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Exil progressif

Un blog old-school sur les musiques progressives et psychédéliques

dimanche, août 10, 2008

KING CRIMSON Three Of A Perfect Pair (1984)

King Crimson - Three of a Perfect Pair
Progressif, New Wave, Expérimental (Angleterre)


Three Of A Perfect Pair clôt la trilogie amorcée par Discipline. Tout en poursuivant la pop des précédents opus, le groupe développe les quelques expérimentations claustrophobiques de Beat. Si la première face reste composée de solides morceaux axés new wave, la seconde présente des titres plus portés sur l’avant-gardisme et les atmosphères industrielles, les deux parties demeurant séparées par un instrumental de très bonne facture : ‘Nuages’. Un disque bicéphale en somme, montrant les deux visages du Roi Pourpre durant les années 80.

Les morceaux seront peut-être moins réussis en termes d’efficacité, même s’ils restent impressionnants au niveau de la technicité. Sur la première face, c’est ‘Sleepless’ qui mérite principalement le détour. Et sur la seconde, c’est ‘Industry’ qui tire indéniablement son épingle du jeu. Après plusieurs morceaux divertissants, King Crimson arrive ainsi à confectionner une musique froide et cruelle, industrielle. Le groupe vit en effet avec son temps, le suit, le prédit, le réinvente. Avec cette patte technoïde et intellectuelle, mais sans délaisser cette fraîcheur et cette forme d’urgence qui, si elle calcule, dévalise avec panache.

Certes, ce troisième épisode de la lutte crimsonienne face à la Modernité reste peut-être le moins bon. Mais, conceptuellement, artistiquement, esthétiquement, tout semble se recouper, tout semble s’emboîter parfaitement dans une même logique. Dans un même esprit combinant plusieurs vérités. Celle des sens, celle de l’esprit, celle de la technique, celle des sentiments. Et c’est à travers la lumière inquiétante issues de ces carrefours des possibles que surgiront les mécaniques de THRAK et de The ConstruKction of Light, les œuvres suivantes du Roi Pourpre…

Note : 4/6

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mercredi, juillet 30, 2008

KING CRIMSON Beat (1982)

King Crimson - Beat
Progressif, New Wave (Angleterre)


Une autre trilogie continue… Cette foi-ci, Crimson prouve qu’il demeure tout à fait capable de surfer sur la vague des années 80, exercice périlleux mais réussi avec brio. Premier fait notable en tout cas : aucun changement de line up n’est survenu depuis le précédent opus… La machine rythmique crimsonienne va donc pouvoir continuer à faire des étincelles avec virtuosité, en nous montrant les nouveaux schémas rythmiques et les différentes couleurs et textures sonores qu’elle est capable de générer. Cela étant, le groupe reprend cette fois-ci les éléments de Discipline pour faire quelque chose de bien plus accessible, de bien plus pop (sous l’impulsion notable d’Adrian Belew), sans négliger pour autant un travail parfois assez net sur les ambiances. Si, au vu de l’ensemble, le résultat s’en trouve peut-être moins conceptuel, le disque brille souvent par son efficacité, notamment par le biais de ses trois premiers titres. Quant à ‘Waiting Man’, à la section rythmique proprement hallucinante, il développe intelligemment l’influence des musiques du monde. Par ailleurs, on retrouve une fois encore cette matérialisation musicale du stress urbain très marquante, sur ‘Neurotica’. Enfin, ‘Requiem’, un titre plus expérimental et légèrement bruitiste, termine le disque de belle façon, affirmant la prétention de Crimson à rester sur le terrain expérimental. Alors, pas question de faire la fine bouche devant ce disque. Jugé indigne ? Jugé intrépide. Jugé turbulent et indiscipliné. Jugé (presque) inusable.

Note : 5/6

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dimanche, août 14, 2005

KING CRIMSON The ConstruKction of Light (2000)

King Crimson - The ConstruKction of Light
Progressif (Angleterre)


Peut-être semble-t-il nécessaire de retourner les stigmates de The ConstruKction of Light pour en faire un bon disque. Je dis cela à ceux qui n’ont pas aimé l’esprit de cet album, ceux qui sentent du coup qu’ils vont devoir le retourner comme un gant pour tenter d’y trouver quelque chose à leur goût. Pour ma part, je ne le vois pas comme un grand disque mais comme une œuvre pertinente qui joue sur la froideur des sons et la mécanique des structures des compositions.

