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Exil progressif

Un blog old-school sur les musiques progressives et psychédéliques

lundi, mars 26, 2012

THE BYRDS The Notorious Byrd Brothers (1968)

The Byrds - The Notorious Byrd Brothers
Folk Rock / Psychédélisme (U.S.A.)


C’est vrai, l’histoire des Byrds c’est l’histoire de changements de styles, mais aussi de tensions et donc de line up. Et avec ce cinquième album, on assiste à de vrais chamboulements. Déjà, David Crosby sera viré pendant les sessions. Même punition pour Mickael Clark : faux départ, puis faux retour, puis vrai départ. Gene Clark lui-même fera aussi un aller-retour pour 3 semaines de sessions, avant de réapparaître en 1973. Cela dit, sa présence est difficile à déceler dans ce cinquième disque. Enfin bref, tous ces éléments aussi significatifs soient-ils, ne sauraient nous faire oublier la musique, assez éloignée de ces rebondissements tumultueux.

Homogène et équilibré, The Notorious Byrd Brothers est la dernière pièce à l’édifice psychédélique que le groupe a construit ces trois dernières années. L’ensemble donne l’allure d’un folk rock souple et éthéré, éclectique et homogène à la fois, plutôt expérimental, voire un chouilla progressif. Formant un tout, les différents genres et influences coexistent, s’imbriquent, se mélangent, et ce parfois au sein d’un même titre. Au niveau des instruments, l’album est marqué par l’apparition du synthé Moog, spatial et psyché, et de la pedal steel guitar, donnant une tonalité country aux morceaux et préfigurant la prochaine mue dans le disque suivant. L’atmosphère est parfois rurale, voire faussement écolo, et semble s’accorder à l’ethos, à l’idéal hippie.

The Notorious Byrd Brothers comporte deux classiques, écrits par Gerry Goffin / Carole King : le single ‘Goin’ Back’, léger et évocateur, contenant une forme de nostalgie lumineuse, pourtant décrié par David Crosby (une reprise à contre-courant de leur dynamique de songwriting personnel) ; et ‘Wasn’t Born to Follow’, titre libre et enjoué, assez renommé dans la discographie du groupe. Pourtant je retiendrais avant tout le très soigné ‘Get to You’, un des meilleurs morceaux du groupe, pas si loin de la délicatesse de Gentle Giant et des Beach Boys. D’après McGuinn l’écriture de ce titre revient aussi à Clark, ce qui au final n’est guère étonnant. J’ajouterais enfin ‘Tribal Gathering’, plus chaloupé, et ‘Old John Robertson’ que l’on avait déjà découvert comme face B du très bon single ‘Lady Friend’, sous un autre mix.

Parmi les titres périphériques au disque, pensons immédiatement à ‘Triad’, dans lequel David Crosby prend son envol en songwriting. Le morceau sera d’ailleurs légué à Jefferson Airplane et aussi réinterprété par son auteur, avec Stephen Stills, Graham Nash & Neil Young. Ce titre a semble-t-il été plus ou moins un prétexte de dispute entre les Byrds et a sans doute renforcé un peu plus l’idée d’un départ pour Crosby.

Pour terminer ce petit cycle de chroniques du groupe, je me permets un petit listing indicatif des morceaux que je préfère, reprises ou non. Je ne tiens compte que des cinq premiers albums, et cette liste suit leur ordre chronologique :

‘Spanish Harlem Incident’
‘The Bells of Rhymney’
‘Chimes of Freedom’
‘Turn! Turn! Turn!’
‘If You’re Gone’
‘I See You’
‘Eight Miles High’
‘John Riley’
‘Everybody’s Been Burnt’
‘My Back Pages’
‘Lady Friend’
‘Wasn’t Born To Follow’
‘Get to You’
‘Tribal Gathering’
‘Triad’

L’héritage Byrds se poursuit bien sûr après The Notorious Byrd Brothers. Les Byrds, groupe novateur, hydre à plusieurs têtes, en proie au changement incessant (line up et style), auront en tout cas influencé beaucoup d’artistes majeurs : les Beatles de façon réciproque, Jefferson Airplane, R.E.M., Bruce Springsteen (lui-même influencé directement par Seeger et Dylan), The Smiths, Big Star…

Note : 4,5/6

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jeudi, mars 22, 2012

THE BYRDS Younger than Yesterday (1967)

The Byrds - Younger than Yesterday
Folk Rock / Psychédélisme (U.S.A.)


