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Exil progressif

Un blog old-school sur les musiques progressives et psychédéliques

jeudi, novembre 08, 2012

THE ALAN PARSONS PROJECT Eye in the Sky (1982)

The Alan Parsons Project - Eye in the Sky
Art Rock/Pop (Grande-Bretagne)


Ce projet est né de la rencontre en 1974 entre Eric Woolfson, pianiste de session et compositeur, et Alan Parsons, qui avait travaillé comme ingé son sur Abbey Road et Dark Side of the Moon, qu’on ne présente plus. Eye in the Sky représente un peu le succès du groupe, puisant sa force dans un équilibre art-rock/pop FM, conciliant à la fois radios et amateurs de prog. L’épine dorsale constituée du duo Parsons/Woolfson s’entoure de différents chanteurs (Colin Blunstone par ex) pour chacun des titres qui le nécessitent. Cette diversité des voix se superpose à la multiplicité des styles et des approches musicales abordés dans Eye in the Sky.

Chacun jugera de ses morceaux préférés mais il est difficile d’en oublier certains : la courte ouverture du disque, l’instrumental ‘Sirius’, assez célèbre, solennelle et magnétique ; la chanson-titre, hit interplanétaire, dégageant un charme suranné qui nous plonge irrémédiablement dans l’époque ; ‘Silent and I’, beaucoup plus prog dans l’idée et dans la structure, avec notamment comme section middle une cavalcade de cuivres assez imposante ; ‘You're Gonna Get Your Fingers Burned’, rock assez basique mais que j’aime beaucoup pour son couplet efficace ; et aussi ‘Mammagamma’, pop numérique, dansante et spatiale. L’ensemble est hétérogène tout en gardant une certaine cohérence grâce à l’esprit qui anime ce disque et à la production qui mâtine les morceaux en leur donnant un certain éclat.

Hétérogène et cohérent certes, mais qualitativement un tantinet inégal. Je suis en effet plus circonspect pour l’irritant ‘Psychobabble’. ‘Gemini’ me semble un peu dispensable, avec ses appels du pied aux Beach Boys. Malgré son solo de guitare, ‘Children of the Moon’, tout comme le pourtant sympathique ‘Step by Step’, n’apportent pas énormément au disque, complétant l’ensemble de façon honnête. Quant à ‘Old and Wise’, c’est difficile à dire, puisqu’elle se situe entre la ballade guimauve et le morceau attendrissant. En fait, le disque présente quand même sur toutes les compositions une identité forte, bien d’époque, et cela est à double tranchant ; on pourra aimer ce disque pour ses mélanges, mais aussi ne pas y adhérer pour ses aspects datés et kitch, et son lyrisme parfois un peu pompeux. Il reste quand même un passeport de renom pour revisiter quelques facettes des 80’s.

Note : 4/6

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mercredi, octobre 31, 2012

Kate BUSH Aerial (2005)

Kate Bush - Aerial
Art Rock/Pop (Angleterre)


Douze ans après The Red Shoes, Aerial fait un peu figure d’événement, comme nouvel opus de Kate Bush. Il se présente comme un double album mêlant à la fois l’univers bien reconnaissable de Kate (entre onirisme lyrique, littérature et dépaysement), et une qualité sonore moderne tout à fait d’époque. Aerial se compose d’un disque relativement hétérogène au niveau de ses thèmes, et d’un autre plus conceptuel, présentant l’évolution d’une demi-journée, de l’après-midi à la tombée de la nuit. Le concept se rapproche d’Hounds of Love (1985) même si ce dernier n’était pas un double album.

Parmi les temps forts du disque, je pense immédiatement à ‘An Architect’s Dream’, diaphane et ambiant, parfaitement maîtrisé, amenant une vraie présence avec des atmosphères prenantes et subtiles : un nouveau voyage sensoriel et un de mes morceaux préférés de la dame… A côté, le sublime ‘Sunset’ et sa progression mélodique émotive absolument fabuleuse en première partie… puis son incartade plus enjouée et festive (mais peut-être un peu forcée) dans la seconde. Le disque laisse aussi une part à des compositions plus classiques, calmes et pianotées, comme le joli ‘A Coral Room’... ou aux pulsations de ‘How to Be Invisible’ et de ‘Nocturn’, dans un registre encore différent. Les autres tracks ne font pas trop de vagues mais la production les rend plutôt agréables. Je reconnais en revanche avoir du mal avec ‘Joanni’ et le morceau titre.

L’ensemble maintient une vraie diversité tout en restant cohérent. La générosité de l'artiste se marie agréablement avec l'intimité du monde qu'elle dévoile. Naturaliste, entre ciel et terre, brassant des influences musicales diverses, Aerial est un voyage singulier dans l’espace-temps. L’occasion de célébrer en 2005 son retour lumineux de très belle manière.

Note : 4,5/6

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mardi, octobre 30, 2012

Kate BUSH The Sensual World (1989)

Kate Bush - The Sensual World
Art Rock/Pop (Angleterre)


Aux portes des années 90, The Sensual World semble légèrement en préfigurer le son et le sens. Bien dans son époque, Kate Bush nous propose une œuvre toujours plus moderne, entourée d'une aura brumeuse et enivrante. Lisse et accomplie, la production lève le voile sur un certains nombres de titres de qualité comme la chanson-titre, en guise d’ouverture, présentant parfaitement l’univers à découvrir, avec cette lascivité et cette sensualité dont Kate a le secret et qui avaient déjà été bien exploitées dans le disque précédent, Hounds of Love. Mais si je devais ne retenir que deux titres je penserais avant tout à ‘Deeper Understanding’, pour ses instrumentations mêlées, et bien sûr à ‘This Woman’s Work’, morceau mirifique faisant partie des tous meilleurs de la dame. La voix y est sublime et se fait porter par une chanson émotive extraordinaire, dans laquelle le temps semble d’arrêter. Entre fragilité et puissance, d'une profondeur abyssale. Je noterais aussi deux autres titres intéressants : ‘Fog’, accentuant ces ambiances oniriques et ténébreuses, donnant un caractère plus sombre à The Sensual World, là où Hounds of Love obtenait un peu cet aspect davantage lumineux ; et ‘Never Be Mine’, dans une veine plus romantique, jouant sur une fausse facilité d’écriture. L’ensemble du disque reste bien homogène, riche en arrangements léchés et de qualité, et livrant pour notre plaisir son parfum le plus délicat.