The ConstruKction of Light est une machine hostile et calculatrice, synthétique et futuriste, une machine purement technologique sans le moindre trait humain, sans cette chaleur que l’on pouvait rencontrer dans les œuvres précédentes, et qui manquera à ceux qui boudent l'album. C’est vrai aussi, la voix traficotée de Belew n’est pas toujours agréable et les chansons l’accompagnent parfois péniblement sans inspiration (‘ProzaKc Blues’, ‘The world's my oyster soup kitchen floor wax museum’).

Mais sur le morceau-titre, la magie entre en jeu et l’osmose est bien visible entre la mélodie et son accompagnement que Fripp, Gunn et Mastelotto tricote comme personne. Les sons sont tantôt lumineux, tantôt plus sombres, et un monde semble parfois s’entrouvrir dans une lueur à peine perceptible mais qui laisse augurer le meilleur, ce que l’on retrouvera aussi dans ‘Into the frying pan’ et le morceau final des ProjeKct ‘Heaven and Earth’.

Penchons-nous sur un autre morceau : ‘FraKctured’, qui n'est rien d'autre qu'une version en acier chromé de ‘Fracture’, que l'on trouve sur Starless and Bible Black. Il résume ce que le disque a de meilleur, proposant une structure très intelligente, des mélodies énigmatiques, et un solo frénétique réalisé avec une grande maîtrise exécution et qui vous transportera dans un tourbillon de technique. On retrouvera ce genre d’émotions dans la seconde partie de la très honorable suite ‘Larks' tongues in aspic part IV’, un morceau qui apporte pas mal au disque malgré sa coda un peu irritante.

En fait, le disque semble renfermer quelque chose de plus sincère et de plus humain derrière ces agencements de motifs techniques. C’est peut-être en changeant notre rapport à ce disque que l’on va découvrir ce qu’il cache réellement. L’essentiel est peut-être en retrait. L'album fuit la caricature pour nous offrir un univers entre-déchiré entre la lumière et les ténèbres, entre une technique déshumanisée au possible et une lueur d’espoir bien vivante. Un bon disque donc, que je conseille de découvrir, avec ses qualités et ses défauts.

Note : 4/6

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mardi, août 02, 2005

KING CRIMSON Discipline (1981)

King Crimson - Discipline
Progressif, New Wave (Angleterre)


Voici la bête : Discipline. Une bête intellectuelle, mais pas toujours très docile. Une bête qui barit comme l’éléphant (‘Elephant Talk’) et qui s’enfonce dans un délire mystérieux et névrotique (‘Indiscipline’). Oui, ça y est, une fois encore, King Crimson a laché son animal en pleine nature. Que ce soit pour les parties rythmiques tumultueuses et entraînantes de ‘Thela Hun Ginjeet’ et de ‘Frame by Frame’, ou les panoramas pittoresques, lumineux et sereins, dessinés par ‘Matte Kudasai’ et ‘The Sheltering Sky’, on sent immédiatement qu’on fait partie du voyage. Du voyage dans l’antre de la bête. Dans Discipline, la technique est au service d’une musique cérébrale, intellectuelle et rigide, carrément mathématique. Les lignes mélodiques du chapman stick de Tony Levin, nouveau dans le groupe depuis Red, se déroulent et s’enroulent dans des sections rythmiques où règnent précision et osmose entre les musiciens. Autre petit nouveau : Adrian Belew, que l’on connaît bien puisqu’il a joué entre autres avec Frank Zappa et les Talking Heads. Ici une nouvelle fois en grande forme, il illumine le disque de sa voix. Mais ce sont évidemment les deux autres membres de l’équipage, les inénarrables Robert Fripp et Bill Bruford, qui vont constituer la base du groupe grâce à leurs immenses créativité et verve musicale. Ils construisent cet édifice musical avec une précision chirurgicale mais aussi avec une forme de… liberté, comme si le Roi Pourpre avait à nouveau, depuis sa désintégration post-Red, réussi à combiner de façon impossible la discipline musicale et la liberté créatrice. Oui, King Crimson semble avoir contourné le faux piège des années 80. Le progressif le plus intransigeant sait se joindre à une forme de new wave sophistiquée pour offrir un disque original et loin de tout repos. À écouter de toute urgence…

