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Exil progressif

Un blog old-school sur les musiques progressives et psychédéliques

lundi, septembre 02, 2013

HAPPY THE MAN Happy the Man (1977)

Happy the Man - Happy the Man
Progressif (U.S.A)


Happy the Man est un groupe de rock progressif à tendance « symphonique » formé à l’aube des années 70. Originaire des États-Unis, cette formation ne se prive pas pour autant de puiser son inspiration chez des groupes anglais de renom ; dans ce premier album, on retrouve un progressif organique et éclectique comme chez Gentle Giant, mais surtout la mélancolie mystérieuse et les dynamiques d’un Wind and Wuthering de Genesis sorti… l’année d’avant. Ceci dit, et pour regarder aussi outre-Atlantique, on ressent parfois la chaleur du jazz cosmique de Steely Dan…

Dans ce disque, presque intégralement instrumental, Happy the Man donne la priorité aux ambiances, appuyées par des couleurs sonores chaudes et lisses, minérales et aériennes, assez agréables, charmant immédiatement l’oreille, avertie ou non. Il en ressort presque une forme d’exotisme cotonneux et énigmatique, pas si loin de l’univers de Camel (voire de Saga). C’est probablement cet aspect qui rend l’album si engageant, même s’il délaisse quelque peu l’efficacité pure. Par contraste, les instruments se lancent parfois dans des tourbillons animés, offrant au disque tout son caractère progressif.

À l’image du groupe qui en est l’origine, l’ensemble de l’œuvre est parfaitement cohérent. Sans rompre son équilibre, le petit orchestre donne une bonne part aux multiples claviers et aux vents, laissant une place aux vocaux sur uniquement deux morceaux (‘Upon the Rainbow (Befrost)’ & ‘On Time As a Helix of Precious Laughs’). Oui d’ailleurs, il y a de sacrés noms de morceaux dans cet album…

Parmi les meilleurs moments de l’opus je note déjà ‘Starborne’ qui plante bien son décor astral. J’aime bien aussi le début de ‘Stumpy Meets the Firecracker in Stencil Forest’. Mais la mélancolie nocturne et poétique de ‘Upon the Rainbow (Befrost)’ reste mon highlight, tout comme l’imposant et dramatique ‘Carousel’. Une petite pensée aussi pour l’évocateur et onirique ‘New York Dream's Suite’ qui termine le disque de belle manière, avec une dernière contemplation nocturne. En revanche je serais davantage circonspect sur ‘Knee Bitten Nymphs in Limbo’ qui pourra sembler un peu artificiel par moment.

Le premier album d’Happy the Man est un moment de rêverie avec une identité progressive très marquée, se gardant de faire fuir le premier auditeur venu. Je garde d’ailleurs un peu une image de « ciel étoilé » quand j’écoute ce disque. Et s’il ne semble pas toujours suffisant pour « élever » très haut l’auditeur, il ne manquera pas de le faire voyager, le temps de beaux songes féeriques.

Note : 4,5/6

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jeudi, avril 18, 2013

PINK FLOYD Animals (1977)

Pink Floyd - Animals
Progressif/Expérimental (Grande-Bretagne)


Animals est un peu la contre-attaque au punk, ou au moins, son vaccin. Plus rigide et moderne dans les sonorités, plus agressif et menaçant dans l’interprétation, le Pink Floyd version trio montre les dents. Mais le groupe garde ses vues progressives, en s’immergeant ici dans trois longs morceaux. Au moment où Roger Waters met plus que jamais en pratique sa domination sur la formation, Animals est un pari artistique globalement réussi, atypique, et souvent oublié par l’histoire.

Derrière une musique davantage contemporaine, se trame la fable d’Animals. Les cochons bourgeois, les chiens arrivistes, et les moutons suiveurs… une forme de relecture détournée de La ferme des animaux de George Orwell. Cochons préfabriqués, chiens artificiels, moutons synthétiques… Chaque animal est représenté dans un long morceau, dans lesquels on peut entendre parfois leurs cris étouffés et tordus.