Note : 5/6

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lundi, octobre 29, 2012

Kate BUSH Hounds of Love (1985)

Kate Bush - Hounds of Love
Art Rock/Pop (Angleterre)


Trois ans après le séminal The Dreaming sort Hounds of Love, succès commercial et figure de proue d’une discographie riche et enivrante. Ici se dérobe un univers lascif et cotonneux, accompagné de ses atmosphères célestes et laiteuses. À mon sens, le mérite de l’œuvre découle avant tout de son homogénéité, même si ses deux parties demeurent comme les deux faces de Janus, la première riche en singles (notamment ‘Cloudbusting’ et la chanson-titre), la seconde davantage conceptuelle, chaque titre participant à un tout. Nouvelle œuvre dont Kate Bush assure elle-même la production, Hounds of Love présente l’artiste sous un jour différent, soutenue par une forme de pop progressive 80’s moins aventureuse que celle de The Dreaming, mais pas forcément moins ambitieuse, et dans laquelle la dame semble toujours plus impliquée. Hounds of Love renforce ainsi toute l’imagerie lyrique de l’artiste, en l’enrichissant, mettant en valeur tout son charisme et sa puissance.

Note : 4,5/6

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vendredi, octobre 26, 2012

Kate BUSH The Dreaming (1982)

Kate Bush - The Dreaming
Art Rock/Pop (Angleterre)


Des songes complexes et étranges, une musique sophistiquée et aventureuse… Kate Bush franchit ici véritablement le pas, pour nous afficher une identité artistique bien énigmatique. Alambiqué, multi facette, synthétique, The Dreaming est un disque à part, très personnel (produit par l’artiste elle-même), parfois hostile, souvent accidenté, toujours dépaysant. S’appuyant sur un Never For Ever à la croisée des chemins, le quatrième album de Kate nous fait entrer de plein pied dans un univers intérieur atypique et dès lors intrigant, poésie à la fois théâtrale et intime. La face A du disque, très solide, nous présente les morceaux que je préfère : les atmosphères de ‘There Goes A Tenner’, l’instabilité délicieuse de ‘Pull Out The Pin’, l’exotisme mélodique et irréel de ‘Suspended in Gaffa’, et la subtile discrétion de ‘Leave It Open’. De façon étonnante, j’ai avant tout envie de retenir de la seconde face le farouche ‘Get Out Of My House’, prêt à hérisser devant nous toutes ses épines. Très mature malgré quelques petites maladresses par endroit, The Dreaming reste une œuvre majeure dans la carrière de Kate Bush, un disque unique... Unique comme chaque rêve est unique.

Note : 4,5/6

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jeudi, octobre 25, 2012

Kate BUSH Never For Ever (1980)

Kate Bush - Never For Ever
Art Rock/Pop (Angleterre)


Never For Ever est un premier tournant dans la discographie de Kate Bush. Elle s’éloigne de ses morceaux initiaux pour nous présenter un univers plus aventureux. Et cela s’illustre bien par une musique légèrement plus alambiquée et conceptuelle, sur laquelle elle exerce de nouvelles pirouettes vocales. L’émotion et la technique se mettent de plus en plus au service d’une musique complexe dont les contours et les chemins tentent de surprendre davantage. Une nouvelle géographie sonore se met en place, tout en dépaysant une nouvelle fois l’auditeur.

D’entrée, Kate Bush ajoute un tube bien célèbre à son registre : ‘Babooshka’, peut-être un peu irritant mais avec un couplet assez efficace et incisif. Si l’ensemble des titres tracent des ébauches de nouveaux horizons, je pense cependant retenir : ‘Blow Away (for Bill)’, davantage soul-jazzy ; ‘Egypt’, subtilité orientale ; ‘Wedding List’, très entraînant ; les atmosphères de guerres passéistes en cambrousse avec ‘Army Dreamers’ ; et même si ça braille un peu sur la fin, les charmes de ‘Breathing’. Avec tout cela je terminerais par ‘The Infant Kiss’, poignant et délicat, tout en restant fidèle à la démarche piano/voix de la miss.

Never For Ever demeure un changement de direction notable et solide, enrichissant de manière durable le parcours de Kate Bush. Le rêve et l’évasion onirique sont toujours présents, mais cette fois au sein d’un monde introspectif envoûtant donnant une puissance et un intérêt supplémentaire par rapport aux fondements des œuvres précédentes, même si la qualité des compositions est parfois équivalente.

Note : 4,5/6

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mercredi, octobre 24, 2012

Kate BUSH Lionheart (1978)

Kate Bush - Lionheart
Art Rock/Pop (Angleterre)


Sorti la même année que The Kick Inside, Lionheart est le deuxième album de Kate Bush. Appuyée par un line up analogue (comprenant cependant pour la première fois le fidèle Del Palmer à la basse), l’artiste nous dévoile de nouveaux morceaux dans le même esprit, mettant en valeur sa voix... mais pas encore tout son univers. L'ensemble est toujours produit par Andrew Powell, et se montre peut-être plus cinématographique que littéraire cette fois.

Malgré quelques nouvelles tentatives d’approche, l’ensemble reste cependant assez convenu, sans être désagréable, même si certains titres tirent leur épingle du jeu, comme le très beau ‘Wow’, emblématique. J’aime bien également le piano de ‘Don’t Push Your Foot On The Heartbreak’, simple sans être renversant, et la délicatesse d’‘In The Warm Room’. En revanche, ‘Oh England My Lionheart’, et le single ‘Hammer Horror’, assez irritant, sont à oublier je pense.

Lionheart est comme un complément satisfaisant à The Kick Inside, une prolongation soignée et bien « instrumentée » mais de moins bon niveau. Mais on est en droit d’attendre du changement, Lionheart nous montrant que l’on a un peu fait le tour de la question dans cette première étape discographique de Kate Bush. Et ce changement va survenir, dans un premier temps assez léger, avec Never For Ever, progression sur le fond et la forme.

