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Exil progressif

Un blog old-school sur les musiques progressives et psychédéliques

dimanche, mars 31, 2013

PINK FLOYD Meddle (1971)

Pink Floyd - Meddle
Psychédélisme/Progressif/Space Rock/Expérimental (Grande-Bretagne)


Si l’on met de côté Piper…, Meddle offre jusqu’alors un classique indéboulonnable, au sens historique du terme. Mais il ne faudrait pas négliger un autre aspect : le son Pink Floyd continue de se former, une identité se crée. Même si l’on reste bien ancré dans cette deuxième phase sans Syd Barrett, on entre dans une nouvelle dimension au niveau des sonorités. Une sorte d’acoustique planant et expérimental, déjà un peu entrevu, émerge, et va enfanter ici LE morceau emblématique du Floyd : ‘Echoes’.

Auparavant, on aura quand même noté cette belle ouverture, arrogante et menaçante, dotée d’un soupçon d’euphorie vicieuse : ‘One of These Days’. Tremolo des guitares et batterie qui pulse. ‘A Pillow of Wind’ reste un beau titre acoustique et sombre, toujours dans cette lignée de songwriting sec que l’on a pu rencontrer par endroits, depuis Ummagumma. Si ‘Fearless’ coexiste étrangement avec un ‘You’ll Never Walk Alone’ entamé en chœur par des supporters de foot, ‘San Tropez’ nous invite dans des contrées plus joviales. Quant à ‘Seamus’, il présente un chien comme invité, le temps d’une chanson, moitié couinée, moitié… couinée.

‘Echoes’, nous disions donc. 23 minutes, une nouvelle odyssée. Dans les profondeurs. Tel un sonar, une note de piano aigüe et fixe amplifiée via une cabine Leslie, amorce ce voyage, comme un appel. Le chant floydien prend le relais, avec une mélodie typique du groupe qui affine ici son style. Elle laisse la place à une impro instrumentale, solide et jazzy, marquée par la guitare hurlante de Gilmour. Puis c’est une plongée dans les abysses… A l’instar d’un ‘Atom Heart Mother’ se dévoile alors un passage angoissant et sinistre. Ici des cris musicaux d’animaux irréels semblent nous appeler, venant des cieux ou des abîmes où ils végètent. Après la dissipation de cette section saisissante, la note du début apparaît de nouveau pour battre le rappel des instruments, et tout semble se reconstruire, se remettre en marche habilement… avec notamment cette rythmique qui apparaît progressivement, pour ensuite laisser le premier rôle à un motif de guitare rotatif, étincelant. Si le chant entame dès lors un nouveau refrain, le morceau s’achève tout de même dans l’ambiguïté, avec cette ambiance inquiétante qui refait surface à la toute fin.

Meddle est un peu le petit frère d’Atom Heart Mother. Les efforts portés sur un morceau tumultueux et de longue haleine sont leur principal point commun. L’océanique ‘Echoes’ est une pièce majeure dans la discographie du groupe, et probablement le plus symbolique, avec ‘Shine on You Crazy Diamond’, que l’on trouvera sur Wish You Were Here, autre composition éprouvante. Certes, les morceaux plus courts ne tiennent pas la distance à côté d’‘Echoes’, mais ils l’accompagnent plutôt intelligemment. Cette épopée musicale fait de Meddle le nouveau fer de lance de la carrière du Floyd, toujours appuyé par une belle renommée chez les fans. Et ce, même si l’album sera éclipsé par son successeur : le célèbre The Dark Side of The Moon.

Note : 5/6

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jeudi, décembre 27, 2012

POPOL VUH In den Gärten Pharaos (1971)

Popol Vuh - In den Gärten Pharaos
Krautrock / Musique spirituelle (Allemagne)


L’appel du sacré. Des voix lunaires, célestes, s’échappant du néant, à moins qu’elles ne soient souterraines, surgissant progressivement d’un abîme entrouvert. Puis ces percussions mystiques... Peut-être sommes-nous plus simplement dans le jardin du pharaon, lors d’une méditation, non loin d’une paisible rivière. In den Gärten Pharaos n’est pas seulement la pièce maîtresse de la discographie de Popol Vuh, et l’apex de sa première formule, il reste aussi un au-delà pour le krautrock, spirituel et ambiant, développant ses aspects stylistiques tout en y insufflant la personnalité d’une de ses formations majeures. Deux grands morceaux de près de 20 minutes, deux grandes phases, comme on aimera à en trouver chez Klaus Shulze, Tangerine Dream, Ash Ra Tempel et consorts. Deux faces… l’une, éponyme, tressaillant dans l’intimité d’un effroi, sensible et inquiétante, avant de dévoiler une mélodie doucereuse, enveloppée dans des sphères aquatiques ; l’autre, ‘Vuh’, majestueuse, auréolée de son nimbe, illuminée par un orgue brûlant et ses rayons dorés… A mon sens une des plus belles pièces du genre… Si le premier morceau nous fait découvrir une musique spatiale à plusieurs niveaux, et dans laquelle on s’engouffre, dans laquelle on apprend à redécouvrir l’espace sonore au sein d’une composition, le second nous expose l’écrasante beauté du temps et la proximité de l’instant d’un recueillement, ou d’une illumination réflexive et émotive. In den Gärten Pharaos reste un des classiques emblématiques d’un groupe, d’une figure de style, l’appel intérieur de tout un genre musical.

Note : 6/6

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vendredi, juillet 27, 2012

FAUST Clear (1971)

Faust - Clear
Krautrock (Allemagne)


Il fait noir. Un piano de cabaret un peu intello égrène quelques notes intimistes. Des voix d’outre-tombe se disloquent. Une fanfare délurée entre en scène… Tout cela mérite bien des explications.