Younger than Yesterday poursuit le concept de Fifth Dimension, en l’accentuant. On retrouve un folk rock affirmé et mélodique, au psychédélisme marqué. Il présente aussi l’importance croissante prise par David Crosby dans le songwriting. C’est lui qui écrit les plus belles réussites lumineuses du disque : ‘Renaissance Fair’ évidemment (coécrit avec McGuinn), le magnifique ‘Everybody’s Been Burned’, forme de léthargie céleste et diaphane, et ‘Mind Gardens’, envolée psyché atonale et arythmique, peut-être un peu exagérée voire surjouée, mais au final assez aventureuse et troublante quand on se prend au jeu. J’aime aussi le nouvel enregistrement du percutant ‘Why’ (semble-t-il plus lisse), titre découvert comme faces B du single ‘Eight Miles High’. Enfin, parmi les bonus de la réédition on compte l’excellent ‘Lady Friend’, sophistiqué et mélodique, sorti en single en juillet 1967, et le sympathique ‘It Happens Each Day’, léger et serein.

Chris Hillman fait ici office de troisième songwriter. À ce sujet, je suis un peu réservé sur l’ouverture du disque ‘So You Wan’t To Be A Rock ‘N’ Roll Star’, une charge contre le rock business, aux accents latins et jazzy. La démarche musicale de ce classique coécrit avec McGuinn est louable mais le morceau garde un aspect daté que je trouve, de façon très subjective, un peu dérangeant. Pour continuer avec un autre morceau mitigé, j’ajouterais le futuriste ‘C.T.A.-102’, certes assez entraînant et psyché, mais dont les voix gonflées à l’hélium dans la coda me semblent assez inutiles.

Cependant, l’écriture d’Hillman est notable pour son apport country, sur ‘Time Between’, certes un peu mièvre, et ‘The Girl With No Name’. Mais surtout, les titres les plus avantageux d’Hillman restent certainement ‘Thoughts and Words’ et ses bandes inversées à profusion (procédé aussi utilisé sur ‘Mind Gardens’ de Crosby), et le folk rock très british, accompli et emblématique de ‘Have You Seen Her Face’, qui a dû donner de bonnes idées à R.E.M. plus tard…

Par ailleurs, l'esprit de Bob Dylan est de retour avec l’unique reprise du disque, celle de ‘My Back Pages’. Pour David Crosby, cette nouvelle version d’un titre issu de ‘Another Side of Bob Dylan’ s’apparente à un pas en arrière. En tout cas, le rendu est bien maîtrisé. Il est vrai que ce contact avec le passé du groupe tranche, certes agréablement, avec les directions expérimentales du groupe, préférant créer des chansons des plus en plus personnelles, contrastées et indépendantes les unes des autres.

Malgré une forte concurrence à l’époque, Younger than Yesterday demeure globalement un disque solide. Certains de ses aspects (mineurs) n’ont pas résisté au temps, mais l’essentiel a mûri, donnant une véritable assise à un groupe novateur, expérimental et influent, doté d’un vrai sens mélodique. Un grand cru.

Note : 5/6

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mardi, mars 20, 2012

THE BYRDS Fifth Dimension (1966)

The Byrds - Fifth Dimension
Folk Rock / Psychédélisme (U.S.A.)


Le deuxième volet de l’histoire des Byrds s’ouvre avec Fifth Dimension, dans lequel le groupe se dirige vers des horizons psychédéliques, encore modestes à l’époque. Outre le logo et certaines thématiques, on peut dès lors percevoir les expérimentations de son folk rock psychédélique et spatial.

Fifth Dimension est marqué par la présence du raga rock acide et incisif d'‘Eight Miles High’, un des gros succès du groupe (et des sixties), influencé par Ravi Shankar et John Coltrane, et basé sur le songwriting de Gene Clark. Ce dernier quitta d’ailleurs le groupe en février 1966 avant la sortie du single. Par ailleurs, toujours à l’aube du boom psychédélique, ‘I see You’ présente une musique séraphique, légère et rythmée, mêlant le son des premiers disques à des textures plus modernes et des solos décalés. Il est signé David Crosby et Jim McGuinn qui prennent le contrôle de l’écriture dans ce disque. McGuinn est également à l’origine de ‘Mr. Spaceman’, morceau notoire mais assez moyen pour le coup, et de 2-4-2 Fox Trot (The Lear Jet Song)’, pas extraordinaire, mais se permettant l’intrusion et la coexistence de sons mécaniques.

