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Exil progressif

Un blog old-school sur les musiques progressives et psychédéliques

mardi, septembre 17, 2013

HARMONIA Musik von Harmonia (1974)

Harmonia - Musik von Harmonia
Krautrock / Kosmische Musik (Allemagne)


Zip… zip… pfuit… pfuit… splouf… splouf… bzouing… bzouing… klang… klang… La musique d’Harmonia est électronique, mécanique et synthétique. Cosmique. Elle est le fruit de la collaboration entre Michael Rother (Neu!), Hans-Joachim Roedelius et Dieter Moebius (Cluster). De façon élégante et sensible, le groupe crée des ambiances lumineuses et spatiales comme des séquences plus rythmées et magnétiques, « motoriques » (en héritage de Neu!), avec un son très contemporain, très industriel. Les textures nous rappelleraient presque des matières physiques sorties d’usine, souples ou rigides, des produits de synthèse chimique, des plastiques caoutchouteux lisses et ondulés... Parmi les meilleurs titres de l’opus : ‘Dino’ et sa rythmique répétitive et tendue (qui pourrait durer des heures…) et le bien nommé ‘Sehr kosmisch’, onze minutes d’hypnose où tout semble se ralentir et devenir si limpide… comme une éclaircie temporelle. Un des plus grands titres krautrock assurément… Organique, robotique et industrielle, la musique expérimentale d’Harmonia est à l’image d’une époque. Pour ses paysages ambiants et soniques, Musik von Harmonia est un disque très attachant et un album majeur dans le paysage kraut.

Note : 5,5/6

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samedi, décembre 29, 2012

POPOL VUH Das Hohelied Salomos (1975)

Popol Vuh - Das Hohelied Salomos
Musique spirituelle (Allemagne)


Encore une superbe pochette... Un Éden retrouvé, aussi bien graphiquement que musicalement. Popol Vuh parvient à créer son jardin. Pour ce faire, Florian Fricke, au piano, s’entoure une nouvelle fois de Daniel Fichelscher (guitares, percussions, déjà présent sur les deux opus d’avant) et de Djong Yun (voix céleste, présente sur les 3 précédents), pour mettre en place une musique subtile, fine, incisive et délicate, très travaillée… Des morceaux entre 3 et 5 minutes généralement, des petites pièces d’orfèvre aux caractères variés (chantant, mélancolique, cérémonieux, jovial…) mais formant un résultat très homogène, la trame lyrique étant d’ailleurs entièrement empruntée aux cantiques… du Roi Salomon. Popol Vuh garde en lui toutes ces traces spirituelles, et toujours cet axe de réconciliation Est-Ouest auréolée par une invocation de transcendance. Si musicalement le disque demeure un peu dans la lignée d’un Hosianna Mantra, Das Hohelied Salomos abandonne la forme d’arythmie de ce dernier pour entretenir un équilibre entre l’aspect musique de chambre et une dynamique rock beaucoup plus marquée (notamment grâce à l’impulsion de la guitare et des percus). Le grain exotique est lui-même toujours présent, affirmé par l’usage du tablâ et du sitar. Au fil des écoutes, les premiers morceaux apparaissent mélodiquement plus marqués, et ceux de la seconde face plus touffus. L’ornementation sonne très juste et la voix de Djong Yun reste toujours au firmament. Das Hohelied Salomos est une œuvre complète, accomplie, qui sans atteindre les sommets d'In den Gärten Pharaos impressionne par sa maîtrise artistique et son univers ainsi créé.

Note : 5/6

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vendredi, décembre 28, 2012

POPOL VUH Hosianna Mantra (1972)

Popol Vuh - Hosianna Mantra
Musique spirituelle (Allemagne)


La musique d’Hosianna Mantra est calme, posée, délicate… translucide et légèrement colorée, comme un vitrail. Une musique sacrée, recueillie sur elle-même, comme une fleur prête à éclore. Popol Vuh change de direction artistique, en délaissant l’expérimental kraut le plus brut (mais déjà très raffiné ne nous y trompons pas), pour une petite musique de chambre légère et dépaysante, aux accents new age. Les expérimentations synthétiques sont abandonnées au profit d’une petite formation (piano, guitare, hautbois, violon et tambura) auréolée de la voix cristalline de Djong Yun, soprane coréenne. Hosianna Mantra devient cette sorte d’Éden intérieur que l’on arrive parfois à visualiser sous forme d’un petit paradis naturaliste. Il se dégage ainsi une forme de paix, de sérénité intérieure et ambiante. Une musique de paix donc, mais une musique sacrée, essentiellement. Et l’appel du pharaon dans l’œuvre précédente nous avait mis sur la voie… Deux disques différents musicalement, donnant chacun une forme personnelle à une dynamique, une mystique, et des sentiments communs. Certains pourront se sentir non seulement déroutés par le changement d’embranchement musical ici opéré, mais également par une sensation d’ennui pointant au fil des écoutes. J’aime au contraire la religiosité et la préciosité de la chose, pensant notamment à deux très belles pièces : ‘Hosianna – Mantra’, d’une dizaine de minutes, et ‘Abschied’, teinté d’un classicisme distingué, nous égarant un peu plus dans le temps, et nous proposant de concilier différents horizons géographiques, culturels et religieux, joignant l’Orient et l’Occident (notons que Florian Fricke s’est converti au christianisme et à l’hindouisme et que chaque mot du titre Hosianna Mantra fait référence à l’une des deux religions). La kosmische Musik est en effet bien souvent, quelle que soit sa forme, une défragmentation, une déconstruction de nos rapports spatio-temporels. Hosianna Mantra représente une approche de l’équilibre bien particulière, spirituelle et hors du temps.

Note : 5/6

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jeudi, décembre 27, 2012

POPOL VUH In den Gärten Pharaos (1971)

Popol Vuh - In den Gärten Pharaos
Krautrock / Musique spirituelle (Allemagne)


L’appel du sacré. Des voix lunaires, célestes, s’échappant du néant, à moins qu’elles ne soient souterraines, surgissant progressivement d’un abîme entrouvert. Puis ces percussions mystiques... Peut-être sommes-nous plus simplement dans le jardin du pharaon, lors d’une méditation, non loin d’une paisible rivière. In den Gärten Pharaos n’est pas seulement la pièce maîtresse de la discographie de Popol Vuh, et l’apex de sa première formule, il reste aussi un au-delà pour le krautrock, spirituel et ambiant, développant ses aspects stylistiques tout en y insufflant la personnalité d’une de ses formations majeures. Deux grands morceaux de près de 20 minutes, deux grandes phases, comme on aimera à en trouver chez Klaus Shulze, Tangerine Dream, Ash Ra Tempel et consorts. Deux faces… l’une, éponyme, tressaillant dans l’intimité d’un effroi, sensible et inquiétante, avant de dévoiler une mélodie doucereuse, enveloppée dans des sphères aquatiques ; l’autre, ‘Vuh’, majestueuse, auréolée de son nimbe, illuminée par un orgue brûlant et ses rayons dorés… A mon sens une des plus belles pièces du genre… Si le premier morceau nous fait découvrir une musique spatiale à plusieurs niveaux, et dans laquelle on s’engouffre, dans laquelle on apprend à redécouvrir l’espace sonore au sein d’une composition, le second nous expose l’écrasante beauté du temps et la proximité de l’instant d’un recueillement, ou d’une illumination réflexive et émotive. In den Gärten Pharaos reste un des classiques emblématiques d’un groupe, d’une figure de style, l’appel intérieur de tout un genre musical.

