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Exil progressif

Un blog old-school sur les musiques progressives et psychédéliques

mercredi, avril 15, 2009

BLUR Think Tank (2003)

Blur - Think Thank
Pop / Expérimental (Angleterre)


J’ai beau être un fan absolu d’Oasis, et plus particulièrement de leurs débuts, leur ex-concurrent britpopien, Blur, a nettement plus sa place ici. En effet, contrairement aux Mancuniens, la formation de Damon Albarn et de Graham Coxon tente à sa façon de se diriger vers d’autres horizons musicaux. La question est : en sont-ils vraiment capables ? Ont-ils réussi leur pari ? Ont-ils visé trop haut ? Think Thank reste sans doute un très bon album et peut-être le disque de Blur qui vieillira le mieux… Pour cette fois-ci, Damon Albarn profite du vide laissé par Graham Coxon, qui a quitté les sessions d’enregistrement après moult désaccords, et prend indubitablement en main le déroulement des opérations. L’opus contient des morceaux particulièrement diversifiés, empruntant parfois des références à la world music, ou au krautrock, etc. On perçoit en tout cas quelques perles : 'Ambulance' et son atmosphère déroutante ; le romantique et tendre 'Sweet Song', très réussi ; les énigmes proposées par 'Out of Time' et 'Battery in your Leg'... sans oublier le malin et hypnotique ‘On The Way To The Club’. Rien que tout ça, c’est bien plus que de belles promesses… Cependant, certains pourront toujours considérer l’album comme un peu inégal, décousu ; quelques clichés et des chansons gratuites gâchent un peu le résultat final : ‘Crazy Beat’, par exemple, forme de gag dans lequel Blur n'est que la parodie de lui-même. En fait, le groupe réussit à faire un disque de qualité mais l’erreur serait de surestimer la profondeur de sa recherche expérimentale. Blur ne fait pas d’avant-gardisme et on ne peut pas affirmer qu’il voit les choses véritablement en grand avec Think Tank. Cette formation reste ici fondamentalement pop même s’il insère des éléments qui la rendent plus progressive, plus poussée. C’est cette démarche, parce que fructueuse, que l’on peut saluer dans ce blog, car même si l’album montre quelques limites il présente suffisamment de morceaux saisissants pour en faire un excellent produit, voire un petit classique moderne pour la carrière du groupe. En tout cas, c’est ainsi que je considère Think Tank, non sans une grande nostalgie.

Note : 5/6

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mardi, avril 14, 2009

TALK TALK Laughing Stock (1991)

Talk Talk - Laughing Stock
Expérimental / Atmosphères (Angleterre)


Tout comme son prédécesseur, Laughing Stock demeure un véritable éveil musical... touchant de près la grâce. Mais Talk Talk va encore plus loin, et poursuit sa mue. Convoquant des musiciens venant du jazz, le groupe affine encore plus son style et nous fait voyager vers des contrées jusque-là encore inexplorées. Amateur de Messiaen et de Schoenberg, de Can, de John Cage, de Ravel et de Donatoni, amateur de Miles Davis & de Gil Evans, Mark Hollis pousse ici l’érudition et la sincérité à son maximum, offrant une musique pure et libre. Merveilleuse.

Déjà, la pochette nous montre la voie ; depuis la dernière fois, les coquillages semblent s’être transformés en oiseaux. Talk Talk nous dévoile une nouvelle façon de prendre contact avec la beauté et avec la nature. Mais Laughing Stock s’apparente également à une musique sémiotique, symbolique, matérialisation sonore de ce qu’est pour nous l’environnement naturel. Les morceaux nous évoquent même parfois des bêtes mystérieuses faisant subitement sortir des buissons leur museau ou la pointe de leur bec.

Ainsi, une nouvelle façon de prendre contact avec la beauté et avec la nature. Avec le plaisir aussi. Laughing Stock semble être une œuvre géométrique, révélant en son sein plusieurs dimensions. Une fois de plus, Talk Talk nous fait découvrir une musique… spatiale. Des grands vides symboliques du silence, au surgissement des sons et textures les plus inédites. Et puis toujours ce sens de la construction à partir d’improvisations… Talk Talk au sommet.