La musique est histoire de frontières. Entre les genres, entre les cultures, entre les bruits et les sons... C’est là que Faust intervient ; soit la musique est toujours vouée à dépasser ses frontières et Faust en est la preuve, soit on observe ce que l’humain peut musicalement réaliser, et Faust devient lui-même une frontière, une limite, un aboutissement, une finalité, un absolu.

Dans une démarche naturellement anti-marketing, Faust dévoile un vide déboussolant, à travers ses pochettes minimalistes (noire pour Faust So Far, une partition vierge pour Faust IV), et une musique sans visages, une forme de désolation musicale… D’ailleurs, l’agressivité des sons, le concept global et la place prise par l’artwork ne laisseront pas insensible tout le mouvement de musique industrielle, notamment à ses débuts.

Clear est donc le premier album de ce groupe symbolique du krautrock. Forme de poésie anarchique, de collage dada et iconoclaste. Dès le départ, les pistes vont être brouillées. On perçoit des bribes (des lambeaux ?) de ‘Satisfaction’ et de ‘All You Need Is Love’… les ténors de l’époque passée seraient-ils renvoyés dos à dos ? Faust devient la troisième voie, celle du progressif au sens le plus basique du terme. Du progressif près de l’os. Brut et nature. Mais électronique aussi.

Le contenu est clair : trois morceaux détraqués pour une intense demi-heure de musique psychique et psychédélique. ‘Why Don’t You Eat Carrots’ est un peu un témoignage de l’effroi. Dans le noir. Avec ce piano, ces voix, et cette fanfare donc. Et ces grognements électroniques. Qui nous plongent dans un autre endroit obscur, proche d’un océan intérieur peut-être et de ses cargos magnétiques. D’une pièce à l’autre, d’une scène à l’autre, nous voilà projetés dans des mondes irréels. Faust fait du Buñuel en musique, à moins que cela soit du Lynch avant l’heure.

Les échos de ‘Meadow Meal’ ne sont pas sans nous rappeler les corridors de Tago Mago de Can, sorti la même année. Des grincements, de l’agitation. Le morceau se met en place de façon plutôt cohérente. Il nous interpelle. Le temps s’arrête. Puis un orage éclate (un autre point commun avec Tago Mago), et une mélodie lointaine et onirique résonne au loin, dans ces paysages noirs et silencieux.

‘Miss Fortune’, d’une bonne quinzaine de minute, est un nouveau testament noir. Il est remarquable de voir comment Faust arrive à absorber l’obscurité dans sa musique. Nous tâtons le pouls de ‘Miss Fortune’, sentons sa pulsation, écoutons ses lentes divagations, ses grincements. Les conventions du rock semblent se mourir. Les modulations de Faust ont raison de tout. Et elles ont raison tout court.

Clear est une nouvelle énigme qui nous frappe par sa violence sombre. Absurde, draguant de près la musique concrète, acide et sonique, droguée et disciplinée, révolutionnaire et intense, à l'image de cette radiographie d’un poing ("Faust" en allemand) en guise de couverture. Clear ressemble à un nouvelle genèse pour la musique. Fondateur, séminal, déroutant et tellement contemporain.

Note : 5/6

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mardi, avril 24, 2012

SOFT MACHINE Fourth (1971)

The Soft Machine - Fourth
Jazz / Canterbury / Expérimental (Angleterre)


Les premiers disques de Soft Machine auront été l’objet d’un crossover jazz & prog-psyché, mais surtout la base d’un déplacement progressif de leur musique vers un jazz plus pur. Avec Fourth, complètement instrumental, on semble bel et bien arrivé sur l’autre rive. La mutation est inéluctable, achevée, irréversible. Le temps d'un psychédélique suranné semble loin, mais pas celui des chemins expérimentaux, aventureux et jusqu'au-boutistes du groupe.

Premier fait notable : Fourth est l’album du départ de Robert Wyatt. Et pour son dernier disque avec la machine molle, il pulse l’ensemble comme jamais, se montrant comme un véritable batteur de jazz explosif à la forte personnalité artistique, mise à profit dans cette musique complexe, oblique et volubile. Mark Charig (cornet) et Alan Skidmore (saxophone tenor) ajoutent leurs instruments éclatants à ceux de Nick Evans (trombone) et d’Elton Dean (saxophone alto et saxello). Notons aussi l’appui de Roy Babington, à la contrebasse.

‘Teeth’, morceau de Mike Ratledge dans lequel Elton Dean excelle, est la mise en œuvre d’un jazz étincelant et vivant, feutré et flamboyant. ‘Kings & Queen’ (Hugh Hopper) demeure quant à lui davantage accessible pour ses lignes mélodiques, et laisse ensuite place à ‘Fletcher’s Blemish’ (Elton Dean), forme de jazz en liberté, titre le plus expérimental/free de l’opus, donnant plus de caractère à l’album. Le disque se poursuit avec une longue suite en quatre mouvements : ‘Virtually’, composée par Hugh Hopper, et parfois assez expérimentale (travail des parties 3 & 4 par ex). Propre et méticuleuse, il s’agit d’une assez bonne synthèse entre l’esprit jazz improvisé et la conceptualisation prog.

Globalement, je dirais que Fourth semble garder un peu moins de mystères que Third voire Fifth. Cela en fait à mon sens le moins vibrant et le moins palpitant des cinq premiers albums du groupe, sans dévaluer ses qualités et la maîtrise de son interprétation. Il n’en demeure pas moins une pièce importante dans l’évolution discographique de Soft Machine.

