par sa participation à la trilogie berlinoise, nous offre Exposure, œuvre capitale, substantielle, réunissant une palette impressionnante d’artistes. Cet album brillant, se situant lui-même comme deuxième volet d’une trilogie (contenant PG2 du Gab’ et Sacred Songs de Daryl Hall), expose une forme de dream team de musiciens : Brian Eno (ex-Roxy Music), Peter Hammill (Van der Graaf Generator), Peter Gabriel & Phil Collins (Genesis), Tony Levin (King Crimson 80’s), Daryl Hall (Hall & Oates), Terre Roche (The Roches), Barry Andrews (XTC), Jerry Marotta, Narada Michael Walden…

Le contenu du disque interpelle : la magie crimsonienne et cette atmosphère urbaine, stressante et paranoïaque qui lui est consubstantielle, purement extraite de la chaleur et des brumes de Hell’s Kitchen. Cela est évident sur ‘Breathless’, crimsonien en diable, ‘Disengage’ et ‘I May Not Have Had Enough of Me But I've Had Enough of You’, chantés par l’infernal et immense Peter Hammill, ou encore sur l’excellent ‘NY3’ et ses samples vocaux. Ajoutons à cette collection étincelante de morceaux le très rock and roll ‘Burn Me Up I Am A Cigarette’, moderne, lisse, fiévreux, faussement innocent et assez entraînant ; le touchant ‘Mary’, non loin des terres de Joni Mitchell ; et surtout les atmosphères de ‘Urban Landscape’ et des deux parties de ‘Water Music’, entrecoupées par ‘Here Comes the Flood’ du Gab’ (surgissant lui-même après une transition musicale absolument magique et pleine d’émotion).

Dès lors, Exposure en impose, et impressionne par son élégance et sa maîtrise. Ce disque riche et classieux, alambiqué et tentaculaire, devient une forme d’abécédaire à la grammaire musicale troublante, ayant une place de choix dans la discographie de Fripp. Exposure fait ainsi figure pour ce musicien hors norme d’éternel recommencement, avant la sortie de Discipline, sa prochaine œuvre majeure, qui ressuscitera, du coup, le monstre Crimson.

Note : 5,5/6

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vendredi, avril 21, 2006

VAN DER GRAAF GENERATOR Still Life (1976)

Van der Graaf Generator - Still Life
Progressif (Angleterre)


Still Life est à nouveau un disque de lyrisme névrotique et de puissance maîtrisée, une oeuvre au son unique qui fait la marque de fabrique de Van der Graaf Generator. Ici encore l'oeuvre du groupe n'est pas épargnée par la folie théâtrale de Peter Hamill, et les paroles sont habillées d'une certaine ambiguïté existentielle, à mi-chemin entre réflexions sombres et espoir revigorant et flamboyant. Cependant, l'inspiration est parfois un peu émoussée et le disque se révèle moins percutant et absorbant que les précédents. Mais peut-être aurai-je un jour la chance d'avoir ma revanche sur ce disque... ‘Pilgrims’, titre d'ouverture au romantisme souffrant, est un des grands morceaux de VdGG : épique, accompagnée d'un clavier cérémonial, la mélodie poignante de cet hymne est un grand moment de musique, aussi bien sur disque qu'en live. J'estime en revanche que le morceau-titre lui succédant est plutôt décevant, un poil faiblard et caricatural. Ensuite, ‘La Rossa’, dans le pur style de VDGG, et l'intimiste et relaxant ‘My Room’ enfoncent le clou de Godbluff, le disque qui avait ouvert la deuxième période du groupe (75-77). Pour ma part les deux disques sont à écouter même si Still Life reste dans l'ombre du précédent sous certains aspects : on repère toujours cette osmose entre les musiciens dans leur composition et leur exécution mais le style est parfois curieusement un peu emprunté et certains passages instrumentaux ne font pas toujours mouche. Aussi, le deuxième grand moment du disque est le très typé (peut-être trop ?) ‘Childlike Faith in Childhood's End’, très bien senti, musicalement assez bien huilé, et présentant des passages plus émotifs. Ainsi, Still Life est un disque encore très personnel, réflexif, d'une qualité indéniable, mais gardant parfois malheureusement, s'il on fait la fine bouche, un petit parfum de fond de bouteille assez dérangeant.