Note : 3,5/6

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mardi, octobre 23, 2012

Kate BUSH The Kick Inside (1978)

Kate Bush - The Kick Inside
Art Rock/Pop (Angleterre)


Kate Bush figure parmi les artistes féminins les plus célèbres, notamment grâce à sa voix unique et à ses chansons qui ont infiltré le patrimoine de la musique pop européenne. On peut le dire : Kate Bush développe une pop véritablement artistique, proche de la représentation, qu’elle soit livresque, poétique, théâtrale ou cinématographique, avec ce côté ésotérique comme cette exubérance romantique et émotive propre au personnage.

The Kick Inside est sa première offrande, un disque qui nous présente dans un premier temps Kate, en dépassant tout de même l’ambiance un peu « conservatoire ». Au niveau du line up on note la présence de musiciens du Alans Parsons Project, comme le guitariste Ian Bairnson, le batteur Stuart Elliott, le claviériste Duncan Mackay, le bassiste David Paton… avec Andrew Powell à la production, qui avait déjà bossé avec le groupe. Et n’oublions pas non plus le saxophoniste Alan Skidmore (Keith Tippett, Soft Machine) tout comme le frère de Kate, Paddy Bush, qui participe lui aussi à l’aventure. Enfin évidemment, David Gilmour marque aussi sa présence, comme executive producer pour deux morceaux. On le voit bien au niveau des musiciens engagés dans ce disque : il y a une réelle base art-rock tendant un peu vers le prog.

Parmi les highlights, ‘Wuthering Heights’ tout d’abord, le titre qui la propulse vers la renommée… Une mélodie joviale incroyable, un piano pour la soutenir, et le solo de guitare de Ian Bairnson qui surgit pour un final classieux et irrésistible. Par ailleurs, on notera la référence littéraire d’Emily Brontë… A cette fête je joins ‘James and the Cold Gun’, un des morceaux les plus toniques du disque, avec cette petite cassure post premier refrain me rappelant les sons « façon morse » sur Foxtrot de Genesis. Le titre le plus progressif de l’album sans doute… D’ailleurs, Genesis a sorti deux ans avant son Wind and Wuthering… tout se recoupant un peu étrangement on dirait.

Le cœur de l’album regorge visiblement des meilleurs morceaux de l’opus, comme ‘Oh To Be In Love’, plus enlevé et efficace (malgré quelques sons un peu cheap). Cela se confirme aussi avec ‘Feel It’, ou ‘L’Amour Looks Something Like You’. Mais je ne saurais oublier les sympathiques ‘The Saxophone Song’ et ‘Strange Phenomena’, voire le mélancolique ‘The Man With the Child in his Eyes’ tout comme le morceau-titre, qui sont d’autres moments bien agréables et personnels. Le disque garde une vraie homogénéité sans pour autant demeurer répétitif. Et on se laisse volontiers immerger dans les histoires contées par l’artiste… En revanche, ‘Kite’, ‘Them Heavy People’ ou encore ‘Room for the Life’ ont tendance à m’irriter.

Mélange de force et de délicatesse, pop occidentale et pourtant bien dépaysante, The Kick Inside est un début remarqué. S’il présente l’identité musicale de Kate Bush, il ne reste pas représentatif de l’ensemble de sa discographie, la princesse n’ayant pas encore montré l’étendue de ses charmes musicaux enivrants, et notamment la sophistication des œuvres ultérieures, comme The Dreaming ou Hounds of Love… Mais pour l’heure, goûtons aux plaisirs nocturnes de ce premier disque…

Note : 4,5/6

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vendredi, septembre 07, 2012

Peter GABRIEL Up (2002)

Peter Gabriel - Up
Art Rock/Pop (Angleterre)


A rebours… Et si telle était la méthode pour faire découvrir Peter Gabriel ? Prenons-en aussi le risque, avec Up… L’artiste est cinquantenaire quand l’opus est découvert, même s’il a commencé à travailler dessus environ 7 ans auparavant. Il a beaucoup prouvé, et a dévoilé sa personnalité artistique avec talent, maturité, sagesse, faisant montre de ses ambiguïtés, de ses contrastes… Up, album cristallin, touché par la grâce, semble raconter son histoire. La lumière, la peur, la vie, et surtout la mort. Le présent. Le passé… A rebours.

Highlights…

Dès ‘Darkness’, l’ombre de Melt plane, avec toujours cette même dualité : un refrain délicat et fragile comme du cristal, une introduction et un couplet menaçants, un peu dans l’esprit d’un ‘Intruder’… ‘Darkness’ est une authentique réussite, un morceau subtil, équilibré, addictif.

‘Skyblue’ est un des titres phare de l’album… mon favori probablement. Il comporte des éléments de ‘Ngankarrparni’ et de ‘Cloudless’ (B.O. du film Long Walk Home réalisé par Peter Gabriel mais que je n’ai pas chroniquée ici). Encore une fois, une production moderne, des arrangements précis, et une mélodie très uplifting.

‘More Than This’ est un peu plus tubesque que le reste, taillé pour les radios, assez incontournable et irrésistible pour ma part, avec une vraie précision dans les détails. Une nouvelle preuve qu’un hit en puissance n’est pas nécessairement réalisé de façon grossière.

Et puis ‘Signal to Noise’… le morceau le plus épique et « cinématographique » du disque, à l’image de sa mélodie et de ses instrumentations de cordes, apportant ainsi une nouvelle carte à l’album.

J’aime bien aussi les ténèbres intérieurs de ‘My Head Sounds Like That’, assez lennoniens au niveau de la mélodie, mais également ceux d’‘I Grieve’, titre très ambiant, plein de mélancolie. La première partie est très bien maîtrisée dans l’ensemble, et reste dans les limites d’une retenue assez appréciable. Mais le morceau s’emballe un peu ensuite pour entrer dans une section plus rythmée, de bien moins bonne facture et jurant un peu avec le début.