Note : 5,5/6

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lundi, août 01, 2005

KING CRIMSON Red (1974)

King Crimson - Red
Progressif (Angleterre)


Pour ce classique du rock progressif, King Crimson n’est plus qu’un trio : Bruford, Fripp, Wetton. Qu’on se rassure, David Cross est toujours là au violon en tant que musicien additionnel, accompagné notamment de Ian McDonald (saxophone alto) et de Mel Collins (saxophone soprano). Ici le groupe développe une musique sombre et rageuse, dans laquelle l’énergie côtoie parfois une forme de malaise ambiant, comme sur les deux premiers morceaux : le très carré et menaçant ‘Red’, imposant de par sa noirceur si brute ; et ‘Fallen Angel’, un titre à la mélodie subtile. ‘One More Red Nightmare’ continue de vous ensevelir dans cette atmosphère si particulière et hostile mais qui nous semble si proche. Ce titre permet également, comme l’ensemble du disque, de continuer à découvrir les talents de Bruford à la batterie, et ses sons si particuliers, secs et froids. Ensuite, ‘Providence’ tutoie des ambitions expérimentales et avant-gardistes un peu obscures mais au final plutôt réussies. Le genre de truc qui pourrait en laisser froid plus d'un, mais qui pourrait également attirer les esprits les plus curieux. Enfin, Red se clôture par un long morceau, sublime et crépusculaire, mélancolique et très bien structuré : ‘Starless’. Ici la recherche sonore au des textures s’avère encore fructueuse. La mélancolie nous transporte vers d'autres sphères et la qualité d'interprétation, elle-même très diverse, se révèle une fois encore captivante. Quand au finish du morceau, magistral, il remplit à nouveau nos yeux de larmes de lumière et d'émerveillement. Red prouve une nouvelle fois que King Crimson a troqué au fil de sa carrière une dépression pour une autre, délaissant cette forme de déprime peut-être encore trop romantique des débuts pour s’enfermer dans quelque chose d'encore plus malsain et névrotique. Dès Larks’ Tongues in Aspic, et même peut-être avant, on sentait que ce groupe savait évoluer sur le fond comme sur la forme (la pop s’est de plus en plus effacée au profit de l’avant-garde et du jazz, éléments pourtant bien présents dès le premier opus). Red, grâce notamment à l’héritage musical laissé par les deux précédents disques dont il se fait témoin, est une marche supplémentaire dans l’évolution de King Crimson, dans la mutation d’un groupe sachant aller vers le haut, tout en plongeant parfois ses auditeurs dans les abîmes les plus tristes et intérieures. Entre la rage et le désespoir. Entre le rouge et le noir.

Note : 5,5/6

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dimanche, juillet 31, 2005

KING CRIMSON Starless and Bible Black (1974)

King Crimson - Starless and Bible Black
Progressif (Angleterre)


Starless and Bible Black est le deuxième volet de la période crimson-ienne la plus riche, amorcée par Lark’s Tongues in Aspic. Ce disque composé en partie de morceaux joués live et overdubbés n’en demeure pas moins un disque attrayant, malgré un certain manque d'homogénéité. S’agit-il alors d’un album décousu ou bien d’une œuvre fertile et variée ? Tantôt relativement aérien, tantôt plus claustrophobique, le disque propose aussi bien une pop douce-amère et flottante, un rock plus pernicieux, et des expérimentations maladives et inquiétantes.

La première face, démarrant en trombe par un curieux et endiablé ‘The Great Deceiver’, propose deux instrumentaux de très bonne facture : 'We'll Let You Know', et surtout l'onirique 'Trio' qui semble décrire de façon magnifique un paysage musical et métaphysique aux teintes pastel. Elle se compose également de deux très jolies chansons : ‘Lament’ et ‘The Night Watch’. Cette dernière entre en scène dans une cascade sonore et magique du plus bel effet et dispose aussi d’une mélodie assez envoûtante. Notons que les paroles… comment dire… étranges, sont écrites sous la plume de Richard Palmer-James. Enfin, 'The Mincer', morceau discret mais inquiétant, complète le tableau de fort belle manière.