Note : 4/6

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jeudi, octobre 20, 2005

GENTLE GIANT The Power and the Glory (1974)

Gentle Giant - The Power and the Glory
Progressif (Angleterre)


Si les sophistications propre au groupe semblent avoir ici légèrement fondu dans le creuset d’un progressif qui se veut dense et accessible, The Power and the Glory demeure pourtant un disque d’une rare intelligence. Plus brut, plus souple, plus fin, ce disque peut aisément figurer parmi les meilleures œuvres du groupe. Un album immédiat certes, mais qui par son caractère peut rebuter ou laisser de marbre ; The Power and the Glory est avant tout un disque très typé. Il n'en présente pas moins un certain panache. En effet, l'opus regorge de perles rythmées comme ‘Playing the Game’ et sa pulsation particulièrement hypnotique ; ‘Proclamation’ ouverture fondante reprise en fin de disque sous une autre forme ; ‘Valedictory’ ; ou encore le vivace ‘The Face’, qui pèche cependant par un chant un peu forcé à mon sens. A côté de cela, on note des titres plus doux, comme le très beau ‘Aspirations’ et sa mélodie sincère. Dans l’ensemble, le disque peut ainsi tordre habilement le cou à l’accusation, malheureusement parfois fondée, stipulant que le prog n’offrirait en guise de morceaux que des ramades boursouflées et démonstratives. A cette dernière, Gentle Giant répond ici de la meilleure manière : avec sa précision d’horloger et ses morceaux concis, et distingués.

Note : 5/6

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mardi, août 16, 2005

GENTLE GIANT Octopus (1973)

Gentle Giant - Octopus
Progressif (Angleterre)


Octopus est un disque respecté dans le milieu. Les morceaux... courts ! ne sont pourtant pas vraiment des pièces des plus incisives ou directes : ils se démarquent par leur justesse d'interprétation effrayante, et leurs sophistications et arrangements élégants, notamment sur les deux premiers titres. Ce disque proprement tentaculaire et organique, inspiré par l’œuvre de Rabelais, fait preuve en outre d'une grande synthèse d'influences : les inflexions médiévales sont bien présentes (‘Raconteur Troubadour’) tout comme un certain côté hard rock (‘A Cry for Everyone’), le tout condensé dans huits morceaux joués avec une grande dextérité. Par ailleurs, on retrouve d’une part ces textures de son si particulières qui forgent l’identité du groupe, comme sur l’instrumental liquide ‘The Boys in the Band’, et d’autre part un véritable travail sur les voix, une nouvelle fois (‘The Advent of Panurge’, le sincère ‘Think of Me with Kindness’). Globalement, grâce à son originalité et à sa forte personnalité, le Gentil Géant a su prendre à contre-pied le monde du rock progressif, et ce n’est pas rien. Il devient une référence incontournable, notamment avec Octopus, même si sa popularité n’est pas toujours au niveau de ses efforts. D’ailleurs, je ne suis pas un fanatique de cet album en particulier, mais force est de constater son apport à la discographie du groupe dont il a nettement contribué à la solidification. Peut-être s’agit-il parfois d’une musique qui brille plus par sa forme que par son contenu.

Note : 4/6

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lundi, août 15, 2005

GENTLE GIANT Three Friends (1972)

Gentle Giant - Three Friends
Progressif (Angleterre)


N’avons-nous jamais repensé à nos anciens amis, à ce qu’ils sont devenus une fois nos routes respectives séparées ? Le temps, mais aussi notre responsabilité, ont rendu ce que nous nommons amitié comme quelque chose de bien éphémère… Le travail, la nécessité de partir au loin, l’amour aussi, sont autant de facteurs qui peuvent déstabiliser l’amitié, voire l’anéantir.

Des petites choses si simples nous rappellent la longue aventure que nous avons construite avec nos amis, dès la cour de récré. Ces petites choses nous aimons les grossir, les agrandir, leur donner de l’importance de façon télescopique, un peu à la manière de Proust dans A la recherche du temps perdu.

C’est aussi parfois ces mêmes choses qui nous poussent à retourner sur nos terres pour redécouvrir notre origine, même si parfois l’on ne reconnaît plus rien, comme ce que nous écrit Jankélévitch dans L’irréversible et la nostalgie : bien que l’espace du chemin du retour soit accessible, notre univers passé a bien changé, le temps étant lui-même irrévocable.

