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Exil progressif

Un blog old-school sur les musiques progressives et psychédéliques

dimanche, novembre 03, 2013

DISILLUSION Back to Times of Splendor (2004)

Disillusion - Back to Times of Splendor
Métal progressif (Allemagne)


Des sons qui me parlent, m’évoquent quelque chose, véritablement... Des structures progressives, la force brute du métal, un peu de violence et quelques splendeurs : le son d’une époque… Retournons donc en 2004, l’occasion de se réécouter Back to Times of Splendor. D’autant plus qu’avec le recul, pour beaucoup, ce premier album de Disillusion fait figure de classique moderne du genre (et ce même si leur reconnaissance me dépasse parfois un peu).

Tout d'abord, Back to Times of Splendor propose des éléments qui résonnent en moi de façon positive (malgré un nom de groupe assez sombre) : des climats diversifiés, des dynamiques progressives, des riffs catchy, des rythmes de caractères… le tout parfaitement en équilibre et appuyé par une production agréable, lisse, chaleureuse et riche. En somme, un certain nombre de caractéristiques attractives, propre au genre, et formant un tout cohérent.

De bons éléments mais aussi de bons titres. ‘… And the Mirror Cracked’, le titre d’ouverture, présente des changements de structure plutôt féconds. C’est moins son refrain, faussement catchy, que la richesse apportée par ses différentes ruptures qui me plaît ici. Le solo de ‘Fall’ et le « refrain » final de ‘Alone I Stand in Fires’ sont également des moments efficaces et prenants, révélant la personnalité du groupe. L’introduction d’‘A Day by the Lake’, plus hypnotique, apporte une nouvelle tonalité d’ambiance à l’opus.

Mais il est difficile de passer outre les deux grandes pièces du disque : le morceau-titre et ‘The Sleep of Restless Hours’, durant chacune autour de quinze minutes. Chacune renferme notamment en son sein un long passage posé et exécuté avec finesse, garantissant toujours plus la variété de caractères du disque. Je note surtout la section middle du morceau ‘Back to Times of Splendor’, vraiment sublime, et dont l’exécution à la batterie demeure on ne peut plus juste.

Pourtant, malgré une multitude d’écoutes, j’ai toujours eu le sentiment de ne pas être parvenu à rentrer totalement dedans. C’est vrai, certains passages semblent un peu brouillons, et des mélodies restent un peu naïves, notamment à cause d’un côté épique pas toujours bien exploité. Mais derrière ses quelques effets de manche presque pardonnables, on retrouve un disque généreux et très bien maîtrisé dans l’ensemble, et dans lequel on se sent toujours un peu chez soi.

Note : 5/6

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mardi, septembre 17, 2013

HARMONIA Musik von Harmonia (1974)

Harmonia - Musik von Harmonia
Krautrock / Kosmische Musik (Allemagne)


Zip… zip… pfuit… pfuit… splouf… splouf… bzouing… bzouing… klang… klang… La musique d’Harmonia est électronique, mécanique et synthétique. Cosmique. Elle est le fruit de la collaboration entre Michael Rother (Neu!), Hans-Joachim Roedelius et Dieter Moebius (Cluster). De façon élégante et sensible, le groupe crée des ambiances lumineuses et spatiales comme des séquences plus rythmées et magnétiques, « motoriques » (en héritage de Neu!), avec un son très contemporain, très industriel. Les textures nous rappelleraient presque des matières physiques sorties d’usine, souples ou rigides, des produits de synthèse chimique, des plastiques caoutchouteux lisses et ondulés... Parmi les meilleurs titres de l’opus : ‘Dino’ et sa rythmique répétitive et tendue (qui pourrait durer des heures…) et le bien nommé ‘Sehr kosmisch’, onze minutes d’hypnose où tout semble se ralentir et devenir si limpide… comme une éclaircie temporelle. Un des plus grands titres krautrock assurément… Organique, robotique et industrielle, la musique expérimentale d’Harmonia est à l’image d’une époque. Pour ses paysages ambiants et soniques, Musik von Harmonia est un disque très attachant et un album majeur dans le paysage kraut.

Note : 5,5/6

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samedi, décembre 29, 2012

POPOL VUH Das Hohelied Salomos (1975)

Popol Vuh - Das Hohelied Salomos
Musique spirituelle (Allemagne)


Encore une superbe pochette... Un Éden retrouvé, aussi bien graphiquement que musicalement. Popol Vuh parvient à créer son jardin. Pour ce faire, Florian Fricke, au piano, s’entoure une nouvelle fois de Daniel Fichelscher (guitares, percussions, déjà présent sur les deux opus d’avant) et de Djong Yun (voix céleste, présente sur les 3 précédents), pour mettre en place une musique subtile, fine, incisive et délicate, très travaillée… Des morceaux entre 3 et 5 minutes généralement, des petites pièces d’orfèvre aux caractères variés (chantant, mélancolique, cérémonieux, jovial…) mais formant un résultat très homogène, la trame lyrique étant d’ailleurs entièrement empruntée aux cantiques… du Roi Salomon. Popol Vuh garde en lui toutes ces traces spirituelles, et toujours cet axe de réconciliation Est-Ouest auréolée par une invocation de transcendance. Si musicalement le disque demeure un peu dans la lignée d’un Hosianna Mantra, Das Hohelied Salomos abandonne la forme d’arythmie de ce dernier pour entretenir un équilibre entre l’aspect musique de chambre et une dynamique rock beaucoup plus marquée (notamment grâce à l’impulsion de la guitare et des percus). Le grain exotique est lui-même toujours présent, affirmé par l’usage du tablâ et du sitar. Au fil des écoutes, les premiers morceaux apparaissent mélodiquement plus marqués, et ceux de la seconde face plus touffus. L’ornementation sonne très juste et la voix de Djong Yun reste toujours au firmament. Das Hohelied Salomos est une œuvre complète, accomplie, qui sans atteindre les sommets d'In den Gärten Pharaos impressionne par sa maîtrise artistique et son univers ainsi créé.

