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Exil progressif

Un blog old-school sur les musiques progressives et psychédéliques

dimanche, décembre 29, 2013

NEGURĂ BUNGET 'N Crugu Bradului (2002)

Negură Bunget - 'N Crugu Bradului
Métal extrême atmosphérique (Roumanie)


Un souffle semble habiter l’œuvre de Negură Bunget ; nous sommes irrémédiablement aspirés dans son atmosphère a priori hostile, mais réellement envoûtante. Derrière sa fougue, le black métal de Negură Bunget est clairement atmosphérique, dressant des panoramas d’ambiances absolument saisissants. 'N Crugu Bradului évoque de cette manière les quatre saisons, chacune représentée dans un long titre durant entre douze et quinze minutes. On ressent le climat des pays de l’est, conté d’une façon inédite, avec la patte si particulière d’un groupe maître des paysages sonores.

L’ensemble est d’une grande qualité, et si l’opus peut se montrer un peu difficile d’accès aux premiers abords, il présente au moins un morceau d’une étourdissante efficacité : l’acte III, ‘Toamna’, une composition très cohérente à l’image du disque, mais dotée d’un refrain terrassant, proprement irrésistible, tout en restant sobre et profond. J’aurais également une pensée pour le deuxième titre, ‘Vara’, particulièrement subtil, et le quatrième, ‘Iarna’, englouti dans la brume, évoquant son frissonnement, son murmure, sa palpitation.

À travers cette œuvre énigmatique, ce Quadriparti des saisons, Negură Bunget nous offre un monde et des paysages, une identité et une culture. 'N Crugu Bradului est une pièce atypique et unique, présentant quatre fragments de violence et de lumière, vous enveloppant de leurs mystères. La précision d’écriture prépare le terrain pour une œuvre comme Om, qui se révèlera plus accessible. 'N Crugu Bradului demeure du très grand art, dans lequel le musicien est autant artisan qu’artiste.

Note : 5/6

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dimanche, décembre 22, 2013

CARCARIASS Killing Process (2002)

Carcariass - Killing Process
Techno death metal progressif (France)


Carcariass fait partie des ténors français de la scène techno death metal, à savoir un death metal particulièrement axé sur les prouesses techniques et leur côté in your face. De plus, le groupe ajoute une légère dimension progressive qui me permet d’en parler en ces lieux. Killing Process, troisième album du groupe, pourra donc plaire aux afficionados de technique poussée et jusqu’au-boutiste, mais aussi aux amateurs de structures complexes.

Les deux premiers titres sont à mon sens vraiment excellents et très accessibles : ‘Watery Grave’ d’une part, et son solo définitif et euphorique ; ‘Tragical End’ d’autre part, parfaitement enchaîné au précédent, muni de son « thème » principal efficace et implacable. J’aime également beaucoup le solo exaltant de ‘Winds of Death’, dans le même esprit que le premier titre. Les autres compos restent dans la continuité, formes de machines techniques intraitables et imperturbables, même si les riffs manquent un peu de saveur, les compositions finissant par tourner à vide.

On parvient donc à cerner le problème de ce Killing Process. C’est un disque attachant, achevé, et qui force indubitablement le respect ; il est difficile de nier que l’ensemble est plutôt bon, d’ailleurs soutenu par une production brute, simple et claire. Malheureusement, l’aspect dense et répétitif rend l’écoute intégrale difficile, le sentiment de lassitude gagnant progressivement. Dommage que les (très) bonnes promesses du disque furent annihilées par un ennui fatal.

Note : 4/6

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samedi, novembre 02, 2013

APOTHEOSIS Farthest from the Sun (2002)

Apotheosis - Farthest from the Sun
Métal extrême symphonique / Progressif (Malte)


J’ai récemment ressorti de ma discothèque une curiosité : Farthest from the Sun d’Apotheosis, one-man-band maltais incarné par un dénommé Sauron. Ce disque de métal symphonique et atmosphérique est sorti en 2002, une époque où j’étais particulièrement à l’affût de nouveautés métalliques. La pochette est déjà un peu étrange : un logo touffu, un décor marin un peu obscur, une fille parachutée avec un sceptre lumineux, et un dragon squelettique menaçant, bizarrement flouté, le tout probablement sorti de l’univers imaginaire d’un Photoshop-like. Mais loin de moi l’idée de dénigrer cet album : la pochette attendrissante annonce bien un contenu sombre, onirique et épique, méritant ici notre attention.