Note : 6/6

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mercredi, décembre 26, 2012

POPOL VUH Affenstunde (1970)

Popol Vuh - Affenstunde
Krautrock (Allemagne)


Popol Vuh... un détour majeur pour aborder la musique allemande à la genèse des seventies. Tout à fait dans les cordes des adeptes de Tangerine Dream ou de Klaus Schulze, cette formation emmenée par l’illustre Florian Fricke, le voyageur mystique, aura un impact historique certain. Popol Vuh s'affirme comme l'un des pionniers de la méditation électronique teutonne.

La première période du groupe se compose de deux disques : Affenstunde et le classique In den Gärten Pharaos, deux album dans la veine kraut même si le second s’en éloigne pour faire émerger une certaine approche, une certaine sensibilité autour du sacré. Le line up est constitué de deux autres personnes entourant Fricke l’artificier du grand Moog : Frank Fiedler (aux synthétiseurs) et Holger Trülzsch (aux percussions).

Avec Hosianna Mantra, Florian Fricke jouera avec d’autres musiciens pour élaborer une musique de chambre, subtile et délicate, dans une dynamique new age et de conciliation des horizons géographiques, et des cultures mystiques et religieuses. D'ailleurs, Popol Vuh ressemble au groupe par excellence répondant au concept d’Exil progressif, avec ces voyages personnels, ces fusions de styles, de cultures, de religions, ces mouvements géographiques sur la cartographie des cultures musicales. La réconciliation des genres et des cultures dans une paix qui n’est rien d’autre que l’appel progressif du sacré.

Affenstunde, ambiant et spatial, reste le plus kraut-ien, probablement. Une dynamique d’une B.O., très mystique aussi… « L’heure du singe » s’intègre bien à la destructuration du rapport spatio-temporel de l’auditeur ; la musique ornemente l’espace d’écoute, lui apporte une ambiance générale, et met aussi elle-même en scène une configuration spatiale de sons et d’instruments dans lequel s’engouffre l’auditeur, créant son espace géométrique imaginaire. Le temps semble suspendu, sans variations brutales, et les compositions se distendent, frôlant les 20 minutes. Enfin, toute la thématique futuriste donne une nouvelle dimension à cette notion de temps si particulière dans la kosmische Musik.

Le disque se décompose en deux grands morceaux très minimalistes et lunaires, même si le premier, ‘Ich Mache einen Spiegel’, se subdivise en trois mouvements distincts : un premier ambiant et futuriste ; un deuxième davantage axé autour d’une danse tribale de percussions ; et un troisième de nouveau plus ambiant, dans lequel on continue d’écouter sa respiration sourde et magnétique. L’univers apparaît à la fois comme un panorama inquiétant et hostile, et une invitation à la méditation.

Le second morceau, portant le titre du disque, passe un peu plus à l’offensive avec ses crépitements, grincements, ondulations... L’émergence d’un chaos dans lequel nous errons, contemplant son relief, ses sommets glacés et ses abîmes entrouverts. La composition procède ensuite à une accalmie, avec ses claviers circulaires et cette petite mélodie vagabondant au milieu de nulle part, les percussions survenant parfois, telles des vagues lentes et discrètes.

Affenstunde est une première pierre à l’édifice, les bases pour le groupe comme pour le genre krautrock, même si l’objectif sera ensuite de s’en éloigner toujours un peu plus. L’usage du Moog, la décomposition de l’œuvre en deux grandes phases, et la création de panoramas d’époque, font d’Affenstunde un disque à découvrir pour approfondir toujours un peu plus sa connaissance musicale et historique de l’essence cosmique allemande.

Note : 4,5/6

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dimanche, juillet 29, 2012

FAUST Faust IV (1973)

Faust - Faust IV
Krautrock (Allemagne)


Bruits et atmosphères soniques. Après The Faust Tapes, suite d’enregistrements très privés, Faust IV réalise un nouveau pas en avant dans l’expérimentation. Un équilibre entre recherche inventive et efficacité, beaucoup plus accessible que les précédentes œuvres. Faust IV, album drone, inconscient du post rock à venir, quelques années plus tard.

Face A. Les moments à retenir sont en premier lieu ‘Krautrock’, titre symbolique, dans une veine plus proche de Neu! que des expérimentations hostiles du passé. Spatial, un classique de la musique cosmique allemande, dans lequel se passent des choses étranges, dans des directions différentes, et dans ses recoins les plus cachés. ‘Jennifer’ reste aussi dans cette dynamique de flux, aux frontières du mélodique. Une autre réussite, dans le traitement des sons notamment. Quant à ‘The Sad Skinhead’, intercalé entre ‘Krautrock’ et ‘Jennifer’, il s'agit du titre le moins original, et à mon sens, le moins bon. Un support intéressant néanmoins pour le courant post rock. Enfin, ‘Just A Second’ complète bien le tableau, avec cette dimension sonique personnelle et expérimentale.

Face B. Il y a des passages que j’aime bien sur ‘Picnic On A Frozen River’ (cette montée souterraine à 0:54, et le passage jazzy central), mais la fin répétée à outrance (le motif que l’on retrouve sur « Faust So Far ») est quand même bien soûlante. ‘Giggy Smile’, plaisant et soutenu, devient un moment bien intrigant, de bonne tenue, tandis que le drone ‘Lauft…’ ajoute une nouvelle touche légèrement atmo, bruitiste, assez eno-esque, et au final très réussie. ‘It’s A Bit Of A Pain’, dernier morceau du disque, présente une ambivalence entre un côté assez classique, et une forme de perversion sonore qui détourne un peu le morceau, avec ces petits assauts industriels.

Le bruitisme de Faust IV semble davantage intégré dans un processus mélodique. Ce qui donne cette sensation d’équilibre ; les trois grands classiques de Faust sont chronologiquement une poussée vers cette mesure, même si l’expérimental reste toujours ambitieux. La forme change, le cœur du concept se maintient. Et de nouvelles atmosphères, prégnantes, sont sans cesse créées. Avec son quatrième album (le meilleur probablement), Faust, tout en faisant bouger les lignes et alimentant sa discographie, reste dans les pas de Stockhausen, Cage, Zappa et du Velvet. Radical, libre et jusqu’au-boutiste.

Note : 5/6

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samedi, juillet 28, 2012

FAUST Faust So Far (1972)

Faust - Faust So Far
Krautrock (Allemagne)


C’est avec un beat autoritaire et un peu insupportable que Faust So Far nous assomme dès le départ. Celui de ‘It’s A Rainy Day, Sunshine Girl’, qui va lui-même se liquéfier légèrement pour devenir un tantinet plus amical, débouchant sur un petit air guilleret. Une contradiction dans le titre, et aussi dans son exécution. Sans doute pas un grand morceau, mais une indication parmi d’autres sur ce que Faust va offrir cette fois.

Même si l’album est censé être un peu plus accessible que le précédent (une suite de morceaux plus courts), nous végétons une fois encore en milieu hostile. L’énergie un peu agressive et les expérimentations hasardeuses sont présentes pour solidifier encore un peu plus l’identité de la formation, apparaissant déjà comme l’un des groupes les plus secs, les moins séduisants des ténors de la scène kraut (parfois un peu à tort mais c’est aussi ce qui fait leur force).