Note : 5/6

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vendredi, décembre 28, 2012

POPOL VUH Hosianna Mantra (1972)

Popol Vuh - Hosianna Mantra
Musique spirituelle (Allemagne)


La musique d’Hosianna Mantra est calme, posée, délicate… translucide et légèrement colorée, comme un vitrail. Une musique sacrée, recueillie sur elle-même, comme une fleur prête à éclore. Popol Vuh change de direction artistique, en délaissant l’expérimental kraut le plus brut (mais déjà très raffiné ne nous y trompons pas), pour une petite musique de chambre légère et dépaysante, aux accents new age. Les expérimentations synthétiques sont abandonnées au profit d’une petite formation (piano, guitare, hautbois, violon et tambura) auréolée de la voix cristalline de Djong Yun, soprane coréenne. Hosianna Mantra devient cette sorte d’Éden intérieur que l’on arrive parfois à visualiser sous forme d’un petit paradis naturaliste. Il se dégage ainsi une forme de paix, de sérénité intérieure et ambiante. Une musique de paix donc, mais une musique sacrée, essentiellement. Et l’appel du pharaon dans l’œuvre précédente nous avait mis sur la voie… Deux disques différents musicalement, donnant chacun une forme personnelle à une dynamique, une mystique, et des sentiments communs. Certains pourront se sentir non seulement déroutés par le changement d’embranchement musical ici opéré, mais également par une sensation d’ennui pointant au fil des écoutes. J’aime au contraire la religiosité et la préciosité de la chose, pensant notamment à deux très belles pièces : ‘Hosianna – Mantra’, d’une dizaine de minutes, et ‘Abschied’, teinté d’un classicisme distingué, nous égarant un peu plus dans le temps, et nous proposant de concilier différents horizons géographiques, culturels et religieux, joignant l’Orient et l’Occident (notons que Florian Fricke s’est converti au christianisme et à l’hindouisme et que chaque mot du titre Hosianna Mantra fait référence à l’une des deux religions). La kosmische Musik est en effet bien souvent, quelle que soit sa forme, une défragmentation, une déconstruction de nos rapports spatio-temporels. Hosianna Mantra représente une approche de l’équilibre bien particulière, spirituelle et hors du temps.

Note : 5/6

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jeudi, décembre 27, 2012

POPOL VUH In den Gärten Pharaos (1971)

Popol Vuh - In den Gärten Pharaos
Krautrock / Musique spirituelle (Allemagne)


L’appel du sacré. Des voix lunaires, célestes, s’échappant du néant, à moins qu’elles ne soient souterraines, surgissant progressivement d’un abîme entrouvert. Puis ces percussions mystiques... Peut-être sommes-nous plus simplement dans le jardin du pharaon, lors d’une méditation, non loin d’une paisible rivière. In den Gärten Pharaos n’est pas seulement la pièce maîtresse de la discographie de Popol Vuh, et l’apex de sa première formule, il reste aussi un au-delà pour le krautrock, spirituel et ambiant, développant ses aspects stylistiques tout en y insufflant la personnalité d’une de ses formations majeures. Deux grands morceaux de près de 20 minutes, deux grandes phases, comme on aimera à en trouver chez Klaus Shulze, Tangerine Dream, Ash Ra Tempel et consorts. Deux faces… l’une, éponyme, tressaillant dans l’intimité d’un effroi, sensible et inquiétante, avant de dévoiler une mélodie doucereuse, enveloppée dans des sphères aquatiques ; l’autre, ‘Vuh’, majestueuse, auréolée de son nimbe, illuminée par un orgue brûlant et ses rayons dorés… A mon sens une des plus belles pièces du genre… Si le premier morceau nous fait découvrir une musique spatiale à plusieurs niveaux, et dans laquelle on s’engouffre, dans laquelle on apprend à redécouvrir l’espace sonore au sein d’une composition, le second nous expose l’écrasante beauté du temps et la proximité de l’instant d’un recueillement, ou d’une illumination réflexive et émotive. In den Gärten Pharaos reste un des classiques emblématiques d’un groupe, d’une figure de style, l’appel intérieur de tout un genre musical.

Note : 6/6

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mercredi, décembre 26, 2012

POPOL VUH Affenstunde (1970)

Popol Vuh - Affenstunde
Krautrock (Allemagne)


Popol Vuh... un détour majeur pour aborder la musique allemande à la genèse des seventies. Tout à fait dans les cordes des adeptes de Tangerine Dream ou de Klaus Schulze, cette formation emmenée par l’illustre Florian Fricke, le voyageur mystique, aura un impact historique certain. Popol Vuh s'affirme comme l'un des pionniers de la méditation électronique teutonne.

La première période du groupe se compose de deux disques : Affenstunde et le classique In den Gärten Pharaos, deux album dans la veine kraut même si le second s’en éloigne pour faire émerger une certaine approche, une certaine sensibilité autour du sacré. Le line up est constitué de deux autres personnes entourant Fricke l’artificier du grand Moog : Frank Fiedler (aux synthétiseurs) et Holger Trülzsch (aux percussions).

Avec Hosianna Mantra, Florian Fricke jouera avec d’autres musiciens pour élaborer une musique de chambre, subtile et délicate, dans une dynamique new age et de conciliation des horizons géographiques, et des cultures mystiques et religieuses. D'ailleurs, Popol Vuh ressemble au groupe par excellence répondant au concept d’Exil progressif, avec ces voyages personnels, ces fusions de styles, de cultures, de religions, ces mouvements géographiques sur la cartographie des cultures musicales. La réconciliation des genres et des cultures dans une paix qui n’est rien d’autre que l’appel progressif du sacré.

Affenstunde, ambiant et spatial, reste le plus kraut-ien, probablement. Une dynamique d’une B.O., très mystique aussi… « L’heure du singe » s’intègre bien à la destructuration du rapport spatio-temporel de l’auditeur ; la musique ornemente l’espace d’écoute, lui apporte une ambiance générale, et met aussi elle-même en scène une configuration spatiale de sons et d’instruments dans lequel s’engouffre l’auditeur, créant son espace géométrique imaginaire. Le temps semble suspendu, sans variations brutales, et les compositions se distendent, frôlant les 20 minutes. Enfin, toute la thématique futuriste donne une nouvelle dimension à cette notion de temps si particulière dans la kosmische Musik.

Le disque se décompose en deux grands morceaux très minimalistes et lunaires, même si le premier, ‘Ich Mache einen Spiegel’, se subdivise en trois mouvements distincts : un premier ambiant et futuriste ; un deuxième davantage axé autour d’une danse tribale de percussions ; et un troisième de nouveau plus ambiant, dans lequel on continue d’écouter sa respiration sourde et magnétique. L’univers apparaît à la fois comme un panorama inquiétant et hostile, et une invitation à la méditation.

Le second morceau, portant le titre du disque, passe un peu plus à l’offensive avec ses crépitements, grincements, ondulations... L’émergence d’un chaos dans lequel nous errons, contemplant son relief, ses sommets glacés et ses abîmes entrouverts. La composition procède ensuite à une accalmie, avec ses claviers circulaires et cette petite mélodie vagabondant au milieu de nulle part, les percussions survenant parfois, telles des vagues lentes et discrètes.

Affenstunde est une première pierre à l’édifice, les bases pour le groupe comme pour le genre krautrock, même si l’objectif sera ensuite de s’en éloigner toujours un peu plus. L’usage du Moog, la décomposition de l’œuvre en deux grandes phases, et la création de panoramas d’époque, font d’Affenstunde un disque à découvrir pour approfondir toujours un peu plus sa connaissance musicale et historique de l’essence cosmique allemande.

Note : 4,5/6

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dimanche, juillet 29, 2012

FAUST Faust IV (1973)

Faust - Faust IV
Krautrock (Allemagne)


Bruits et atmosphères soniques. Après The Faust Tapes, suite d’enregistrements très privés, Faust IV réalise un nouveau pas en avant dans l’expérimentation. Un équilibre entre recherche inventive et efficacité, beaucoup plus accessible que les précédentes œuvres. Faust IV, album drone, inconscient du post rock à venir, quelques années plus tard.