Des illusions, des routes qui se séparent, des souvenirs, des interrogations sur le présent, Three Friends ne parle finalement que de ça. Ou tout du moins il suscite ces choses. Dans ce disque, Gentle Giant développe des morceaux non seulement très sophistiqués et pointus, mais également relativement courts et sans surenchère. Une originalité à laquelle s’ajoute la maîtrise de références musicales médiévales. Ces compositions révèlent en outre des sons très travaillés dont les textures chatouillent nos oreilles de leurs charmes si particuliers.

Par ailleurs, plusieurs titres viennent tirer leur épingle du jeu : ‘Prologue’, morceau magique réalisé avec une très grande précision, ‘Schooldays’, qui nous fera visiter les recoins les plus cachés de notre mémoire, et le fabuleux morceau-titre se terminant dans un final aux claviers magistral et envoûtant, presque mystique. Assurément un des passages les plus marquants dans la discographie du Gentil Géant.

Le son d’ensemble, quelque peu vieillot, va d'ailleurs justement permettre une bonne mise en valeur des ambiances de l’album, propice à la réflexion, à l'imagination. De manière générale, Gentle Giant a su offrir un disque intelligent et personnel, un classique par lequel le néophyte pourra commencer s'il veut s’immerger dans leur palpitante discographie.

Note : 5/6

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dimanche, août 14, 2005

KING CRIMSON The ConstruKction of Light (2000)

King Crimson - The ConstruKction of Light
Progressif (Angleterre)


Peut-être semble-t-il nécessaire de retourner les stigmates de The ConstruKction of Light pour en faire un bon disque. Je dis cela à ceux qui n’ont pas aimé l’esprit de cet album, ceux qui sentent du coup qu’ils vont devoir le retourner comme un gant pour tenter d’y trouver quelque chose à leur goût. Pour ma part, je ne le vois pas comme un grand disque mais comme une œuvre pertinente qui joue sur la froideur des sons et la mécanique des structures des compositions.

The ConstruKction of Light est une machine hostile et calculatrice, synthétique et futuriste, une machine purement technologique sans le moindre trait humain, sans cette chaleur que l’on pouvait rencontrer dans les œuvres précédentes, et qui manquera à ceux qui boudent l'album. C’est vrai aussi, la voix traficotée de Belew n’est pas toujours agréable et les chansons l’accompagnent parfois péniblement sans inspiration (‘ProzaKc Blues’, ‘The world's my oyster soup kitchen floor wax museum’).

Mais sur le morceau-titre, la magie entre en jeu et l’osmose est bien visible entre la mélodie et son accompagnement que Fripp, Gunn et Mastelotto tricote comme personne. Les sons sont tantôt lumineux, tantôt plus sombres, et un monde semble parfois s’entrouvrir dans une lueur à peine perceptible mais qui laisse augurer le meilleur, ce que l’on retrouvera aussi dans ‘Into the frying pan’ et le morceau final des ProjeKct ‘Heaven and Earth’.

Penchons-nous sur un autre morceau : ‘FraKctured’, qui n'est rien d'autre qu'une version en acier chromé de ‘Fracture’, que l'on trouve sur Starless and Bible Black. Il résume ce que le disque a de meilleur, proposant une structure très intelligente, des mélodies énigmatiques, et un solo frénétique réalisé avec une grande maîtrise exécution et qui vous transportera dans un tourbillon de technique. On retrouvera ce genre d’émotions dans la seconde partie de la très honorable suite ‘Larks' tongues in aspic part IV’, un morceau qui apporte pas mal au disque malgré sa coda un peu irritante.

En fait, le disque semble renfermer quelque chose de plus sincère et de plus humain derrière ces agencements de motifs techniques. C’est peut-être en changeant notre rapport à ce disque que l’on va découvrir ce qu’il cache réellement. L’essentiel est peut-être en retrait. L'album fuit la caricature pour nous offrir un univers entre-déchiré entre la lumière et les ténèbres, entre une technique déshumanisée au possible et une lueur d’espoir bien vivante. Un bon disque donc, que je conseille de découvrir, avec ses qualités et ses défauts.