Parmi les éléments les plus fondateurs du disque, on note la fougue de l’épique ‘Harm’, un peu le morceau central de l’album, mais aussi le jazz psycho-ambiant et soutenu de ‘So Far’, ou encore les coups de butoir électroniques de ‘Mamie Is Blue’. Je pense aussi aux atmosphères troublantes de l’acoustique ‘On The Way To Abamäe’, que j’aime beaucoup. À noter enfin les ébauches de ‘Picnic On A Frozen River’, ici en deux courtes parties, que l’on retrouvera dans une version bien plus intéressante dans Faust IV.

Faust So Far est brut et expérimental, entre l’esquisse et le produit fini. Avec cette touche d’adversité, farouche et glacée. D'ailleurs, pour certains, les passages de l’album les plus belliqueux sont déjà animés par un esprit punk. Certes, ce genre musical tenta de rayer le courant progressif de la carte des genres musicaux, mais finalement, n’est-il lui-même pas contenu dans certains groupes à la griffe prog, comme Faust ?

Note : 4,5/6

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vendredi, juillet 27, 2012

FAUST Clear (1971)

Faust - Clear
Krautrock (Allemagne)


Il fait noir. Un piano de cabaret un peu intello égrène quelques notes intimistes. Des voix d’outre-tombe se disloquent. Une fanfare délurée entre en scène… Tout cela mérite bien des explications.

La musique est histoire de frontières. Entre les genres, entre les cultures, entre les bruits et les sons... C’est là que Faust intervient ; soit la musique est toujours vouée à dépasser ses frontières et Faust en est la preuve, soit on observe ce que l’humain peut musicalement réaliser, et Faust devient lui-même une frontière, une limite, un aboutissement, une finalité, un absolu.

Dans une démarche naturellement anti-marketing, Faust dévoile un vide déboussolant, à travers ses pochettes minimalistes (noire pour Faust So Far, une partition vierge pour Faust IV), et une musique sans visages, une forme de désolation musicale… D’ailleurs, l’agressivité des sons, le concept global et la place prise par l’artwork ne laisseront pas insensible tout le mouvement de musique industrielle, notamment à ses débuts.

Clear est donc le premier album de ce groupe symbolique du krautrock. Forme de poésie anarchique, de collage dada et iconoclaste. Dès le départ, les pistes vont être brouillées. On perçoit des bribes (des lambeaux ?) de ‘Satisfaction’ et de ‘All You Need Is Love’… les ténors de l’époque passée seraient-ils renvoyés dos à dos ? Faust devient la troisième voie, celle du progressif au sens le plus basique du terme. Du progressif près de l’os. Brut et nature. Mais électronique aussi.

Le contenu est clair : trois morceaux détraqués pour une intense demi-heure de musique psychique et psychédélique. ‘Why Don’t You Eat Carrots’ est un peu un témoignage de l’effroi. Dans le noir. Avec ce piano, ces voix, et cette fanfare donc. Et ces grognements électroniques. Qui nous plongent dans un autre endroit obscur, proche d’un océan intérieur peut-être et de ses cargos magnétiques. D’une pièce à l’autre, d’une scène à l’autre, nous voilà projetés dans des mondes irréels. Faust fait du Buñuel en musique, à moins que cela soit du Lynch avant l’heure.

Les échos de ‘Meadow Meal’ ne sont pas sans nous rappeler les corridors de Tago Mago de Can, sorti la même année. Des grincements, de l’agitation. Le morceau se met en place de façon plutôt cohérente. Il nous interpelle. Le temps s’arrête. Puis un orage éclate (un autre point commun avec Tago Mago), et une mélodie lointaine et onirique résonne au loin, dans ces paysages noirs et silencieux.

‘Miss Fortune’, d’une bonne quinzaine de minute, est un nouveau testament noir. Il est remarquable de voir comment Faust arrive à absorber l’obscurité dans sa musique. Nous tâtons le pouls de ‘Miss Fortune’, sentons sa pulsation, écoutons ses lentes divagations, ses grincements. Les conventions du rock semblent se mourir. Les modulations de Faust ont raison de tout. Et elles ont raison tout court.

Clear est une nouvelle énigme qui nous frappe par sa violence sombre. Absurde, draguant de près la musique concrète, acide et sonique, droguée et disciplinée, révolutionnaire et intense, à l'image de cette radiographie d’un poing ("Faust" en allemand) en guise de couverture. Clear ressemble à un nouvelle genèse pour la musique. Fondateur, séminal, déroutant et tellement contemporain.

Note : 5/6

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lundi, juillet 02, 2012

NEU! Neu! (1972)

Neu!
Krautrock (Allemagne)


Le premier album de Neu! est une nouveauté de taille pour cette année 1972. Klaus Dinger et Michael Rother ont déserté Kraftwerk, autre célèbre laboratoire de sons allemand, et ce disque est le fracassant résultat de leur collaboration, née en 1971. À l’aube du rock électronique, s’appuyant à la fois sur un héritage minimaliste et sur des racines progressives, préfigurant la musique industrielle, la cold/new wave, le post-rock… et même le futur Kraftwerk, Neu! donne de nouvelles lettres de noblesse au krautrock. Expérimental, minimal dans son approche, maximal dans son exécution, Neu! est un disque incontournable de l’époque. Et même au-delà.

Sous la houlette de Conrad Plank à la production, les différents titres de l’album sont autant de pièces novatrices, servant de canons esthétiques pour le genre, cosmiques et technologiques, mécaniques et planants. Des atmosphères, des panoramas magnétiques, dotés d’une forte prédominance rythmique, parfois répétitifs, frappant, assommant, martelant, pilonnant… avec une régularité métronomique et une précision froide, méticuleuse. L’atmosphère industrielle est également importante, reflet d’une société, de ses machines et de ses usines, mais devenant peut-être également une symbolique de l’état des œuvres artistiques, ballotées par un destin marketing. L’ensemble est très aéré, et présente un réel équilibre de sons et de bizarreries électroniques, enrichi d’échos, de boucles, de nappes, de riffs tendus.

Les titres ‘Hallogallo’ & ‘Negativland’, mythiques, mettent en place le fameux « motorik beat », pulsation machinale, hypnotique et entêtante. Le second nommé, davantage irrégulier, fractionné, met en place au départ cette salve de marteau piqueur, et ses autres bruits stridents, inquiétants, symbolisant bien une forme de désœuvrement moderne. Calé entres les aquatiques/plasmatiques ‘Im Glück’ et ‘Lieber Honig’ (ce dernier demeurant davantage léthargique, et bien plus faible que le reste), il constitue le cœur de la longue suite ‘Jahresübersicht’, remplissant toute la face B. Parmi les autres titres du disque, on note les vrombissements de ‘Sonderangebot’, aussi romantiques qu’un groupe électrogène et pas très loin du premier Kraftwerk, mais aussi la nonchalance océanique et contemplative de ‘Weissensee’, très réussi.

L’ensemble du disque est réellement attractif et équilibré, avec ce mélange parfaitement dosé d’expérimentation novatrice et de relative accessibilité. En avance sur son temps (concept, sons, production), Neu! tient dans ses mains un album d’importance, une œuvre organique et contemporaine. Une œuvre culte.