Face A. Les moments à retenir sont en premier lieu ‘Krautrock’, titre symbolique, dans une veine plus proche de Neu! que des expérimentations hostiles du passé. Spatial, un classique de la musique cosmique allemande, dans lequel se passent des choses étranges, dans des directions différentes, et dans ses recoins les plus cachés. ‘Jennifer’ reste aussi dans cette dynamique de flux, aux frontières du mélodique. Une autre réussite, dans le traitement des sons notamment. Quant à ‘The Sad Skinhead’, intercalé entre ‘Krautrock’ et ‘Jennifer’, il s'agit du titre le moins original, et à mon sens, le moins bon. Un support intéressant néanmoins pour le courant post rock. Enfin, ‘Just A Second’ complète bien le tableau, avec cette dimension sonique personnelle et expérimentale.

Face B. Il y a des passages que j’aime bien sur ‘Picnic On A Frozen River’ (cette montée souterraine à 0:54, et le passage jazzy central), mais la fin répétée à outrance (le motif que l’on retrouve sur « Faust So Far ») est quand même bien soûlante. ‘Giggy Smile’, plaisant et soutenu, devient un moment bien intrigant, de bonne tenue, tandis que le drone ‘Lauft…’ ajoute une nouvelle touche légèrement atmo, bruitiste, assez eno-esque, et au final très réussie. ‘It’s A Bit Of A Pain’, dernier morceau du disque, présente une ambivalence entre un côté assez classique, et une forme de perversion sonore qui détourne un peu le morceau, avec ces petits assauts industriels.

Le bruitisme de Faust IV semble davantage intégré dans un processus mélodique. Ce qui donne cette sensation d’équilibre ; les trois grands classiques de Faust sont chronologiquement une poussée vers cette mesure, même si l’expérimental reste toujours ambitieux. La forme change, le cœur du concept se maintient. Et de nouvelles atmosphères, prégnantes, sont sans cesse créées. Avec son quatrième album (le meilleur probablement), Faust, tout en faisant bouger les lignes et alimentant sa discographie, reste dans les pas de Stockhausen, Cage, Zappa et du Velvet. Radical, libre et jusqu’au-boutiste.

Note : 5/6

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samedi, juillet 28, 2012

FAUST Faust So Far (1972)

Faust - Faust So Far
Krautrock (Allemagne)


C’est avec un beat autoritaire et un peu insupportable que Faust So Far nous assomme dès le départ. Celui de ‘It’s A Rainy Day, Sunshine Girl’, qui va lui-même se liquéfier légèrement pour devenir un tantinet plus amical, débouchant sur un petit air guilleret. Une contradiction dans le titre, et aussi dans son exécution. Sans doute pas un grand morceau, mais une indication parmi d’autres sur ce que Faust va offrir cette fois.

Même si l’album est censé être un peu plus accessible que le précédent (une suite de morceaux plus courts), nous végétons une fois encore en milieu hostile. L’énergie un peu agressive et les expérimentations hasardeuses sont présentes pour solidifier encore un peu plus l’identité de la formation, apparaissant déjà comme l’un des groupes les plus secs, les moins séduisants des ténors de la scène kraut (parfois un peu à tort mais c’est aussi ce qui fait leur force).

Parmi les éléments les plus fondateurs du disque, on note la fougue de l’épique ‘Harm’, un peu le morceau central de l’album, mais aussi le jazz psycho-ambiant et soutenu de ‘So Far’, ou encore les coups de butoir électroniques de ‘Mamie Is Blue’. Je pense aussi aux atmosphères troublantes de l’acoustique ‘On The Way To Abamäe’, que j’aime beaucoup. À noter enfin les ébauches de ‘Picnic On A Frozen River’, ici en deux courtes parties, que l’on retrouvera dans une version bien plus intéressante dans Faust IV.

Faust So Far est brut et expérimental, entre l’esquisse et le produit fini. Avec cette touche d’adversité, farouche et glacée. D'ailleurs, pour certains, les passages de l’album les plus belliqueux sont déjà animés par un esprit punk. Certes, ce genre musical tenta de rayer le courant progressif de la carte des genres musicaux, mais finalement, n’est-il lui-même pas contenu dans certains groupes à la griffe prog, comme Faust ?

Note : 4,5/6

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vendredi, juillet 27, 2012

FAUST Clear (1971)

Faust - Clear
Krautrock (Allemagne)


Il fait noir. Un piano de cabaret un peu intello égrène quelques notes intimistes. Des voix d’outre-tombe se disloquent. Une fanfare délurée entre en scène… Tout cela mérite bien des explications.

La musique est histoire de frontières. Entre les genres, entre les cultures, entre les bruits et les sons... C’est là que Faust intervient ; soit la musique est toujours vouée à dépasser ses frontières et Faust en est la preuve, soit on observe ce que l’humain peut musicalement réaliser, et Faust devient lui-même une frontière, une limite, un aboutissement, une finalité, un absolu.

Dans une démarche naturellement anti-marketing, Faust dévoile un vide déboussolant, à travers ses pochettes minimalistes (noire pour Faust So Far, une partition vierge pour Faust IV), et une musique sans visages, une forme de désolation musicale… D’ailleurs, l’agressivité des sons, le concept global et la place prise par l’artwork ne laisseront pas insensible tout le mouvement de musique industrielle, notamment à ses débuts.

Clear est donc le premier album de ce groupe symbolique du krautrock. Forme de poésie anarchique, de collage dada et iconoclaste. Dès le départ, les pistes vont être brouillées. On perçoit des bribes (des lambeaux ?) de ‘Satisfaction’ et de ‘All You Need Is Love’… les ténors de l’époque passée seraient-ils renvoyés dos à dos ? Faust devient la troisième voie, celle du progressif au sens le plus basique du terme. Du progressif près de l’os. Brut et nature. Mais électronique aussi.

Le contenu est clair : trois morceaux détraqués pour une intense demi-heure de musique psychique et psychédélique. ‘Why Don’t You Eat Carrots’ est un peu un témoignage de l’effroi. Dans le noir. Avec ce piano, ces voix, et cette fanfare donc. Et ces grognements électroniques. Qui nous plongent dans un autre endroit obscur, proche d’un océan intérieur peut-être et de ses cargos magnétiques. D’une pièce à l’autre, d’une scène à l’autre, nous voilà projetés dans des mondes irréels. Faust fait du Buñuel en musique, à moins que cela soit du Lynch avant l’heure.

Les échos de ‘Meadow Meal’ ne sont pas sans nous rappeler les corridors de Tago Mago de Can, sorti la même année. Des grincements, de l’agitation. Le morceau se met en place de façon plutôt cohérente. Il nous interpelle. Le temps s’arrête. Puis un orage éclate (un autre point commun avec Tago Mago), et une mélodie lointaine et onirique résonne au loin, dans ces paysages noirs et silencieux.