Mark Hollis a réussi à emprunter de nouveaux chemins, sans pour autant renier sa période passée, même si rien ne la laisse transparaître dans cette œuvre. Avec Tim Friese-Greene, qui cosigne tous les morceaux, il nous offre la quintessence de son art. Urbain et naturaliste. Passionné, éthique, à la recherche des essences. Et du silence. Laughing Stock est indéniablement une musique dans laquelle il se passe des choses. Elles surviennent. Comme la beauté de ‘After The Flood’, ou encore de ‘New Grass’. Hallucinantes, sensibles compositions. Sans oublier les panoramas de ‘Myyrhman’, ‘Taphead’, ‘Runeii’…

Un nouvel aboutissement. Laughing Stock, opus d’émerveillement intense, mais disque sombre également, introspectif, révélant une nouvelle façon de communiquer, plus sincère, plus trouble. Laughing Stock, le disque de l’instinct, de l’inconnu, de l’impossible à reproduire, de l’improvisation. De l’intime. Laughing Stock, l’album des sacrifices et de la transgression des frontières psychiques, l’épreuve redoutable pour l’ensemble des musiciens qui l’ont façonné. Laughing Stock, le point d’orgue d’une carrière exemplaire et atypique. Laughing Stock, l’album de la fin.

Note : 6/6

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lundi, avril 13, 2009

TALK TALK Spirit Of Eden (1988)

Talk Talk - Spirit of Eden
Pop / Atmosphères (Angleterre)


Grâce et espérance. Une musique intrinsèquement humaine, religieuse et spirituelle, par définition. Mark Hollis, élève de Miles Davis et de John Coltrane, de Béla Bartόk et de Claude Debussy, nous invite dans un monde d’intimité totale, d’introspection absolue, dans un monde d’un nouveau genre. L’élève s’exprime davantage et Spirit of Eden en est ainsi l’aboutissement. Après un succès comme celui de The Colour Of Spring il était bien osé de sortir un tel disque, si peu en accord avec le mainstream, et si proche de l’avant-garde… EMI avait même demandé de modifier le contenu de l’album après écoute de l’enregistrement. Sans parler de la discorde entourant l’éventuelle reconduction d’un contrat commun… Ajoutons tout de même que le budget obtenu grâce aux albums précédents, tout comme les avantages de l’ère digitale d’ailleurs, ont permis la création d’un tel disque...

En tout cas, la couverture plante un décor étrange et pittoresque ; la pochette est de James Marsh, qui avait déjà dessiné l’intégralité des artworks des albums du groupe. Des coquillages et des oiseaux, perchés sur un arbre. Un sentiment d’évasion… déjà. Traversant les frontières, vers un paradis perdu… pour la beauté de la musique, et pour la pureté du silence. Du désir. Spirit of Eden s’apparente à une suite d’explorations sonores en équilibre perpétuel, créées à partir d’improvisations influencées par le jazz et la musique contemporaine, notamment. Une musique impressionniste et réflexive, spatiale, témoignant d’une grande liberté d’enregistrement. Six morceaux dans lesquels le silence demeure absolument fondamental, six confessions dans lesquelles les travaux sur les textures se font ainsi à son écoute. De ce disque organique et libre, minimaliste et fragile, mais dévoilant une vraie intensité, on peut dès lors retenir, au choix, les trois magnifiques premiers morceaux, ‘The Rainbow’, ‘Eden’, ‘Desire’, qui n’en font qu’un… ou alors ‘I Believe In You’, si romantique, si mélancolique, si « puissant »… le plaintif ‘Inheritance’… ou encore ‘Wealth’, le titre de clôture, particulièrement religieux. De toute évidence, Spirit Of Eden, opus méticuleux et lyrique, demeure un support de choix pour la génération post-rock et expérimentale, un exil géographique et spirituel révélant en son sein… l’essentiel.

Note : 6/6

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vendredi, avril 10, 2009

STEELY DAN Aja (1977)

Steely Dan - Aja
Jazz-Rock (U.S.A.)


"Aja"… "Asia"… indubitablement une oeuvre qui inspire le respect. Maîtrise chirurgicale de l’instrument, sensibilité noire, production limpide et lumineuse… tout n’est que magie dans le jazz-rock d’Aja… dans ses textures sonores et ses mélodies rappelant parfois les soirées passées sous les lumières de la ville... Ici, la pop et le rock proprement dit s’effacent derrière un jazz méticuleux, harmonieux et habile, intelligent et dynamique. Une musique de caractère, fringante et rigoureuse, résolument chic, élégante et géniale. Une musique d’envergure. L’osmose entre les instruments demeure difficilement égalable et une sensation d’accomplissement, de perfection, émane de l’ensemble du disque. Ce n’est pas pour rien que Tom Scott, Joe Sample & Wayne Shorter, invités de luxe, marquent certains morceaux de leur expérience. Ce n’est pas pour rien non plus que l’on rencontre Steve Gadd pour le titre éponyme (morceau indubitablement progressif dans l’âme), dévoilant encore une fois son agilité derrière les fûts. Donald Fagen et Walter Becker ont su s’entourer... et sans oublier l’équipe de production (ce son, quand même !). Sophistiquée et exigeante, complexe et atemporelle, d’une classe élégiaque, la musique d’Aja ressuscite en cette année 1977 une forme de sentiment mêlant nostalgie et confiance en l’avenir, le sentiment du Bien, une sérénité particulière, bref quelque chose de véritablement positif… Une musique très personnelle, marquant les esprits pour longtemps, et offrant au groupe son plus beau succès commercial.