Note : 6/6

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mercredi, avril 11, 2012

ASH RA TEMPEL Join Inn (1973)

Ash Ra Tempel - Seven Up
Kosmische Musik (Allemagne)


Après les tribulations acides de Seven Up, Ash Ra Tempel retrouve un peu son identité première sur Join Inn. Klaus Schulze est de retour et distille deux ingrédients dont il a le secret : le groove déchaîné (batterie) et les atmosphères éthérées (claviers). Comme à l’accoutumée, la première plage est une invitation à un jam live retapé pour l’occasion : le fringuant et emblématique ‘Freak ’n’ roll’, free form assez propre. La seconde plage, ‘Jenseits’, méditation ambiante ésotérique, sied assez bien à la discographie parallèle de Schulze. Dès les premières ondes, dès les premières notes égrenées, on se retrouve absorbé dans ce fluide métaphysique et mélancolique, composé une fois de plus sur une autre planète et dans un autre temps. Rosi, compagne de Manuel Göttsching participe à ce voyage lunaire en y posant sa voix. En fait, on commence à cerner aussi la présence d’une dualité, de l’union homme-femme à travers tous ces disques cosmiques : de la pochette de Schwingungen à la participation de Rosi Müller, en passant par les voyages initiatiques en Suisse de Leary et de Kaiser accompagnés de leurs femmes... Célébration cosmique d’une communion entre les êtres, entre les âmes, et entre des morceaux duaux qui semblent se compléter à chaque fois depuis quatre albums. La production limpide et lumineuse de Kaiser donne tout l’éclat à l’évasion de ces deux symphonies teutonnes. On parle vraiment, toujours et encore, d’exploration psychique. Toutefois, cette dernière prendra fin pour Hartmut Enke, qui décida de quitter l’aventure en 73 à l’issue d’un concert à Cologne. Il ne se sentait plus d’attaque pour intervenir dans une musique aussi belle, dit-il. L’illumination de trop.  

Note : 5/6

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mardi, avril 10, 2012

Timothy LEARY & ASH RA TEMPEL Seven Up (1972)

Ash Ra Tempel - Seven Up
Kosmische Musik (Allemagne)


Vous reprendrez bien un peu de Seven Up ? Affublé d’un très bel artwork coloré, rétro-futuriste et hallucinogène, ce troisième album d’Ash Ra Tempel, pétillant et acide, est le siège de trois oppositions, paradoxes, contradictions.

Premièrement, opposition d’états d’esprits, de bandes de garçons et de filles un peu délurés, réunis au sein d’un collectif d’une douzaine de personnes. D’un côté les artistes psychédéliques, de l’autre les psychologues musiciens. Ces derniers sont emmenés par Timothy Leary, le doc’, défenseur du LSD et des illuminations psycho-psychédéliques (qui lui valurent un séjour en prison), au contact des milieux hippies et des activistes de l’acide. Sous la menace des Black Panthers, il avait dû s’enfuir d’Alger avec son nouveau pote, le poète anglais Brian Barritt, accompagnés de leurs douces et tendres. Quelle fut leur nouvelle destination ? La Suisse, « le seul pays suffisamment décalé pour ne pas les jeter dehors », dixit Julian Cope. Et je ne résiste pas à vous relater ces mots de Cope, sur leur rencontre avec Sergius Golowin :

« En Suisse, les fugitifs étaient reçus comme une famille. Il y a là-bas un mystique sur chaque montagne – la plupart n’en descendent jamais. Un ancien soldat désabusé du nom de Sergius Golowin accueillit les deux couples dans sa retraite montagnarde. Golowin était à la fois poète, mystique et chef gitan déchu. Les siens étaient venus d’Europe de l’Est et s’étaient répandus à l’Ouest, mais il leur adressait encore de grands discours lors de rassemblements épisodiques dans les Alpes suisses. Sa poésie était lue par tous les enfants suisses » 
(Krautrocksampler, Kargo et l’éclat pour la traduction française, pp. 83-84).

L’autre équipe est évidemment constituée du groupe Ash Ra Tempel. Mais elle est surtout chapeautée par Rolf-Ulrich Kaiser, célèbre producteur de musique qui avait emmené le groupe en Suisse. Dans un milieu qu’il maîtrise, il semblait en quête d’une illumination ultime, épaulé par le maître du son, Dieter Dierks. Ainsi, Seven Up est la rencontre de deux horizons parallèles, et de deux têtes pensantes, fédératrices d’artistes dévoués à la cause cosmique : le Doc et le Kaiser. L’un s’improvisait chanteur brailleur, l’autre gourou psyché.

Deuxièmement, paradoxe historique. En fait, Seven Up contient d’une certaine manière, et peut-être encore une fois au niveau de l’état d’esprit, un aspect punk et donc sa propre mort. Enfin, pour la mort je ne sais pas. On avait déjà vu le parallèle entre la scène de Détroit, punk et proto-punk, et le premier album du groupe. Ici, on se trouve toujours au cœur de cet équilibre précaire, entre deux mouvements totalement contraires mais qui semblent se rejoindre, telle une fusion bouillonnante. Dans ce Seven Up aux allures Warholiennes par son titre, les oppositions ne sont plus stériles, elles communiquent, comme au temps de la Factory.

Troisièmement, contradiction musicale, comme souvent, entre une plage plus rock et un morceau plus ambient. L’ensemble est plus chaotique et dépravé que d’habitude et sent la poudre blanche comme jamais. Seven Up garde ainsi toute sa saveur, même si ce ne sont pas les meilleurs titres du groupe. Conceptuellement, les noms des deux grandes plages musicales (‘Time’, ‘Space’) suivent l’équation spatio-temporelle de Leary et de Barritt. En effet, autour de trips extatiques et d’excès de LSD, ils avaient fomenté à Alger le concept du Temp-ESP-ace... Enfin, autre originalité : les différentes subdivisions des deux morceaux, empruntées à des sessions live (aux studios Sinus de la Münstergasse, à Berne), symbolisent semble-t-il les sept niveaux de la conscience humaine.

Le style du premier morceau, ‘Space’, est indissociable du style du groupe (fusion rock/ambient dans un creuset cosmique psyché) et de son histoire (la participation de Leary). Certes des subdivisions permettent d’y voir plus clair dans ‘Space’, et parmi ces différents morceaux composant la première plage, ces blues rock déjantés, cabossés et maltraités (un shoot façon White Light/White Heat ?) remplis de reverb effervescente, de carambolages de guitares assourdissantes et de cacophonie vocale, on retiendra surtout l’énergie électrique de ‘Power Drive’, entre rugissement et vrombissement. La succession des différentes étapes de ‘Space’ est étrange (tout comme le mélange d’un blues urbain baignant dans un psychédélisme cosmique) et donne un côté un peu fouillis et déstabilisant au départ, tout en restant assez original. Le disque provient bien de musiciens chargés au LSD et qu’on aurait essorés.

Le second morceau, ‘Time’, vers lequel va ma préférence, est plus mystique, moins agité. Et complètement méditatif, comme nouvelle initiation aux portes de l’infini. Loin d’être le calme après la tempête, il en serait le prolongement sous une autre forme, entre incantations et recueillement. On note que la dernière subdivision du titre, ‘She’, est le miroir de ‘Liebe’ du précédent opus. Julian Cope le note : « ‘Time’ est un classique allumé de kosmische Musik, qui utilise les accords de la chanson éponyme ‘Schwingungen’ parce que Manuel Göttsching et Harmut Enke étaient persuadés d’avoir trouvé sur ce morceau le son du Paradis » (p. 89).