Note : 4/6

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mercredi, février 29, 2012

ASH RA TEMPEL Ash Ra Tempel (1971)

Ash Ra Tempel - Ash Ra Tempel
Kosmische Musik (Allemagne)


Tonnerre et méditation. Ash Ra Tempel, formé en 1971 par Manuel Göttsching, Klaus Schulze et Harmut Enke, prend sa place dans la galaxie krautrock, quasiment dès sa genèse. Deux longs morceaux, respectivement de 20 et 25 minutes, composent ce premier album éponyme. Les premières nappes planantes et menaçantes d’‘Amboss’ font leur apparition. Le ciel infini semble gronder et nous projeter dans un univers cosmique, psychédélique, stratosphérique. De ce bain de claviers ambiants et futuristes émerge un rock puissant en fusion. S’ensuit ainsi un jam spatial et gondolé où guitares furibardes et acides se déchaînent sous fond de martellements explosifs. Dans son livre Krautrocksampler, Julian Cope fait un parallèle saisissant avec l’énergie et la véhémence annihilatrices qui animent la scène de Détroit. La forme est différente, mais le fond serait le même, tout du moins en partie. Ash Ra Tempel ne coupe cependant pas ses racines de la musique allemande, tout en y ajoutant une vitalité spirituelle et ésotérique supplémentaire. Si le jam brille par sa spontanéité, Ash Ra Tempel ajoute dans ses morceaux l’apport de la technologie et une tonalité résolument progressive, étirant ses morceaux à l’infini : du punk dilué d’une certaine manière, mais avec une intensité continue. En tout cas, ‘Traummaschine’, qui constitue la seconde face du disque, demeure beaucoup plus ambient. Les claviers caverneux d’outre-tombe se dévoilent lentement, tels des ombres approchant. Leurs harmonies nous transportent, semblent déchirer le ciel, semblent gémir aussi. L’osmose est remarquable et ‘Traummaschine’ fait figure de grande réussite, une des plus belles pièces du mouvement kraut. Le cœur du morceau s’agite davantage, avec ces percussions qui pilonnent et tonnent, avec ses guitares qui sifflent… Après une brève accalmie, un solo de guitare émerge pour l’ultime assaut, puis cette épopée retombe merveilleusement dans les atmosphères minimalistes, angoissantes et désolées. On sent encore les palpitations du morceau, entretenues par des motifs de guitare lumineux. C’est donc là aussi la réussite de ce premier album : le mélange turbulent rock/atmo, alliage bouillant et tumultueux, prend bien et prépare, poursuit, illustre certains aspects du prog, du kraut, du punk, du space rock… ART nous fait entrer dans son temple éclectique et visionnaire, et signe ici l’une de ses œuvres les plus fortes.

Note : 5/6

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jeudi, décembre 10, 2009

DEEP PURPLE Fireball (1971)

Deep Purple - Fireball
Hard Rock/Heavy Prog (Angleterre)


Intercalé entre In Rock et Machine Head, Fireball paraît souvent comme le disque de l’ombre. Pourtant, cet album va permettre d’asseoir un peu plus la direction heavy prog du groupe, notamment avec quelques classiques. À ce sujet, pensons bien sûr à la turbulente chanson titre, ouvrant le disque avec un bruit de machine et une introduction à la double-pédale. Il y a également l’instrumental ‘The Mule’ et son solo de batterie offrant de belles perspectives en live, la composition se diluant dans la performance volcanique de Ian Paice. Le mélodique ‘Anyone’s Daughter’, dylanesque, surprend, tandis que l’épique ‘The Fool’ et le remuant ‘No One Came’ restent dans la tradition du groupe, plutôt efficaces. Enfin, les singles ‘Demon’s Eye’ et le célèbre ‘Strange Kind of Woman’, disponibles selon les éditions, complètent le tableau. Peut-être un peu moins bon qu’In Rock, et sans doute moins important historiquement, Fireball n’en demeure pas moins un disque de qualité, faisant preuve d’une certaine force, d’une certaine solidité. Et sous ses allures faussement discrètes, il offre à Deep Purple son premier album n° 1 dans les charts UK.

Note : 4,5/6

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mardi, juin 17, 2008

David CROSBY If I Could Only Remember My Name (1971)


Folk/Folk-Rock/Psychédélisme (U.S.A.)


Sur If I Could Only Remember My Name, David Crosby célèbre le folk de la plus belle des manières en se consacrant à l’essentiel : la musique, dans sa substance et sa finalité. Ce qui frappe tout d’abord, c’est la qualité des musiciens participant à cet opus : Graham Nash et Neil Young, mais aussi des membres du Dead (Jerry Garcia, Phil Lesh, Bill Kreutzmann, Mickey Hart) comme de l’Airplane (Jorma Kaukonen, Grace Slick, Paul Kantner, Jack Casady, David Freiberg). Notons aussi la présence de Joni Mitchell, de Laura Allan, et de Michael Shrieve, le batteur de Santana. Dès ‘Music Is Love’, fabuleuse introduction et merveilleux morceau de folk vivant, cette communion de talents nous propose un véritable pèlerinage musical. Ce qui ne sera pas démenti par ‘Cowboy Movie’, superbe odyssée folk-rock de huit minutes, brute et essentielle. Sur le magique ‘Laughing’, rêveur et sybillin, le troublant ‘What Are Their Names’ et l’extraordinaire ‘Song With No Words (Tree With No Leaves)’ se produira le même phénomène : les mélodies tout comme l’harmonie entre les musiciens nous transportent avec allégresse et exaltation vers les panoramas cosmiques d’une musique acide mais relaxante, et intrinsèquement californienne. Le ravissement extatique de ces compositions rayonnantes nous emmènent vers une forme de transe sereine et vitale au cours d’un exode spirituel qui s’achèvera sur le nocturne ‘I’d Swear There Was Somebody Here’. Surgissant sur les cendres de l’époque hippie, If I Could Only Remember My Name demeure ainsi l’album symbolique et fondamental de la carrière solo de Crosby, malheureusement gâchée par la drogue et ne se poursuivant que 18 ans plus tard... avec Oh Yes I Can.

