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Exil progressif

Un blog old-school sur les musiques progressives et psychédéliques

mardi, août 16, 2005

GENTLE GIANT Octopus (1973)

Gentle Giant - Octopus
Progressif (Angleterre)


Octopus est un disque respecté dans le milieu. Les morceaux... courts ! ne sont pourtant pas vraiment des pièces des plus incisives ou directes : ils se démarquent par leur justesse d'interprétation effrayante, et leurs sophistications et arrangements élégants, notamment sur les deux premiers titres. Ce disque proprement tentaculaire et organique, inspiré par l’œuvre de Rabelais, fait preuve en outre d'une grande synthèse d'influences : les inflexions médiévales sont bien présentes (‘Raconteur Troubadour’) tout comme un certain côté hard rock (‘A Cry for Everyone’), le tout condensé dans huits morceaux joués avec une grande dextérité. Par ailleurs, on retrouve d’une part ces textures de son si particulières qui forgent l’identité du groupe, comme sur l’instrumental liquide ‘The Boys in the Band’, et d’autre part un véritable travail sur les voix, une nouvelle fois (‘The Advent of Panurge’, le sincère ‘Think of Me with Kindness’). Globalement, grâce à son originalité et à sa forte personnalité, le Gentil Géant a su prendre à contre-pied le monde du rock progressif, et ce n’est pas rien. Il devient une référence incontournable, notamment avec Octopus, même si sa popularité n’est pas toujours au niveau de ses efforts. D’ailleurs, je ne suis pas un fanatique de cet album en particulier, mais force est de constater son apport à la discographie du groupe dont il a nettement contribué à la solidification. Peut-être s’agit-il parfois d’une musique qui brille plus par sa forme que par son contenu.

Note : 4/6

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lundi, août 15, 2005

GENTLE GIANT Three Friends (1972)

Gentle Giant - Three Friends
Progressif (Angleterre)


N’avons-nous jamais repensé à nos anciens amis, à ce qu’ils sont devenus une fois nos routes respectives séparées ? Le temps, mais aussi notre responsabilité, ont rendu ce que nous nommons amitié comme quelque chose de bien éphémère… Le travail, la nécessité de partir au loin, l’amour aussi, sont autant de facteurs qui peuvent déstabiliser l’amitié, voire l’anéantir.

Des petites choses si simples nous rappellent la longue aventure que nous avons construite avec nos amis, dès la cour de récré. Ces petites choses nous aimons les grossir, les agrandir, leur donner de l’importance de façon télescopique, un peu à la manière de Proust dans A la recherche du temps perdu.

C’est aussi parfois ces mêmes choses qui nous poussent à retourner sur nos terres pour redécouvrir notre origine, même si parfois l’on ne reconnaît plus rien, comme ce que nous écrit Jankélévitch dans L’irréversible et la nostalgie : bien que l’espace du chemin du retour soit accessible, notre univers passé a bien changé, le temps étant lui-même irrévocable.

Des illusions, des routes qui se séparent, des souvenirs, des interrogations sur le présent, Three Friends ne parle finalement que de ça. Ou tout du moins il suscite ces choses. Dans ce disque, Gentle Giant développe des morceaux non seulement très sophistiqués et pointus, mais également relativement courts et sans surenchère. Une originalité à laquelle s’ajoute la maîtrise de références musicales médiévales. Ces compositions révèlent en outre des sons très travaillés dont les textures chatouillent nos oreilles de leurs charmes si particuliers.

Par ailleurs, plusieurs titres viennent tirer leur épingle du jeu : ‘Prologue’, morceau magique réalisé avec une très grande précision, ‘Schooldays’, qui nous fera visiter les recoins les plus cachés de notre mémoire, et le fabuleux morceau-titre se terminant dans un final aux claviers magistral et envoûtant, presque mystique. Assurément un des passages les plus marquants dans la discographie du Gentil Géant.