C’est vrai, il y a vraiment des passages qui tranchent trop avec le reste, et qui sonnent un peu kitsch, comme dans ‘Growing Up’ et surtout avec ‘The Barry Williams Show’, presque insupportable. Mais, comme dit dans d’autres chroniques, on se sent invité, un peu malgré nous évidemment, à faire un tri dans ses morceaux les plus récents de Peter Gabriel, en regrettant de le voir mettre sa maîtrise de la technologie et de l’instrument au service de morceaux aussi mièvres. Mais bon…

Up reste un disque moderne, mais tourné vers le passé, et travaillé par une production délicieuse et contemporaine. Un album qui présente un nouvel angle pour de nouvelles émotions. Et celles-ci décochent bien un écho en moi, rempli des souvenirs lors de son acquisition à l’université. Content d’avoir fait un bout de chemin avec le Gab’, le trajet étant d’ailleurs loin d’être terminé. En tout cas, c’est en écoutant Up, et les notes de ‘Drop’, morceau final à la fragilité peut-être un peu naïve d’ailleurs, que je termine cette rétrospective Peter Gabriel.

Note : 5/6Morceaux fétiches : ‘Skyblue’, ‘Darkness’, ‘Signal to Noise’, ‘More Than This’

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jeudi, septembre 06, 2012

Peter GABRIEL OVO (2000)

Peter Gabriel - OVO
Art Rock/Pop (Angleterre)


OVO jouit d’un statut un peu particulier : à la fois concept album (on y retrouve une trame conceptuelle et des morceaux qui se répondent les uns aux autres) et musique sur commande pour le show du Dôme du Millénaire, à Greenwich, conçu et construit pour célébrer le nouveau… millénaire. On y compte depuis expositions, attractions, tournoi sportif…

Mais revenons à OVO. Il faut bien dire que le contenu est assez diversifié : des chansons, des passages plus atmosphériques en général très réussis (‘Low Light’ et ‘The Nest That Sailed The Sky’), des transitions minutieuses, et toujours ce choc tradition/technologie parfois superposé à un contraste entre des titres plus fragiles ou paisibles et d’autres plus menaçants (pensons à ‘Revenge’ ou ‘White Shadows’ pour l’aspect hostile et mécanique). Comme sur Passion (et la comparaison s’arrête là) on retrouve aussi la réunion au sein d’un line up élargi des fidèles (Tony Levin, Manu Katché, David Rhodes…) et de moult artistes d’autres horizons (Neneh Cherry, Brian Transeau, le célèbre Steve Gadd, L.Shankar déjà entendu sur Passion…). Cela permet une richesse de sons, une variété d’identités immédiatement détectable notamment aux niveaux des vocaux.

Un thème majeur semble se détacher, déjà bien mis en valeur par une production lisse et impeccable (mais ça, ce n’est guère une surprise) : celui de ‘Low Light’, morceau soigné notamment par ses cordes et appelé par une habile transition ambiante… et que l’on retrouve aussi sur le très beau ‘Downside Up’, titre que j’aime beaucoup même si la rupture amenant une section plus rythmée me déplaît un peu. Notons-y également la présence d’Elizabeth Fraser. Par ailleurs j’aime beaucoup ‘The Tower That Ate People’, assez réussi, gardant une vraie fidélité avec le Peter Gabriel moderne. Le disque se termine de belle façon avec les dix minutes de ‘Make Tomorrow’, chanson simple et très accessible, voire planante, et précédée d’un morceau atmosphérique discret et de bonne facture : ‘The Nest That Sailed The Sky’.

Pourtant, l’album manifeste certains égarements de l’artiste : modernité déjà un peu ringarde avec l’ouverture ‘The Story of OVO’, forme de rap nonchalant, et ce morceau un peu mièvre, ‘The Man Who Loved The Earth/The Hand That Sold Shadows’, qui ne seront sauvés ni par le talent de l’artiste ni par sa maîtrise de la technologie. Il y a aussi un titre assez étrange qui n’est pas vraiment un échec : la reprise de ‘The Time Of The Turning’, présentant une musique tradi un peu gratuite voire cliché (bien qu’assez subtile dans son évocation du thème principal), mais également une section middle chantée bien intéressante pour ces petits sons accordéons dans le fond. Enfin, il reste à voir si OVO n’a pas un peu participé à l’équivoque des concerts du Gab’, devenant peut-être un tantinet trop « spectacles », mais ça c’est aussi un autre débat.

OVO est témoin des petits défauts de Peter Gabriel, mais aussi de nouveaux éléments solides à apporter à sa déjà imposante collection. Certes OVO apparaissait aussi à mes yeux comme un des disques (si ce n’est le disque) les moins captivants du Gab’. Pourtant, il s’en sort plutôt bien aujourd’hui, et je me remémore ses ambiances diaphanes, mélancoliques et attachantes. D’ailleurs, quel que soit l’avis sur la qualité de l’histoire contée, la thématique de la famille est finalement assez bien mise en valeur et apporte véritablement une certaine profondeur à l’œuvre, introspective et onirique.

Note : 4,5/6Morceaux fétiches : ‘Downside Up’, ‘Low Light’, ‘The Tower That Ate People’

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mercredi, septembre 05, 2012

Peter GABRIEL Us (1992)

Peter Gabriel - Us
Art Rock/Pop (Angleterre)


Us est un peu le pendant de So en moins bon, moins mystique et profond. World music oblige, on lui trouve de faux airs exotiques assez marqués. Et on lui retient de toute façon au moins deux qualités : l’ouverture aérienne, émotive et puissante de ‘Come Talk To Me’, avec la participation remarquée de Sinead O’Connor ; et le dernier morceau, ‘Secret World’. Il s’agit pour moi d’un des tous meilleurs titres du Gab’, pour la pulsation de la rythmique, et pour ce clavier qui assoit parfaitement la subtilité et la fragilité de la mélodie, prenante et addictive, typique de l’artiste. Je reconnais aimer beaucoup aussi ‘Love To Be Loved’ et ‘Blood of Eden’, très travaillés. À noter la section middle, aussi discrète que réussie, sur le second. Pour se faire connaître Us est également propulsé par les singles ‘Steam’ et ‘Digging in the Dirt’ ; les refrains sont très accrocheurs, dans un registre différent à chaque fois, même si on peut déplorer un peu le côté ramenard de ces morceaux. D’ailleurs la vidéo de ‘Steam’ a pour le coup assez mal vieilli, une fois encore… En revanche, les autres titres n’ont que l’utilité de planter le décor, demeurant ainsi un peu en retrait, ‘Fourteen Black Paintings’ restant celui qui s’en tire le mieux. Us semble nécessiter un tri, démarche qu’il nous arrive de renouveler pour les disques les plus récents du Gab’. Il demeure néanmoins un album efficace, dynamisé par ses pics qui tenteront à leur façon de faire oublier ses égarements.