Note : 6/6

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vendredi, août 24, 2007

AMON DÜÜL II Tanz der Lemminge (1971)

Amon Düül II - Tanz der Lemminge
Krautrock (Allemagne)


Plus futuriste, tel est Tanz der Lemminge, troisième opus du groupe et… deuxième double album de suite. Un sacré tour de force donc. Tout d’abord, la structure de ce disque est encore plus alambiquée que les précédentes réalisations : elle est formée de trois sections, les deux premières se décomposant en plusieurs petits morceaux hétérogènes, suivies de deux titres courts et d’un morceau de 8 minutes environ. Imposante et déroutante, la musique spatiale de Tanz der Lemminge, jouée par un line-up à géométrie variable, tient donc à nous faire voyager dans divers chemins pour nous égarer dans les méandres d’une magie authentiquement psychédélique. Le groupe semble se diriger vers un ensemble plus sophistiqué qu’auparavant, mieux produit, moins instinctif, mais toujours aussi délirant. Ainsi, Amon Düül II reste un fabuleux laboratoire de sons, délivrant une musique toxique et synthétique. On retiendra en tout cas ‘Pull Down your Mask’, assez mélodique et précédé d’une bonne introduction en matière : ‘In the Glassgarden’. Contenu dans la deuxième suite, le titre ‘A Short Stop at the Transsylvanian Brain-Surgery’, plus atmosphérique, tire également son épingle du jeu. Mais évidemment, c’est ‘The Marylin Monroe-Memorial-Church’ qui restera le morceau le plus important du disque. Plus homogène que les deux précédentes suites de l’opus, cette improvisation cosmique, habitée et inquiétante, tient tout à fait la concurrence avec les deux autres pièces maîtresses du groupe : les titres éponymes ‘Phallus Dei’ & ‘Yeti’. L’ambiance est plus dépouillée, mais reste profondément noire et trouble. Le disque se clôt sur un morceau bien réussi : ‘Toxicological Whispering’, düülien en diable et précédé de ‘Stumbling Over Melted Moonlight’, qui reprend un tout petit peu un thème de ‘The Marylin…’ avant de sombrer un peu plus tard sous une avalanche de percussions. Ainsi, Tanz der Lemminge, tout de même plus difficile d’accès que les précédents, reste encore maîtrisable et envoûtant grâce à ses atmosphères et ses performances instrumentales.

Note : 5/6

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mardi, juillet 10, 2007

Robert WYATT The End of an Ear (1971)

Robert Wyatt - The End of an Ear
Art-Rock / Canterbury (Angleterre)


Robert Wyatt… Sa musique est parfois associée dans mon esprit aux souvenirs fanés d’étés ensoleillés. Mais Robert Wyatt, artificier de la machine molle, c’est aussi une présence artistique notable, à l'origine d'une musique ambitieuse, et qui a marquée l’histoire. L’artiste abandonne Soft Machine pour enregistrer ce premier album, The End of an Ear, début fracassant de sa carrière solo. Mais il ne coupe pas les ponts avec son ancienne formation, s'entourant d’Elton Dean et de Mark Charig. À noter également la présence de Dave Sinclair (ex-Caravan), toujours dans la galaxie Canterbury.

Riche en hallucinations auditives, le disque va loin. Pour le moment, la musique de Wyatt semble parler davantage à notre intellect qu’à notre cœur, qu’à notre être. Au niveau de la structure de l’opus, on retrouve trois grands morceaux ambitieux, dont la reprise en deux parties de Gil Evans, ‘Las Vegas Tango’, et six titres plus courts. Les compositions sont au service d'un nouveau langage créé, exprimé par des délires vocaux, dans les pas d'un ‘Moon in June’, grand classique du 3ème volume de Soft Machine.

The End of an Ear est en effet un véritable moment psychédélique, mais durant lequel on retrouverait la grande culture de Wyatt. L'œuvre va un peu dans tous les sens, d’où un grand sentiment de liberté éprouvé chez l’auditeur. Les intuitions free-jazz sont bien présentes, tout comme certaines expériences sonores déviantes (‘To the Old World’). Mais notons aussi ‘To Carla, Marsha & Caroline’, plus mélodique, et un peu annonciateur de la mélancolie de Rock Bottom, le joyau discographique de Robert Wyatt.

The End of an Ear est ainsi un monde où mélodie, harmonies et rythmes sont dilués dans une frénésie expérimentale. Dès lors, avec le disque suivant, les expériences auditives seront au service du trouble de la psyché, et l’auditeur ne sera plus lié à la musique de Wyatt par un lien de respect, mais par celui du sentiment. Celui qui nous fera plonger… au fond du trou.

Note : 4,5/6

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mercredi, juillet 26, 2006

CARAVAN In the Land of Grey and Pink (1971)

Caravan - In the Land of Grey and Pink
Canterbury (Angleterre)


Bienvenu dans le monde magique de Caravan… In the Land of Grey and Pink fait figure de classique absolu pour beaucoup, et de passeport pour entrer dans l’univers du groupe. À vrai dire, je garde une certaine nostalgie de ma découverte d'In the Land of Grey and Pink. Déjà, la pochette… ce paysage revêtu de sa robe grise et rosâtre... je ne savais décidément pas à quoi m’attendre musicalement mais je me sentais véritablement attiré par l’esthétique de l’artwork. Quand je vis cette pochette sur le net, je savais désormais quelle devait être ma voie : trouver la route menant au « pays du gris et du rose »...