Le son d’ensemble, quelque peu vieillot, va d'ailleurs justement permettre une bonne mise en valeur des ambiances de l’album, propice à la réflexion, à l'imagination. De manière générale, Gentle Giant a su offrir un disque intelligent et personnel, un classique par lequel le néophyte pourra commencer s'il veut s’immerger dans leur palpitante discographie.

Note : 5/6

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dimanche, août 14, 2005

KING CRIMSON The ConstruKction of Light (2000)

King Crimson - The ConstruKction of Light
Progressif (Angleterre)


Peut-être semble-t-il nécessaire de retourner les stigmates de The ConstruKction of Light pour en faire un bon disque. Je dis cela à ceux qui n’ont pas aimé l’esprit de cet album, ceux qui sentent du coup qu’ils vont devoir le retourner comme un gant pour tenter d’y trouver quelque chose à leur goût. Pour ma part, je ne le vois pas comme un grand disque mais comme une œuvre pertinente qui joue sur la froideur des sons et la mécanique des structures des compositions.

The ConstruKction of Light est une machine hostile et calculatrice, synthétique et futuriste, une machine purement technologique sans le moindre trait humain, sans cette chaleur que l’on pouvait rencontrer dans les œuvres précédentes, et qui manquera à ceux qui boudent l'album. C’est vrai aussi, la voix traficotée de Belew n’est pas toujours agréable et les chansons l’accompagnent parfois péniblement sans inspiration (‘ProzaKc Blues’, ‘The world's my oyster soup kitchen floor wax museum’).

Mais sur le morceau-titre, la magie entre en jeu et l’osmose est bien visible entre la mélodie et son accompagnement que Fripp, Gunn et Mastelotto tricote comme personne. Les sons sont tantôt lumineux, tantôt plus sombres, et un monde semble parfois s’entrouvrir dans une lueur à peine perceptible mais qui laisse augurer le meilleur, ce que l’on retrouvera aussi dans ‘Into the frying pan’ et le morceau final des ProjeKct ‘Heaven and Earth’.

Penchons-nous sur un autre morceau : ‘FraKctured’, qui n'est rien d'autre qu'une version en acier chromé de ‘Fracture’, que l'on trouve sur Starless and Bible Black. Il résume ce que le disque a de meilleur, proposant une structure très intelligente, des mélodies énigmatiques, et un solo frénétique réalisé avec une grande maîtrise exécution et qui vous transportera dans un tourbillon de technique. On retrouvera ce genre d’émotions dans la seconde partie de la très honorable suite ‘Larks' tongues in aspic part IV’, un morceau qui apporte pas mal au disque malgré sa coda un peu irritante.

En fait, le disque semble renfermer quelque chose de plus sincère et de plus humain derrière ces agencements de motifs techniques. C’est peut-être en changeant notre rapport à ce disque que l’on va découvrir ce qu’il cache réellement. L’essentiel est peut-être en retrait. L'album fuit la caricature pour nous offrir un univers entre-déchiré entre la lumière et les ténèbres, entre une technique déshumanisée au possible et une lueur d’espoir bien vivante. Un bon disque donc, que je conseille de découvrir, avec ses qualités et ses défauts.

Note : 4/6

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mardi, août 02, 2005

KING CRIMSON Discipline (1981)

King Crimson - Discipline
Progressif, New Wave (Angleterre)