Dès lors, durant le morceau titre présent sur la seconde face, la guitare distordue et toxique de Robert Fripp se fraye un chemin à coups de larsens dans cette musique noire et tendue d’où émerge une légère agonie de mellotron. Et quand la compo se débride, une très belle dynamique rythmique en émerge... Enfin, ‘Fracture’, le morceau final, demeure quant à lui plus mathématique et ses thèmes mélodiques très personnels en font un titre emblématique du groupe. Une composition absolument fantastique et particulièrement imposante, clôturant donc cette oeuvre de façon magistrale. On constate également un gros travail de Bruford sur les percus, comme à l'accoutumée.

Starless and Bible Black, qui prend un malin plaisir à mettre parfois l’auditeur mal à l’aise pendant l’écoute, a aussi la capacité de le submerger. Cette musique aux allures parfois antipathiques révèle ainsi un grand pouvoir. En effet, Starless and Bible Black, disque d’excellence pourtant controversé et parfois mal aimé, présente à mon sens un potentiel considérable (que l’on connaissait déjà) et parvient de ce fait à maîtriser totalement sa véritable proie : l’auditeur.

Note : 5,5/6

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samedi, juillet 30, 2005

KING CRIMSON Lark's Tongues in Aspic (1973)

King Crimson - Lark's Tongues in Aspic
Progressif (Angleterre)


En exil. Très souvent, c’est loin de certains disques que l’on peut réellement percevoir leur essence et leur sens. Loin de l’anarchie de la sensibilité. C’est un peu de cette manière que j’ai pu comprendre cet opus de Crimson, à moins que cela soit encore plus particulier. En effet, c'est en arrêtant de l’écouter un moment que j’ai pu cerner la distance qui se trouvait entre la tranquillité toute relative de la planète Terre et l’endroit où il voulait m’emmener. En exil.

Longtemps j’ai dû m’éloigner de sa musique pour mieux l'apprivoiser. Si la majorité de mes disques est sujette à mes théorisations plus ou moins habiles et à un recul nécessaire, pour celui-ci c’est encore plus spécifique : j’ai vraiment voulu me détacher de mes sens, avec méfiance, j’ai voulu faire confiance à mon intellect (ou ce qu'il en reste), j’ai voulu préparer le terrain, dès les premières écoutes. J’ai voulu conceptualiser avant d’écouter en profondeur. Loin du disque. En exil.

Larks’ Tongues in Aspic est le début d’une nouvelle ère, et un support pour les disques Starless and Bible Black et Red, autres pièces maîtresses de la discographie du groupe. On aurait pu croire à la lente décomposition de la bête à l’issue d’une mort violente mais force est de constater que le recrutement autour de Fripp de personnalités artistiques comme John Wetton, Bill Bruford, David Cross et Jamie Muir fut bénéfique au niveau de la cohérence, de l’originalité et de la qualité intrinsèque de l’œuvre que Crimson nous propose. Une œuvre lumineuse, exotique et mystique. Complexe et visionnaire. Agressive et dangereuse, enfin. Un voyage sensoriel et magique. Un exil.

Les deux parties du morceau titre sont un passeport pour une île inconnue, celle des grands espaces et du temps infini qui s’égrène. Des percussions mystificatoires, des guitares obscures et énergiques, des cordes de lumière. Des mélodies qui scintillent. Magnétisantes. De la mélancolie de ‘Book of Saturdays’ à l’hypnotisme éprouvant du dynamique ‘The Talking Drum’, cet album de Crimson est un récit de voyage sonore (appuyé par les textes de Richard Palmer-James), un tissu homogène d’expérimentations transcendées par des séquences émotionnelles intimes et vivifiantes. Si 'Exiles' nous fait part de ses mystères et de son aura, ‘Easy Money’ enfonce le clou, que ce soit au niveau de la recherche expérimentale ou de l’importance de la place, fondamentale, des percussions.

Nous voilà échoués dans un autre univers. Larks’ Tongues in Aspic est un disque venu de nulle part, une œuvre qui nous invite à découvrir un paysage musical insulaire dans lequel l’auditeur ressentira le besoin de se désintégrer et de vaporiser de part en part chacune de ses cellules. Plus qu’un disque : une révélation. À écouter loin, loin, loin. En exil.