Les Byrds ne s’adonnent guère ici aux reprises de Dylan, même si sa présence surgit en filigrane dans le morceau d’ouverture, ‘5D (Fifth Dimension)’. Cela n’empêche pas le groupe de continuer de se tourner vers la musique traditionnelle, comme le témoignent ‘Wild Mountain Thyme’ (de Francis McPeake, mais dérivé de la chanson ‘The Braes of Balquhidder’ du poète Robert Tannahill [1774-1810], elle-même probablement adaptée d’un autre traditionnel), et le céleste ‘John Riley’ (crédité à tort sur le disque à Bob Gibson et Ricky Neff). De plus, le groupe s’attaque à un poème sombre et réputé de Nazim Hikmet, Kız Çocuğu (la fillette), renommé ‘I Come and Stand at Every Door’ par Jeanette Turner et mis en musique sur l’air de ‘The Great Silkie of Sule Skerry’, écrit par James Waters. Cette adaptation avait été réalisée par Pete Seeger en 1962, les Byrds s’engouffrant une fois de plus dans un chemin qu’il avait frayé.

Pourtant, certains morceaux comblent le disque tant bien que mal, notamment la reprise de ‘Hey Joe’, légèrement lassante malgré la greffe intéressante de sons typiquement Byrds. On note également l'instru ‘Captain Soul’ de David Crosby, pas idiot mais un tantinet inutile. Conjugués aux autres morceaux les moins captivants de l’album, ils donnent malheureusement un côté un petit peu inoffensif au groupe. Mais ces légers accrocs ne feront pas oublier l'essentiel : ses aspects innovants et ses classiques de renom font de Fifth Dimension un album futuriste notable et influent sur le mouvement psychédélique.

Note : 4,5/6

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lundi, mars 19, 2012

THE BYRDS Turn! Turn! Turn! (1965)

The Byrds - Turn! Turn! Turn!
Folk Rock (U.S.A.)


Sorti en décembre 1965, le deuxième album des Byrds reste marqué par quelques difficultés. Indépendamment des critiques reçues autour de leurs prestations live, le groupe connaît plusieurs tensions internes. D’une part, David Crosby redoute un complot McGuinn/Melcher (producteur) qui mettrait à l’écart ses compos (3 chansons furent rejetées). D’autre part, Gene Clark, faute de son succès en songwriter, se sent davantage isolé du reste du groupe. Turn! Turn! Turn! sera d’ailleurs le dernier album sous sa présence, jusqu’en 1973 (avec l’album Byrds).

Pourtant le disque se permet encore quelques challenges. Par exemple, mettre en musique un texte puissant et spirituel : avec le morceau ‘Turn! Turn! Turn!’, cela marche à merveille. Une nouvelle reprise de Pete Seeger, contenant la lumière des paroles de l’Ecclésiaste 3:1-8, et pour laquelle Jim McGuinn fait valoir sa qualité d’arrangeur. C’est d’ailleurs lui qui travaille sur ‘He Was A Friend Of Mine’, plutôt réussi. Il s’agit cette fois d’un traditionnel que McGuinn a affublé de nouvelles paroles dédiées à JFK. Enfin, on le note à l’origine de deux autres chansons : ‘It Won’t Be Wrong’, écrit avec Harvey Gerst (une connaissance folk), titre assez tenace mais un poil surfait au niveau des vocaux ; et ‘Wait and See’, cosigné par David Crosby, morceau légèrement discordant que le refrain tente de faire décoller.

Concernant les morceaux de Gene Clark, le rayonnant ‘If You’re Gone’ est la réussite principale de l’opus. Sans faire partie du panthéon du groupe, ‘The World Turns All Around Her’ et ‘Set You Free This Time’ (malgré un refrain tout de même un peu poussif) dévoilent très bien la personnalité de son écriture, vivante, élégante et appliquée. Pour les morceaux mis de côté, ‘She Don’t Care About Time’ laisse place à un curieux interlude rappelant Jésus que ma joie demeure (de Bach), et ‘The Day Walk (Never Before)’ garde parfois l’allure d’un ‘Satisfaction’ (des Rolling Stones) en version folk rock adouci.

Fidèles à leurs habitudes, les Byrds se permettent également des reprises de Dylan. Si j’apprécie l’original de ‘Lay Down your Weary Tune’, à la simplicité brute et intime, je ne trouve pas que leur version le mette à l’honneur. Si Dylan lui-même semble s’en être plus que satisfait, je la trouve un peu pompeuse, cérémonielle, et finalement assez hors du coup. L’autre reprise, ‘The Times They Are A-Changing’ reste davantage efficace, comme l’une des principales réussites de l’album. Les deux originaux se retrouvent dans l’album de Dylan du même nom. Enfin, je passerai sur les deux autres reprises, qui n’ont d’ailleurs rien à voir avec le Zimm’ : leur agaçante version de ‘Oh! Susannah’ (de Stephen Foster), et ‘Satisfied Mind’ (classique signé Red Hayes / Jack Rhodes), relativement plaisant, mais qui apporte au final assez peu au disque.

