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Exil progressif

Un blog old-school sur les musiques progressives et psychédéliques

lundi, juillet 30, 2007

AMON DÜÜL II Phallus Dei (1969)

Amon Düül II - Phallus Dei
Krautrock (Allemagne)


Phallus Dei ? Certes, mais cet opus ne serait-il pas tout droit sorti de la cuisse de Satan ? C’est en tout cas sur les atmosphères que se jouera principalement l’intérêt de ce disque séminal. Et aussi sur la place primordiale qu’occupent souvent les percussions (cf. Amon Düül I, comme quoi les deux groupes sont issus du même œuf). Le morceau d’ouverture, ‘Kanaan’, est d’ailleurs une réussite exemplaire, et pas uniquement à ce niveau : mélodie orientale, instrumentations d’outre-tombe, et fin psycho-métaphysique… Cependant, je n’aime pas certaines parties vocales du disque ; certaines sont assez niaises, pas toujours bien chantées, et ont à mon sens mal vieilli. Ce sont les deux titres suivants qui en font les frais. Quant aux instrumentations, occupant d'ailleurs la quasi-totalité de l’espace, elles restent en revanche de très grande qualité, brutes et énergétiques, et un peu embrouillées dans une production avorton possédant un charme sonore évident (autre point commun avec Amon Düül I). Mais notons aussi l’ambition du groupe : la longue suite éponyme en est la preuve vivante (décomposition : atmosphère sorcellerie – jam progressif – apparition des voix – motifs au violon – danse africaine et percus – mélodies de violon avec accompagnement puis voix – finish ascension céleste). Ici, tous les points forts du groupe dont nous avons parlés vont être réunis. Et il y a surtout, en milieu de piste, cette danse tribale et sauvage, soutenue par des percussions frénétiques et possédées… Il y a une vraie communion magnétique et spirituelle entre les musiciens (rappelons que le line-up s’est élargi). En fait, dans Phallus Dei, œuvre visionnaire, le psychédélisme nomade rejoint l’univers gothique, l’esprit jazz, l’improvisation blues, la culture roots et l’héritage Stockhausen pour un concert mystique, lugubre, et habité. Pour un voyage infernal, hors du temps, hors de l’espace.

Note : 5/6

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jeudi, juillet 26, 2007

TRANSATLANTIC SMPTe (2000)

Transatlantic - SMPTe
Progressif Symphonique / Renouveau 90's/00's (INT)


Transatlantic est un “superband” composé de Neal Morse (Spock’s Beard), Pete Trawavas (Marillion), Roine Stolt (The Flower Kings) & Mike Portnoy (Dream Theater, LTE). SMPTe s’inscrit dans la nouvelle vague de rock progressif de la seconde partie des 90’s, très nostalgique de celui des seventies (de Genesis et de Yes notamment). Ce premier album apparaît ainsi comme un nouveau voyage sur les routes du progressif pur sucre, avec de nombreux regards dans le rétroviseur, en somme.

Les structures des morceaux s’étirent au possible mais l’on y retrouve finalement un côté assez frais, paradoxalement. La véritable polémique réside dans l’intérêt de ces groupes de renouveau, qui finalement n’apportent rien… de nouveau, et qui ont tendance à privilégier, pour certains, le concept à la musique, et la tradition des formes à la beauté musicale du fond.

Je pense pour ma part que le côté « plaisir/nostalgie » demeure primordial pour évaluer la musique de Transatlantic. L’ambition du projet reste ambiguë : d’un côté l’album n’apporte historiquement rien ; d’un autre côté le côté gargantuesque de la chose et certains passages de grande qualité pourraient forcer l’admiration. Certains pourront tout de même regretter que ce groupe privilégie la quantité à la qualité et s’embourbe dans des morceaux sans fins, renforçant un peu plus les préjugés vis-à-vis du courant progressif.

Au niveau des titres :

- le disque démarre en tout cas très bien avec un très long morceau de qualité : ‘All of the Above’ (une demi-heure à lui tout seul… quand je vous parlais du « côté gargantuesque » de la chose...). C’est une véritable pièce montée de rock progressif que nous offre ici Transatlantic. Elle comporte des moments de premier choix comme la section ‘Camouflaged in Blue’ et bien sûr ‘Undying Love’.

 - Soigné et plein d’émotion, ‘We All Need Some Light’, attire l’attention, grâce notamment à la jolie mélodie du refrain et à l’élégance des arrangements. Un titre-phare à n’en pas douter.