Ainsi, posséder le disque représentait déjà une grande satisfaction. Mais quand je me mis à l’écouter je fus animé d’un saisissant bonheur : l’album n’était pas uniquement symbolique… il était également excellent. Et la première écoute devenait un moment important dans ma vie de mélomane. Le charme pastoral et atypique de la musique en sucre d’orge de Caravan m’avait vraiment atteint je pense. Et le monde douillet, moelleux et cotonneux d'In the Land of Grey and Pink me tendait les bras. Je ne me trouvais pas dépaysé pour autant : le disque incarnait parfaitement le son jazzy et prog de la scène Canterbury et certaines sonorités me rappelaient irrémédiablement mes albums fétiches de Soft Machine. En outre, le folk de Caravan lorgnait presque du côté de Traffic, et la magie panoramique de King Crimson opérait… Je ne voyageais donc pas en terre hostile et inconnue.

La musique de Caravan, douce et fraîche, fondante et soyeuse, nous réserve aussi quelques moments magiques, des petits trésors que l’on garde pour soi. Certes, deux titres demeurent assez faibles : ‘Golf Girl’ et surtout l’irritant ‘Love to Love You (And Tonight Pigs Will Fly)’. Mais que dire de ‘Winter Wine’, tellement tendre et nostalgique… et de la chanson titre, amusante, forte de son petit solo magique au clavier… Mais le plus beau reste sans conteste les 23 minutes de ‘Nine Feet Underground’, morceau d’excellence, une sorte de caramel mou géant, avec des rythmiques guimauves (à la Cream sur ‘100% Proof’). Il présente des mélodies de toutes les couleurs et de toutes les humeurs, des soli de guitare et d’orgue saturé absolument parfaits, le tout restant très homogène. Et la musique de Caravan, veloutée et savoureuse, finit par nous empoigner avec la mélodie de la section ‘Disassociation’… On a vraiment l’impression que le chanteur est à la fois un peu perdu, nostalgique et résigné, dans l’attente, tout en étant conscient de la beauté musicale qui l’entoure.

In the Land of Grey and Pink montre des musiciens en grande forme et des compositions très agréables, sans tomber dans une mollesse indigente. Bref, malgré quelques titres faibles, on peut difficilement faire la fine bouche devant cette œuvre classique du groupe. En fait, même si In the Land of Grey and Pink a ses défauts et ses détracteurs, il me semble presque indispensable de faire escale dans le monde-cocon de Caravan, grâce à ce disque.

Note : 5/6

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vendredi, juillet 07, 2006

CAN Tago Mago (1971)

Can - Tago Mago
Krautrock (Allemagne)


Tago Mago est un souffle d'inspiration. Can va devenir un fleuve où pourront s’abreuver de nombreux artistes souhaitant entrer dans le monde de l'expérimental par la grande porte. Evidemment, Tago Mago reste un OVNI, un truc unique, un truc définitif. Si les artificiers de Can sont des peintres sonores, ce disque reste en effet leur plus belle toile. Cet album n'est pas uniquement un ensemble de collages d'improvisation mais aussi un chef d'oeuvre d'impressions oniriques, où se côtoient lyrisme et érudition. Can est un groupe humain qui maîtrise les techniques d’enregistrement tout en offrant une musique psychédélique et vivante, une musique à la fois émotive, mystique et scientifique. Tago Mago nous fait découvrir le décor mutilé d'une maison en papier, fragile et aérée, dans laquelle nous entrons librement avant de nous enfoncer dans ses salles lunaires, où circulent courants d'air et vapeurs musicales. ‘Paperhouse’, une chanson presque trop normale pour du Can, un titre nostalgique, dans laquelle nous allons abandonner progressivement nos repères, nos visions personnelles de la musique... habituelle. Une première chanson, mais la dernière occasion de laisser derrière soi un monde musical trop banal. ‘Paperhouse’ est un hommage à la guitare, et la prestation du Hendrix allemand, Michael Karoli, est d’importance. Quant à ‘Mushroom’, le morceau suivant, il s’agit d’une composition calme aux premiers abords mais qui se révèle hypnotique et tendue au fil des écoutes. L'ataraxie avant la tempête. Puis c'est la porte ouverte à l'expérimental. ‘Oh Yeah’, morceau de génie. Des structures complexes, des corridors infinis, une musique éternelle. Le coup de tonnerre, la pluie. Tout se rafraîchit. La pluie transparente inonde l'immensité de ce monde infini, où la quiétude ne saura plus dompter la folie artistique de Can. Des balbutiements invertis aux guitares tordues, tout semble ne devenir qu'imbroglio et incohérence. Le morceau se divise en deux parties : une première expérimentale et inquiétante, une seconde plus mélodique. Et les deux soutenues, une fois de plus, par la pulsation de Liebezeit. Dès lors, les rythmes percutants d'‘Halleluhwah’ déboulent... Un morceau culte, le plus long du disque. Un titre visionnaire et dansant de 18 minutes. Un certain souci rythmique aussi, comme toujours… L'heure est à la débauche musicale, mais une débauche sacrée et rythmée, au service de l'art, de la créativité, de l'intégrité. Si le morceau semble ensuite s'assagir, c’est pour mieux redémarrer ensuite. Mais la folie spectrale n’a pas de limites : ‘Augmn’, titre futuriste mais atemporel, fait ensuite son entrée. Tout est ici jeu d'ambiances. Un langage musical indéchiffrable, dans lequels se meuvent des bruits obscurs et excentriques (frottements, crissements), une syntaxe distordue, une sémantique inextricable. Le langage de la respiration peut-être, celui de râles incantatoires. Puis surviennent des percussions étourdissantes, le rythme qui semblait avoir été anesthésié et absorbé pendant le reste de la composition prend à nouveau un rôle majeur. Bref, l’angoisse intégrale du début à la fin… et un des plus grands morceaux qui m’ait été donné d’entendre. Il n'y a toujours pas de repères sur ‘Peking O’, et la déroute est à son comble. Le monde n'existe plus sous nos pieds. Si le côté atmosphérique prédomine sur la première partie du morceau (échos & delay, expression d’angoisses…) et sur la dernière (rythme étrange et diffus), les instruments semblent souffrir de dérèglement chronique dans les deux sections du milieu, pendant que Suzuki débite de manière incontrôlable une forme de charabia psychotique et incompréhensible (on a même l’impression qu’il se prend un objet métallique dans la figure à un certain moment). Enfin, ‘Bring Me Coffee Or Tea’, un chouilla exotique et plus mélodique, achève l'opus de manière presque trop prudente, histoire de reprendre ses esprits. Le monde origami ferme ici ses portes. Tago Mago est un musée du son, une chambre sonore, un disque qui impose le silence et réinvente le rythme. Une oeuvre incontournable et historique qui apporta beaucoup à la culture allemande, et à son identité musicale.