Note : 4/6

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mardi, août 02, 2005

KING CRIMSON Discipline (1981)

King Crimson - Discipline
Progressif, New Wave (Angleterre)


Voici la bête : Discipline. Une bête intellectuelle, mais pas toujours très docile. Une bête qui barit comme l’éléphant (‘Elephant Talk’) et qui s’enfonce dans un délire mystérieux et névrotique (‘Indiscipline’). Oui, ça y est, une fois encore, King Crimson a laché son animal en pleine nature. Que ce soit pour les parties rythmiques tumultueuses et entraînantes de ‘Thela Hun Ginjeet’ et de ‘Frame by Frame’, ou les panoramas pittoresques, lumineux et sereins, dessinés par ‘Matte Kudasai’ et ‘The Sheltering Sky’, on sent immédiatement qu’on fait partie du voyage. Du voyage dans l’antre de la bête. Dans Discipline, la technique est au service d’une musique cérébrale, intellectuelle et rigide, carrément mathématique. Les lignes mélodiques du chapman stick de Tony Levin, nouveau dans le groupe depuis Red, se déroulent et s’enroulent dans des sections rythmiques où règnent précision et osmose entre les musiciens. Autre petit nouveau : Adrian Belew, que l’on connaît bien puisqu’il a joué entre autres avec Frank Zappa et les Talking Heads. Ici une nouvelle fois en grande forme, il illumine le disque de sa voix. Mais ce sont évidemment les deux autres membres de l’équipage, les inénarrables Robert Fripp et Bill Bruford, qui vont constituer la base du groupe grâce à leurs immenses créativité et verve musicale. Ils construisent cet édifice musical avec une précision chirurgicale mais aussi avec une forme de… liberté, comme si le Roi Pourpre avait à nouveau, depuis sa désintégration post-Red, réussi à combiner de façon impossible la discipline musicale et la liberté créatrice. Oui, King Crimson semble avoir contourné le faux piège des années 80. Le progressif le plus intransigeant sait se joindre à une forme de new wave sophistiquée pour offrir un disque original et loin de tout repos. À écouter de toute urgence…

Note : 5,5/6

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lundi, août 01, 2005

KING CRIMSON Red (1974)

King Crimson - Red
Progressif (Angleterre)


Pour ce classique du rock progressif, King Crimson n’est plus qu’un trio : Bruford, Fripp, Wetton. Qu’on se rassure, David Cross est toujours là au violon en tant que musicien additionnel, accompagné notamment de Ian McDonald (saxophone alto) et de Mel Collins (saxophone soprano). Ici le groupe développe une musique sombre et rageuse, dans laquelle l’énergie côtoie parfois une forme de malaise ambiant, comme sur les deux premiers morceaux : le très carré et menaçant ‘Red’, imposant de par sa noirceur si brute ; et ‘Fallen Angel’, un titre à la mélodie subtile. ‘One More Red Nightmare’ continue de vous ensevelir dans cette atmosphère si particulière et hostile mais qui nous semble si proche. Ce titre permet également, comme l’ensemble du disque, de continuer à découvrir les talents de Bruford à la batterie, et ses sons si particuliers, secs et froids. Ensuite, ‘Providence’ tutoie des ambitions expérimentales et avant-gardistes un peu obscures mais au final plutôt réussies. Le genre de truc qui pourrait en laisser froid plus d'un, mais qui pourrait également attirer les esprits les plus curieux. Enfin, Red se clôture par un long morceau, sublime et crépusculaire, mélancolique et très bien structuré : ‘Starless’. Ici la recherche sonore au des textures s’avère encore fructueuse. La mélancolie nous transporte vers d'autres sphères et la qualité d'interprétation, elle-même très diverse, se révèle une fois encore captivante. Quand au finish du morceau, magistral, il remplit à nouveau nos yeux de larmes de lumière et d'émerveillement. Red prouve une nouvelle fois que King Crimson a troqué au fil de sa carrière une dépression pour une autre, délaissant cette forme de déprime peut-être encore trop romantique des débuts pour s’enfermer dans quelque chose d'encore plus malsain et névrotique. Dès Larks’ Tongues in Aspic, et même peut-être avant, on sentait que ce groupe savait évoluer sur le fond comme sur la forme (la pop s’est de plus en plus effacée au profit de l’avant-garde et du jazz, éléments pourtant bien présents dès le premier opus). Red, grâce notamment à l’héritage musical laissé par les deux précédents disques dont il se fait témoin, est une marche supplémentaire dans l’évolution de King Crimson, dans la mutation d’un groupe sachant aller vers le haut, tout en plongeant parfois ses auditeurs dans les abîmes les plus tristes et intérieures. Entre la rage et le désespoir. Entre le rouge et le noir.