 - ‘Mistery Train’ et ‘My New World’ sont quant à eux de purs moments de prog, finalement très british. Cependant, leurs refrains pèchent un peu par naïveté : trop FM ou trop mielleux, ils gâchent un peu le morceau.

 - Le disque se clôt sur une reprise de Procol Harum, ‘In Held (Twas) in I’ (l’original se trouvant dans Shine On Brightly (1968)). Un finish plutôt réussi en tout cas.

Globalement, on sent le plaisir des musiciens à jouer ensemble. Il y a un côté jam par moment mais ils ne lâchent pas complètement la bride et le disque reste très structuré, vraiment cohérent, et finalement assez équilibré. SMPTe propose en définitive un bon moment et de beaux souvenirs.

Note : 5/6

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mercredi, juillet 25, 2007

SAGA Trust (2006)

Saga - Trust
Art Rock / Nouvelle Vague (Canada)


Toujours dans la lignée des deux précédents albums, Saga développe un heavy prog FM mâtinée d’une production claire et plutôt maîtrisée. Trust nous montre dès les premières écoutes les points positifs habituels (guitares croquantes, ambiances travaillées…) et les défauts récurrents : parties de claviers hors de propos (‘That’s as far as I’ll go’), mélodie franchement à côté (‘Ice in the Rain’), voire pompière (‘Trust’). Certains morceaux valent néanmoins le détour et nous font pardonner les écarts du groupe : ‘Back to the Shadow’, morceau hypnotique, élégant, et doté d’une très bonne section instrumentale ; ‘I’m OK’, pas franchement convaincant mais honnête et appliqué ; ‘It’s your Life’, un peu facile, mais plutôt accrocheur au niveau de l’atmosphère (cela étant, le riff au clavier qui clôt le refrain est un peu inopportun) ; ‘Footsteps in the Hall’, titre plutôt solide rythmiquement ; et enfin le majestueux ‘On the Other Side’, bonne conclusion pour un disque qui aurait peut-être mérité mieux, notamment si les musiciens avaient corrigé certaines de leurs mauvaises habitudes, et donné la pleine mesure de leur talent.

Note : 4/6

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mardi, juillet 24, 2007

CAMEL Mirage (1974)

Camel - Mirage
Progressif (Angleterre)


Pour certains, Mirage c’est un peu mou, mou, mou. Mou comme un caramel mou. Il s’agit pourtant du premier classique de Camel. Et derrière cette pochette mythique se cache l’univers cotonneux et douillet de cette formation, progressive dans l’âme, légèrement jazzy dans l’exécution. Tout un tas d'ingrédients font l'identité de l'album : voix nonchalante, ambiance aérienne et liquide, soli affûtés, claviers incandescents, esprit très seventies… le tout soutenu par une section rythmique plutôt alerte et dynamique. Ici, les synthés futuristes et planants de Peter Bardens enveloppent les mélodies singulières émanant de la guitare d’Andrew Latimer. On retrouve dans ce disque un peu l’onirisme de Genesis et de Jethro Tull (pour la flûte), et un peu le monde moelleux de Caravan (style canterbury). La production équilibrée met assez bien en valeur l’interprétation des morceaux, plutôt carrée, tout en laissant place à des improvisations très mesurées, et finalement assez techniques. Concernant les titres eux-mêmes, l’ambition de l’album semble symbolisée par le long ‘Lady Fantasy’, petite pièce montée de douze minutes. En outre, si les deux premiers morceaux n’apportent pas grand-chose (la rythmique et les soli de ‘Free Fall’ restent pourtant entraînants), ‘Nimrodel/The Procession/The White Rider’ et ‘Earthrise’ incarnent les autres bons moments de l’opus. Dans l’ensemble, Mirage reste un disque appliqué et cohérent, très instrumental, auquel il manque tout de même un peu plus de passion et un zeste de génie, à mon sens.

Note : 4/6

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samedi, juillet 14, 2007

YES Drama (1980)

Yes - Drama
Progressif (Angleterre)


Au bord du gouffre, Yes le sera. Si, avec le temps, le groupe se rapproche de ses propres limites, un ultime sursaut est possible : Drama est l’occasion de surfer sur la vague pop FM pour en tirer du bon, pour se regénérer, pour créer quelque chose de neuf... Pourtant, Yes finira tôt ou tard par s’enfoncer dans la médiocrité de compositions pop particulièrement faibles et irritantes. Et il touchera le fond, à trop jouer avec le feu. Se servir du FM après l’explosion punk, ce n’est pas pour tout le monde... Rush restant d'ailleurs un modèle de réussite dans le genre.