Note : 6/6

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mardi, juillet 04, 2006

CAN Soundtracks (1971)

Can - Soundtracks
Krautrock (Allemagne)


Les Soundtracks, composés de musiques de films, constituent avec Delay 1968 (autre compilation mais sortie en 81) et Monster Movie les prémisses de la grande et géniale trilogie qui va suivre : Tago Mago - Ege Bamyasi - Future Days. Même si les deux parties du titre ‘Deadlock’ lui donne un léger côté conceptuel, le disque n'est pas très homogène, jonglant non seulement avec les voix de Malcolm Mooney et de Damo Suzuki (qui intègre le groupe), mais aussi avec des compositions aux atmosphères très différentes : des morceaux très mélodiques comme ‘Tango Whiskeyman’ et ‘She brings the rain’ ; les deux sections de ‘Deadlock’, composition froide et lumineuse ; ‘Don't turn the light on, leave me alone’, ‘Soul Desert’, et l’excellent ‘Mother Sky’, tours de magie rythmique que seul Can sait produire. C’est surtout ce dernier morceau qui attire l’attention et qui donne tout l’intérêt au disque. Il s’agit d’un jam diabolique et dantesque vraiment très réussi, mettant en scène une des plus grandes sections rythmiques du siècle. Le groupe montre ses atouts : les rythmes post jazz et crypto-tribaux de Liebezeit, la basse hypnotique de Czukay serpentant entre la voix de Suzuki et la guitare de Karoli, les atmosphères froides, mystérieuses et extra-terrestres… ‘Mother sky’, le point fort indiscutable de la compilation, rejoint ainsi ‘You doo right’ dans la collection des morceaux marathoniens de Can. Concernant les deux chanteurs, la performance de Suzuki prend le dessus sur celle de Mooney, qui conserve les mêmes défauts que sur Monster Movie. Ainsi, un peu comme Delay 1968, Soundtracks est un disque de qualité, mais surtout un disque d'acrobate, de jongleur, allant un peu dans tous les sens. Il lui manque à mon goût un caractère plus fascinant, de manière notamment à accrocher de façon plus insistante l'auditeur. Le disque tarde un peu à l'attirer dans ses filets et à le conduire dans son monde. Pour découvrir Can, je conseillerais de passer directement aux choses sérieuses, avec la trilogie qui va suivre, et surtout, avec une écoute patiente et posée. Autant commencer en s'introduisant de plein pied dans la magie brute et agréablement insaisissable des meilleurs albums de Can.

Note : 4/6

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mercredi, mai 10, 2006

EMERSON, LAKE & PALMER Tarkus (1971)

Emerson, Lake & Palmer - Tarkus
Progressif Symphonique (Angleterre)


Emerson, Lake et Palmer forment ce qu’on nomme communément un « super groupe », et veulent visiblement le montrer sur ce classique de leur discographie. Et même un peu trop, pour ceux qui n’aiment pas vraiment le progressif « symphonique » trop flamboyant. Mais qu’importe… Demandons-nous plutôt si ELP fait du coup de la « super musique »... Au premier regard, Tarkus est un disque bicéphale, composé de deux faces bien distinctes, la première présentant un long morceau éponyme d’une vingtaine de minutes qui ravira tous les amateurs de musique progressive, et la seconde mettant en scène une succession de morceaux parfois sujets à d’acerbes critiques chez les fans de prog.

‘Tarkus Medley’, qui ouvre le disque, est une suite écrasante et pachydermique, composée de sept petits morceaux (4 instrumentaux séparés par 3 chansons aux mélodies plutôt réussies). Ici les musiciens sont en osmose, infatigables et inébranlables. Ils génèrent des mélodies tourbillonnaires et torrentueuses qui s’enroulent les unes dans les autres, quand ils ne façonnent pas des rythmiques solides et coriaces, en acier inattaquable. ‘Tarkus Medley’ est une machine musicale qui traîne sa masse torpide, écrase tout sur son passage. Un morceau imposant et démesuré, joué avec une précision chirurgicale et étourdissante. Quelques passages plus calmes surviennent à point nommé pour ensuite laisser repartir la musique, encore plus remuante, impétueuse et virevoltante.