‘Miss Fortune’, d’une bonne quinzaine de minute, est un nouveau testament noir. Il est remarquable de voir comment Faust arrive à absorber l’obscurité dans sa musique. Nous tâtons le pouls de ‘Miss Fortune’, sentons sa pulsation, écoutons ses lentes divagations, ses grincements. Les conventions du rock semblent se mourir. Les modulations de Faust ont raison de tout. Et elles ont raison tout court.

Clear est une nouvelle énigme qui nous frappe par sa violence sombre. Absurde, draguant de près la musique concrète, acide et sonique, droguée et disciplinée, révolutionnaire et intense, à l'image de cette radiographie d’un poing ("Faust" en allemand) en guise de couverture. Clear ressemble à un nouvelle genèse pour la musique. Fondateur, séminal, déroutant et tellement contemporain.

Note : 5/6

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lundi, juillet 02, 2012

NEU! Neu! (1972)

Neu!
Krautrock (Allemagne)


Le premier album de Neu! est une nouveauté de taille pour cette année 1972. Klaus Dinger et Michael Rother ont déserté Kraftwerk, autre célèbre laboratoire de sons allemand, et ce disque est le fracassant résultat de leur collaboration, née en 1971. À l’aube du rock électronique, s’appuyant à la fois sur un héritage minimaliste et sur des racines progressives, préfigurant la musique industrielle, la cold/new wave, le post-rock… et même le futur Kraftwerk, Neu! donne de nouvelles lettres de noblesse au krautrock. Expérimental, minimal dans son approche, maximal dans son exécution, Neu! est un disque incontournable de l’époque. Et même au-delà.

Sous la houlette de Conrad Plank à la production, les différents titres de l’album sont autant de pièces novatrices, servant de canons esthétiques pour le genre, cosmiques et technologiques, mécaniques et planants. Des atmosphères, des panoramas magnétiques, dotés d’une forte prédominance rythmique, parfois répétitifs, frappant, assommant, martelant, pilonnant… avec une régularité métronomique et une précision froide, méticuleuse. L’atmosphère industrielle est également importante, reflet d’une société, de ses machines et de ses usines, mais devenant peut-être également une symbolique de l’état des œuvres artistiques, ballotées par un destin marketing. L’ensemble est très aéré, et présente un réel équilibre de sons et de bizarreries électroniques, enrichi d’échos, de boucles, de nappes, de riffs tendus.

Les titres ‘Hallogallo’ & ‘Negativland’, mythiques, mettent en place le fameux « motorik beat », pulsation machinale, hypnotique et entêtante. Le second nommé, davantage irrégulier, fractionné, met en place au départ cette salve de marteau piqueur, et ses autres bruits stridents, inquiétants, symbolisant bien une forme de désœuvrement moderne. Calé entres les aquatiques/plasmatiques ‘Im Glück’ et ‘Lieber Honig’ (ce dernier demeurant davantage léthargique, et bien plus faible que le reste), il constitue le cœur de la longue suite ‘Jahresübersicht’, remplissant toute la face B. Parmi les autres titres du disque, on note les vrombissements de ‘Sonderangebot’, aussi romantiques qu’un groupe électrogène et pas très loin du premier Kraftwerk, mais aussi la nonchalance océanique et contemplative de ‘Weissensee’, très réussi.

L’ensemble du disque est réellement attractif et équilibré, avec ce mélange parfaitement dosé d’expérimentation novatrice et de relative accessibilité. En avance sur son temps (concept, sons, production), Neu! tient dans ses mains un album d’importance, une œuvre organique et contemporaine. Une œuvre culte.

Note : 6/6

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mercredi, avril 11, 2012

ASH RA TEMPEL Join Inn (1973)

Ash Ra Tempel - Seven Up
Kosmische Musik (Allemagne)


Après les tribulations acides de Seven Up, Ash Ra Tempel retrouve un peu son identité première sur Join Inn. Klaus Schulze est de retour et distille deux ingrédients dont il a le secret : le groove déchaîné (batterie) et les atmosphères éthérées (claviers). Comme à l’accoutumée, la première plage est une invitation à un jam live retapé pour l’occasion : le fringuant et emblématique ‘Freak ’n’ roll’, free form assez propre. La seconde plage, ‘Jenseits’, méditation ambiante ésotérique, sied assez bien à la discographie parallèle de Schulze. Dès les premières ondes, dès les premières notes égrenées, on se retrouve absorbé dans ce fluide métaphysique et mélancolique, composé une fois de plus sur une autre planète et dans un autre temps. Rosi, compagne de Manuel Göttsching participe à ce voyage lunaire en y posant sa voix. En fait, on commence à cerner aussi la présence d’une dualité, de l’union homme-femme à travers tous ces disques cosmiques : de la pochette de Schwingungen à la participation de Rosi Müller, en passant par les voyages initiatiques en Suisse de Leary et de Kaiser accompagnés de leurs femmes... Célébration cosmique d’une communion entre les êtres, entre les âmes, et entre des morceaux duaux qui semblent se compléter à chaque fois depuis quatre albums. La production limpide et lumineuse de Kaiser donne tout l’éclat à l’évasion de ces deux symphonies teutonnes. On parle vraiment, toujours et encore, d’exploration psychique. Toutefois, cette dernière prendra fin pour Hartmut Enke, qui décida de quitter l’aventure en 73 à l’issue d’un concert à Cologne. Il ne se sentait plus d’attaque pour intervenir dans une musique aussi belle, dit-il. L’illumination de trop.  

Note : 5/6

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mardi, avril 10, 2012

Timothy LEARY & ASH RA TEMPEL Seven Up (1972)

Ash Ra Tempel - Seven Up
Kosmische Musik (Allemagne)


Vous reprendrez bien un peu de Seven Up ? Affublé d’un très bel artwork coloré, rétro-futuriste et hallucinogène, ce troisième album d’Ash Ra Tempel, pétillant et acide, est le siège de trois oppositions, paradoxes, contradictions.

Premièrement, opposition d’états d’esprits, de bandes de garçons et de filles un peu délurés, réunis au sein d’un collectif d’une douzaine de personnes. D’un côté les artistes psychédéliques, de l’autre les psychologues musiciens. Ces derniers sont emmenés par Timothy Leary, le doc’, défenseur du LSD et des illuminations psycho-psychédéliques (qui lui valurent un séjour en prison), au contact des milieux hippies et des activistes de l’acide. Sous la menace des Black Panthers, il avait dû s’enfuir d’Alger avec son nouveau pote, le poète anglais Brian Barritt, accompagnés de leurs douces et tendres. Quelle fut leur nouvelle destination ? La Suisse, « le seul pays suffisamment décalé pour ne pas les jeter dehors », dixit Julian Cope. Et je ne résiste pas à vous relater ces mots de Cope, sur leur rencontre avec Sergius Golowin :

« En Suisse, les fugitifs étaient reçus comme une famille. Il y a là-bas un mystique sur chaque montagne – la plupart n’en descendent jamais. Un ancien soldat désabusé du nom de Sergius Golowin accueillit les deux couples dans sa retraite montagnarde. Golowin était à la fois poète, mystique et chef gitan déchu. Les siens étaient venus d’Europe de l’Est et s’étaient répandus à l’Ouest, mais il leur adressait encore de grands discours lors de rassemblements épisodiques dans les Alpes suisses. Sa poésie était lue par tous les enfants suisses » 
(Krautrocksampler, Kargo et l’éclat pour la traduction française, pp. 83-84).