Sérieux, comment les mecs devaient planer à l'époque… Tous ces neurones qui ont dû griller... En chaîne, comme de petits fusibles. Au tournant des années 70’s, tous les systèmes nerveux étaient off. Et c’est de cette source d’inspiration qu’émergea Seven Up un authentique testament d’époque, fun et psyché.

Note : 4,5/6

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vendredi, mars 02, 2012

KRAFTWERK Kraftwerk (1970)

Kraftwerk - Kraftwerk
Expérimental / Minimalisme (Allemagne)


La première période de Kraftwerk reste assez méconnue. Elle se compose de trois disques expérimentaux (Kraftwerk 1 & 2, Ralf und Florian) et constitue l’« archéologie » de la discographie du groupe, comme le dénote Florian Schneider, l’une des deux têtes pensantes de la formation, avec Ralf Hütter. Ici, on est encore loin de leurs Robot Musik / Volksmusik qui ont fait les lettres de noblesse du groupe et ont inspiré la scène électronique comme la new wave plus que tout. Mais l'on retrouve déjà un minimalisme chirurgical, et un esprit typiquement allemand. Kraftwerk, comme beaucoup de groupes germains, a su donner ou compléter fortement l’identité musicale de son pays. Économie de sons, économie de mouvements, économie de sentiments, le premier album de Kraftwerk présente une authentique liberté de composition et d’exécution.

Ralf Hütter & Florian Schneider créent ici une musique avant-gardiste, parfois assez hostile, nihiliste, quasi-scientifique, et gardant ainsi plusieurs ponts avec la musique industrielle à venir ; le disque présente aussi bien les thématiques urbaines et mécaniques, qu'une musique abrupte, aride et minimale, parfois agressive, froide et blanche. De plus, « Kraftwerk » signifie « centrale électrique » et la pochette de ce premier album présente un plot de sécurité ready-made… Nous sommes donc bel et bien devant un album très contemporain.

Au niveau des musiciens, un batteur joue pour chaque face du disque : Andreas Hohmann sur la face A, Klaus Dinger sur la face B (en réalité uniquement sur le dernier morceau du disque). Ce dernier formera avec Michael Rother (venu prêter main forte à Kraftwerk pendant quelques mois après le premier album) le groupe Neu! en 1970, après leur départ de Kraftwerk. À noter enfin la présence de Conrad Plank à la production (il travaillera aussi sur les albums de Neu!, entre autres).

Le disque peut se diviser en 4 mouvements de 8 à 12 minutes, correspondant chacun à des caractères différents bien marqués :
 - ‘Ruckzuck’ garde une prédominance rythmique, motivé par un violon électrique et une flûte un peu maltraîtée, avant de sombrer peu à peu dans une forme d’anarchie expérimentale. On y repère aussi le thème d’ouverture qui sera rappelé par celui du titre ‘Trans Europa Express’, issu de l’album du même nom (sorti en 1977).
 - ‘Stratovarius’ est quant à lui beaucoup plus véhément et bruitiste. Un peu spatial, un peu angoissant, présentant encore des rythmes tenaces mais tout en froissant, déchirant les textures sonores.
 - Après des oscillations de sons gondolées, ‘Megaherz’ se transforme en une belle plage atmosphérique et sereine, réalisée en duo par Schneider et Hütter.
 - Enfin ‘Vom Himmel Hoch’ reste une magnifique trouvaille imitant le son des avions de guerre grâce à leurs synthétiseurs (avec usage massif de l’effet Doppler). Le cœur du morceau révèle par ailleurs un court dialogue burlesque, drôle et ludique, entre synthés-robots. Peut-être un avant-goût de l’avenir…
Dès lors, Kraftwerk a déjà cette propension à imiter des objets réels de notre quotidien ou de notre futur, de façon sémiotique, à travers des sons très évocateurs. On le verra plus tard avec ‘Autobahn’ ou ‘Trans Europa Express’, notamment.

Renié par le groupe, plus que difficile à trouver (n’est plus édité depuis un moment déjà), le premier album de Kraftwerk, petit trésor vieillot, garde pourtant une certaine jeunesse et influença probablement tout un pan de la musique expérimentale et minimale.

Note : 5/6

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jeudi, mars 01, 2012

ASH RA TEMPEL Schwingungen (1972)

Ash Ra Tempel - Schwingungen
Kosmische Musik (Allemagne)


Schwingungen, magnifié par sa superbe pochette toute simple, est le second album d’Ash Ra Tempel. Klaus Schulze n’est plus de la partie, se consacrant dès lors à l’enregistrement de son premier opus, Irrlicht. Il est remplacé à la batterie par Wolfgang Müller, accompagné d’une petite poignée d’invités… et notamment d’un chanteur ! (différence notable avec le précédent disque). Le chant exubérant de John L (ex Agitation Free) se rapproche un peu de l’univers de Can, à mi-chemin entre Malcolm Mooney et Damo Suzuki. Peut-être un poil irritant, il s’agirait du point faible de Schwingungen, parasitant quelque peu la qualité des morceaux. Il leur donne néanmoins un côté prophétique et incantatoire, participant grandement à l’identité de l’ensemble. Au niveau « instrumental », Schwingungen semble plus léger que le précédent album, en gardant un certain aspect minimal, moderne, cosmique. On y trouve des moments spatiaux et psychédéliques, réunis dans deux grands morceaux d’une vingtaine de minutes, le premier étant scindé en deux plages contradictoires : ‘Light: Look at your Sun’ et ‘Darkness: Flowers must Die’. La première est un blues assez classique, la seconde s’excite davantage, marquant une progression vers plus d’expérimental atmosphérique. D’une façon différente du premier disque, les guitares brûlantes d’Ash Ra Tempel, parfois explosives, côtoient des climats plus planants avant d’être appuyées par un sax alto en liberté et des percussions tribales. Le même langage que le premier opus, mais un univers autre. Divisée également en deux sections (‘Suche’ & ‘Liebe’), la seconde composition, éponyme, nous fait part d’un mystère fragile et inquiétant. Une fois encore, l’énergie des guitares semble s’être diluée dans d’étranges sons et silences, le temps d’un long songe sidéral, avant que la coda du morceau nous montre le chemin d’une lumière rayonnante et mélancolique. Toujours un peu extatique et illuminé, Ash Ra Tempel nous ouvre de cette façon les portes d’une musique personnelle, contemplative et hallucinogène, exaltée et spirituelle. Schwingungen reste le témoignage vivant d’une époque, entre nostalgie méditative et visions futuristes. Une fois encore, le krautrock semble bien hors du temps…

Note : 4,5/6

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mercredi, février 29, 2012

ASH RA TEMPEL Ash Ra Tempel (1971)

Ash Ra Tempel - Ash Ra Tempel
Kosmische Musik (Allemagne)