Farthest from the Sun se déroule en 4 actes :

- Tout commence par cette longue introduction instrumentale de 7 minutes, ‘Victory’, présentant un univers chatoyant, à cheval entre expérimentations féeriques et ambiances morbides synthétiques. Le son est particulièrement propre et puissant mais rien ne nous ferait nécessairement présager la suite…

- … un fracas symphonique dans lequel la voix caverneuse et démoniaque du chanteur se déploie majestueusement ; le second titre, ‘The Maimed God’, monument de 17 minutes, se met en place. L'ambiance est particulièrement agitée, tortueuse et oppressante (le titre de l’album n’est pas mensonger). Les riffs s’enchaînent, tous très mélodiques et mémorisables (rappelant tantôt les climats et le style d’un Emperor ou d’un Sacramentum), et des atmosphères très diverses se succèdent (cordes, nappes, textures personnelles…), reliées de manière fluide les unes aux autres. L’ensemble se déroule de façon cohérente, avec la froideur d’une machine, mais la lucidité de l’artiste. D’ailleurs, mention spéciale à cette boîte à rythme impersonnelle, mécanique subtile et efficace qui se fond très bien dans le disque.

- Introduit par un riff speed/thrash, le troisième titre, ‘Raise the Dragon Banner’ se montre brutal et direct. Il s’agit néanmoins d’une composition un peu schizophrène, s’étirant sur douze minutes. Sa seconde partie demeure en effet plus atmosphérique. Elle est réellement envoûtante, remarquablement amenée, et bien associée à la première. L’usage des claviers apportent caractère et variété au morceau.

- Le disque se clôt sur un long instrumental très attachant, sobrement intitulé ‘Kingdom’, durant près de 17 minutes lui aussi. Le début est assez métal, rappelant un peu les mélodies d’Obtained Enslavement (à 01:24). Bien qu'un passage assez minable vienne porter une réelle ombre au tableau (à 04:24 environ) les envolées lyriques demeurent mesurées et intelligemment composées.

Grâce à l’univers profond de Farthest from the Sun, à la fois « intérieur » et surnaturel, Sauron parvient à se démarquer des formations évoluant dans des styles plus ou moins similaires. C’est également une œuvre assez impressionnante dans sa réalisation, portée par les épaules d’un seul homme. L'album est riche et complexe aux limites du progressif, mais se déguste facilement, d'où son accessibilité. Même si certaines textures et effets artificiels pourront gêner, Farthest from the Sun demeure un disque original et complet, agréable et digeste, doté d’ambiances atypiques stimulant notre imaginaire, et dont on se souviendra le moment venu, s’il on finit par oublier ce qu'était une démarche artistique.

Note : 5/6

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mardi, octobre 08, 2013

OPETH Deliverance (2002)

Opeth - Deliverance
Métal progressif (Suède)


Deliverance avait fait grand bruit à sa sortie. Le milieu du métal commençait à s’agiter, attendant la sortie du graal avec impatience et excitation. Et le résultat fut à la hauteur : Deliverance est un disque percutant et énergique, certes plus opaque que les précédents, mais capitalisant avec succès sur toute la dimension sombre que le groupe entretient visiblement de plus en plus. Et puis il me rappelle pas mal de (bons) souvenirs… Je me rappelle déjà son achat, le ramenant chez moi précieusement, dans ma besace, bien au chaud.

Une fois encore, un album d’Opeth est revêtu d’une très jolie pochette… Elle exprime le côté très noir de l’œuvre, son univers fantomatique (My Arms, Your Hearse et Blackwater Park  n’étaient pas en reste à ce niveau-là), et aussi une forme d’esprit originel ; le livret est assez évocateur, avec cette demeure morne et surannée, pourtant assez classieuse. De plus, je trouve intéressant d’avoir mis une vue d’un intérieur plutôt qu’une image de paysage, comme cela fut quasiment toujours le cas avec Opeth. Ce changement donne un aspect plus concret, voire plus humain à la musique du groupe.

Succéder à Blackwater Park n’est en tout cas pas chose aisée. Mais cela entraîne aussi un engouement qui peut se révéler positif. Deliverance arrive à surfer sur la vague de sympathie toujours plus grandissante pour un groupe d’exception. Il apporte aussi des changements, des inflexions, étant à mon sens davantage heavy mais aussi plus brutal que les deux œuvres précédentes, pour prendre un panel de disques cultivant les mêmes bases. Et il entretient toujours cet aspect ténèbres-lumière, même si les premiers semblent prendre ici une nouvelle longueur d’avance.

Sur les six morceaux (dont un interlude) qui composent Deliverance, j’en choisirais trois :

- le morceau-titre, et ses rythmiques en acier. L’intro n’est d’ailleurs pas sans me « rappeler » ‘Wealth’ des compères de Katatonia, sorti 2 ans plus tard (n’oublions pas qu’Åkerfeldt était le chanteur de leur deuxième album). J’aime vraiment beaucoup la fin, avec ce riff terrassant, annonciateur de quelque chose d’encore inconnu. Il s’en dégagerait presque une forme d’euphorie légère… Je trouve l’allure de ce motif assez novatrice pour du Opeth.