Note : 5,5/6

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dimanche, juillet 31, 2005

KING CRIMSON Starless and Bible Black (1974)

King Crimson - Starless and Bible Black
Progressif (Angleterre)


Starless and Bible Black est le deuxième volet de la période crimson-ienne la plus riche, amorcée par Lark’s Tongues in Aspic. Ce disque composé en partie de morceaux joués live et overdubbés n’en demeure pas moins un disque attrayant, malgré un certain manque d'homogénéité. S’agit-il alors d’un album décousu ou bien d’une œuvre fertile et variée ? Tantôt relativement aérien, tantôt plus claustrophobique, le disque propose aussi bien une pop douce-amère et flottante, un rock plus pernicieux, et des expérimentations maladives et inquiétantes.

La première face, démarrant en trombe par un curieux et endiablé ‘The Great Deceiver’, propose deux instrumentaux de très bonne facture : 'We'll Let You Know', et surtout l'onirique 'Trio' qui semble décrire de façon magnifique un paysage musical et métaphysique aux teintes pastel. Elle se compose également de deux très jolies chansons : ‘Lament’ et ‘The Night Watch’. Cette dernière entre en scène dans une cascade sonore et magique du plus bel effet et dispose aussi d’une mélodie assez envoûtante. Notons que les paroles… comment dire… étranges, sont écrites sous la plume de Richard Palmer-James. Enfin, 'The Mincer', morceau discret mais inquiétant, complète le tableau de fort belle manière.

Dès lors, durant le morceau titre présent sur la seconde face, la guitare distordue et toxique de Robert Fripp se fraye un chemin à coups de larsens dans cette musique noire et tendue d’où émerge une légère agonie de mellotron. Et quand la compo se débride, une très belle dynamique rythmique en émerge... Enfin, ‘Fracture’, le morceau final, demeure quant à lui plus mathématique et ses thèmes mélodiques très personnels en font un titre emblématique du groupe. Une composition absolument fantastique et particulièrement imposante, clôturant donc cette oeuvre de façon magistrale. On constate également un gros travail de Bruford sur les percus, comme à l'accoutumée.

Starless and Bible Black, qui prend un malin plaisir à mettre parfois l’auditeur mal à l’aise pendant l’écoute, a aussi la capacité de le submerger. Cette musique aux allures parfois antipathiques révèle ainsi un grand pouvoir. En effet, Starless and Bible Black, disque d’excellence pourtant controversé et parfois mal aimé, présente à mon sens un potentiel considérable (que l’on connaissait déjà) et parvient de ce fait à maîtriser totalement sa véritable proie : l’auditeur.

Note : 5,5/6

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samedi, juillet 30, 2005

KING CRIMSON Lark's Tongues in Aspic (1973)

King Crimson - Lark's Tongues in Aspic
Progressif (Angleterre)


En exil. Très souvent, c’est loin de certains disques que l’on peut réellement percevoir leur essence et leur sens. Loin de l’anarchie de la sensibilité. C’est un peu de cette manière que j’ai pu comprendre cet opus de Crimson, à moins que cela soit encore plus particulier. En effet, c'est en arrêtant de l’écouter un moment que j’ai pu cerner la distance qui se trouvait entre la tranquillité toute relative de la planète Terre et l’endroit où il voulait m’emmener. En exil.

Longtemps j’ai dû m’éloigner de sa musique pour mieux l'apprivoiser. Si la majorité de mes disques est sujette à mes théorisations plus ou moins habiles et à un recul nécessaire, pour celui-ci c’est encore plus spécifique : j’ai vraiment voulu me détacher de mes sens, avec méfiance, j’ai voulu faire confiance à mon intellect (ou ce qu'il en reste), j’ai voulu préparer le terrain, dès les premières écoutes. J’ai voulu conceptualiser avant d’écouter en profondeur. Loin du disque. En exil.

Larks’ Tongues in Aspic est le début d’une nouvelle ère, et un support pour les disques Starless and Bible Black et Red, autres pièces maîtresses de la discographie du groupe. On aurait pu croire à la lente décomposition de la bête à l’issue d’une mort violente mais force est de constater que le recrutement autour de Fripp de personnalités artistiques comme John Wetton, Bill Bruford, David Cross et Jamie Muir fut bénéfique au niveau de la cohérence, de l’originalité et de la qualité intrinsèque de l’œuvre que Crimson nous propose. Une œuvre lumineuse, exotique et mystique. Complexe et visionnaire. Agressive et dangereuse, enfin. Un voyage sensoriel et magique. Un exil.