Ainsi, Turn! Turn! Turn! demeure dans l’ensemble moins percutant et plus inégal que Mr. Tambourine Man. Aussi irritant qu’attachant, Il se tapit dès lors dans l’ombre de son prédécesseur, n’ayant pas non plus son impact historique. Cela étant, il assure néanmoins la crédibilité des Byrds et leur réputation, et leur offre un succès commercial. En attendant leur première métamorphose, vers le psychédélisme.

Note : 4/6

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vendredi, mars 09, 2012

THE BYRDS Mr. Tambourine Man (1965)

The Byrds - Mr. Tambourine Man
Folk Rock (U.S.A.)


Il n’est pas aisé de déceler qui exactement a inventé le folk rock. C’est encore plus difficile quand on sait que les artistes s’approprient un genre musical en lui donnant chacun une personnalité. En tout cas, il est communément convenu que les Byrds, formés en 1964, ont créé le folk rock en électrifiant leur reprise de ‘Mr. Tambourine Man’ de Bob Dylan, enregistrée en janvier 1965 (par Jim McGuinn et des musiciens de session pour la version single). Ils ont popularisé et développé de façon cohérente le genre, ils ont solidement amorcé son boom. Entre continuité et révolution, leur folk rock semble être un mélange habile du rock de la British Invasion et de l’héritage roots du folk. Et les Byrds deviennent ainsi une réponse U.S. aux Beatles (leurs noms de groupe étant par ailleurs les déformations respectives des mots "Birds" et "Beetles").

Après le genre, le style : The Byrds proposent un folk rock clinquant et "jangly" (qui sonne de façon métallique, un peu discordante, comme des cliquetis), très mélodique, une forme de polyphonie vocale bien maîtrisée sur fond de guitares qui scintillent. Si, au départ, ils ne maîtrisent pas les instruments électriques, les différents membres du groupe ont tous un passé et une expérience vitalisante dans la musique folk. Du coup, le groupe est déjà une réunion de talents travaillant en pleine osmose musicale. Je noterais avant tout la présence de Gene Clark (chant, tambourin) et de David Crosby (chant, guitare rythmique) qui sortiront plus tard en solo deux œuvres ahurissantes de beauté, respectivement No Other (1974) et If I Could Only Remember My Name (1971). Ils forment le noyau des Byrds avec Jim McGuinn, qui fait office de leader dans l’opinion, même si le groupe, et cela fait un peu partie du concept, n’en a en fait pas vraiment.

‘Mr. Tambourine Man’, la relecture légendaire du morceau de Dylan, donne aussi son nom au premier album des Byrds, qui comporte plusieurs réussites. Parmi elles trônent deux grands classiques : ‘The Bells of Rhymney’ de Pete Seeger, patriarche folk, et ‘Chimes of Freedom’ de Dylan, célèbre ode à la liberté. Le groupe arrive de façon incisive à mettre en valeur les mélodies de ces morceaux. Cela devient une forme de célébration, presque spirituelle.

Puisque l’on parle de Bob Dylan, sur les 7 reprises 4 proviennent du Zimm’. Non contents de s’accaparer et de mettre en lumière ‘Mr. Tambourine Man’ et ‘Chimes of Freedom’, les Byrds reprennent également ‘Spanish Harlem Incident’ et ‘All I Really Want to Do’, autres titres attrayants. Bien sûr la personnalité musicale et stylistique de Dylan transparaît, et l’on mesure tout son impact sur l’émergence du folk rock et sur la musique des Byrds. Notons qu’à l’exception de ‘Mr. Tambourine Man’ qui figure sur ‘Bringing It All Back Home’ (1965), les trois originaux se trouvent sur ‘Another Side of Bob Dylan’ (1964).

Parmi les 5 compositions du disque, quasiment toutes écrites par Gene Clark, déjà très prolifique à cette époque, j’en retiendrais trois : ‘I’ll Feel a Whole lot Better’ (très proche de ‘Needles and Pins’ de The Searchers, 1963), ‘You Won’t Have to Cry’ (coécrite par McGuinn) et ‘Here Without You’. Ce sont les titres les plus marqués mélodiquement, les plus identifiables et les mieux construits, tout en affirmant solidement l’identité harmonique des Byrds. Les deux autres morceaux, ‘I’d Knew I Want You’ et ‘It’s No Use’ (encore coécrit par McGuinn) sont plus en retrait.

Mr. Tambourine Man est un recueil de mélodies entremêlées, de thématiques romantiques, de morceaux spontanés… S’il présente de nombreux éléments élaborant son identité, il reste aussi un album monolithique, cultivant l’unité et non pas des chansons isolées. De plus, il s’apparente à l’un des débuts marquants de l’histoire du rock. Très influent également, il devient dès lors la genèse authentique d’une longue histoire entre le folk et le rock.