- ‘A Fair Judgement’, plus épique, symbolisant un peu une lumière triomphale dans cet opus, apportant tout son souffle libérateur. La section middle est aussi très subtile, et la fin du morceau, plus pesante, laissant traîner ses spectres de mauvais augure, permet de varier intelligemment les caractères.

- ‘Master’s Apprentices’, figurant dans mon top 5 des titres favoris du groupe. Un morceau très heavy, avec une section middle ensorcelante et irrésistible… et un final renversant se prolongeant victorieusement pendant quelques minutes ; écoutez un peu la batterie, la performance de Martin Lopez étant d’ailleurs royale dans tout l’opus…

Deliverance, comme tout album d’Opeth, cultive l’identité du groupe, tout en se fondant brillamment avec son époque. Il y a toujours ce respect de l’héritage, tout en restant à l’écoute des sons contemporains… pour la création d’un univers grisant, d’un chez soi, certes déstabilisant pour ses atmosphères, mais qui contient en lui encore suffisamment de lumière pour s’y retrouver sereinement. C’est vrai, Deliverance est un disque impressionnant. Je ne sais pas s’il s’agit nécessairement du meilleur Opeth, mais il fait indubitablement partie de ceux qui me sont les plus proches.

Note : 6/6

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vendredi, septembre 07, 2012

Peter GABRIEL Up (2002)

Peter Gabriel - Up
Art Rock/Pop (Angleterre)


A rebours… Et si telle était la méthode pour faire découvrir Peter Gabriel ? Prenons-en aussi le risque, avec Up… L’artiste est cinquantenaire quand l’opus est découvert, même s’il a commencé à travailler dessus environ 7 ans auparavant. Il a beaucoup prouvé, et a dévoilé sa personnalité artistique avec talent, maturité, sagesse, faisant montre de ses ambiguïtés, de ses contrastes… Up, album cristallin, touché par la grâce, semble raconter son histoire. La lumière, la peur, la vie, et surtout la mort. Le présent. Le passé… A rebours.

Highlights…

Dès ‘Darkness’, l’ombre de Melt plane, avec toujours cette même dualité : un refrain délicat et fragile comme du cristal, une introduction et un couplet menaçants, un peu dans l’esprit d’un ‘Intruder’… ‘Darkness’ est une authentique réussite, un morceau subtil, équilibré, addictif.

‘Skyblue’ est un des titres phare de l’album… mon favori probablement. Il comporte des éléments de ‘Ngankarrparni’ et de ‘Cloudless’ (B.O. du film Long Walk Home réalisé par Peter Gabriel mais que je n’ai pas chroniquée ici). Encore une fois, une production moderne, des arrangements précis, et une mélodie très uplifting.

‘More Than This’ est un peu plus tubesque que le reste, taillé pour les radios, assez incontournable et irrésistible pour ma part, avec une vraie précision dans les détails. Une nouvelle preuve qu’un hit en puissance n’est pas nécessairement réalisé de façon grossière.

Et puis ‘Signal to Noise’… le morceau le plus épique et « cinématographique » du disque, à l’image de sa mélodie et de ses instrumentations de cordes, apportant ainsi une nouvelle carte à l’album.

J’aime bien aussi les ténèbres intérieurs de ‘My Head Sounds Like That’, assez lennoniens au niveau de la mélodie, mais également ceux d’‘I Grieve’, titre très ambiant, plein de mélancolie. La première partie est très bien maîtrisée dans l’ensemble, et reste dans les limites d’une retenue assez appréciable. Mais le morceau s’emballe un peu ensuite pour entrer dans une section plus rythmée, de bien moins bonne facture et jurant un peu avec le début.

C’est vrai, il y a vraiment des passages qui tranchent trop avec le reste, et qui sonnent un peu kitsch, comme dans ‘Growing Up’ et surtout avec ‘The Barry Williams Show’, presque insupportable. Mais, comme dit dans d’autres chroniques, on se sent invité, un peu malgré nous évidemment, à faire un tri dans ses morceaux les plus récents de Peter Gabriel, en regrettant de le voir mettre sa maîtrise de la technologie et de l’instrument au service de morceaux aussi mièvres. Mais bon…

Up reste un disque moderne, mais tourné vers le passé, et travaillé par une production délicieuse et contemporaine. Un album qui présente un nouvel angle pour de nouvelles émotions. Et celles-ci décochent bien un écho en moi, rempli des souvenirs lors de son acquisition à l’université. Content d’avoir fait un bout de chemin avec le Gab’, le trajet étant d’ailleurs loin d’être terminé. En tout cas, c’est en écoutant Up, et les notes de ‘Drop’, morceau final à la fragilité peut-être un peu naïve d’ailleurs, que je termine cette rétrospective Peter Gabriel.

Note : 5/6Morceaux fétiches : ‘Skyblue’, ‘Darkness’, ‘Signal to Noise’, ‘More Than This’

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