Les deux parties du morceau titre sont un passeport pour une île inconnue, celle des grands espaces et du temps infini qui s’égrène. Des percussions mystificatoires, des guitares obscures et énergiques, des cordes de lumière. Des mélodies qui scintillent. Magnétisantes. De la mélancolie de ‘Book of Saturdays’ à l’hypnotisme éprouvant du dynamique ‘The Talking Drum’, cet album de Crimson est un récit de voyage sonore (appuyé par les textes de Richard Palmer-James), un tissu homogène d’expérimentations transcendées par des séquences émotionnelles intimes et vivifiantes. Si 'Exiles' nous fait part de ses mystères et de son aura, ‘Easy Money’ enfonce le clou, que ce soit au niveau de la recherche expérimentale ou de l’importance de la place, fondamentale, des percussions.

Nous voilà échoués dans un autre univers. Larks’ Tongues in Aspic est un disque venu de nulle part, une œuvre qui nous invite à découvrir un paysage musical insulaire dans lequel l’auditeur ressentira le besoin de se désintégrer et de vaporiser de part en part chacune de ses cellules. Plus qu’un disque : une révélation. À écouter loin, loin, loin. En exil.

Note : 5,5/6

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vendredi, juillet 29, 2005

KING CRIMSON Islands (1971)

King Crimson - Islands
Progressif (Angleterre)


Sous quels traits se cache celui qu’on nomme communément « fan » ? Quelle attitude peut-il avoir face à un disque qui se situe parmi les plus faibles d’un groupe donné ? Islands de King Crimson est un disque qui pourrait être intéressant pour tester cela… car cet album n’est pas, paraît-il, le plus réputé de leur discographie. À tort ?

Deux attitudes pourraient être distinguées. Le fan peut tout accepter, un peu malgré lui, mais aussi parce qu'il aime la marque de fabrique des musiciens (et quand elle n’est plus là il la cherche d’une façon ou d’une autre). Bref il pardonne tout, il ne recherche pas l’objectivité, il est irrémédiablement attiré. En revanche, et c'est la seconde possibilité, il peut être très exigeant, et pousser sa critique au maximum de l’intransigeance. Là, les écarts ne sont plus permis.

Dans Islands on se trouve entre l’océan et l’espace, un peu perdu dans une immensité qui nous désoriente. Mais deux perles vont contribuer à nous émerveiller au sein de cet univers de poussières d'étoile.
 - La première, ‘Sailor’s Tale’, est un instrumental plein de tensions, extrêmement bien maîtrisé. Résolument jazz, il nous invite dans un monde mystérieux, regorgeant d'une inquiétude exprimée de façon troublante par le mellotron, judicieusement utilisé. Il propose également une coda, particulièrement lugubre, troublante et évocatrice, et donc très réussie.
 - La seconde parle, ‘Islands’, est un énorme atout pour le disque. Un morceau prodigieux, somptueux, délicat et romantique, intime et mélancolique. Ici, nous sommes clairement habité par un sentiment d’éternité dont nous trouvons l’origine au plus profond de le composition, quand ce n’est pas au plus profond de nous-mêmes.

Les autres morceaux sont cependant un tantinet en deça… Si 'Formentera Lady', le morceau d'ouverture, avec l'impulsion que donne son jazz échevelé, a beaucoup à donner, ‘Ladies of the Road’ ne sera quant à lui pas du goût de tout le monde et casse peut-être un peu l’ambiance du disque. Parfois on y entendrait presque les échos de la voix de Lennon dans l’espace. Le timide ‘The Letters’ et les cordes de ‘Prelude Song of the Gulls’, complètent le tableau sans prétention.

Islands ne mérite pas de rester dans l'ombre. Peut-être que ce disque semblera inégal, incohérent, chaotique... il ressemble finalement au parcours d'un groupe souvent en proie à des turbulences internes, avec ses écarts, ses folies... et surtout sa richesse intérieure. Soigné et technique, réalisé avec une grande minutie, il ne peut que susciter un intérêt réel, quelle que soit notre vision de Crimson. Sinon, il nous restera toujours la possibilité d’emprunter les vertus de ‘Sailor’s Tale’ et de ‘Islands’... juste le temps d’un voyage sur une île… dans l’espace… parce qu’après, c’est le trou noir : celui du split.