L’autre équipe est évidemment constituée du groupe Ash Ra Tempel. Mais elle est surtout chapeautée par Rolf-Ulrich Kaiser, célèbre producteur de musique qui avait emmené le groupe en Suisse. Dans un milieu qu’il maîtrise, il semblait en quête d’une illumination ultime, épaulé par le maître du son, Dieter Dierks. Ainsi, Seven Up est la rencontre de deux horizons parallèles, et de deux têtes pensantes, fédératrices d’artistes dévoués à la cause cosmique : le Doc et le Kaiser. L’un s’improvisait chanteur brailleur, l’autre gourou psyché.

Deuxièmement, paradoxe historique. En fait, Seven Up contient d’une certaine manière, et peut-être encore une fois au niveau de l’état d’esprit, un aspect punk et donc sa propre mort. Enfin, pour la mort je ne sais pas. On avait déjà vu le parallèle entre la scène de Détroit, punk et proto-punk, et le premier album du groupe. Ici, on se trouve toujours au cœur de cet équilibre précaire, entre deux mouvements totalement contraires mais qui semblent se rejoindre, telle une fusion bouillonnante. Dans ce Seven Up aux allures Warholiennes par son titre, les oppositions ne sont plus stériles, elles communiquent, comme au temps de la Factory.

Troisièmement, contradiction musicale, comme souvent, entre une plage plus rock et un morceau plus ambient. L’ensemble est plus chaotique et dépravé que d’habitude et sent la poudre blanche comme jamais. Seven Up garde ainsi toute sa saveur, même si ce ne sont pas les meilleurs titres du groupe. Conceptuellement, les noms des deux grandes plages musicales (‘Time’, ‘Space’) suivent l’équation spatio-temporelle de Leary et de Barritt. En effet, autour de trips extatiques et d’excès de LSD, ils avaient fomenté à Alger le concept du Temp-ESP-ace... Enfin, autre originalité : les différentes subdivisions des deux morceaux, empruntées à des sessions live (aux studios Sinus de la Münstergasse, à Berne), symbolisent semble-t-il les sept niveaux de la conscience humaine.

Le style du premier morceau, ‘Space’, est indissociable du style du groupe (fusion rock/ambient dans un creuset cosmique psyché) et de son histoire (la participation de Leary). Certes des subdivisions permettent d’y voir plus clair dans ‘Space’, et parmi ces différents morceaux composant la première plage, ces blues rock déjantés, cabossés et maltraités (un shoot façon White Light/White Heat ?) remplis de reverb effervescente, de carambolages de guitares assourdissantes et de cacophonie vocale, on retiendra surtout l’énergie électrique de ‘Power Drive’, entre rugissement et vrombissement. La succession des différentes étapes de ‘Space’ est étrange (tout comme le mélange d’un blues urbain baignant dans un psychédélisme cosmique) et donne un côté un peu fouillis et déstabilisant au départ, tout en restant assez original. Le disque provient bien de musiciens chargés au LSD et qu’on aurait essorés.

Le second morceau, ‘Time’, vers lequel va ma préférence, est plus mystique, moins agité. Et complètement méditatif, comme nouvelle initiation aux portes de l’infini. Loin d’être le calme après la tempête, il en serait le prolongement sous une autre forme, entre incantations et recueillement. On note que la dernière subdivision du titre, ‘She’, est le miroir de ‘Liebe’ du précédent opus. Julian Cope le note : « ‘Time’ est un classique allumé de kosmische Musik, qui utilise les accords de la chanson éponyme ‘Schwingungen’ parce que Manuel Göttsching et Harmut Enke étaient persuadés d’avoir trouvé sur ce morceau le son du Paradis » (p. 89).

Sérieux, comment les mecs devaient planer à l'époque… Tous ces neurones qui ont dû griller... En chaîne, comme de petits fusibles. Au tournant des années 70’s, tous les systèmes nerveux étaient off. Et c’est de cette source d’inspiration qu’émergea Seven Up un authentique testament d’époque, fun et psyché.

Note : 4,5/6

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mercredi, mars 07, 2012

NICO Desertshore (1970)

Nico - Desertshore
Expérimental / Avant-garde (Allemagne)


Il est intrigant de chroniquer dans un même mouvement Ash Ra Tempel, Tim Buckley et Nico. Ce n’était pas fait exprès au départ, mais au fil des nouvelles écoutes je vois des points communs entre ces artistes, aussi différents soient-ils. Ils ressemblent tous à des prophètes, chantent parfois au bord de l’incantation, et créent un univers quasi-mystique et allégorique. Tim Buckley et Nico sont liés notamment par le label Elektra (Tim Buckley reste par ailleurs assez réfractaire à l’univers warholien)… Ash Ra Tempel et Nico alimentent véritablement un climat et une identité germaniques… Tim Buckley et Ash Ra Tempel développent parfois un psychédélisme acide… Et puis bien sûr, les trois ont des vues avant-gardistes et expérimentales, et c’est bien pour cela qu’ils sont chroniqués en ces lieux.

Il est donc temps de se plonger dans Desertshore, notre destination. Avec The Marble Index Nico avait le style, il lui restait désormais à aller plus loin, en termes de qualité et de personnalisation de sa musique. Nico suit ici le même chemin que sur The Marble Index, toujours avec John Cale, compagnon de route très précieux à la production et derrière de nombreux instruments. On retrouve encore cette poésie des profondeurs, ces psaumes et litanies venus d’ailleurs, ce chant funeste, rude et monotone… cette forme de célébration spectrale et désenchantée, comme sur l’emblématique ‘Janitor of Lunacy’. Desertshore consacre ici le règne d’une musique ascétique et sépulcrale, lorgnant vers des horizons néo-classiques, mais happée par une influence médiévale, entrant dès lors dans le carrefour des époques.

Il y a pourtant des percées de lumière sur ce disque, certes toutes relatives. En fait, je le trouve moins agoraphobe que le précédent. Si ‘Abschied’ et ‘Mütterlein’ correspondent aux moments menaçants du disque, aidés par cet harmonium dépouillé, le très beau ‘Afraid’, avec son piano délicat et ses cordes désuètes, reste un peu le rayon lumineux de l’œuvre, aussi mélancolique soit-il. ‘Le petit chevalier’, chantonné par son fils, est également un moment étrange et naïf, presque vital, émergeant de manière contrastée au sein d’un univers infini et dévasté. Comme le disque précédent, Desertshore entretient en effet une forme de vertige par rapport aux panoramas sonores désolés et post-apocalyptiques de sa musique.