Note : 4,5/6Morceaux fétiches : ‘Secret World’, ‘Come Talk To Me’

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mardi, septembre 04, 2012

Peter GABRIEL Passion (1989)

Peter Gabriel - Passion
B.O./Atmosphérique/World (Angleterre - International)


Passion… un nouvel aboutissement, voire l’aboutissement de Peter Gabriel. La bande originale du très beau film de Scorsese, La dernière tentation du Christ, merveille cinématographique, minimaliste et épurée, montrant à la fois la condition humaine du Christ et sa dimension divine… toute cette ambiguïté, ce mystère sacré… Passion dresse quant à lui un merveilleux tableau musical, et affirme cette fois la condition d’artiste de Peter Gabriel. Loin de ‘Sledgehammer’ ou de ‘Steam’, Passion révèle toute la profondeur et les directions artistiques propres du Gab’. Musicien pop, Peter Gabriel est avant tout un créateur d’univers ambiants, denses et pénétrants, abyssaux…

Avec Passion l’ange Gabriel nous emmène dans un voyage à trois dimensions : psychologique, au même titre que Security, mais cette fois en se plaçant parfois dans l’esprit christique, ressentant à la fois l’angoisse et la félicité ; historique, puisque le film et le concept album qui l’illustre retracent la crucifixion du Christ ; géographique, car c’est sous fond de world music synthétique et de très haut niveau que l’histoire nous sera contée, par des rythmes et des sons nord-africains, mais aussi provenant d’autres parties de la planète (Arménie, Kurdistan par exemple). De nombreux artistes venant de toute région du monde participent à cette expérience. À noter la présence de Youssou N’Dour et de L. Shankar, accompagnant parfois des musiciens que l’on a l’habitude de rencontrer avec le Gab’ comme David Rhodes ou Manu Katché.

‘The Feeling Begins’… nous entrons en immersion. Dans un esprit, dans une histoire, dans une région du monde. Dans une musique. Les flûtes exotiques et troublantes de ‘Gethsemane’ ; la mélodie prophétique et inquiétante du magistral ‘Of These, Hope’, en deux parties entrecoupées par le lumineux ‘Lazarus’ ; les tourments intérieurs d'‘In Doubt’ auxquels succède avec une transition parfaite ‘A Different Drum’, titre majestueux et rythmé, très mélodique ; les mystères de ‘Zaar’ qui dévoile en son cœur de nouvelles énigmes musicales ; l’éthéré ‘Open’ et l’épique ‘Passion’ ; le classicisme ‘With This Love’ à la beauté poignante et aveuglante, proche de la lévitation, se situant parmi les titres les plus importants de ma modeste vie ; et enfin la toute fin du disque ‘It Is Accomplished’/’Bread and Wine’, composée de deux morceaux possédant la même trame, et nous ouvrant les portes de leur lumière chaude et diaphane…

Passion représente une collection de tons et de titres diversifiés mais formant un tout très homogène, maîtrisé aussi bien par les instruments régionaux que par la technologie. Entre tradition et modernité. Un fossé devenant réconciliation, tel un tour de force, et donnant au disque une vraie identité, sincérité, spiritualité. Entre humanité et divinité.

Note : 6/6Morceaux fétiches : ‘With This Love’, ‘Zaar’, ‘Of These, Hope’, ‘In Doubt’/’A Different Drum’, ‘Open’, ‘Passion’, ‘It Is Accomplished’/’Bread and Wine’

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lundi, septembre 03, 2012

Peter GABRIEL So (1986)

Peter Gabriel - So
Art Rock/Pop (Angleterre)


So. La pochette, sobre et classieuse, nous présente Peter Gabriel, de façon simple, voire un peu mystique. Le contenu est teinté de sa personnalité artistique et des ambiguïtés de sa musique… de ses recherches sonores, de ses aboutissements aussi. Pourtant, il semble encore difficile à déterminer par moment ; ces morceaux semblent représenter un voyage intérieur, mais également une découverte d’autres horizons, d’autres cultures et d’autres sons… Tournée vers l’intérieur, mais aussi vers l’extérieur : une caractéristique, et c’est sans doute une des rares, qui reste dans la continuité de Melt et de Security.

Parlons dès à présent d’une autre dualité… So est devenu un des disques les plus typés « commerciaux » du Gab’, notamment parce qu’il comporte ‘Sledgehammer’ et ‘Big Time’, singles mis en avant par leurs animations vidéo qui ont par ailleurs assez mal vieilli… En fait, mis à part ‘We Do What We’re Told’, titre le moins taillé pour les radios, l’expérimental semble avoir été intégré, digéré, et mis au service d’une pop fourmillant d’arrangements sonnant très « professionnels », solidifiée par une rythmique souple et alambiquée.