Note : 4,5/6

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jeudi, juillet 28, 2005

KING CRIMSON In the Wake of Poseidon (1970)

King Crimson - In the Wake of Poseidon
Progressif (Angleterre)


In the Wake of Poseidon est le petit frère du futuriste et magistral In the Court of the Crimson King sorti des entrailles du Roi Pourpre un an plus tôt. Et il lui ressemble beaucoup. En effet, le terrible ‘Pictures of the City’ n’est pas sans rappeler le névrotique ‘21th Century Schizoïd Man’, que ce soit pour sa structure, sa mélodie ou l’agitation des instruments à la fin du morceau. En outre, ‘In the Wake of Poseidon’, teinté d'un désespoir abyssal, renvoie fortement à ‘Epitaph’ mais aussi vaguement aux choeurs de ‘The Court of the Crimson King’. Le thème de ce dernier sera d'ailleurs repris furtivement dans ‘Devil’s Triangle’, marche infernale et un peu terrifiante d'une petite douzaine de minutes (et adaptation de ‘Mars, Bringer of War’ du compositeur anglais Gustav Holst qui a beaucoup influencé le rock). Après ces jeux de ressemblances, j'aimerais insister sur la qualité de l'envoûtant morceau-titre, ‘In the Wake of Poseidon’, brillant par ce pathos qui nous touche au plus profond de nous-mêmes. Je note aussi le sympathique et délicat ‘Cadence and Cascade’, pour le coup beaucoup moins emphatique. Outre ces bonnes idées, le point fort de l’ensemble est l’atmosphère générale de l’album, le groupe ayant là encore parié sur la qualité des ambiances éthérées et hypnotisantes, fantasmagoriques et imprégnées d’une certaine magie pleine de rêves et de tristesse, nous plongeant une fois encore dans la plus totale introspection. Comme vous le voyez, In the Wake of Poseidon est un peu le reflet des idées d'In the Court of the Crimson King... dans un autre monde. Et s'il reste ainsi facile à sous-estimer, il garde pourtant toute sa légitimité.

Note : 5/6

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mercredi, juillet 27, 2005

KING CRIMSON In the Court of the Crimson King (1969)

King Crimson - In the Court of the Crimson King
Progressif (Angleterre)


Sortir un tel album est un véritable tour de force, tant au niveau de sa qualité intrinsèque que de son apport à l’histoire. Œuvre technique et érudite, In the Court of the Crimson King se montre également onirique et atmosphérique, présentant une ambiance inédite presque indescriptible. Le son vieillot contribue clairement à cette impression de rêve tout éveillé. Réalisé avec recul et maturité, ce disque fait d'ailleurs partie de ceux qui ont le mieux vieilli.

Magique et harmonieux, tel est le premier album du Roi Pourpre. L'habileté et la virtuosité des musiciens se mettent au service de la beauté. Le disque regorge de serpentins guitaristiques multicolores, de vents et claviers en panique, de ruptures et de dynamiques rythmiques écervelées. Et cela sans compter le jeu magistral d’un mellotron presque omniprésent, à la beauté envoûtante. Les compositions font preuve d'une richesse démente et inépuisable ; le jazz rencontre le rock, la musique classique le blues, la technique la mélodie, le génie la folie… Un peu comme The Yes Album (1971), mais de façon plus atmosphérique et avant-gardiste, cet opus donne lieu à une forme de pop complexifiée, fuyant les conventions des charts anglais.

En outre, cet album fait ressortir en nous des sentiments bien marqués, parfois fulgurants, et souvent proches de rêveries mêlées d’espoir comme de désarroi. Les musiciens funambules, en clowns tristes, s'amusent sur les bases du rock progressif, style qui a trouvé ici un de ses pères. Morceau d'ouverture, ‘21st Century Schizoïd Man’ exprime musicalement à quoi ressemble un esprit malade devant la folie d’un environnement urbain et post-moderne qu’il maîtrise mal ou qui l’oppresse. D'ailleurs, les instruments symbolisent très bien une forme de cohue et de panique générale à la fin de la composition.

La suite de l'opus nous offre de nouvelles merveilles : ‘I Talk to the Wind’, subtile et somptueux, composition planante et réalisée avec minutie, dopée par de beaux instruments à vent ; ‘Epitaph’, dotée d'une mélancolie poignante proche du malaise ; ‘Moonchild’ et sa mélodie qui vous hante, regorgeant d’émotions si difficiles à contenir, et laissant entrevoir dans sa seconde partie un grand panorama musical, quasiment lunaire, atmosphérique et avant-gardiste. Quant au titre ‘The Court of the Crimson King’, cette grande finale dramatique et majestueux, achève le disque de façon théâtrale en prouvant une nouvelle fois la capacité du Roi Pourpre à créer en nous des émotions presque écrasantes.