Le disque est aussi en relation concrète avec l’image. Encore une fois, il y a un lien avec le cinéma, et plus précisément celui de Philippe Garrel ; le suprême ‘The Falconer’ accompagne Le lit de la vierge et ‘Abschied’ & ‘Mütterlein’ La cicatrice intérieure. La pochette présente d’ailleurs une image de ce film, dans lequel Nico et son fils Ari voguent à travers l’Egypte et l’Islande. Ces deux pays très différents sont intéressants à relever, puisqu’ils symbolisent, en extrapolant, l’universalité et/ou la pluralité des espaces pouvant être évoqués dans la musique de l’album, qui marque dès lors un pas de plus dans le rapport son-image.

Mais plus simplement, Desertshore est un disque hanté, habité, unique et fondateur. Comme The Marble Index, il permet à Nico de devenir un peu malgré elle la muse de tout un courant gothique. Et surtout, avec ce troisième opus, l’héroïne tient son œuvre intime et lyrique, son classique de poésie musicale.

Note : 5,5/6

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mardi, mars 06, 2012

NICO The Marble Index (1969)

Nico - The Marble Index
Expérimental / Avant-garde (Allemagne)


Avec The Marble Index, ce n’est plus pareil. Nico compose ses morceaux, conçus et interprétés avec l’appui minutieux de John Cale (alto électrique, guitare et basse, orgue et piano…) Désormais, on entre dans son univers. On connaissait déjà sa voix, encore bridée sur le premier disque. Sur Marble Index, on la découvre avec un harmonium indien, son instrument symbolique.

Un décor sombre et morose, gothique, semble être le siège de ce disque. La voix de Nico, libérée, se faufile et danse hors des morceaux, ayant davantage l’allure de flux de conscience, ou de prières intérieures. Comme Nick Drake, Nico conte un pathos intime avec une forme de violence rentrée. Cela rend le résultat d’autant plus puissant (et non moins théâtral et tragique). La nudité du chant imperturbable de Nico, marié aux vagues d’un harmonium inquiétant, se confronte au savoir avant-garde de John Cale. Il en résulte une musique originale, sérieuse et stoïque, à la fois impressionniste et surréaliste, et dotée d’une sensibilité européenne.

Si le disque reste inédit pour le monde du rock et se tourne indubitablement vers l’avenir, il semble aussi célébrer d’une certaine façon et non sans paradoxe une musique ancienne (au charme antique ? aux accents médiévaux ?), à moins qu’elle ne vienne finalement d’un autre temps et d’un autre monde, froid et désolé. Et c’est justement ce tout dernier point qui me fait penser l’existence d’un lien prégnant entre le contenu du disque et les images mentales que l’on peut s’en faire. Cette relation n’est d’ailleurs pas étonnante puisque Nico mêle dans sa manière de composer le cinéma à la musique, les visions aux sons.

L’ensemble des morceaux est très homogène. On retient par exemple ‘No One Is There’ et ses cordes ; ‘Ari’s Song’, morceau à l’harmonium, dédié à son fils ; ou encore ‘Evening of Light’, cristallin et hypnotique, vraiment prenant. La réédition CD contient deux titres supplémentaires ‘Roses in the Snow’, complainte assez réussie, et ‘Nibelungen’, totalement a cappella. L’album aura peu de succès commercial, malgré son influence artistique. Il laisse un certain malaise, car on a étrangement du mal à savoir si le disque est beau ou dérangeant. Le paradoxe d’un style qui va se poursuivre à un niveau supplémentaire, sur Desertshore.

Note : 4,5/6

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lundi, mars 05, 2012

NICO Chelsea Girl (1967)

Nico - Chelsea Girl
Folk-rock arty (Allemagne)


À la fac, j’écoutais beaucoup le Velvet Underground (chroniqué ici-même). Leur esthétique austère et déroutante, urbaine et européenne, leur propension à l’avant-garde, la mélancolie qui s’installait dans leur musique… Tout était là pour me plaire. Ainsi, j’ai de l’estime pour le premier album de Christa Päffgen, alias Nico, qui permet, certes d’une autre manière, de prolonger sa participation sur le légendaire album The Velvet Underground & Nico.

D’une part, le titre de son premier disque solo se réfère à un film de 1966 dans lequel elle a figuré : Chelsea Girls d’Andy Warhol, parrain du VU. D’autre part, non seulement la production est assurée par Tom Wilson (le producteur « réel » du premier VU), mais la moitié des chansons est écrite par des membres du Velvet (Lou Reed, John Cale, Sterling Morrison). Parmi ces dernières on compte plusieurs réussites, constituant le cœur de l’album : ‘Chelsea Girls’, longue ballade douce et subtile, faussement naïve ; ‘Winter’, rythmé par les saillies du violon cinglant de John Cale ; ‘It Was A Pleasure Then’, forme de méditation sobre et ascétique, à mi-chemin entre l’hostile et l’ésotérique.

Pourtant, le disque n’est pas exempt de contradictions. Contradictions fécondes ou non. En fait, trois morceaux sont écrits par Jackson Browne. Deux d’entre eux sont assez relevés et ouvrent le disque. Il s’agit de ‘The Fairest of the Seasons’ et de ‘These Days’. Leur interprétation reste assez étrange au vu de la nature mélodique de ces compositions (que des arrangements de type chamber pop n’auraient pas déparées). On assiste alors à un choc de culture. Ces compositions raffinées se frottent à la voix dure de Nico. Son chant, en général plutôt libre, semble devoir se brider pour se conformer à ces structures de morceaux bien établies. Le résultat est intrigant, très réussi et envoûtant, cette ouverture de disque attirant immédiatement l’oreille avertie de l’auditeur.

Je suis en revanche beaucoup moins fan de la voix de Nico sur ‘Somewhere there’s a Feather’, autre titre de Browne. Et concernant les autres morceaux je les trouve également moins convaincants, restant agréables tout au plus. Notons aussi un titre de... Bob Dylan, ‘I’ll Keep It With Mine’, mais comme le reste, je le trouve un tantinet anecdotique. Il devient néanmoins difficile de se plaindre ici de la qualité de l'entourage artistique de la dame...

Chelsea Girl, créateur de contrastes, est un bon début pour l'aventure « solo de Nico », même si son style si particulier ne se dévoilera que sur le prochain album The Marble Index, avant de prendre son envol sur l’emblématique et visionnaire Desertshore. D’ailleurs, la chanteuse elle-même était un peu effrayée par son premier disque, notamment à cause de certains arrangements qui lui déplaisaient fortement. Mais n’ayons crainte, elle aura l’occasion de retrouver toute sa liberté créatrice sur les albums suivants.