Mais s’il semble lorgner vers des rythmiques plus funk ou vertigineuses, avec les deux singles suscités, il a également vocation à se diriger vers des horizons plus atmosphériques et cotonneux, comme le montrent son duo avec Kate Bush sur le dépaysant et intime ‘Don’t Give Up’ ou encore ces notes de piano posées et relaxantes débutant ‘In Your Eyes’, exotique et pensif. Avec ces deux autres chansons Peter Gabriel assoit d’une autre manière l’aspect direct et grand public de ce disque, en le dirigeant vers un aspect plus ambiant, et qui constitue à mon sens la véritable âme de l’album, sa profondeur…

Et puis deux morceaux se détachent absolument à mes yeux : d’une part, l’ouverture du disque, ‘Red Rain’, une pop prophétique ultrasophistiquée qui subjugue… et d’autre part une vraie merveille, ‘Mercy Street’, morceau totalement aérien, aux ambiances envoûtantes, spirituelles, absolument sublime, qui justement renforce toute la dimension « ambiante » de l’album. Pour moi, l’un des trois meilleurs morceaux de l’artiste… Et c’est donc au travers de ces deux compositions que j’ai envie de me rappeler So… même si j’y ajouterais tout de même une troisième : ‘That Voice Again’, titre assez percutant… et original dans les deux sens : authentique et inédit.

Complexe… arrondi par la production de velours, lisse et éclatante de Daniel Lanois… exécuté avec dextérité par un line up fidèle mais aussi très élargi… So est un disque hétérogène et diversifié, mais toujours griffé de la patte du Gab’. À l’instar de sa pochette réalisée par Peter Saville, l’artiste se montre dans sa simplicité, sa profondeur, mais aussi en mettant en valeur l’ensemble de sa palette artistique. Exubérant et parfois irritant, mais aussi doux et souvent réconfortant, So envoie beaucoup de signes contradictoires. Il n’en demeure pas moins une œuvre dans l’ensemble accomplie, notamment grâce à ses titres majeurs, qui lui apportent toute sa force.

Note : 5/6Morceaux fétiches : ‘Mercy Street’, ‘Red Rain’, ‘That Voice Again’

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dimanche, septembre 02, 2012

Peter GABRIEL Birdy (1985)

Peter Gabriel - Birdy
Art Rock/B.O./Atmosphérique (Angleterre)


Une B.O.… L’occasion pour Peter Gabriel de s’exercer avec Birdy dans ce genre musical à part entière. Au vu de la musique pratiquée ces dernières années, le parcours semble logique… et l’idée sera poursuivie pour son plus beau disque : Passion

Birdy se compose « uniquement » de morceaux instrumentaux, parfois empruntés à d’anciens titres (‘Family Snapshot’, ‘Not One of Us’, ‘The Rythm of The Heat’, ‘Wallflower’, ‘San Jacinto’). Il s’agit d’un travail d’atmosphère, de synthèse aussi, et de fidélité à un film : Birdy d’Alan Parker (1985). Le line up accompagnant Peter Gabriel dans son projet est sensiblement le même que celui rencontré dans ses autres disques. On note aussi la participation de Jon Hassell.

Et puis le disque compte un titre majeur : ‘Dressing The Wound’… plein de désolation et d’introspection… de frissons dès les premières secondes. Peter Gabriel se rapproche d’Eno, avec une sensibilité presque Wyatt-ienne j’ai envie de dire… Et puis ces nappes ascendantes, presque religieuses…

Il y a également d’autres très belles compositions translucides, comme l’ouverture ‘At Night’, contenant en elle des échos de ‘Wallflower’ (à l’instar de ‘Underlock and Key’, beaucoup plus explicite). Une bonne idée aussi ce ‘Slow Marimbas’, avec ses pulsations nocturnes. L’ensemble des morceaux est plutôt éthéré, parfois un peu menaçant, évoquant une âme planant au-dessus de nos têtes, ou un élément céleste prêt à faire son envol…

La B.O. de Birdy, bien que composée de nombreux éléments connus, à la façon d’une réminiscence, propose donc de nouvelles surprises bien réelles. Et ce disque devient une étape de plus sur le chemin de Peter Gabriel, toujours prêt à traquer et à mettre en musique nos sentiments les plus intérieurs.

Note : 5/6Morceaux fétiches : ‘Dressing The Wound’, ‘At Night’

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mercredi, août 15, 2012

Peter GABRIEL Peter Gabriel [Security] (1982)

Peter Gabriel - Security
Art Rock/Pop (Angleterre)


Car était le premier disque de Peter Gabriel et Melt son premier classique. Security doit dès lors être son premier chef d’œuvre, à peu de choses près… Accompagné de son groupe (Tony Levin, David Rhodes, Jerry Marotta, Larry Fast), il compte aussi sur la participation de Peter Hammill, John Ellis et Simon Phillips. Et toute cette joyeuse troupe va être à l’origine d’un des plus grands opus de la carrière du Gab’. L’hétérogénéité des thèmes abordés (confiance et anxiété, spiritualité, dépaysement et déracinement) s’efface pour laisser place à une musique envoûtante, tribale et fiévreuse. Une world music synthétique, sombre, introspective, tourmentée, évocatrice…

C’est dans la chaleur bouillonnante de ‘The Ryhtm Of The Heat’ que Security prend naissance. Un réveil dans de nouvelles contrées, de nouveaux panoramas, de nouvelles ambiances intérieures, psychologiques, mais nous dépassant également, tel un voyage troublant auquel nous sommes invités un peu malgré nous. Security dessine le paysage de notre âme. Et cette impression ne sera que renforcée par le magistral et majestueux ‘San Jacinto’, construit autour d’une boucle musicale hypnotique et envoûtante, scintillant comme des verres multicolores qui s’entrechoquent. Le titre finit par muter, par éclore sous un autre jour, en dévoilant ses atmosphères grandioses, tel un grand plongeon aérien vers de nouveaux horizons... Comme cela sera approfondi par son magnifique Passion, la musique de Peter Gabriel semble à la fois un voyage introspectif/psychologique et une exploration géographique et culturelle ; à la fois flux de conscience et world music syncrétique.

On aurait tort de négliger le dynamisme d'‘I Have The Touch’ et toute l’étrangeté lugubre de ‘The Family And The Fishing Net’, mais c’est sur la suite que j’aimerais me pencher : le tube ‘Shock The Monkey’, percutant et atmosphérique, et sur les deux perles magistrales à qui il fait place... Tout d’abord le fiévreux, subtil et pénétrant ‘Lay Your Hands On Me’, avec ces nappes de clavier diaphanes et ascendantes qui se faufilent au plus profond de nos souvenirs... et bien sûr ‘Wallflower’, jardin secret, jardin intérieur mélancolique troublant faisant office d’un de ses plus beaux poème musical… Après ces deux morceaux définitifs, l’œuvre se referme finalement sur une note plus tonique et exotique, avec le coloré ‘Kiss Of Life’, titre relativement mineur au vu des sommets précédemment atteints, mais demeurant important pour l’identité du disque.