Dans cette atmosphère industrielle, sombre et froide, surgit à mon sens l’un des meilleurs morceaux du Floyd, si ce n’est le plus grand : ‘Dogs’, écrit par Waters & Gilmour. Claviers futuristes, guitares et percussions cliniques, mélodies insidieuses… Derrière ces divers atouts ‘Dogs’ incarne pourtant une forme de décrépitude, de délabrement moribond. Cette sensation se poursuit notamment dans sa section middle, complètement ambiante et hypnotique, comme un étrange voyage intérieur… ‘Dogs’ est la réussite d’Animals, grandement maîtrisé sur tous les plans, s’affirmant comme morceau total.

Ce titre magistral a donc de quoi faire de l’ombre aux deux autres grandes pièces du disque : ‘Pigs (Three Different Ones)’, pas réputé pour être le plus fameux, et ‘Sheep’, avec ses fausses allures de classique. On sent davantage l’influence de Waters sur ces morceaux, qu’il fait siens. De plus, ils participent pleinement à l’atmosphère globale, et poursuivent le concept en filant deux nouvelles métaphores musicales. En termes d’écriture, ‘Pigs’ est un peu plus maladroit dans sa mélodie, mais mise davantage sur ses expériences sonores. Quant à ‘Sheep’, il semble plus en verve et dynamique, pulsé par ses guitares énergétiques.

Au final, on ne sait pas bien si Animals ressemble à un disque de Pink Floyd. D’un côté, il reste toujours dans une veine psyché/prog/expérimental, pour ses structures et instrumentations. D’un autre côté, le groupe semble toujours plus se dissoudre, pressé dans la main de fer de Waters. Mais globalement, Pink Floyd garde cette dynamique qui le fait se métamorphoser constamment. Et c’est peut-être justement le fond de son identité. Après tout, “There is nothing so stable as change”, comme dirait l’autre…

Note : 4,5/6

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dimanche, août 12, 2012

Peter GABRIEL Peter Gabriel [Car] (1977)

Peter Gabriel - Car
Art Rock/Pop (Angleterre)


Les quatre premiers albums de Peter Gabriel n’ont pas de nom inscrit sur leur pochette respective, à part la version U.S. du quatrième, Security. Pourtant, un titre leur est systématiquement promis de façon un peu symbolique. Et c’est tout naturellement, au vu de la pochette, que l’on nomme en général ce premier effort Car.

Peter Gabriel a quitté Genesis… Chronologiquement, Car sort après A Trick Of A Tail et Wind And Wuthering, les deux premiers albums de Genesis sans le Gab’, opus encore très progressifs. Avec Car, Peter Gabriel s’oriente progressivement vers une pop sophistiquée, même s’il est encore loin de la complexification de ses meilleures œuvres. Parallèlement, Genesis ne cessera de s’enfoncer dans une pop FM et taillée pour les radios, avec de gros ratages honteux, mais aussi avec plusieurs réussites notables (notamment au sein des disques marquant le tournant 70’s/80’s).

Avec Car, Peter Gabriel n’offre encore rien de véritablement exceptionnel et ses morceaux ne soutiennent, du moins pas encore, la comparaison avec ce que vient d’offrir Genesis au même moment. Mais ses avantages en font une carte de visite remarquée : la présence de musiciens (ou de futurs musiciens) de King Crimson (Robert Fripp, Tony Levin) et la production de Bob Ezrin (Berlin du Lou). De plus il regorge dans tous les cas de quatre classiques : le très connu ‘Solsburry Hill’ et l’entraînant et énergique ‘Modern Love’, deux singles plutôt corrects ; mais également la perle ‘Humdrum’ que j’aime vraiment beaucoup pour ses atmosphères cotonneuses et profondes, et ‘Here Comes The Flood’, encore joué en concert, brillant surtout (et un peu paradoxalement) pour la finesse mélodique de son intro et de son couplet. Ces deux dernières compositions, de loin les deux meilleures à mon sens, restent dans une veine mélancolique, même si la première est plus introspective, la seconde apparaissant logiquement comme un petit hymne adapté au live.

Ce premier disque du Gab’ reste un succès en termes de popularité (disque d’or dans quatre pays), mais se positionne dans l’ombre des œuvres suivantes. Il apparaît suffisamment attachant pour que l’on s’y attarde et ses classiques demeurent de premières bonnes accroches pour le grand public. Et si l'on attend quelque chose de plus profond de la part de l’ex-leader de Genesis, les notes triomphales de ce premier opus semble un peu sentir le parfum des victoires à venir.