Note : 4,5/6

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vendredi, mars 02, 2012

KRAFTWERK Kraftwerk (1970)

Kraftwerk - Kraftwerk
Expérimental / Minimalisme (Allemagne)


La première période de Kraftwerk reste assez méconnue. Elle se compose de trois disques expérimentaux (Kraftwerk 1 & 2, Ralf und Florian) et constitue l’« archéologie » de la discographie du groupe, comme le dénote Florian Schneider, l’une des deux têtes pensantes de la formation, avec Ralf Hütter. Ici, on est encore loin de leurs Robot Musik / Volksmusik qui ont fait les lettres de noblesse du groupe et ont inspiré la scène électronique comme la new wave plus que tout. Mais l'on retrouve déjà un minimalisme chirurgical, et un esprit typiquement allemand. Kraftwerk, comme beaucoup de groupes germains, a su donner ou compléter fortement l’identité musicale de son pays. Économie de sons, économie de mouvements, économie de sentiments, le premier album de Kraftwerk présente une authentique liberté de composition et d’exécution.

Ralf Hütter & Florian Schneider créent ici une musique avant-gardiste, parfois assez hostile, nihiliste, quasi-scientifique, et gardant ainsi plusieurs ponts avec la musique industrielle à venir ; le disque présente aussi bien les thématiques urbaines et mécaniques, qu'une musique abrupte, aride et minimale, parfois agressive, froide et blanche. De plus, « Kraftwerk » signifie « centrale électrique » et la pochette de ce premier album présente un plot de sécurité ready-made… Nous sommes donc bel et bien devant un album très contemporain.

Au niveau des musiciens, un batteur joue pour chaque face du disque : Andreas Hohmann sur la face A, Klaus Dinger sur la face B (en réalité uniquement sur le dernier morceau du disque). Ce dernier formera avec Michael Rother (venu prêter main forte à Kraftwerk pendant quelques mois après le premier album) le groupe Neu! en 1970, après leur départ de Kraftwerk. À noter enfin la présence de Conrad Plank à la production (il travaillera aussi sur les albums de Neu!, entre autres).

Le disque peut se diviser en 4 mouvements de 8 à 12 minutes, correspondant chacun à des caractères différents bien marqués :
 - ‘Ruckzuck’ garde une prédominance rythmique, motivé par un violon électrique et une flûte un peu maltraîtée, avant de sombrer peu à peu dans une forme d’anarchie expérimentale. On y repère aussi le thème d’ouverture qui sera rappelé par celui du titre ‘Trans Europa Express’, issu de l’album du même nom (sorti en 1977).
 - ‘Stratovarius’ est quant à lui beaucoup plus véhément et bruitiste. Un peu spatial, un peu angoissant, présentant encore des rythmes tenaces mais tout en froissant, déchirant les textures sonores.
 - Après des oscillations de sons gondolées, ‘Megaherz’ se transforme en une belle plage atmosphérique et sereine, réalisée en duo par Schneider et Hütter.
 - Enfin ‘Vom Himmel Hoch’ reste une magnifique trouvaille imitant le son des avions de guerre grâce à leurs synthétiseurs (avec usage massif de l’effet Doppler). Le cœur du morceau révèle par ailleurs un court dialogue burlesque, drôle et ludique, entre synthés-robots. Peut-être un avant-goût de l’avenir…
Dès lors, Kraftwerk a déjà cette propension à imiter des objets réels de notre quotidien ou de notre futur, de façon sémiotique, à travers des sons très évocateurs. On le verra plus tard avec ‘Autobahn’ ou ‘Trans Europa Express’, notamment.

Renié par le groupe, plus que difficile à trouver (n’est plus édité depuis un moment déjà), le premier album de Kraftwerk, petit trésor vieillot, garde pourtant une certaine jeunesse et influença probablement tout un pan de la musique expérimentale et minimale.

Note : 5/6

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jeudi, mars 01, 2012

ASH RA TEMPEL Schwingungen (1972)

Ash Ra Tempel - Schwingungen
Kosmische Musik (Allemagne)


Schwingungen, magnifié par sa superbe pochette toute simple, est le second album d’Ash Ra Tempel. Klaus Schulze n’est plus de la partie, se consacrant dès lors à l’enregistrement de son premier opus, Irrlicht. Il est remplacé à la batterie par Wolfgang Müller, accompagné d’une petite poignée d’invités… et notamment d’un chanteur ! (différence notable avec le précédent disque). Le chant exubérant de John L (ex Agitation Free) se rapproche un peu de l’univers de Can, à mi-chemin entre Malcolm Mooney et Damo Suzuki. Peut-être un poil irritant, il s’agirait du point faible de Schwingungen, parasitant quelque peu la qualité des morceaux. Il leur donne néanmoins un côté prophétique et incantatoire, participant grandement à l’identité de l’ensemble. Au niveau « instrumental », Schwingungen semble plus léger que le précédent album, en gardant un certain aspect minimal, moderne, cosmique. On y trouve des moments spatiaux et psychédéliques, réunis dans deux grands morceaux d’une vingtaine de minutes, le premier étant scindé en deux plages contradictoires : ‘Light: Look at your Sun’ et ‘Darkness: Flowers must Die’. La première est un blues assez classique, la seconde s’excite davantage, marquant une progression vers plus d’expérimental atmosphérique. D’une façon différente du premier disque, les guitares brûlantes d’Ash Ra Tempel, parfois explosives, côtoient des climats plus planants avant d’être appuyées par un sax alto en liberté et des percussions tribales. Le même langage que le premier opus, mais un univers autre. Divisée également en deux sections (‘Suche’ & ‘Liebe’), la seconde composition, éponyme, nous fait part d’un mystère fragile et inquiétant. Une fois encore, l’énergie des guitares semble s’être diluée dans d’étranges sons et silences, le temps d’un long songe sidéral, avant que la coda du morceau nous montre le chemin d’une lumière rayonnante et mélancolique. Toujours un peu extatique et illuminé, Ash Ra Tempel nous ouvre de cette façon les portes d’une musique personnelle, contemplative et hallucinogène, exaltée et spirituelle. Schwingungen reste le témoignage vivant d’une époque, entre nostalgie méditative et visions futuristes. Une fois encore, le krautrock semble bien hors du temps…

Note : 4,5/6

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mercredi, février 29, 2012

ASH RA TEMPEL Ash Ra Tempel (1971)

Ash Ra Tempel - Ash Ra Tempel
Kosmische Musik (Allemagne)