Cela étant, avec Drama, Yes semble obtenir un vrai sursis. Et non sans certains changements majeurs au niveau de son histoire et de ses fondements : Rick Wakeman et surtout Jon Anderson ne font en effet plus partie du voyage. Le premier signe sa seconde fugue, après son retour en force sur Going for the One. Pour le second c’est plus problématique : après 12 ans de Yes, c’est l’un des deux fondateurs du groupe (avec Squire) qui se fait remarquer par son absence.

Pour les remplacer : Geoff Downes et Trevor Horn des Buggles. Oui, des Buggles… vous souvenez-vous de l’insupportable ‘Video Killed the Radio Star’ ? Eh bien c’est eux... Si ce changement de line-up peut engendrer un trouble d’identité au sein du groupe, et notamment en live, on retrouve tout de même avec Drama une fidélité au niveau des vocaux. Non seulement la voix de Trevor Horn n’est pas très éloignée de celle de Jon Anderson, mais les chœurs composés de Squire et Howe permettent de ne plus se sentir trop dépaysé.

En tout cas avec Drama, un univers très particulier se dévoile une fois encore. Il s’agit d’une musique presque légère, soutenue par des artistes jouant clairement sur les atmosphères (d’où l’importance des claviers sur ‘Run Through the Light’ & ‘White Car’ par exemple). En outre, l’alchimie est encore présente, n’en doutons pas, comme le prouve la solidité rythmique de ‘Tempus Fugit’. Quant à ‘Machine Messiah’ (eh oui 10 minutes, ça reste du Yes…) et ‘Into the Lens’, ils font figure de classiques du disque.

Avec Drama, le groupe affiche une grande vitalité, voire une véritable fraîcheur. La légère tonalité new wave de ce tableau d'ensemble se marie bien avec le progressif onirique et évocateur qui est ourdit dans l'œuvre. Tous les éléments positifs que Drama propose généreusement en font un album aéré et plaisant, un peu sombre et parfois assez énigmatique. Le disque d’une dernière chance saisie par les cornes. Avant la chute.

Note : 4,5/6

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mardi, juillet 10, 2007

Robert WYATT The End of an Ear (1971)

Robert Wyatt - The End of an Ear
Art-Rock / Canterbury (Angleterre)


Robert Wyatt… Sa musique est parfois associée dans mon esprit aux souvenirs fanés d’étés ensoleillés. Mais Robert Wyatt, artificier de la machine molle, c’est aussi une présence artistique notable, à l'origine d'une musique ambitieuse, et qui a marquée l’histoire. L’artiste abandonne Soft Machine pour enregistrer ce premier album, The End of an Ear, début fracassant de sa carrière solo. Mais il ne coupe pas les ponts avec son ancienne formation, s'entourant d’Elton Dean et de Mark Charig. À noter également la présence de Dave Sinclair (ex-Caravan), toujours dans la galaxie Canterbury.

Riche en hallucinations auditives, le disque va loin. Pour le moment, la musique de Wyatt semble parler davantage à notre intellect qu’à notre cœur, qu’à notre être. Au niveau de la structure de l’opus, on retrouve trois grands morceaux ambitieux, dont la reprise en deux parties de Gil Evans, ‘Las Vegas Tango’, et six titres plus courts. Les compositions sont au service d'un nouveau langage créé, exprimé par des délires vocaux, dans les pas d'un ‘Moon in June’, grand classique du 3ème volume de Soft Machine.

The End of an Ear est en effet un véritable moment psychédélique, mais durant lequel on retrouverait la grande culture de Wyatt. L'œuvre va un peu dans tous les sens, d’où un grand sentiment de liberté éprouvé chez l’auditeur. Les intuitions free-jazz sont bien présentes, tout comme certaines expériences sonores déviantes (‘To the Old World’). Mais notons aussi ‘To Carla, Marsha & Caroline’, plus mélodique, et un peu annonciateur de la mélancolie de Rock Bottom, le joyau discographique de Robert Wyatt.

The End of an Ear est ainsi un monde où mélodie, harmonies et rythmes sont dilués dans une frénésie expérimentale. Dès lors, avec le disque suivant, les expériences auditives seront au service du trouble de la psyché, et l’auditeur ne sera plus lié à la musique de Wyatt par un lien de respect, mais par celui du sentiment. Celui qui nous fera plonger… au fond du trou.

Note : 4,5/6

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