Note : 5/6

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jeudi, mars 08, 2012

FENNESZ Endless Summer (2001)

Fennesz - Endless Summer
Expérimental / Electronique / Textures (Autriche)


Des bruissements électroniques, rugueux, saccadés, industriels, mécaniques… et de douces mélodies ambiantes perceptibles en filigrane : bienvenu dans le monde digital de Christian Fennesz. L’ambivalence d’Endless Summer réside bien ici, dans cette confrontation féconde. Les sons de guitares sont traités, manipulés, voire torturés. Et de cet authentique travail sur les textures sonores, pas toujours très loin des frontières bruitistes, surgissent des mélodies mélancoliques, planantes, mystérieuses et évocatrices. Cet essai expérimental, scientifique, technique et archi-soigné, nous tient pourtant à distance d’une forme de terrorisme musical, les couches sonores restant légèrement douces et peu agressives. D’ailleurs, dans Endless Summer, l’ouïe et le toucher se rapprocheraient presque.

Plusieurs morceaux peuvent se démarquer. Déjà, ‘Got to Move on’ aurait pu être une bonne introduction au traitement toxique et alambiqué des sons du disque. Puis comptons sur ‘A Year in a Minute’, morceau très prenant pour son atmosphère à la fois contenue et post-apocalyptique, appuyée par une mélodie un peu sinistre plongée dans un bain de crépitements. Je pense aussi à la mélancolie diaphane du soyeux ‘Shisheido’, ou encore à ‘Caecilia’, autre petit rayon lumineux et mélodique. Il y a également cette curiosité, ‘Before I Leave’, certes un peu irritante, mais assemblant et conjuguant des samples d'orgue des Beach Boys à la façon « disque laser rayé » de manière assez déroutante. En fait, seul le morceau-titre, pas désagréable pour autant, reste peut-être un tantinet en deçà du reste et fait figure de demi-déception, en étant sévère.

Mais parlons de l’essentiel : ‘Happy Audio’. Une référence du genre, un titre phare. Mises à part ses exceptionnelles textures de sons, ce qui est fascinant ici c'est la façon dont le morceau évolue. Après s’être installé face à ces grésillements répétitifs et hypnotiques, exquis, on a véritablement l'impression qu'un second morceau, larvé, émerge peu à peu. La musique mute. Vers le dévoilement de quelque chose de mystérieux, surgissant progressivement, de façon saisissante. Les ambiances sont captivantes, profondes, les sons tournoient, sont pris au piège dans des boucles et des effets rotatifs. Ils sont en effusion permanente. Et c’est sur ce morceau d’une dizaine de minutes, conçu et exécuté avec une grande maîtrise, que le disque nous abandonne.

Finalement, une musique dans laquelle les parasites sonores deviennent la norme, voilà peut-être ce que nous présente Christian Fennesz. De par son titre, sa thématique et son essence cachée, Endless Summer reste aussi une référence aux Beach Boys, une forme de filiation spirituelle avec Brian Wilson, sur une autre latitude. Cependant, l'horizon qu'il définit demeure très personnel, au-delà de ses influences. Et cette saison électronique qu'il dépeint ressemble à un été bien singulier, équivoque, légèrement amer, rafraîchissant et lumineux. Presque infini.

Note : 5,5/6

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mercredi, mars 07, 2012

NICO Desertshore (1970)

Nico - Desertshore
Expérimental / Avant-garde (Allemagne)


Il est intrigant de chroniquer dans un même mouvement Ash Ra Tempel, Tim Buckley et Nico. Ce n’était pas fait exprès au départ, mais au fil des nouvelles écoutes je vois des points communs entre ces artistes, aussi différents soient-ils. Ils ressemblent tous à des prophètes, chantent parfois au bord de l’incantation, et créent un univers quasi-mystique et allégorique. Tim Buckley et Nico sont liés notamment par le label Elektra (Tim Buckley reste par ailleurs assez réfractaire à l’univers warholien)… Ash Ra Tempel et Nico alimentent véritablement un climat et une identité germaniques… Tim Buckley et Ash Ra Tempel développent parfois un psychédélisme acide… Et puis bien sûr, les trois ont des vues avant-gardistes et expérimentales, et c’est bien pour cela qu’ils sont chroniqués en ces lieux.

Il est donc temps de se plonger dans Desertshore, notre destination. Avec The Marble Index Nico avait le style, il lui restait désormais à aller plus loin, en termes de qualité et de personnalisation de sa musique. Nico suit ici le même chemin que sur The Marble Index, toujours avec John Cale, compagnon de route très précieux à la production et derrière de nombreux instruments. On retrouve encore cette poésie des profondeurs, ces psaumes et litanies venus d’ailleurs, ce chant funeste, rude et monotone… cette forme de célébration spectrale et désenchantée, comme sur l’emblématique ‘Janitor of Lunacy’. Desertshore consacre ici le règne d’une musique ascétique et sépulcrale, lorgnant vers des horizons néo-classiques, mais happée par une influence médiévale, entrant dès lors dans le carrefour des époques.