Tonnerre et méditation. Ash Ra Tempel, formé en 1971 par Manuel Göttsching, Klaus Schulze et Harmut Enke, prend sa place dans la galaxie krautrock, quasiment dès sa genèse. Deux longs morceaux, respectivement de 20 et 25 minutes, composent ce premier album éponyme. Les premières nappes planantes et menaçantes d’‘Amboss’ font leur apparition. Le ciel infini semble gronder et nous projeter dans un univers cosmique, psychédélique, stratosphérique. De ce bain de claviers ambiants et futuristes émerge un rock puissant en fusion. S’ensuit ainsi un jam spatial et gondolé où guitares furibardes et acides se déchaînent sous fond de martellements explosifs. Dans son livre Krautrocksampler, Julian Cope fait un parallèle saisissant avec l’énergie et la véhémence annihilatrices qui animent la scène de Détroit. La forme est différente, mais le fond serait le même, tout du moins en partie. Ash Ra Tempel ne coupe cependant pas ses racines de la musique allemande, tout en y ajoutant une vitalité spirituelle et ésotérique supplémentaire. Si le jam brille par sa spontanéité, Ash Ra Tempel ajoute dans ses morceaux l’apport de la technologie et une tonalité résolument progressive, étirant ses morceaux à l’infini : du punk dilué d’une certaine manière, mais avec une intensité continue. En tout cas, ‘Traummaschine’, qui constitue la seconde face du disque, demeure beaucoup plus ambient. Les claviers caverneux d’outre-tombe se dévoilent lentement, tels des ombres approchant. Leurs harmonies nous transportent, semblent déchirer le ciel, semblent gémir aussi. L’osmose est remarquable et ‘Traummaschine’ fait figure de grande réussite, une des plus belles pièces du mouvement kraut. Le cœur du morceau s’agite davantage, avec ces percussions qui pilonnent et tonnent, avec ses guitares qui sifflent… Après une brève accalmie, un solo de guitare émerge pour l’ultime assaut, puis cette épopée retombe merveilleusement dans les atmosphères minimalistes, angoissantes et désolées. On sent encore les palpitations du morceau, entretenues par des motifs de guitare lumineux. C’est donc là aussi la réussite de ce premier album : le mélange turbulent rock/atmo, alliage bouillant et tumultueux, prend bien et prépare, poursuit, illustre certains aspects du prog, du kraut, du punk, du space rock… ART nous fait entrer dans son temple éclectique et visionnaire, et signe ici l’une de ses œuvres les plus fortes.

Note : 5/6

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dimanche, décembre 25, 2011

Klaus SCHULZE Moondawn (1976)

Klaus Schulze - Moondawn
Kosmische Musik / Électronique / Ambient (Allemagne)


Moondawn impressionne… Difficile de ne pas se laisser emporter par le flux de ‘Floating’, sa progression atmosphérique enivrante et ses mélodies en escaliers. Morceau tourbillonnaire, rythmé par des percussions toniques, ce classique fait désormais partie de la légende. Beaucoup plus accessible, moins austère que les débuts de Schulze, ‘Floating’ est une excellente entrée en matière pour les débutants, à mi-chemin entre la genèse de sa discographie et ses écarts futurs. Certes, ce titre n’a peut-être pas le génie avant-gardiste des premières œuvres, mais quelle maîtrise… Klaus Schulze propose ici d’autres horizons, de nouvelles visions enrichissant sa création, montrant une facette différente de son savoir, et de son savoir-faire. Klaus Schulze a l’habileté sidérante de mettre en place proprement toute l’architecture organique de ‘Floating’. Vers 14 minutes par exemple, on se demande vraiment comment on a pu en arriver là, tellement l’ensemble est cohérent, et semble fonctionner presque de lui-même, de façon totalement autonome. On a l’impression que l’artiste parvient à dominer la technique et les machines, à moins qu’il ne fasse carrément fusion avec elles, tel un cyborg. Quant à la seconde composition, ‘Mindphaser’, elle reste un peu dans l’ombre de ‘Floating’, sans être dépourvue de qualités. Cette autre symphonie de 25 minutes entretient en effet quelques belles promesses enchanteresses, sans pour autant entrer à mon sens dans le panthéon Schulzien. Dans un premier temps, sur l’écume d’atmosphères aquatiques se superpose une mélodie plaintive de sirène numérique, dans laquelle s’invite une ligne grasse de synthétiseur spatial. Cette pièce reste assez calme, avant que l’orgue et les percussions ne prennent brusquement le relais en milieu de parcours ; une section synthétique plus rythmée démarre et donne un nouveau visage à la composition, tout en gardant l’aspect très « méditatif ». S’il est un tantinet déséquilibré en termes de qualité de composition, Moondawn forme pourtant un tout assez homogène dans son concept et son exécution, rationnel et inspiré. Pour ses deux faces cohérentes et fusionnelles, cet album représente à la fois une méditation devant la nature, le chant des machines organiques, et une ode à la psyché de l’artiste absorbé dans son intériorité. Moondawn scelle la rencontre avec les corridors tumultueux de la pensée humaine.

Note : 5,5/6

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mercredi, décembre 21, 2011

Klaus SCHULZE Cyborg (1973)

Klaus Schulze - Cyborg
Kosmische Musik / Électronique / Ambient (Allemagne)


L’exploration des contrées cosmiques se poursuit avec Cyborg. Réalisé avec peu de moyens techniques, ce deuxième opus du maître reste une prouesse pour l’époque. Ici, la recherche avant-gardiste d’Irrlicht commence à se fondre avec les sons qui feront le futur de la discographie de Klaus Schulze. Une étape semble franchie. Armé désormais d’un proto-synthé VCS3, toujours très prisé de nos jours, Klaus Schulze continue d’ourdir ses nappes, ses strates harmonieuses, et de manipuler ses enregistrements d’orchestres. Une nouvelle grammaire du son se met en place.

Minimaliste par essence et maximaliste dans la forme (4 symphonies de 20/25 minutes), Cyborg montre aussi un caractère différent d’Irrlicht. Certes, la menace semble toujours latente, comme sur ‘Synphära’ et ‘Neuronengesang’ qui encadrent le disque et nous transportent dans un équilibre précaire. Mais les deux pièces centrales ‘Conphära’ et ‘Chromengel’, néo-classiques et tourmentées, demeurent plus mélodiques, dans une veine véritablement mélancolique, accompagnant le rêveur triste devant ses paysages dévastés. Klaus Schulze semble ici exploiter différemment l’aspect sombre de sa musique. Dans ‘Conphära’ par exemple, les sons acides d’une base synthétique en apesanteur laissent la place à des envolées de cordes électroniques, profondes et lugubres. Les atmosphères magnétiques nous enrobent, et nous font voguer à leur rythme. De même, l’excellent ‘Chromengel’, autre travail minutieux sur les ondes de cordes, nous compte à sa manière une poésie nocturne et sépulcrale, d’une beauté noire et funèbre.

Klaus Schulze nous délivre une nouvelle fois une œuvre monolithique, certes plus imposante encore qu’Irrlicht. Le style mérite d’être apprivoisé par l’auditeur qui souhaite s’aventurer avec courage dans ses régions froides, mornes et lunaires. Mais Cyborg reste surtout une œuvre introspective, réflexive. Visionnaires et planantes, les quatre grandes pièces atmosphériques qui composent le disque nous font découvrir les recoins du Temps, de l’Espace, et de notre Âme. Cyborg, au-delà de ce qu’il apporte à l’histoire de la kosmische Musik, est une véritable quête intérieure, et un voyage dans le temps, à travers les souvenirs du passé et les promesses du futur. Pour ces raisons, à la fois dérangeant et vitalisant, il demeure aussi un disque hybride. Et une fois écouté, le constat est éclatant : le cyborg nous a animés de son souffle.