La seconde partie du disque, moins mouvementée, se compose de morceaux bien plus courts et sujets à controverse. Le titre ‘Jeremy Bender’ tranche violemment et de façon un peu étrange avec la longue suite que nous venons tout juste de quitter. Personnellement je n’ai pas de mal avec ce morceau, les parties de clavier de Keith Emerson étant assez soignées, même s’il s’exprime plus, et mieux, à d’autres moments dans le disque. Beaucoup n’aimeront ni le contraste qui s’opère entre ‘Tarkus Medley’ et ‘Jeremy Bender’, ni le côté honky-tonk un peu caricatural de ce dernier. En fait, c’est surtout ‘Bitches Crystal’ qui retiendra l’attention dans la deuxième partie du disque : le morceau se rapprochant le plus du premier, mais en cinq fois plus court... Finalement, le disque se termine sur un clin d’œil à leur producteur avec le morceau ‘Are You Ready Eddy ?’, un rock and roll dispensable et un peu à côté du sujet.

Malgré ses qualités, sa personnalité affirmée et sa pochette sympa, Tarkus d'Emerson, Lake & Palmer donne du grain à moudre aux contempteurs du groupe, avec des compositions irrégulières qui vieilliront mal. Mais n'oublions pas pour autant l'essentiel : Tarkus vaut surtout le détour pour sa longue suite agitée et pyrotechnique, ‘Tarkus Medley’, morceau qui précède dans l'histoire du progressif les grands ‘Supper’s Ready’ de Genesis et ‘Close to the Edge’ de Yes.

Note : 4,5/6

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dimanche, avril 16, 2006

GENESIS Nursery Cryme (1971)

Genesis - Nursery Cryme
Progressif Symphonique (Angleterre)


Nursery Cryme, ou comment continuer la merveilleuse aventure d'une musique discrète et élégante, celle de Genesis. Phil Collins et Steve Hackett ont rejoint le groupe et montrent dès lors leurs qualités de musiciens avertis (Anthony Phillips et John Mayhew ne sont donc plus là, mais notons tout de même leur très bon boulot sur l'opus précédent). Ainsi, nous nous trouvons face au line-up classique et mythique du groupe. Penchons-nous alors plus précisément sur ce que le disque contient : pour ce troisième album, nous sommes en présence de nouveaux climats musicaux, et même si nous nous éloignons des paysages brumeux de Trespass, Nursery Cryme nous propulse dans un univers merveilleux, plein de personnages magiques, mais où l'angoisse et la mort restent bien présentes. Genesis joue encore ici sur une ambivalence « esthétique enfantine / musique adulte et angoissante ». De plus, nous retrouvons des petites histoires racontées dans de longs morceaux progressifs au rythme souvent enlevé. Lyriques et torturés, ils présentent également des textures bien particulières (la pièce maîtresse ‘The Musical Box’, l'écrasant ‘The Return of the Giant Hogweed’, l'espiège ‘Harrold the barrel’). On y trouve aussi ‘Seven Stones’, un titre mélancolique et sincère. Album intello de comptines mythiques, au rock dérangeant et aux atmosphères lumineuses, Nursery Cryme est un disque agréable mais cérébral, ayant une bonne dynamique, mais tout de même un cran en dessous du précédent. Le gros morceau de l'album reste en fait celui qui l'achève : le brillant ‘The Fountain Of Salmacis’, morceau de bravoure plein de mélancolie, au riff d'introduction particulièrement envoûtant. Ainsi, Nursery Cryme apparaît globalement comme un opus de qualité, sophistiqué et parfois percutant. Ceci dit, il ne fait pas partie de mes favoris du groupe.

Note : 4/6

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vendredi, juillet 29, 2005

KING CRIMSON Islands (1971)

King Crimson - Islands
Progressif (Angleterre)


Sous quels traits se cache celui qu’on nomme communément « fan » ? Quelle attitude peut-il avoir face à un disque qui se situe parmi les plus faibles d’un groupe donné ? Islands de King Crimson est un disque qui pourrait être intéressant pour tester cela… car cet album n’est pas, paraît-il, le plus réputé de leur discographie. À tort ?

Deux attitudes pourraient être distinguées. Le fan peut tout accepter, un peu malgré lui, mais aussi parce qu'il aime la marque de fabrique des musiciens (et quand elle n’est plus là il la cherche d’une façon ou d’une autre). Bref il pardonne tout, il ne recherche pas l’objectivité, il est irrémédiablement attiré. En revanche, et c'est la seconde possibilité, il peut être très exigeant, et pousser sa critique au maximum de l’intransigeance. Là, les écarts ne sont plus permis.

Dans Islands on se trouve entre l’océan et l’espace, un peu perdu dans une immensité qui nous désoriente. Mais deux perles vont contribuer à nous émerveiller au sein de cet univers de poussières d'étoile.
 - La première, ‘Sailor’s Tale’, est un instrumental plein de tensions, extrêmement bien maîtrisé. Résolument jazz, il nous invite dans un monde mystérieux, regorgeant d'une inquiétude exprimée de façon troublante par le mellotron, judicieusement utilisé. Il propose également une coda, particulièrement lugubre, troublante et évocatrice, et donc très réussie.
 - La seconde parle, ‘Islands’, est un énorme atout pour le disque. Un morceau prodigieux, somptueux, délicat et romantique, intime et mélancolique. Ici, nous sommes clairement habité par un sentiment d’éternité dont nous trouvons l’origine au plus profond de le composition, quand ce n’est pas au plus profond de nous-mêmes.