Note : 5,5/6

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vendredi, juillet 29, 2005

KING CRIMSON Islands (1971)

King Crimson - Islands
Progressif (Angleterre)


Sous quels traits se cache celui qu’on nomme communément « fan » ? Quelle attitude peut-il avoir face à un disque qui se situe parmi les plus faibles d’un groupe donné ? Islands de King Crimson est un disque qui pourrait être intéressant pour tester cela… car cet album n’est pas, paraît-il, le plus réputé de leur discographie. À tort ?

Deux attitudes pourraient être distinguées. Le fan peut tout accepter, un peu malgré lui, mais aussi parce qu'il aime la marque de fabrique des musiciens (et quand elle n’est plus là il la cherche d’une façon ou d’une autre). Bref il pardonne tout, il ne recherche pas l’objectivité, il est irrémédiablement attiré. En revanche, et c'est la seconde possibilité, il peut être très exigeant, et pousser sa critique au maximum de l’intransigeance. Là, les écarts ne sont plus permis.

Dans Islands on se trouve entre l’océan et l’espace, un peu perdu dans une immensité qui nous désoriente. Mais deux perles vont contribuer à nous émerveiller au sein de cet univers de poussières d'étoile.
 - La première, ‘Sailor’s Tale’, est un instrumental plein de tensions, extrêmement bien maîtrisé. Résolument jazz, il nous invite dans un monde mystérieux, regorgeant d'une inquiétude exprimée de façon troublante par le mellotron, judicieusement utilisé. Il propose également une coda, particulièrement lugubre, troublante et évocatrice, et donc très réussie.
 - La seconde parle, ‘Islands’, est un énorme atout pour le disque. Un morceau prodigieux, somptueux, délicat et romantique, intime et mélancolique. Ici, nous sommes clairement habité par un sentiment d’éternité dont nous trouvons l’origine au plus profond de le composition, quand ce n’est pas au plus profond de nous-mêmes.

Les autres morceaux sont cependant un tantinet en deça… Si 'Formentera Lady', le morceau d'ouverture, avec l'impulsion que donne son jazz échevelé, a beaucoup à donner, ‘Ladies of the Road’ ne sera quant à lui pas du goût de tout le monde et casse peut-être un peu l’ambiance du disque. Parfois on y entendrait presque les échos de la voix de Lennon dans l’espace. Le timide ‘The Letters’ et les cordes de ‘Prelude Song of the Gulls’, complètent le tableau sans prétention.

Islands ne mérite pas de rester dans l'ombre. Peut-être que ce disque semblera inégal, incohérent, chaotique... il ressemble finalement au parcours d'un groupe souvent en proie à des turbulences internes, avec ses écarts, ses folies... et surtout sa richesse intérieure. Soigné et technique, réalisé avec une grande minutie, il ne peut que susciter un intérêt réel, quelle que soit notre vision de Crimson. Sinon, il nous restera toujours la possibilité d’emprunter les vertus de ‘Sailor’s Tale’ et de ‘Islands’... juste le temps d’un voyage sur une île… dans l’espace… parce qu’après, c’est le trou noir : celui du split.

Note : 4,5/6

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jeudi, juillet 28, 2005

KING CRIMSON In the Wake of Poseidon (1970)

King Crimson - In the Wake of Poseidon
Progressif (Angleterre)