Il y a pourtant des percées de lumière sur ce disque, certes toutes relatives. En fait, je le trouve moins agoraphobe que le précédent. Si ‘Abschied’ et ‘Mütterlein’ correspondent aux moments menaçants du disque, aidés par cet harmonium dépouillé, le très beau ‘Afraid’, avec son piano délicat et ses cordes désuètes, reste un peu le rayon lumineux de l’œuvre, aussi mélancolique soit-il. ‘Le petit chevalier’, chantonné par son fils, est également un moment étrange et naïf, presque vital, émergeant de manière contrastée au sein d’un univers infini et dévasté. Comme le disque précédent, Desertshore entretient en effet une forme de vertige par rapport aux panoramas sonores désolés et post-apocalyptiques de sa musique.

Le disque est aussi en relation concrète avec l’image. Encore une fois, il y a un lien avec le cinéma, et plus précisément celui de Philippe Garrel ; le suprême ‘The Falconer’ accompagne Le lit de la vierge et ‘Abschied’ & ‘Mütterlein’ La cicatrice intérieure. La pochette présente d’ailleurs une image de ce film, dans lequel Nico et son fils Ari voguent à travers l’Egypte et l’Islande. Ces deux pays très différents sont intéressants à relever, puisqu’ils symbolisent, en extrapolant, l’universalité et/ou la pluralité des espaces pouvant être évoqués dans la musique de l’album, qui marque dès lors un pas de plus dans le rapport son-image.

Mais plus simplement, Desertshore est un disque hanté, habité, unique et fondateur. Comme The Marble Index, il permet à Nico de devenir un peu malgré elle la muse de tout un courant gothique. Et surtout, avec ce troisième opus, l’héroïne tient son œuvre intime et lyrique, son classique de poésie musicale.

Note : 5,5/6

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mardi, mars 06, 2012

NICO The Marble Index (1969)

Nico - The Marble Index
Expérimental / Avant-garde (Allemagne)


Avec The Marble Index, ce n’est plus pareil. Nico compose ses morceaux, conçus et interprétés avec l’appui minutieux de John Cale (alto électrique, guitare et basse, orgue et piano…) Désormais, on entre dans son univers. On connaissait déjà sa voix, encore bridée sur le premier disque. Sur Marble Index, on la découvre avec un harmonium indien, son instrument symbolique.

Un décor sombre et morose, gothique, semble être le siège de ce disque. La voix de Nico, libérée, se faufile et danse hors des morceaux, ayant davantage l’allure de flux de conscience, ou de prières intérieures. Comme Nick Drake, Nico conte un pathos intime avec une forme de violence rentrée. Cela rend le résultat d’autant plus puissant (et non moins théâtral et tragique). La nudité du chant imperturbable de Nico, marié aux vagues d’un harmonium inquiétant, se confronte au savoir avant-garde de John Cale. Il en résulte une musique originale, sérieuse et stoïque, à la fois impressionniste et surréaliste, et dotée d’une sensibilité européenne.

Si le disque reste inédit pour le monde du rock et se tourne indubitablement vers l’avenir, il semble aussi célébrer d’une certaine façon et non sans paradoxe une musique ancienne (au charme antique ? aux accents médiévaux ?), à moins qu’elle ne vienne finalement d’un autre temps et d’un autre monde, froid et désolé. Et c’est justement ce tout dernier point qui me fait penser l’existence d’un lien prégnant entre le contenu du disque et les images mentales que l’on peut s’en faire. Cette relation n’est d’ailleurs pas étonnante puisque Nico mêle dans sa manière de composer le cinéma à la musique, les visions aux sons.

L’ensemble des morceaux est très homogène. On retient par exemple ‘No One Is There’ et ses cordes ; ‘Ari’s Song’, morceau à l’harmonium, dédié à son fils ; ou encore ‘Evening of Light’, cristallin et hypnotique, vraiment prenant. La réédition CD contient deux titres supplémentaires ‘Roses in the Snow’, complainte assez réussie, et ‘Nibelungen’, totalement a cappella. L’album aura peu de succès commercial, malgré son influence artistique. Il laisse un certain malaise, car on a étrangement du mal à savoir si le disque est beau ou dérangeant. Le paradoxe d’un style qui va se poursuivre à un niveau supplémentaire, sur Desertshore.