Voici la bête : Discipline. Une bête intellectuelle, mais pas toujours très docile. Une bête qui barit comme l’éléphant (‘Elephant Talk’) et qui s’enfonce dans un délire mystérieux et névrotique (‘Indiscipline’). Oui, ça y est, une fois encore, King Crimson a laché son animal en pleine nature. Que ce soit pour les parties rythmiques tumultueuses et entraînantes de ‘Thela Hun Ginjeet’ et de ‘Frame by Frame’, ou les panoramas pittoresques, lumineux et sereins, dessinés par ‘Matte Kudasai’ et ‘The Sheltering Sky’, on sent immédiatement qu’on fait partie du voyage. Du voyage dans l’antre de la bête. Dans Discipline, la technique est au service d’une musique cérébrale, intellectuelle et rigide, carrément mathématique. Les lignes mélodiques du chapman stick de Tony Levin, nouveau dans le groupe depuis Red, se déroulent et s’enroulent dans des sections rythmiques où règnent précision et osmose entre les musiciens. Autre petit nouveau : Adrian Belew, que l’on connaît bien puisqu’il a joué entre autres avec Frank Zappa et les Talking Heads. Ici une nouvelle fois en grande forme, il illumine le disque de sa voix. Mais ce sont évidemment les deux autres membres de l’équipage, les inénarrables Robert Fripp et Bill Bruford, qui vont constituer la base du groupe grâce à leurs immenses créativité et verve musicale. Ils construisent cet édifice musical avec une précision chirurgicale mais aussi avec une forme de… liberté, comme si le Roi Pourpre avait à nouveau, depuis sa désintégration post-Red, réussi à combiner de façon impossible la discipline musicale et la liberté créatrice. Oui, King Crimson semble avoir contourné le faux piège des années 80. Le progressif le plus intransigeant sait se joindre à une forme de new wave sophistiquée pour offrir un disque original et loin de tout repos. À écouter de toute urgence…

Note : 5,5/6

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lundi, août 01, 2005

KING CRIMSON Red (1974)

King Crimson - Red
Progressif (Angleterre)


Pour ce classique du rock progressif, King Crimson n’est plus qu’un trio : Bruford, Fripp, Wetton. Qu’on se rassure, David Cross est toujours là au violon en tant que musicien additionnel, accompagné notamment de Ian McDonald (saxophone alto) et de Mel Collins (saxophone soprano). Ici le groupe développe une musique sombre et rageuse, dans laquelle l’énergie côtoie parfois une forme de malaise ambiant, comme sur les deux premiers morceaux : le très carré et menaçant ‘Red’, imposant de par sa noirceur si brute ; et ‘Fallen Angel’, un titre à la mélodie subtile. ‘One More Red Nightmare’ continue de vous ensevelir dans cette atmosphère si particulière et hostile mais qui nous semble si proche. Ce titre permet également, comme l’ensemble du disque, de continuer à découvrir les talents de Bruford à la batterie, et ses sons si particuliers, secs et froids. Ensuite, ‘Providence’ tutoie des ambitions expérimentales et avant-gardistes un peu obscures mais au final plutôt réussies. Le genre de truc qui pourrait en laisser froid plus d'un, mais qui pourrait également attirer les esprits les plus curieux. Enfin, Red se clôture par un long morceau, sublime et crépusculaire, mélancolique et très bien structuré : ‘Starless’. Ici la recherche sonore au des textures s’avère encore fructueuse. La mélancolie nous transporte vers d'autres sphères et la qualité d'interprétation, elle-même très diverse, se révèle une fois encore captivante. Quand au finish du morceau, magistral, il remplit à nouveau nos yeux de larmes de lumière et d'émerveillement. Red prouve une nouvelle fois que King Crimson a troqué au fil de sa carrière une dépression pour une autre, délaissant cette forme de déprime peut-être encore trop romantique des débuts pour s’enfermer dans quelque chose d'encore plus malsain et névrotique. Dès Larks’ Tongues in Aspic, et même peut-être avant, on sentait que ce groupe savait évoluer sur le fond comme sur la forme (la pop s’est de plus en plus effacée au profit de l’avant-garde et du jazz, éléments pourtant bien présents dès le premier opus). Red, grâce notamment à l’héritage musical laissé par les deux précédents disques dont il se fait témoin, est une marche supplémentaire dans l’évolution de King Crimson, dans la mutation d’un groupe sachant aller vers le haut, tout en plongeant parfois ses auditeurs dans les abîmes les plus tristes et intérieures. Entre la rage et le désespoir. Entre le rouge et le noir.

Note : 5,5/6

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