Note : 6/6

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dimanche, décembre 18, 2011

Klaus SCHULZE Irrlicht (1972)

Klaus Schulze - Irrlicht
Kosmische Musik / Électronique / Ambient (Allemagne)


Klaus Schulze demeure à l'origine de la scène électronique globale (avec d'autres groupes comme Kraftwerk, fondateurs de la Volksmusik) et pionnier de la Kosmische Musik. Cet étudiant en philologie de Berlin (1964), admirateur de Wagner et de Xenakis, exerça pourtant ses premiers talents à la batterie, dans diverses formations : Psy Free, Tangerine Dream, Amon Düül II et Ash Ra Tempel. Batteur de formation, c’est comme organiste virtuose et avant-gardiste qu’il se fit connaître, comme orchestrateur visionnaire avec plusieurs longueurs d'avance sur l'histoire. Créateur novateur d’univers atmosphériques et d’abstractions sonores, Klaus Shulze se trouve finalement un peu hors du temps, hors de l’espace. Sur une autre planète.

C’est aussi à Berlin, authentique cocon musical dans lequel les sons électroniques trouvent refuge, que fut enregistré le premier opus de Schulze : Irrlicht, véritable éther, œuvre limpide en trois actes pas si éloignée de la musique concrète. Atmosphérique et spectrale, reposant principalement sur un orgue électronique modifié et sur des enregistrements d’orchestre, cette symphonie ambient pour machines électroniques nous aide à traquer l’Infini. Et derrière l’ataraxie trompeuse de ses nappes envoûtantes se cache une tension palpable et menaçante, parfaitement illustrée par les claviers célestes de l’artiste.

Tout commence par ‘Ebene’, un fragment culte de l'histoire de l'univers Kraut. Les orchestrations oppressantes règnent en maîtres, étranges et impalpables... Les sons aériens semblent tournoyer au-dessus de nos esprits, nous les percevons de loin. Puis le sol s’efface sous nos pieds, nous perdons l'équilibre, nous sommes projetés dans l'immensité du vide pour nous rapprocher de ces ondes célestes, de ces drones sonores.... nous les voyons, les touchons. Nous les connaissons désormais: ce sont des orgues venues d’ailleurs. Irrlicht devient une forme d’errance au sein de plages électroniques, où la menace est constante, en filigrane, prête à surgir. Puis c’est le grand plongeon : l'enchaînement avec ‘Gewitter’. L'énergie électrique, puisant toute sa force dans le firmament, émerge avant de dépérir lentement, et de se poser calmement, dans le silence. Pour laisser place à ‘Exil Sils Maria’, qui apparaît dans une tension inexprimable et contenue. Ce morceau un peu lumineux et fou, et dont le titre est une probable référence à Nietzsche, est joué à l'envers. La musique de Klaus Schulze semble respirer, on sent ses halètements intenses, profondément naturels. Puis le souffle s'éteint progressivement. Il s'est stabilisé. Cette musique semble avoir éclos, dans un autre monde.

Note : 6/6

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mercredi, janvier 07, 2009

Julian COPE Krautrocksampler (1995)

Julian Cope - Krautrocksampler
Livre (UK)


Un compte rendu sur le livre de Julian Cope, Krautrocksampler... Au travers d’une relation très personnelle, l’auteur présente un des courants artistiques importants permettant de cerner le sens de la modernité dans l’univers musical du XX° siècle.

Le krautrock est le rock psychédélique et progressif allemand qui a émergé à la fin des sixties avant de se développer dans les seventies. Le terme vient d’un morceau d’Amon Düül et a été repris par la presse anglaise (1968), alors que le terme allemand est kosmische Musik (la paternité du terme revient à Edgar Froese de Tangerine Dream, 1971). Le krautrock reste un des événements (j’insiste) les plus importants dans l’histoire du rock et là, pour le coup, ce sont les Allemands qui tiennent la dragée haute en matière de créativité artistique. Mais une créativité « cosmique ». Si l’on connaissait la scène progressive anglaise (King Crimson, Yes, Genesis, …), voire italienne (Banco del mutuo soccorso, PFM, Le orme, Semiramis, Maxophone, …), on ne pouvait nier l’originalité des productions musicales allemandes de cette période.

Dès l’introduction, Cope ajoute quelque chose d’essentiel : l’histoire (vécue ou transmise) atteint directement des mélomanes et imprègne certains mouvements musicaux. Ici, le krautrock est un peu un contre-pied au vécu de la Seconde Guerre mondiale : « Si j’avais été un jeune Allemand dans les années 1960, j’aurais fait du krautrock ou je serais mort. Je n’aurais pas pu vivre une seconde en sachant que la génération de mes parents avait été mêlée à un crime qui dépassait les pires cataclysmes » (p. 8) ; « nous nous retrouvons avec ce legs audacieux de la jeune génération allemande qui a piétiné le passé en dansant. C’est tout simplement ça, le krautrock – un aperçu éblouissant, héroïque et révélateur de l’Homme au sommet de sa Magie artistique » (p. 9). C’est intéressant ce que dit Cope car on retrouve des parallèles dans l’histoire du rock : une génération donnée crée et vit sa musique comme elle a vu ou vécu son histoire, comme elle voit la société présente et les échéances historiques futures (voir par exemple le pessimisme ambiant aux USA pendant les seventies permettant la maturation/explosion du punk et l’émergence de la new wave, deux styles d'ailleurs influencés ou légèrement prémédités par certaines œuvres kraut).

La préhistoire du style kosmische dépeinte par Cope est assez courte mais pertinente. L’auteur présente les principales influences : Stockhausen évidemment, et les Monks, le « chaînon manquant » (« Black Monk Time », 1965). Selon Cope, « pour une bonne compréhension du krautrock, il est essentiel de bien saisir cette étrange capacité des Monks à traverser différents styles musicaux à une époque où cela passait pour un crime atroce en Angleterre comme en Amérique » ; « les Monks furent capables de rassembler tous ces styles, de les assimiler et de les synthétiser non pas en dépit du fait qu’ils se trouvaient en Allemagne de l’Ouest, mais précisément parce qu’ils s’y trouvaient » (p. 15). Je dirais que, un peu comme la scène italienne, les Allemands n’ayant pas d’héritage rock particulier et originel, ils durent s’appuyer sur autre chose : le classique pour les Italiens, la musique contemporaine pour les Allemands. C’est ainsi que ces derniers allaient avoir leur propre rock and roll.

L’histoire elle-même du courant musical, esquissée par Cope, présente quelques éléments importants. L’auteur évoque brièvement les mouvements sociaux sur fond de musique cosmique, les liens entre la politique et certains musiciens allemands, l’héritage de Stokhausen, la création des labels Ohr, Pilz et Brain, la personnalité et l’influence du prophète Rolf-Ulrich Kaiser (fondateur des labels Ohr et Kosmischen Kuriere/Kosmische Musik), et l’importance des ingénieurs du son Conrad Plank et Dieter Dierks pour la musique kraut.

