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Exil progressif

Un blog old-school sur les musiques progressives et psychédéliques

vendredi, août 24, 2007

AMON DÜÜL II Tanz der Lemminge (1971)

Amon Düül II - Tanz der Lemminge
Krautrock (Allemagne)


Plus futuriste, tel est Tanz der Lemminge, troisième opus du groupe et… deuxième double album de suite. Un sacré tour de force donc. Tout d’abord, la structure de ce disque est encore plus alambiquée que les précédentes réalisations : elle est formée de trois sections, les deux premières se décomposant en plusieurs petits morceaux hétérogènes, suivies de deux titres courts et d’un morceau de 8 minutes environ. Imposante et déroutante, la musique spatiale de Tanz der Lemminge, jouée par un line-up à géométrie variable, tient donc à nous faire voyager dans divers chemins pour nous égarer dans les méandres d’une magie authentiquement psychédélique. Le groupe semble se diriger vers un ensemble plus sophistiqué qu’auparavant, mieux produit, moins instinctif, mais toujours aussi délirant. Ainsi, Amon Düül II reste un fabuleux laboratoire de sons, délivrant une musique toxique et synthétique. On retiendra en tout cas ‘Pull Down your Mask’, assez mélodique et précédé d’une bonne introduction en matière : ‘In the Glassgarden’. Contenu dans la deuxième suite, le titre ‘A Short Stop at the Transsylvanian Brain-Surgery’, plus atmosphérique, tire également son épingle du jeu. Mais évidemment, c’est ‘The Marylin Monroe-Memorial-Church’ qui restera le morceau le plus important du disque. Plus homogène que les deux précédentes suites de l’opus, cette improvisation cosmique, habitée et inquiétante, tient tout à fait la concurrence avec les deux autres pièces maîtresses du groupe : les titres éponymes ‘Phallus Dei’ & ‘Yeti’. L’ambiance est plus dépouillée, mais reste profondément noire et trouble. Le disque se clôt sur un morceau bien réussi : ‘Toxicological Whispering’, düülien en diable et précédé de ‘Stumbling Over Melted Moonlight’, qui reprend un tout petit peu un thème de ‘The Marylin…’ avant de sombrer un peu plus tard sous une avalanche de percussions. Ainsi, Tanz der Lemminge, tout de même plus difficile d’accès que les précédents, reste encore maîtrisable et envoûtant grâce à ses atmosphères et ses performances instrumentales.

Note : 5/6

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lundi, août 20, 2007

AMON DÜÜL II Yeti (1970)

Amon Düül II - Yeti
Krautrock (Allemagne)


Hors du temps, hors de l’espace… Yeti est le monstre sacré de la carrière du groupe. Un guide de choix pour nous faire découvrir une autre planète, digne d’une autre époque. Durant ce voyage futuriste, vous pourrez souvent vous demandez si vous êtes ailleurs dans le même univers ou réellement dans un autre univers… Et puis déjà, cette pochette… lugubre et mystique… et ensuite cette musique… polycentrique et polymorphe : goth, prog, gypsy, folk, space rock, psyché… kraut tout « simplement ». La prod donne un côté plus humain à l’ensemble mais l’atmosphère infernale de Phallus Dei est parfois encore bien présente. Yeti part en effet d’une inspiration d’outre-tombe (exaltée par l’esprit de Doldinger), inhumaine, modelée par des intellects talentueux et bien humains. Ensuite, au niveau de la strucure, ce double disque imposant se décompose en deux parties. La première reste plus dans la tradition progressive. On peut citer, au moins, deux énormes titres : le classique ‘Soap Shop Rock’, morbide, crypto-punk et visionnaire ; et ‘Eye-Shaking King’ (un nom assez ridicule et décalé, comme souvent) et ses guitares acides et perfides, si efficaces harmoniquement, emmenées par les percussions anarchisantes et futuristes de Leopold. Greffons, entre autre, à cela, le folk cosmique de ‘Cerberus’, l’atmosphérique ‘Pale Gallery’, le très bon ‘She Came Through the Chimney’, et le tonique ‘Archangels Thunderbird’. La seconde partie contient quant à elle trois improvisations hallucinées. L'auditeur sera en effet subjugué par les ambiances dépaysantes et planantes de ‘Yeti’, une fantastique digression musicale de près de 20 minutes, et par celles de ‘Yeti Talks to Yogi’. Quant à ‘Sandoz in the Rain’, il s’agit d’un magnifique morceau où la flûte prend un rôle prépondérant, et pour lequel Amon Düül I apporte ses talents par sa présence. À écouter au coin du feu, la tête reposée sur les genoux de la bien-aimée. Le Krautrock tient donc avec ce disque une de ses pierres angulaires, un classique indétrônable du genre. Une musique percutante et résolument psyché, typiquement teutonne, pour célébrer une mythologie des grandeurs et des profondeurs.

Note : 6/6

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lundi, juillet 30, 2007

AMON DÜÜL II Phallus Dei (1969)

Amon Düül II - Phallus Dei
Krautrock (Allemagne)


Phallus Dei ? Certes, mais cet opus ne serait-il pas tout droit sorti de la cuisse de Satan ? C’est en tout cas sur les atmosphères que se jouera principalement l’intérêt de ce disque séminal. Et aussi sur la place primordiale qu’occupent souvent les percussions (cf. Amon Düül I, comme quoi les deux groupes sont issus du même œuf). Le morceau d’ouverture, ‘Kanaan’, est d’ailleurs une réussite exemplaire, et pas uniquement à ce niveau : mélodie orientale, instrumentations d’outre-tombe, et fin psycho-métaphysique… Cependant, je n’aime pas certaines parties vocales du disque ; certaines sont assez niaises, pas toujours bien chantées, et ont à mon sens mal vieilli. Ce sont les deux titres suivants qui en font les frais. Quant aux instrumentations, occupant d'ailleurs la quasi-totalité de l’espace, elles restent en revanche de très grande qualité, brutes et énergétiques, et un peu embrouillées dans une production avorton possédant un charme sonore évident (autre point commun avec Amon Düül I). Mais notons aussi l’ambition du groupe : la longue suite éponyme en est la preuve vivante (décomposition : atmosphère sorcellerie – jam progressif – apparition des voix – motifs au violon – danse africaine et percus – mélodies de violon avec accompagnement puis voix – finish ascension céleste). Ici, tous les points forts du groupe dont nous avons parlés vont être réunis. Et il y a surtout, en milieu de piste, cette danse tribale et sauvage, soutenue par des percussions frénétiques et possédées… Il y a une vraie communion magnétique et spirituelle entre les musiciens (rappelons que le line-up s’est élargi). En fait, dans Phallus Dei, œuvre visionnaire, le psychédélisme nomade rejoint l’univers gothique, l’esprit jazz, l’improvisation blues, la culture roots et l’héritage Stockhausen pour un concert mystique, lugubre, et habité. Pour un voyage infernal, hors du temps, hors de l’espace.

Note : 5/6

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