Note : 4/6 – Morceau fétiche : ‘Humdrum’

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vendredi, avril 10, 2009

STEELY DAN Aja (1977)

Steely Dan - Aja
Jazz-Rock (U.S.A.)


"Aja"… "Asia"… indubitablement une oeuvre qui inspire le respect. Maîtrise chirurgicale de l’instrument, sensibilité noire, production limpide et lumineuse… tout n’est que magie dans le jazz-rock d’Aja… dans ses textures sonores et ses mélodies rappelant parfois les soirées passées sous les lumières de la ville... Ici, la pop et le rock proprement dit s’effacent derrière un jazz méticuleux, harmonieux et habile, intelligent et dynamique. Une musique de caractère, fringante et rigoureuse, résolument chic, élégante et géniale. Une musique d’envergure. L’osmose entre les instruments demeure difficilement égalable et une sensation d’accomplissement, de perfection, émane de l’ensemble du disque. Ce n’est pas pour rien que Tom Scott, Joe Sample & Wayne Shorter, invités de luxe, marquent certains morceaux de leur expérience. Ce n’est pas pour rien non plus que l’on rencontre Steve Gadd pour le titre éponyme (morceau indubitablement progressif dans l’âme), dévoilant encore une fois son agilité derrière les fûts. Donald Fagen et Walter Becker ont su s’entourer... et sans oublier l’équipe de production (ce son, quand même !). Sophistiquée et exigeante, complexe et atemporelle, d’une classe élégiaque, la musique d’Aja ressuscite en cette année 1977 une forme de sentiment mêlant nostalgie et confiance en l’avenir, le sentiment du Bien, une sérénité particulière, bref quelque chose de véritablement positif… Une musique très personnelle, marquant les esprits pour longtemps, et offrant au groupe son plus beau succès commercial.

Note : 5,5/6

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jeudi, juillet 31, 2008

LOCANDA DELLE FATE Forse le lucciole non si amano più (1977)

Locanda delle Fate - Forse le lucciole non si amano più
Progressif Symphonique (Italie)


1977… cette année fait irrémédiablement penser à l’explosion – le boom et l’anéantissement – du punk. Et pourtant, loin de la bestialité de ce mouvement sortait en Italie Forse le lucciole non si amano più, pièce douce et paisible dans laquelle nous redécouvrons avec joie la tranquillité de l’âme.

Toutefois, cet album pourrait bien passer pour le point d’orgue mais aussi le chant du cygne des classiques du progressif italien. En effet, c’est au moment où la vague du progressif italien était presque retombée que surgissait ce miracle, rappelant les plus belles notes de Gentle Giant, de Genesis (première période) et des célèbres compatriotes Premiata Forneria Marconi.

Ce petit trésor présente des émotions touchantes, humbles et intimes, parfaitement décrites par une musique de chambre vivante et subtile, dans laquelle tous les musiciens se montrent complémentaires. L’ensemble des claviers apportent avec éclat une grande dynamique à l’ensemble, et se complète admirablement avec la solidité rythmique, la finesse des cordes et la voix simple, noble et tragique, de Leonardo Sasso.

Le disque est ainsi marqué par une grande cohérence et je sais aussi que l’auditeur éprouvera un grand plaisir à découvrir avec soin la richesse de chacun des morceaux qui compose cet opus magistral et féerique. La beauté de l’existence nous est ici comptée, dans toute sa fragilité, dans toute sa pureté, dans tout ce qu’elle a de poétique et de magique.

Locanda delle Fate propose une musique fraîche et sincère, délicate et généreuse, et son oeuvre figure comme l’une des plus belles choses qu’il m’ait été donnée d’entendre. Forse le lucciole non si amano più demeure un régal de musicalité, incarnant le progressif « symphonique » dans ce qu'il a de plus raffiné, l'Italie pour ce qu'elle donne de meilleur, et peut-être la Musique, tout simplement.