1969 : il fallait donc se lever tôt pour voir le Roi Crimson rencontrer sa cour et ses adeptes. Sur une autre planète, dans une autre galaxie. Les années 60 se terminent en devenant encore un peu plus extra-terrestres. D’ailleurs, si l’on considère que les années 60 n’ont duré globalement que quatre ans (de 65 à 68 comprises), on ne peut pas considérer ce disque autrement qu’une ouverture sur un monde nouveau : en effet avec King Crimson, on est peut-être déjà entré dans les seventies…

Note: 6/6

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mardi, juillet 26, 2005

VAN DER GRAAF GENERATOR Pawn Hearts (1971)

Van der Graaf Generator - Pawn Hearts
Progressif (Angleterre)


Le psychédélisme et le progressif sont deux courants qui sont liés, qui se cherchent et qui finissent par se trouver dans certains disques, comme Pawn Hearts, œuvre d’une alchimie parfaite entre culture progressive et illuminations psyché. Que ce soit dans l’extravagant et schizoïde ‘Lemmings’, dans ‘Man-Erg’, morceau à la douceur trompeuse, ou encore dans cette grande pièce montée, ‘A Plague of Lighthouse-keepers’, titre épique et spatial, l’osmose est totale et la maîtrise instrumentale remarquable. Van der Graaf Generator présente ici sa marque de fabrique, son énergie brute pas toujours très lointaine d’une forme d’agressivité, et bien plus encore : ces chirurgiens de l’arrangement musical œuvrent pour troubler nos esprits. Déjà, se dresse dans Pawn Hearts un monde énigmatique et surréaliste… qui n’est rien d’autre que ce qui se passe dans la tête de Peter Hammill. Et même dans les nôtres. Il s’agit d’un monde où se côtoient visions cornues et prophétiques, démence et désarroi. Un monde d’aliénation mentale, d’aberrations psychiques dans lequel errent de façon fantomatique les âmes détraquées et lunatiques en proie aux divagations agoraphobes et paranoïaques les plus intenses. Mais comment oublier également ces mélodies pleines de mélancolie et de tristesse qui se glissent dans ces morceaux colossaux ? Elles montrent l’égarement et toute la vulnérabilité de Peter Hammill. Ici « être perdu » fait sens comme rarement cela a pu le faire. D’ailleurs on se demande bien quelle est la signification de ce disque, sa direction. On se laisse alors baigner dans ces hallucinations si angoissantes parce que si proches du réel… mais si proches de l’ivresse. Pawn Hearts est une oeuvre introspective et originale, visionnaire et riche, mais peut-être bien plus : c'est une véritable réflexion sur notre personnalité et sur les ambiguïtés de notre intériorité.

Note : 6/6

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lundi, juillet 25, 2005

VAN DER GRAAF GENERATOR Godbluff (1975)

Van der Graaf Generator - Godbluff
Progressif (Angleterre)


Godbluff, cette pierre noire dans la discographie des très british Van der Graaf Generator, est un disque solide et énergique. Et d’une rare puissance. Cela est difficile à croire tant le line-up pourrait sembler pauvre (pas de basse, une seule guitare… acoustique). Mais c’est sans compter sur la fougue et l’envie dans la voix de Peter Hammill, la vigueur de l’orgue de Hugh Banton, la ténacité de David Jackson, et la hardiesse de Guy Evans, batteur précis et inspiré. Dans ce disque composé de quatre titres, le jazz et le rock le plus brut se rencontrent pour nous montrer encore une fois un nouveau visage du mouvement progressif, ici complexe, perturbé, mais garant d’une certaine sobriété et d’une grande maîtrise d’exécution. L’ensemble, très équilibré, est aussi très intense au niveau des émotions, que ce soit dans la mélodie de ‘The Undercover Man’ ou dans le solo de saxophone de ‘The Sleepwalkers’ qui vous prend à la gorge. Une fois encore, VdGG va faire ressortir tout le côté noir de sa musique derrière l’aspect rigoureux du disque et donner du fil à retordre à nos âmes tourmentées. Un côté sombre, lié parfois à une forme de rage. Mais il y a finalement moins à dire qu’à vivre avec ce Godbluff. C’est peut-être le soir, dans la solitude, un verre l’alcool à la main, que l’esprit de l’auditeur, noyé dans des pensées les plus évasives, va cerner l’essence véritable de ce disque…

Note : 5/6

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