In the Wake of Poseidon est le petit frère du futuriste et magistral In the Court of the Crimson King sorti des entrailles du Roi Pourpre un an plus tôt. Et il lui ressemble beaucoup. En effet, le terrible ‘Pictures of the City’ n’est pas sans rappeler le névrotique ‘21th Century Schizoïd Man’, que ce soit pour sa structure, sa mélodie ou l’agitation des instruments à la fin du morceau. En outre, ‘In the Wake of Poseidon’, teinté d'un désespoir abyssal, renvoie fortement à ‘Epitaph’ mais aussi vaguement aux choeurs de ‘The Court of the Crimson King’. Le thème de ce dernier sera d'ailleurs repris furtivement dans ‘Devil’s Triangle’, marche infernale et un peu terrifiante d'une petite douzaine de minutes (et adaptation de ‘Mars, Bringer of War’ du compositeur anglais Gustav Holst qui a beaucoup influencé le rock). Après ces jeux de ressemblances, j'aimerais insister sur la qualité de l'envoûtant morceau-titre, ‘In the Wake of Poseidon’, brillant par ce pathos qui nous touche au plus profond de nous-mêmes. Je note aussi le sympathique et délicat ‘Cadence and Cascade’, pour le coup beaucoup moins emphatique. Outre ces bonnes idées, le point fort de l’ensemble est l’atmosphère générale de l’album, le groupe ayant là encore parié sur la qualité des ambiances éthérées et hypnotisantes, fantasmagoriques et imprégnées d’une certaine magie pleine de rêves et de tristesse, nous plongeant une fois encore dans la plus totale introspection. Comme vous le voyez, In the Wake of Poseidon est un peu le reflet des idées d'In the Court of the Crimson King... dans un autre monde. Et s'il reste ainsi facile à sous-estimer, il garde pourtant toute sa légitimité.

Note : 5/6

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mercredi, juillet 27, 2005

KING CRIMSON In the Court of the Crimson King (1969)

King Crimson - In the Court of the Crimson King
Progressif (Angleterre)


Sortir un tel album est un véritable tour de force, tant au niveau de sa qualité intrinsèque que de son apport à l’histoire. Œuvre technique et érudite, In the Court of the Crimson King se montre également onirique et atmosphérique, présentant une ambiance inédite presque indescriptible. Le son vieillot contribue clairement à cette impression de rêve tout éveillé. Réalisé avec recul et maturité, ce disque fait d'ailleurs partie de ceux qui ont le mieux vieilli.

Magique et harmonieux, tel est le premier album du Roi Pourpre. L'habileté et la virtuosité des musiciens se mettent au service de la beauté. Le disque regorge de serpentins guitaristiques multicolores, de vents et claviers en panique, de ruptures et de dynamiques rythmiques écervelées. Et cela sans compter le jeu magistral d’un mellotron presque omniprésent, à la beauté envoûtante. Les compositions font preuve d'une richesse démente et inépuisable ; le jazz rencontre le rock, la musique classique le blues, la technique la mélodie, le génie la folie… Un peu comme The Yes Album (1971), mais de façon plus atmosphérique et avant-gardiste, cet opus donne lieu à une forme de pop complexifiée, fuyant les conventions des charts anglais.

En outre, cet album fait ressortir en nous des sentiments bien marqués, parfois fulgurants, et souvent proches de rêveries mêlées d’espoir comme de désarroi. Les musiciens funambules, en clowns tristes, s'amusent sur les bases du rock progressif, style qui a trouvé ici un de ses pères. Morceau d'ouverture, ‘21st Century Schizoïd Man’ exprime musicalement à quoi ressemble un esprit malade devant la folie d’un environnement urbain et post-moderne qu’il maîtrise mal ou qui l’oppresse. D'ailleurs, les instruments symbolisent très bien une forme de cohue et de panique générale à la fin de la composition.

La suite de l'opus nous offre de nouvelles merveilles : ‘I Talk to the Wind’, subtile et somptueux, composition planante et réalisée avec minutie, dopée par de beaux instruments à vent ; ‘Epitaph’, dotée d'une mélancolie poignante proche du malaise ; ‘Moonchild’ et sa mélodie qui vous hante, regorgeant d’émotions si difficiles à contenir, et laissant entrevoir dans sa seconde partie un grand panorama musical, quasiment lunaire, atmosphérique et avant-gardiste. Quant au titre ‘The Court of the Crimson King’, cette grande finale dramatique et majestueux, achève le disque de façon théâtrale en prouvant une nouvelle fois la capacité du Roi Pourpre à créer en nous des émotions presque écrasantes.

1969 : il fallait donc se lever tôt pour voir le Roi Crimson rencontrer sa cour et ses adeptes. Sur une autre planète, dans une autre galaxie. Les années 60 se terminent en devenant encore un peu plus extra-terrestres. D’ailleurs, si l’on considère que les années 60 n’ont duré globalement que quatre ans (de 65 à 68 comprises), on ne peut pas considérer ce disque autrement qu’une ouverture sur un monde nouveau : en effet avec King Crimson, on est peut-être déjà entré dans les seventies…

Note: 6/6

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