Note : 5,5/6

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jeudi, avril 09, 2009

TALK TALK The Colour Of Spring (1986)

Talk Talk - The Colour Of Spring
Pop / Atmosphères (Angleterre)


Souvent, les groupes pratiquant la musique progressive finissent par laisser tomber leur credo pour s’adonner à de la pop FM pas toujours bien maîtrisée (Yes en est un très bon exemple parmi d’autres). Avec Talk Talk, on suit carrément le chemin inverse : partir d’une pop FM et synthétique pour finalement voyager vers de nouveaux territoires : une musique très personnelle et atmosphérique, délicate et astucieuse, dont nous aurons le temps de parler. Oui, Talk Talk reste avant tout bien connu pour ces deux tubes un peu démodés mais faussement naïfs : ‘Sush A Shame’ & ‘It’s My Life’. Mais je n’irai pas cracher sur leurs précédentes œuvres, ce n’est ni ma volonté propre, ni le but de la chronique. En fait, ce qui demeure saisissant, c’est la magie qui enivre The Colour Of Spring ; c’est en effet dans ce disque que le groupe opère un tournant décisif, notamment à travers les morceaux ‘Chameleon Day’ (énigmatique et fondamental) & ‘April 5th’, dans lesquels la formation de Mark Hollis réalise sa mue. Les atmosphères nouvelles, énigmatiques et pittoresques, se mettent en place… ce mélange entre une forme d’ataraxie, d’accomplissement, et d’un danger parfois latent qu’on ne parvient pas bien à discerner… Cependant, Talk Talk n’abandonne pas pour autant ses tubes : le très réussi ‘Living In Another World’, ‘Life Is What You Make It’ et ‘Give It Up’. Mais ces titres s’effacent indéniablement à côté de trois petits joyaux qui participent à la face A du disque. Malgré leurs différences, ces trois tours de force présentent les mêmes caractéristiques : la volonté de développer une musique subtile et raffinée, touchant de près la grâce. Cela est ainsi bien exprimé par le romantisme fragile et impérieux d’‘April 5th’ ; la palette d’ambiances présentée par le titre d’ouverture ‘Happiness Is Easy’, terriblement adroit et impénétrable ; la précision et la délicatesse extrêmes de ‘I Don’t Believe In You’… Enfin, l’opus se clôt sur ‘Time It’s Time’, mélancolique et visionnaire. Les prémisses d’une musique brillante, éclatante et précieuse sont ainsi posées. Et tout cela concourt dès lors à l’émergence d’une pop sagace et quintessenciée, à l’avenir radieux, comme le montreront les deux œuvres à venir : Spirit of Eden & Laughing Stock…

Note : 5,5/6

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mercredi, avril 08, 2009

FLYING SAUCER ATTACK * ROY MONTGOMERY Goodbye / And Goodbye / Whole Day (1997)

Flying Saucer Attack & Roy Montgomery - Goodbye / And Goodbye / Whole Day
O.S.N.I. / Psychédélisme / Ambiance / Bruitisme (Angleterre * Nouvelle-Zélande)


Si mes sources sont sûres, cet EP restera, pour un titre en tout cas, la brève rencontre de deux entités : d’un côté les Anglais de Flying Saucer Attack, groupe indé psychédélique, expérimental et spatial ; de l’autre l’esprit de Roy Montgomery, guitariste intellectuel émérite venant de Nouvelle-Zélande. L’objet sonore ici présent regroupe trois morceaux. Le premier titre, éponyme, déroule rafales de guitares hurlantes, bruits confus, boucles improbables, le tout débouchant sur un motif au piano résolument calme. Le groupe pratique son style propre tout en le poussant à bout, franchissant à nouveau des frontières inexplorées. Quant au deuxième morceau, il s’agit donc d’une forme de jam live, joué avec Montgomery en avril 95. Un titre aux contours assez flous mais perturbant. Enfin, le troisième titre demeure la pièce-maîtresse de l’opus ; ‘The Whole Day’, qui commence par le développement d’une ambiance bruitiste, fait émerger progressivement un motif répétitif et hypnotique, majestueux et spectral, donnant une tonalité oppressante à l’ensemble, véritablement magnétique. À mon sens, un très grand moment musical, un peu déroutant et terriblement envoûtant, meilleur passage d’un disque à l’aura particulièrement mystérieuse.

(EP : non noté)

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