Note : 6/6

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jeudi, mai 04, 2006

GENESIS Seconds Out (1977)

Genesis - Seconds Out
Progressif / Live (Angleterre)


Ce double live est proprement monstrueux… Sérieusement, à l’issue de l'écoute de Seconds Out, on se rend compte une fois encore de la qualité du répertoire de Genesis… et à quel point le groupe le maîtrise en concert. Si les fans se retrouvent tout à fait dans ce live où le public semble conquis, le néophyte pourra également découvrir le groupe avec ces fabuleux morceaux. Il faudra néanmoins s’habituer à ces versions chantées par Collins qui fait plutôt bien son travail (en revanche, au niveau du visuel, Gabriel laisse un certain vide mais ça, on s’en doute, le disque ne peut le laisser voir…). Le premier disque présente de bons moments, comme notamment le très bel ‘Afterglow’, une version à rallonge de ‘I Know what I Like’ assez réussie, et un ‘Firth of Fifth’ magistral bien que surprenant (l’intro traditionnelle est suprimée…) Pour ce qui est de The Lamb…, Genesis a mis au menu ‘Carpet Crawlers’ et le morceau éponyme agréablement enchaîné avec une section de ‘The Magical Box’. Puis place au second disque : et là survient ‘Supper’s Ready’… alors on s’accroche : un moment d’excellence pour une interprétation relativement fidèle d’un titre époustouflant. Un vrai régal. Ceci dit, le final aurait pu être encore plus ravageur… tout comme celui de ‘Cinema Show’, même si la deuxième partie du morceau reste absolument remarquable et haletante comme on pouvait s’y attendre. Le concert s’achève sur ‘Dance on a Volcano’ suivit de ‘Los Endos’, son petit frère. Et une fois encore, le livre se referme... tel le dernier testament d’une époque révolue… Après ce n’est le début d’une longue et lente chute, certes à relativiser. Le groupe a montré toute l’étendue de son talent à travers ces interprétations de morceaux de haut niveau, et autant dire que de mon côté le message a été reçu 5 sur 5.

Note : 5/5

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vendredi, avril 21, 2006

ENGLAND Garden Shed (1977)

England - Garden Shed
Progressif Symphonique (Angleterre)


England, formation peu connue… et pourtant maîtresse dans l’arrangement musical, la connaissance du progressif briton, et l’hommage aux grands du genre… Capable d’ourdir des pièces oniriques, classieuses et ornementées, England nous transporte dans l’univers de Genesis, Crimson et surtout Yes. C’est vrai, en le réécoutant ces derniers jours, je sentais, presque amusé, avoir en face de moi une nouvelle forme de tribute band… mais il ne s'agit pas ici d'un banal travail de synthèse car les musiciens parviennent à dessiner un panorama musical encore très personnel, munis d'une palette d'émotions intenses et diverses. Et puis recréer le jardin secret des références du progressif n’est pas une mince affaire…

Dans Garden Shed, tous les ingrédients du rock prog sont là (ornementations raffinées, structures et rythmes complexes, mellotron mystique...), le tout joué avec une maîtrise chirurgicale de l'instrument, mise en valeur par une production de lumière. Déjà, l’ouverture est un retour en force vers les régions de Foxtrot de Genesis… précédant une première immersion dans le monde de Yes. Et puis, dès la première écoute, je fus renversé par l'introduction si pure de ‘Three Piece Suite’, morceau exceptionnel et nostalgique, appuyée par une dynamique à la Yes (mais pas seulement), nous emmenant très loin dans le temps et dans l'espace... Introduit élégamment par le piano de ‘All Alone’, il laisse bien entrevoir chacune de ses trois facettes, tout en restant extrêmement cohérent. L'autre long titre du disque, ‘Poisoned Youth’, est lui aussi un must, grâce à son architecture musicale et ses mélodies enivrantes : le refrain vers 5:47 et 14:07, le passage solo vers 10:20, mais aussi cette petite section très Crimsonienne, vers 7:15, propulsée par ses percussions froides tranchant agréablement avec le reste du morceau… Pour le reste, si ‘Paraffinalea’ est un tantinet empoisonnant par moment malgré de bonnes idées, ‘Yellow’ reste un titre bien sympathique et distingué, garantissant l’identité et l’homogénéité du tout.