Ces sons soyeux, synthétiques et tordus, opaques, bigarrés et ornementés… Jamais auparavant l’univers de Peter Gabriel ne s’est montré aussi abouti. Security est un voyage sensoriel unique pour des destinations multiples. Une œuvre maîtresse.

Note : 6/6Morceaux fétiches : ‘Wallflower’, ‘San Jacinto’, ‘Lay Your Hands On Me’, ‘Shock The Monkey’

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mardi, août 14, 2012

Peter GABRIEL Peter Gabriel [Melt] (1980)

Peter Gabriel - Melt
Art Rock/Pop (Angleterre)


Melt fait figure de premier classique de Peter Gabriel, à défaut d’être son premier chef d’œuvre. La dynamique de création d’une pop toujours plus complexifiée arrive à maturation et le Gab’ franchit un nouveau palier, atteint un nouveau stade dans l’inventivité musicale. Il ne s’agit pas seulement de juger la qualité d’écriture nette de chacun des morceaux ; ici on s’attarde presque davantage sur l’ensemble des arrangements qui fourmillent d’idées alambiquées et ultra modernes. La production à elle seule semble mériter une forme d’émerveillement auditif.

Bon, qu’en est-il des musiciens engagés dans ce nouvel album ? Mis à part les fidèles Tony Levin, Jerry Marotta, Larry Fast, Robert Fripp et maintenant David Rhodes, on note la présence de John Giblin à la basse, de Dave Gregory à la guitare, de Paul Weller sur ‘And Through The Wire’, et surtout de Kate Bush, l’égal musical féminin du Gab’. Les sax semblent prendre une place plus importante au fil des disques et sont assurés ici par Dick Morrissey. On ne saurait oublier non plus la participation de Phil Collins à la batterie et au surdo. La production est quant à elle dans les mains de Steve Lillywhite…

Et au niveau des morceaux ? L’ouverture déjà : ‘Intruder’. Crimsonienne en diable, tonitruante et torturée, effrayante avec ses barrissements... Tout le travail de maillage d’arrangements impressionne dès le départ et se laisse progressivement découvrir. La voix menaçante du Gab’ se pose sur ces enchevêtrements de percussions et de bruits synthétiques. Sa musique se veut davantage tourmentée et les arrangements sont là pour mettre en forme cet état d’esprit, pour le symboliser. Cela est évidemment prouvé par le titre suivant : l’indomptable ‘No Self Control’. Une vraie homogénéité se met en place, assez opaque de prime abord. À noter une version intéressante, plus posée et un peu décontenancée, dans le disque Peter Gabriel Plays Live (1983).

Puis ‘Start’, lueur dans la nuit. Le saxophone étoilé retentit et une mélodie mélancolique nous envoûte… avant de laisser place à la new wave visqueuse d'‘I Don’t Remember’, toujours à la limite du « mélodique », et assurant une prédominance rythmique quasi-autoritaire. La basse et les assauts de la batterie de Phil Collins y sont pour beaucoup. Peter Gabriel sait s’entourer et son groupe ne cesse de monter en puissance. Dans cette dynamique globale, ‘And Through The Wire’ et ‘Not One of Us’ assoiront un peu plus l’identité globale du disque. Pour le premier cité, j’aime beaucoup sa section middle, et moins son refrain un peu ramenard.

Concernant les autres morceaux déviant légèrement de la trame conceptuelle principale : ‘Family Snapshot’, plutôt réussi, replace l’album dans un moment d’accalmie toute relative ; ‘Lead A Normal Life’ suspend le temps à sa façon, avec un travail plus ambiant ; ‘Game Without Frontiers’ demeure un peu le tube (un peu irritant) de Melt (dans lequel on mesure la dualité Peter Gabriel/Kate Bush) et ‘Biko’ un classique live pour clore l’album d’un grand coup, hymne commémoratif taillé pour les stades qui préféreront cette fois une chanson aux minutes de silence.

Tribale, européenne, toujours moins rassurante, la musique schizoïde du Gab’ tend vers une world music synthétique et électronique claustrophobe et très personnelle. Peter Gabriel a eu souvent le fond, il a désormais la forme. À lui désormais de confirmer et de joindre les deux en les rendant toujours plus solides et solidaires.

Note : 5/6Morceaux fétiches : ‘Start/I Don’t Remember’, ‘Intruder’, ‘No Self Control’

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lundi, août 13, 2012

Peter GABRIEL Peter Gabriel [Scratch] (1978)

Peter Gabriel - Scratch
Art Rock/Pop (Angleterre)


Scratch pourrait bien être le mal-aimé de la discographie de Peter Gabriel. Pourtant, certains morceaux lui donnent une vraie respectabilité et lui confèrent également une authentique identité. Poussant plus loin sa pop, entrant progressivement dans de nouvelles sophistications, Peter Gabriel s’entoure encore une fois de Robert Fripp, toujours plus influent sur sa musique, et de Tony Levin. À ce sujet, Scratch s’insère dans une trilogie avec Exposure de Robert Fripp (1979), dont on retrouve ici le morceau titre dans une autre version, et Sacred Songs de Daryl Hall (1980). Par ailleurs, Sid McGinnis participe toujours à l’aventure tout comme l’expert Larry Fast pour les traitements synthétiques. Deux nouveaux venus enfin : Roy Bittan aux claviers (les connexions musicales avec Springsteen ne sont pas fortuites) et Jerry Marotta, fidèle compagnon, exerçant ses talents à la batterie.