Note : 4,5/6

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lundi, mars 05, 2012

NICO Chelsea Girl (1967)

Nico - Chelsea Girl
Folk-rock arty (Allemagne)


À la fac, j’écoutais beaucoup le Velvet Underground (chroniqué ici-même). Leur esthétique austère et déroutante, urbaine et européenne, leur propension à l’avant-garde, la mélancolie qui s’installait dans leur musique… Tout était là pour me plaire. Ainsi, j’ai de l’estime pour le premier album de Christa Päffgen, alias Nico, qui permet, certes d’une autre manière, de prolonger sa participation sur le légendaire album The Velvet Underground & Nico.

D’une part, le titre de son premier disque solo se réfère à un film de 1966 dans lequel elle a figuré : Chelsea Girls d’Andy Warhol, parrain du VU. D’autre part, non seulement la production est assurée par Tom Wilson (le producteur « réel » du premier VU), mais la moitié des chansons est écrite par des membres du Velvet (Lou Reed, John Cale, Sterling Morrison). Parmi ces dernières on compte plusieurs réussites, constituant le cœur de l’album : ‘Chelsea Girls’, longue ballade douce et subtile, faussement naïve ; ‘Winter’, rythmé par les saillies du violon cinglant de John Cale ; ‘It Was A Pleasure Then’, forme de méditation sobre et ascétique, à mi-chemin entre l’hostile et l’ésotérique.

Pourtant, le disque n’est pas exempt de contradictions. Contradictions fécondes ou non. En fait, trois morceaux sont écrits par Jackson Browne. Deux d’entre eux sont assez relevés et ouvrent le disque. Il s’agit de ‘The Fairest of the Seasons’ et de ‘These Days’. Leur interprétation reste assez étrange au vu de la nature mélodique de ces compositions (que des arrangements de type chamber pop n’auraient pas déparées). On assiste alors à un choc de culture. Ces compositions raffinées se frottent à la voix dure de Nico. Son chant, en général plutôt libre, semble devoir se brider pour se conformer à ces structures de morceaux bien établies. Le résultat est intrigant, très réussi et envoûtant, cette ouverture de disque attirant immédiatement l’oreille avertie de l’auditeur.

Je suis en revanche beaucoup moins fan de la voix de Nico sur ‘Somewhere there’s a Feather’, autre titre de Browne. Et concernant les autres morceaux je les trouve également moins convaincants, restant agréables tout au plus. Notons aussi un titre de... Bob Dylan, ‘I’ll Keep It With Mine’, mais comme le reste, je le trouve un tantinet anecdotique. Il devient néanmoins difficile de se plaindre ici de la qualité de l'entourage artistique de la dame...

Chelsea Girl, créateur de contrastes, est un bon début pour l'aventure « solo de Nico », même si son style si particulier ne se dévoilera que sur le prochain album The Marble Index, avant de prendre son envol sur l’emblématique et visionnaire Desertshore. D’ailleurs, la chanteuse elle-même était un peu effrayée par son premier disque, notamment à cause de certains arrangements qui lui déplaisaient fortement. Mais n’ayons crainte, elle aura l’occasion de retrouver toute sa liberté créatrice sur les albums suivants.

Note : 4,5/6

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vendredi, mars 02, 2012

KRAFTWERK Kraftwerk (1970)

Kraftwerk - Kraftwerk
Expérimental / Minimalisme (Allemagne)


La première période de Kraftwerk reste assez méconnue. Elle se compose de trois disques expérimentaux (Kraftwerk 1 & 2, Ralf und Florian) et constitue l’« archéologie » de la discographie du groupe, comme le dénote Florian Schneider, l’une des deux têtes pensantes de la formation, avec Ralf Hütter. Ici, on est encore loin de leurs Robot Musik / Volksmusik qui ont fait les lettres de noblesse du groupe et ont inspiré la scène électronique comme la new wave plus que tout. Mais l'on retrouve déjà un minimalisme chirurgical, et un esprit typiquement allemand. Kraftwerk, comme beaucoup de groupes germains, a su donner ou compléter fortement l’identité musicale de son pays. Économie de sons, économie de mouvements, économie de sentiments, le premier album de Kraftwerk présente une authentique liberté de composition et d’exécution.

Ralf Hütter & Florian Schneider créent ici une musique avant-gardiste, parfois assez hostile, nihiliste, quasi-scientifique, et gardant ainsi plusieurs ponts avec la musique industrielle à venir ; le disque présente aussi bien les thématiques urbaines et mécaniques, qu'une musique abrupte, aride et minimale, parfois agressive, froide et blanche. De plus, « Kraftwerk » signifie « centrale électrique » et la pochette de ce premier album présente un plot de sécurité ready-made… Nous sommes donc bel et bien devant un album très contemporain.