Datant de 1977, on aurait tort de penser que Garden Shed mérite de se faire balayer par l’ouragan punk… Bon c’est vrai, si l’on se distrait à y voir tour à tour les réflexes entretenus par les maîtres du style, on peut aussi faire la moue devant certains passages très typés, jugés comme des fautes de goût ou des caricatures. Mais dans l'ensemble, je vois l’album comme une relecture brute et très solide du progressif symphonique anglais, fidèle à son éclat et exécutée avec toute la subtilité nécessaire pour l’aborder comme un authentique délice.

P.S. : l’édition japonaise (pressage cartonné/papersleeve) que j’avais réussi à ma procurer propose un titre en bonus, ‘Nanogram’, disponible dans la compilation The Last of the Jubblies.

Note : 5/6

M.A.J. le 23/10/12

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mercredi, juillet 20, 2005

YES Going for the One (1977)

Yes - Going for the One
Progressif Symphonique (Angleterre)


Ma conquête de Going for the One fut réalisée dans la douleur. Mais, au bout du compte, la réconciliation fut grande. Lorsqu’il s’agit de disques avec lesquels on a entretenu une relation conflictuelle, on finit toujours par les chérir d’une façon particulière, sans pour autant les considérer nécessairement comme des chefs d’œuvre ou des incontournables de notre discothèque. De mon côté, Going for the One n’échappe pas à la règle.

D’une façon objective, on ne pourra reprocher à ce disque l’originalité de ses couleurs sonores et de ses agencements de motifs. En revanche, si l’on veut être un tant soit peu critique, il est à noter inévitablement que le morceau-titre, tout comme la chanson ‘Wonderful Stories’, renferment en eux-mêmes un certain nombre de fautes de goût plutôt douteuses. Mais on ne tiendra pas rigueur à Yes pour ces petits écarts, car le reste du disque est plutôt de qualité. Pensons à ‘End of the century’, une ballade sympathique, aérée et équilibrée, parfois triste et amère, avec un bon dernier refrain. Quant à ‘Parallels’, il s’agit d’un morceau entraînant qui apporte sa pierre à l’édifice de façon astucieuse.

Mais comment négliger le sommet de la montagne, j’ai nommé ‘Awaken’ ? Ici cette petite pièce-montée fait figure de classique dans la discographie du groupe. Épique et impressionnante, un monument. Je propose deux types de lecture :

 - la première : en tenant compte de l’aspect magique, irréel et fantastique de ce morceau. Ici la perception de l’auditeur sera envoûtée par les atmosphères transparentes et lumineuses du morceau, son architecture complexe, et les sections menées par la puissance terrassante de l’orgue glorieux et triomphant de Rick Wakeman. Des passages impressionnants et imposants savent laisser place à des parties plus légères et délicates, et ces différents contrastes parfaitement orchestrés permettent l’émergence d’une aura musicale, sainte et céleste. Quand ce n’est pas la chorale d’anges qui nous emmène vers le ciel et les astres, c’est la voix de Jon Anderson qui nous guide dans les visions psychédéliques de cet univers qui s'ouvre de manière si irréelle.

 - La seconde lecture de ‘Awaken’ est en total contre-pied : il s’agit de l’aborder avec un peu de recul et avec humour. C’est une idée qui me traverse l’esprit, notamment quand j’entends Rick Wakeman balancer la sauce avec ses claviers du feu de dieu. Quand ce virtuose lâche la grosse cavalerie, on est irrémédiablement pris dans la tornade. Mais on aurait aussi tendance à considérer tout cela avec second degré, tant le morceau tourne alors autour des poncifs du progressif (claviers en cascade, technicité…) Wakeman semblerait presque dépassé par son propre instrument.

Going for the One est un disque de progressif brut, un vrai de vrai. Entaché de diverses fautes de goût inhérentes au style de Yes, il permet néanmoins l'émergence d'un monstre, ‘Awaken’, inscrit au patrimoine du groupe. Globalement je pense que ce disque moderne n’est pas dépourvu d’une certaine excellence. À la longue, l’identité et l’atmosphère générale finissent même par nous faire oublier, parfois, les écarts de l'album.

Note : 4,5/6

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