Puis Cope passe en revue les grandes formations kraut en leur consacrant chacun un petit chapitre (Faust, Can, Neu, Amon Düül, Tangerine Dream, Ash Ra Tempel, Cosmic Jokers). C’est l’essentiel du livre, mais je ne le détaille pas vu que je préfère mettre en valeur l’aspect général du mouvement kraut. Il est en tout cas marquant de voir combien Cope adore Neu!, le groupe kraut par excellence, et surtout Faust, pour lesquels il a une admiration sans bornes, même s’il serait incapable de les reconnaître sur des photographies. Aussi Julian Cope est un puriste, un vrai de vrai… pour lui, certains groupes sont vite devenus moins bons, alors que pour beaucoup ils tiennent encore la route (par exemple son dédain tout relatif pour Future Days de Can, Phaedra de Tangerine Dream et même le quatrième Faust !). Aussi, l’auteur a l’air complètement dans le trip kraut, donc difficile de savoir s’il a vraiment du recul. Une chose est sûre, il tient bien compte de l’événementiel : un disque est aussi un événement et le fait qu’il soit là, que sa musique apparaisse à un moment donné, et dans un espace qu’il emplit… c’est important. Je pense que le krautrock a joué là-dessus énormément, comme toute œuvre plus ou moins avant-gardiste. C’est à la fois un style qui innove, qui permet la réalisation de choses inédites, et en même temps un courant musical qui « explose » au grand jour, un truc qui va au-delà de toute rationalité. Ainsi le krautrock, c’est un mélange d’intellectualisme et de spontanéité. Enfin, Cope n’oublie pas de lier certains groupes avec le mouvement punk. On retrouve en effet des prémisses de ce courant dans le kraut.

Le défaut du livre est simple. Cope a parfois la mauvaise habitude de dénigrer d’autres groupes pour mettre plus facilement en valeur ceux qu’il chérit. Ses cibles (pas toujours les pires) : Pink Floyd, Genesis, Yes (et surtout Rick Wakeman), Henry Cow, Simple Minds, Brian Eno, Eric Clapton, Keith Emerson… Un mélange de mauvaise foi et d’humour peut-être ? Je ne sais pas… Toujours est-il qu’il n’a pas vraiment besoin d'user de ce genre de procédé tant il donne l’eau à la bouche avec ses descriptions. Bon c'est vrai, on pourrait reprocher à ces dernières d’être trop linéaires et parfois peu intéressantes quand on ne connaît pas le disque. Mais ses chroniques donnent en général une certaine motivation pour écouter ces disques et celle-ci remplace un éventuel ennui de lecture par… une frustration de ne pas avoir les albums en question…

L’ouvrage se termine sur une liste de 50 disques fondamentaux pour l’histoire du krautrock. La liste est personnelle, critiquable et non exhaustive, mais garde quand même une forme d’objectivité.

Référence : COPE Julian, Krautrocksampler, Paris, Kargo et l'éclat (traduction française d'Olivier BERTHE), 2005 (1996), 166 pages.

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vendredi, août 24, 2007

AMON DÜÜL II Tanz der Lemminge (1971)

Amon Düül II - Tanz der Lemminge
Krautrock (Allemagne)


Plus futuriste, tel est Tanz der Lemminge, troisième opus du groupe et… deuxième double album de suite. Un sacré tour de force donc. Tout d’abord, la structure de ce disque est encore plus alambiquée que les précédentes réalisations : elle est formée de trois sections, les deux premières se décomposant en plusieurs petits morceaux hétérogènes, suivies de deux titres courts et d’un morceau de 8 minutes environ. Imposante et déroutante, la musique spatiale de Tanz der Lemminge, jouée par un line-up à géométrie variable, tient donc à nous faire voyager dans divers chemins pour nous égarer dans les méandres d’une magie authentiquement psychédélique. Le groupe semble se diriger vers un ensemble plus sophistiqué qu’auparavant, mieux produit, moins instinctif, mais toujours aussi délirant. Ainsi, Amon Düül II reste un fabuleux laboratoire de sons, délivrant une musique toxique et synthétique. On retiendra en tout cas ‘Pull Down your Mask’, assez mélodique et précédé d’une bonne introduction en matière : ‘In the Glassgarden’. Contenu dans la deuxième suite, le titre ‘A Short Stop at the Transsylvanian Brain-Surgery’, plus atmosphérique, tire également son épingle du jeu. Mais évidemment, c’est ‘The Marylin Monroe-Memorial-Church’ qui restera le morceau le plus important du disque. Plus homogène que les deux précédentes suites de l’opus, cette improvisation cosmique, habitée et inquiétante, tient tout à fait la concurrence avec les deux autres pièces maîtresses du groupe : les titres éponymes ‘Phallus Dei’ & ‘Yeti’. L’ambiance est plus dépouillée, mais reste profondément noire et trouble. Le disque se clôt sur un morceau bien réussi : ‘Toxicological Whispering’, düülien en diable et précédé de ‘Stumbling Over Melted Moonlight’, qui reprend un tout petit peu un thème de ‘The Marylin…’ avant de sombrer un peu plus tard sous une avalanche de percussions. Ainsi, Tanz der Lemminge, tout de même plus difficile d’accès que les précédents, reste encore maîtrisable et envoûtant grâce à ses atmosphères et ses performances instrumentales.

Note : 5/6

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lundi, août 20, 2007

AMON DÜÜL II Yeti (1970)

Amon Düül II - Yeti
Krautrock (Allemagne)


Hors du temps, hors de l’espace… Yeti est le monstre sacré de la carrière du groupe. Un guide de choix pour nous faire découvrir une autre planète, digne d’une autre époque. Durant ce voyage futuriste, vous pourrez souvent vous demandez si vous êtes ailleurs dans le même univers ou réellement dans un autre univers… Et puis déjà, cette pochette… lugubre et mystique… et ensuite cette musique… polycentrique et polymorphe : goth, prog, gypsy, folk, space rock, psyché… kraut tout « simplement ». La prod donne un côté plus humain à l’ensemble mais l’atmosphère infernale de Phallus Dei est parfois encore bien présente. Yeti part en effet d’une inspiration d’outre-tombe (exaltée par l’esprit de Doldinger), inhumaine, modelée par des intellects talentueux et bien humains. Ensuite, au niveau de la strucure, ce double disque imposant se décompose en deux parties. La première reste plus dans la tradition progressive. On peut citer, au moins, deux énormes titres : le classique ‘Soap Shop Rock’, morbide, crypto-punk et visionnaire ; et ‘Eye-Shaking King’ (un nom assez ridicule et décalé, comme souvent) et ses guitares acides et perfides, si efficaces harmoniquement, emmenées par les percussions anarchisantes et futuristes de Leopold. Greffons, entre autre, à cela, le folk cosmique de ‘Cerberus’, l’atmosphérique ‘Pale Gallery’, le très bon ‘She Came Through the Chimney’, et le tonique ‘Archangels Thunderbird’. La seconde partie contient quant à elle trois improvisations hallucinées. L'auditeur sera en effet subjugué par les ambiances dépaysantes et planantes de ‘Yeti’, une fantastique digression musicale de près de 20 minutes, et par celles de ‘Yeti Talks to Yogi’. Quant à ‘Sandoz in the Rain’, il s’agit d’un magnifique morceau où la flûte prend un rôle prépondérant, et pour lequel Amon Düül I apporte ses talents par sa présence. À écouter au coin du feu, la tête reposée sur les genoux de la bien-aimée. Le Krautrock tient donc avec ce disque une de ses pierres angulaires, un classique indétrônable du genre. Une musique percutante et résolument psyché, typiquement teutonne, pour célébrer une mythologie des grandeurs et des profondeurs.

Note : 6/6

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