Au niveau des musiciens, un batteur joue pour chaque face du disque : Andreas Hohmann sur la face A, Klaus Dinger sur la face B (en réalité uniquement sur le dernier morceau du disque). Ce dernier formera avec Michael Rother (venu prêter main forte à Kraftwerk pendant quelques mois après le premier album) le groupe Neu! en 1970, après leur départ de Kraftwerk. À noter enfin la présence de Conrad Plank à la production (il travaillera aussi sur les albums de Neu!, entre autres).

Le disque peut se diviser en 4 mouvements de 8 à 12 minutes, correspondant chacun à des caractères différents bien marqués :
 - ‘Ruckzuck’ garde une prédominance rythmique, motivé par un violon électrique et une flûte un peu maltraîtée, avant de sombrer peu à peu dans une forme d’anarchie expérimentale. On y repère aussi le thème d’ouverture qui sera rappelé par celui du titre ‘Trans Europa Express’, issu de l’album du même nom (sorti en 1977).
 - ‘Stratovarius’ est quant à lui beaucoup plus véhément et bruitiste. Un peu spatial, un peu angoissant, présentant encore des rythmes tenaces mais tout en froissant, déchirant les textures sonores.
 - Après des oscillations de sons gondolées, ‘Megaherz’ se transforme en une belle plage atmosphérique et sereine, réalisée en duo par Schneider et Hütter.
 - Enfin ‘Vom Himmel Hoch’ reste une magnifique trouvaille imitant le son des avions de guerre grâce à leurs synthétiseurs (avec usage massif de l’effet Doppler). Le cœur du morceau révèle par ailleurs un court dialogue burlesque, drôle et ludique, entre synthés-robots. Peut-être un avant-goût de l’avenir…
Dès lors, Kraftwerk a déjà cette propension à imiter des objets réels de notre quotidien ou de notre futur, de façon sémiotique, à travers des sons très évocateurs. On le verra plus tard avec ‘Autobahn’ ou ‘Trans Europa Express’, notamment.

Renié par le groupe, plus que difficile à trouver (n’est plus édité depuis un moment déjà), le premier album de Kraftwerk, petit trésor vieillot, garde pourtant une certaine jeunesse et influença probablement tout un pan de la musique expérimentale et minimale.

Note : 5/6

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jeudi, mars 01, 2012

ASH RA TEMPEL Schwingungen (1972)

Ash Ra Tempel - Schwingungen
Kosmische Musik (Allemagne)


Schwingungen, magnifié par sa superbe pochette toute simple, est le second album d’Ash Ra Tempel. Klaus Schulze n’est plus de la partie, se consacrant dès lors à l’enregistrement de son premier opus, Irrlicht. Il est remplacé à la batterie par Wolfgang Müller, accompagné d’une petite poignée d’invités… et notamment d’un chanteur ! (différence notable avec le précédent disque). Le chant exubérant de John L (ex Agitation Free) se rapproche un peu de l’univers de Can, à mi-chemin entre Malcolm Mooney et Damo Suzuki. Peut-être un poil irritant, il s’agirait du point faible de Schwingungen, parasitant quelque peu la qualité des morceaux. Il leur donne néanmoins un côté prophétique et incantatoire, participant grandement à l’identité de l’ensemble. Au niveau « instrumental », Schwingungen semble plus léger que le précédent album, en gardant un certain aspect minimal, moderne, cosmique. On y trouve des moments spatiaux et psychédéliques, réunis dans deux grands morceaux d’une vingtaine de minutes, le premier étant scindé en deux plages contradictoires : ‘Light: Look at your Sun’ et ‘Darkness: Flowers must Die’. La première est un blues assez classique, la seconde s’excite davantage, marquant une progression vers plus d’expérimental atmosphérique. D’une façon différente du premier disque, les guitares brûlantes d’Ash Ra Tempel, parfois explosives, côtoient des climats plus planants avant d’être appuyées par un sax alto en liberté et des percussions tribales. Le même langage que le premier opus, mais un univers autre. Divisée également en deux sections (‘Suche’ & ‘Liebe’), la seconde composition, éponyme, nous fait part d’un mystère fragile et inquiétant. Une fois encore, l’énergie des guitares semble s’être diluée dans d’étranges sons et silences, le temps d’un long songe sidéral, avant que la coda du morceau nous montre le chemin d’une lumière rayonnante et mélancolique. Toujours un peu extatique et illuminé, Ash Ra Tempel nous ouvre de cette façon les portes d’une musique personnelle, contemplative et hallucinogène, exaltée et spirituelle. Schwingungen reste le témoignage vivant d’une époque, entre nostalgie méditative et visions futuristes. Une fois encore, le krautrock semble bien hors du temps…

Note : 4,5/6

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