Les autres morceaux sont cependant un tantinet en deça… Si 'Formentera Lady', le morceau d'ouverture, avec l'impulsion que donne son jazz échevelé, a beaucoup à donner, ‘Ladies of the Road’ ne sera quant à lui pas du goût de tout le monde et casse peut-être un peu l’ambiance du disque. Parfois on y entendrait presque les échos de la voix de Lennon dans l’espace. Le timide ‘The Letters’ et les cordes de ‘Prelude Song of the Gulls’, complètent le tableau sans prétention.

Islands ne mérite pas de rester dans l'ombre. Peut-être que ce disque semblera inégal, incohérent, chaotique... il ressemble finalement au parcours d'un groupe souvent en proie à des turbulences internes, avec ses écarts, ses folies... et surtout sa richesse intérieure. Soigné et technique, réalisé avec une grande minutie, il ne peut que susciter un intérêt réel, quelle que soit notre vision de Crimson. Sinon, il nous restera toujours la possibilité d’emprunter les vertus de ‘Sailor’s Tale’ et de ‘Islands’... juste le temps d’un voyage sur une île… dans l’espace… parce qu’après, c’est le trou noir : celui du split.

Note : 4,5/6

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mardi, juillet 26, 2005

VAN DER GRAAF GENERATOR Pawn Hearts (1971)

Van der Graaf Generator - Pawn Hearts
Progressif (Angleterre)


Le psychédélisme et le progressif sont deux courants qui sont liés, qui se cherchent et qui finissent par se trouver dans certains disques, comme Pawn Hearts, œuvre d’une alchimie parfaite entre culture progressive et illuminations psyché. Que ce soit dans l’extravagant et schizoïde ‘Lemmings’, dans ‘Man-Erg’, morceau à la douceur trompeuse, ou encore dans cette grande pièce montée, ‘A Plague of Lighthouse-keepers’, titre épique et spatial, l’osmose est totale et la maîtrise instrumentale remarquable. Van der Graaf Generator présente ici sa marque de fabrique, son énergie brute pas toujours très lointaine d’une forme d’agressivité, et bien plus encore : ces chirurgiens de l’arrangement musical œuvrent pour troubler nos esprits. Déjà, se dresse dans Pawn Hearts un monde énigmatique et surréaliste… qui n’est rien d’autre que ce qui se passe dans la tête de Peter Hammill. Et même dans les nôtres. Il s’agit d’un monde où se côtoient visions cornues et prophétiques, démence et désarroi. Un monde d’aliénation mentale, d’aberrations psychiques dans lequel errent de façon fantomatique les âmes détraquées et lunatiques en proie aux divagations agoraphobes et paranoïaques les plus intenses. Mais comment oublier également ces mélodies pleines de mélancolie et de tristesse qui se glissent dans ces morceaux colossaux ? Elles montrent l’égarement et toute la vulnérabilité de Peter Hammill. Ici « être perdu » fait sens comme rarement cela a pu le faire. D’ailleurs on se demande bien quelle est la signification de ce disque, sa direction. On se laisse alors baigner dans ces hallucinations si angoissantes parce que si proches du réel… mais si proches de l’ivresse. Pawn Hearts est une oeuvre introspective et originale, visionnaire et riche, mais peut-être bien plus : c'est une véritable réflexion sur notre personnalité et sur les ambiguïtés de notre intériorité.

Note : 6/6

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dimanche, juillet 24, 2005

YES The Yes Album (1971)

Yes - The Yes Album
Progressif / Pop (Angleterre)


Et si The Yes Album… vous savez, ce disque emblématique de Yes, formation qui fait fuir une bonne partie des aficionados de pop/rock écœurés à l’avance par ce courant musical … oui… et si The Yes Album était finalement un disque… de pop ? Ici, les mélodies sont en effet accessibles, directes et les voix demeurent également sous perfusion pop. « Pop » oui, mais « pop complexe », car les passages les plus mémorisables jouxtent des sections plus techniques et cérébrales nous permettant de redécouvrir aussi bien la virtuosité que l’intelligence musicale de Steve Howe, Bill Bruford, Tony Kaye (aux claviers, plutôt inspiré), Chris Squire et John Anderson (aussi aux percussions). Cela est illustré par des morceaux comme ‘Yours is no Disgrace’ qui démarre l’album, ou ‘Perpetual Change’. Mais à mon sens, ces deux morceaux ne sont pas les meilleurs du disque et pèchent parfois au niveau des vocaux, que certains pourront sans doute trouver légèrement rebutants. À vrai dire, les deux titres qui auront le plus de chances d'accrocher l’auditeur et de l’envoûter sont ‘Starship Trooper’ et ‘I’ve Seen All Good People’. Sur le premier cité, Tony Kaye apporte une touche atmosphérique intéressante, notamment sur la première section du morceau ‘Life Seeker’ qui débouchera progressivement sur une petite coda : ‘Würm’, moment guitaristique particulièrement hypnotique exécuté par Steve Howe. Dans ‘I’ve Seen All Good People’, Tony Kaye, discret mais efficace, fournit un travail de qualité. Il s'agit d'un morceau qui prouve que le progressif sait se faire discret, mesuré, sans calculs, sans surenchère, même s'il on sait que nos musiciens anglais restent de fins travailleurs ne laissant rien au hasard. L’album contient également deux titres beaucoup plus anecdotiques, comme ‘The Clap’ (morceau live enregistré à Londres), et ‘A Venture’, néanmoins pas déplaisant. De manière générale, The Yes Album montre donc un groupe passionné, à la croisée des chemins pop et progressif mais maîtrisant plutôt bien ses influences pour offrir au disque qualité et cohérence.

Note : 4,5/6

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