Au niveau des morceaux plus précisément, je retiens déjà l’ouverture très percutante, ‘On The Air’, avec ses effets futuristes et sa basse gonflée à bloc. ‘D.I.Y’ n’est pas le morceau du siècle mais il lui succède bien, avec cette énergie et cette homogénéité construite pour ce disque. ‘Mother Of Violence’ n’est pas trop mal, rappelant la fragilité émotive de certains titres de Genesis, sans casser des briques. Non, en fait, les deux autres morceaux qui me plaisent particulièrement et sortent du lot sont ‘White Shadow’ (quelle merveille…), et sa mélodie implacable et classieuse, et bien sûr ‘Exposure’, appuyant encore davantage le côté expérimental de l’album. Ah et puis il y a ‘Indigo’, encore une mélodie pas inintéressante…

Avec ces divers ingrédients, on peut visiblement passer déjà de très bons moments musicaux. Alors pas de quoi se plaindre ; derrière ses allures hostiles et moins avenantes que Car, Scratch, à défaut d’être le premier classique de Peter Gabriel, reste un très bon disque, certes largement perfectible, mais dont les égarements seront bien vite rattrapés par la suite.

Note : 4,5/6Morceaux fétiches : ‘White Shadow’, ‘On The Air’, ‘Exposure’

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dimanche, août 12, 2012

Peter GABRIEL Peter Gabriel [Car] (1977)

Peter Gabriel - Car
Art Rock/Pop (Angleterre)


Les quatre premiers albums de Peter Gabriel n’ont pas de nom inscrit sur leur pochette respective, à part la version U.S. du quatrième, Security. Pourtant, un titre leur est systématiquement promis de façon un peu symbolique. Et c’est tout naturellement, au vu de la pochette, que l’on nomme en général ce premier effort Car.

Peter Gabriel a quitté Genesis… Chronologiquement, Car sort après A Trick Of A Tail et Wind And Wuthering, les deux premiers albums de Genesis sans le Gab’, opus encore très progressifs. Avec Car, Peter Gabriel s’oriente progressivement vers une pop sophistiquée, même s’il est encore loin de la complexification de ses meilleures œuvres. Parallèlement, Genesis ne cessera de s’enfoncer dans une pop FM et taillée pour les radios, avec de gros ratages honteux, mais aussi avec plusieurs réussites notables (notamment au sein des disques marquant le tournant 70’s/80’s).

Avec Car, Peter Gabriel n’offre encore rien de véritablement exceptionnel et ses morceaux ne soutiennent, du moins pas encore, la comparaison avec ce que vient d’offrir Genesis au même moment. Mais ses avantages en font une carte de visite remarquée : la présence de musiciens (ou de futurs musiciens) de King Crimson (Robert Fripp, Tony Levin) et la production de Bob Ezrin (Berlin du Lou). De plus il regorge dans tous les cas de quatre classiques : le très connu ‘Solsburry Hill’ et l’entraînant et énergique ‘Modern Love’, deux singles plutôt corrects ; mais également la perle ‘Humdrum’ que j’aime vraiment beaucoup pour ses atmosphères cotonneuses et profondes, et ‘Here Comes The Flood’, encore joué en concert, brillant surtout (et un peu paradoxalement) pour la finesse mélodique de son intro et de son couplet. Ces deux dernières compositions, de loin les deux meilleures à mon sens, restent dans une veine mélancolique, même si la première est plus introspective, la seconde apparaissant logiquement comme un petit hymne adapté au live.

Ce premier disque du Gab’ reste un succès en termes de popularité (disque d’or dans quatre pays), mais se positionne dans l’ombre des œuvres suivantes. Il apparaît suffisamment attachant pour que l’on s’y attarde et ses classiques demeurent de premières bonnes accroches pour le grand public. Et si l'on attend quelque chose de plus profond de la part de l’ex-leader de Genesis, les notes triomphales de ce premier opus semble un peu sentir le parfum des victoires à venir.

Note : 4/6Morceau fétiche : ‘Humdrum’

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mercredi, mai 07, 2008

Robert FRIPP Exposure (1979)

Robert Fripp - Exposure
Art Rock (Angleterre)


À l’issue d’une période de doute et de dégoût concernant le milieu musical, Robert Fripp, remis à flot par sa participation à la trilogie berlinoise, nous offre Exposure, œuvre capitale, substantielle, réunissant une palette impressionnante d’artistes. Cet album brillant, se situant lui-même comme deuxième volet d’une trilogie (contenant PG2 du Gab’ et Sacred Songs de Daryl Hall), expose une forme de dream team de musiciens : Brian Eno (ex-Roxy Music), Peter Hammill (Van der Graaf Generator), Peter Gabriel & Phil Collins (Genesis), Tony Levin (King Crimson 80’s), Daryl Hall (Hall & Oates), Terre Roche (The Roches), Barry Andrews (XTC), Jerry Marotta, Narada Michael Walden…

Le contenu du disque interpelle : la magie crimsonienne et cette atmosphère urbaine, stressante et paranoïaque qui lui est consubstantielle, purement extraite de la chaleur et des brumes de Hell’s Kitchen. Cela est évident sur ‘Breathless’, crimsonien en diable, ‘Disengage’ et ‘I May Not Have Had Enough of Me But I've Had Enough of You’, chantés par l’infernal et immense Peter Hammill, ou encore sur l’excellent ‘NY3’ et ses samples vocaux. Ajoutons à cette collection étincelante de morceaux le très rock and roll ‘Burn Me Up I Am A Cigarette’, moderne, lisse, fiévreux, faussement innocent et assez entraînant ; le touchant ‘Mary’, non loin des terres de Joni Mitchell ; et surtout les atmosphères de ‘Urban Landscape’ et des deux parties de ‘Water Music’, entrecoupées par ‘Here Comes the Flood’ du Gab’ (surgissant lui-même après une transition musicale absolument magique et pleine d’émotion).

Dès lors, Exposure en impose, et impressionne par son élégance et sa maîtrise. Ce disque riche et classieux, alambiqué et tentaculaire, devient une forme d’abécédaire à la grammaire musicale troublante, ayant une place de choix dans la discographie de Fripp. Exposure fait ainsi figure pour ce musicien hors norme d’éternel recommencement, avant la sortie de Discipline, sa prochaine œuvre majeure, qui ressuscitera, du coup, le monstre Crimson.

Note : 5,5/6

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