Tonnerre et méditation. Ash Ra Tempel, formé en 1971 par Manuel Göttsching, Klaus Schulze et Harmut Enke, prend sa place dans la galaxie krautrock, quasiment dès sa genèse. Deux longs morceaux, respectivement de 20 et 25 minutes, composent ce premier album éponyme. Les premières nappes planantes et menaçantes d’‘Amboss’ font leur apparition. Le ciel infini semble gronder et nous projeter dans un univers cosmique, psychédélique, stratosphérique. De ce bain de claviers ambiants et futuristes émerge un rock puissant en fusion. S’ensuit ainsi un jam spatial et gondolé où guitares furibardes et acides se déchaînent sous fond de martellements explosifs. Dans son livre Krautrocksampler, Julian Cope fait un parallèle saisissant avec l’énergie et la véhémence annihilatrices qui animent la scène de Détroit. La forme est différente, mais le fond serait le même, tout du moins en partie. Ash Ra Tempel ne coupe cependant pas ses racines de la musique allemande, tout en y ajoutant une vitalité spirituelle et ésotérique supplémentaire. Si le jam brille par sa spontanéité, Ash Ra Tempel ajoute dans ses morceaux l’apport de la technologie et une tonalité résolument progressive, étirant ses morceaux à l’infini : du punk dilué d’une certaine manière, mais avec une intensité continue. En tout cas, ‘Traummaschine’, qui constitue la seconde face du disque, demeure beaucoup plus ambient. Les claviers caverneux d’outre-tombe se dévoilent lentement, tels des ombres approchant. Leurs harmonies nous transportent, semblent déchirer le ciel, semblent gémir aussi. L’osmose est remarquable et ‘Traummaschine’ fait figure de grande réussite, une des plus belles pièces du mouvement kraut. Le cœur du morceau s’agite davantage, avec ces percussions qui pilonnent et tonnent, avec ses guitares qui sifflent… Après une brève accalmie, un solo de guitare émerge pour l’ultime assaut, puis cette épopée retombe merveilleusement dans les atmosphères minimalistes, angoissantes et désolées. On sent encore les palpitations du morceau, entretenues par des motifs de guitare lumineux. C’est donc là aussi la réussite de ce premier album : le mélange turbulent rock/atmo, alliage bouillant et tumultueux, prend bien et prépare, poursuit, illustre certains aspects du prog, du kraut, du punk, du space rock… ART nous fait entrer dans son temple éclectique et visionnaire, et signe ici l’une de ses œuvres les plus fortes.

Note : 5/6

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dimanche, décembre 25, 2011

Klaus SCHULZE Moondawn (1976)

Klaus Schulze - Moondawn
Kosmische Musik / Électronique / Ambient (Allemagne)


Moondawn impressionne… Difficile de ne pas se laisser emporter par le flux de ‘Floating’, sa progression atmosphérique enivrante et ses mélodies en escaliers. Morceau tourbillonnaire, rythmé par des percussions toniques, ce classique fait désormais partie de la légende. Beaucoup plus accessible, moins austère que les débuts de Schulze, ‘Floating’ est une excellente entrée en matière pour les débutants, à mi-chemin entre la genèse de sa discographie et ses écarts futurs. Certes, ce titre n’a peut-être pas le génie avant-gardiste des premières œuvres, mais quelle maîtrise… Klaus Schulze propose ici d’autres horizons, de nouvelles visions enrichissant sa création, montrant une facette différente de son savoir, et de son savoir-faire. Klaus Schulze a l’habileté sidérante de mettre en place proprement toute l’architecture organique de ‘Floating’. Vers 14 minutes par exemple, on se demande vraiment comment on a pu en arriver là, tellement l’ensemble est cohérent, et semble fonctionner presque de lui-même, de façon totalement autonome. On a l’impression que l’artiste parvient à dominer la technique et les machines, à moins qu’il ne fasse carrément fusion avec elles, tel un cyborg. Quant à la seconde composition, ‘Mindphaser’, elle reste un peu dans l’ombre de ‘Floating’, sans être dépourvue de qualités. Cette autre symphonie de 25 minutes entretient en effet quelques belles promesses enchanteresses, sans pour autant entrer à mon sens dans le panthéon Schulzien. Dans un premier temps, sur l’écume d’atmosphères aquatiques se superpose une mélodie plaintive de sirène numérique, dans laquelle s’invite une ligne grasse de synthétiseur spatial. Cette pièce reste assez calme, avant que l’orgue et les percussions ne prennent brusquement le relais en milieu de parcours ; une section synthétique plus rythmée démarre et donne un nouveau visage à la composition, tout en gardant l’aspect très « méditatif ». S’il est un tantinet déséquilibré en termes de qualité de composition, Moondawn forme pourtant un tout assez homogène dans son concept et son exécution, rationnel et inspiré. Pour ses deux faces cohérentes et fusionnelles, cet album représente à la fois une méditation devant la nature, le chant des machines organiques, et une ode à la psyché de l’artiste absorbé dans son intériorité. Moondawn scelle la rencontre avec les corridors tumultueux de la pensée humaine.

Note : 5,5/6

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mercredi, décembre 21, 2011

Klaus SCHULZE Cyborg (1973)

Klaus Schulze - Cyborg
Kosmische Musik / Électronique / Ambient (Allemagne)


L’exploration des contrées cosmiques se poursuit avec Cyborg. Réalisé avec peu de moyens techniques, ce deuxième opus du maître reste une prouesse pour l’époque. Ici, la recherche avant-gardiste d’Irrlicht commence à se fondre avec les sons qui feront le futur de la discographie de Klaus Schulze. Une étape semble franchie. Armé désormais d’un proto-synthé VCS3, toujours très prisé de nos jours, Klaus Schulze continue d’ourdir ses nappes, ses strates harmonieuses, et de manipuler ses enregistrements d’orchestres. Une nouvelle grammaire du son se met en place.

Minimaliste par essence et maximaliste dans la forme (4 symphonies de 20/25 minutes), Cyborg montre aussi un caractère différent d’Irrlicht. Certes, la menace semble toujours latente, comme sur ‘Synphära’ et ‘Neuronengesang’ qui encadrent le disque et nous transportent dans un équilibre précaire. Mais les deux pièces centrales ‘Conphära’ et ‘Chromengel’, néo-classiques et tourmentées, demeurent plus mélodiques, dans une veine véritablement mélancolique, accompagnant le rêveur triste devant ses paysages dévastés. Klaus Schulze semble ici exploiter différemment l’aspect sombre de sa musique. Dans ‘Conphära’ par exemple, les sons acides d’une base synthétique en apesanteur laissent la place à des envolées de cordes électroniques, profondes et lugubres. Les atmosphères magnétiques nous enrobent, et nous font voguer à leur rythme. De même, l’excellent ‘Chromengel’, autre travail minutieux sur les ondes de cordes, nous compte à sa manière une poésie nocturne et sépulcrale, d’une beauté noire et funèbre.

Klaus Schulze nous délivre une nouvelle fois une œuvre monolithique, certes plus imposante encore qu’Irrlicht. Le style mérite d’être apprivoisé par l’auditeur qui souhaite s’aventurer avec courage dans ses régions froides, mornes et lunaires. Mais Cyborg reste surtout une œuvre introspective, réflexive. Visionnaires et planantes, les quatre grandes pièces atmosphériques qui composent le disque nous font découvrir les recoins du Temps, de l’Espace, et de notre Âme. Cyborg, au-delà de ce qu’il apporte à l’histoire de la kosmische Musik, est une véritable quête intérieure, et un voyage dans le temps, à travers les souvenirs du passé et les promesses du futur. Pour ces raisons, à la fois dérangeant et vitalisant, il demeure aussi un disque hybride. Et une fois écouté, le constat est éclatant : le cyborg nous a animés de son souffle.

Note : 6/6

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