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Exil progressif

Un blog old-school sur les musiques progressives et psychédéliques

samedi, octobre 19, 2013

OPETH Watershed (2008)

Opeth - Watershed
Métal progressif (Suède)


Watershed signerait-il le début d’une nouvelle période artistique pour Opeth ? Le groupe ne délaisse pas son style, l’enrichissant toujours de dynamiques progressives, mais deux nouveaux membres se joignent au projet : le batteur Martin Axenrod et le guitariste Fredrik Åkesson. Ce, après deux départs majeurs, scellant la fin d’une ère particulièrement féconde : Peter Lindgren, qui représentait beaucoup l’âme du groupe, et Martin Lopez, quittant ses fûts pour des problèmes de santé. La fin d’un line-up d’exception, à l’origine de nombreux disques de grande valeur.

Watershed est un disque intéressant mais déstabilisant (et donc difficile à évaluer), pour trois raisons :

- Tout d’abord, les meilleurs passages de Watershed semblent paradoxalement les plus calmes (les plus accessibles aussi ?) : la jolie intro ‘Coil’ (où s’invite la voix cristalline de Nathalie Lorichs), la section claire de ‘Porcelain Heart’, le début de ‘Hessian Peel’ et la ballade ‘Burden’ brillant pour son final de soli de guitares de toute beauté…

- De plus, à l’écoute de Watershed, on reste un peu dans l’attente d’un de ces riffs métal qui font la marque de fabrique d’Opeth. En vain… et ce malgré des morceaux à tiroir fougueux, sombres et toniques, proposant des changements de structure plutôt fluides. Cela est un peu frappant, surtout après un Ghost Reveries qui n’était pas avare en riffs implacables, Watershed ressemblant parfois aux chutes studio de ce dernier (s’il on veut noircir le trait).

- Enfin, avec ce nouvel opus, on retrouve un Opeth un tout petit peu moins inspiré et magique, un peu à la frontière entre la mélancolie qui nous anime et le glauque pas très sympathique. Les ambiances nous paraissent parfois un peu étrangères, moins captivantes, plus difficiles à appréhender. Toutefois, l’album semble miser davantage sur l’équilibre et la cohérence entre des passages inquiétants et d’autres plus apaisés, le tout appuyé par une production lisse et agréable.

Watershed reste un album d’Opeth, donc un album présentant des qualités de composition certaines, bien qu’un peu plus effacées que par le passé. Grâce à ses atouts indéniables, ce neuvième album du groupe regorge de belles surprises enfouies, et arrive finalement à ses fins, sans pour autant être la pierre angulaire de la discographie.

Note : 4,5/6

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dimanche, octobre 13, 2013

OPETH Ghost Reveries (2005)

Opeth - Deliverance
Métal progressif (Suède)


Aux premiers abords, Ghost Reveries ne semble pas apporter grand-chose à la discographie déjà si riche et exemplaire d’Opeth. Et pourtant, deux approfondissements non négligeables permettent aux rêveries fantomatiques du groupe d’atteindre des sommets artistiques : l’héritage toujours plus présent du rock progressif, et des riffs magistraux venus de l’au-delà, alors qu’on pouvait penser qu’Opeth avait déjà tout dit.

Le groupe a visiblement encore à offrir, pour notre plus grand plaisir. Le plaisir d’avoir devant nous un nouveau panorama merveilleux, animé d’une réelle ambiance, à la fois ancestrale et naturaliste, d’où émerge une forme de mysticisme envoûtant. Les textures des claviers de Per Wiberg (fraîchement membre officiel du groupe) apportent notamment du corps à l’album, et un côté suranné lié à la culture folk et au prog-rock seventies. Des compositions comme ‘Atonement’ ou ‘Hours of Wealth’ vont dans ce sens.

Opeth parvient également à se transcender à travers de nouveaux morceaux éblouissants. ‘Ghost of Perdition’, en ouverture, est une pure merveille, notamment grâce à sa section claire absolument renversante, reprise en toute fin de façon impériale et décisive. ‘The Baying of the Hounds’ lui succède triomphalement, faisant florès de nombreux riffs efficaces. Et que dire de ‘Beneath the Mire’ ou des douze minutes de ‘Reverie/Harlequin Forest’, capables de nous proposer de passages subjuguants et hors du commun… semblant ouvrir la voie vers une autre réalité musicale.

Pour sa complexité étourdissante, la qualité de ses motifs, et pour tout le sens qu’Opeth donne aux textures, Ghost Reveries est un disque particulièrement intense et profond. Un authentique album de synthèse progressive, empreint de romantisme et de mélancolie ; c’est ainsi qu’‘Isolation Years’, clôturant l’album, nous enlace dans une dernière rêverie évocatrice et introspective, montrant une fois encore toute l’équivocité d’un opus d’exception.

Note : 6/6

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samedi, octobre 12, 2013

OPETH Damnation (2003)

Opeth - Damnation
Acoustique (Suède)


Deliverance, sombre et heavy, et Damnation, album à dominante « acoustique », forment une paire intéressante. Deux disques twins se complétant par leurs contraires, et sortis à 5 mois d’intervalle… Damnation est donc l’occasion pour Opeth de se concentrer uniquement sur deux composantes liées, encore trop restées dans l’ombre de leur art : les ballades légères et les voix claires. Une musique faussement tranquille, à la fois assez simple et pure mais aussi légèrement sophistiquée.

Les compositions ne sont donc pas vraiment dépouillées. Sur tout l’album la basse semble bien présente et sereine, la batterie scintille, le piano de manoir s’invite au récital, et entre quelques solos tout en touché, les guitares s’enveloppent de nappes de mellotron… Le tout est bien sûr animé par la voix claire de Mikael Åkerfeldt. On semble vraiment dans un autre univers par rapport à Deliverance et ses prédécesseurs. Je me demande du reste si les deux titres d’albums n’auraient pas pu être inversés.

Les premières écoutes n’ont pourtant pas été satisfaisantes de mon côté, jugeant cet aspect d’Opeth un peu trop doucereux, mielleux. J’aime beaucoup le registre acoustique, mais l’interprétation d’Opeth me gênait dans Damnation. Le groupe s’était montré pourtant brillant jusqu’alors dans cet exercice, quand il se concentrait sur une chanson isolée (‘Harvest’, ‘Credence’, ‘Benighted’…) ou fonctionnait par touche (‘Face of Melinda’, ‘A Fair Judgement’…)

Mais si cela n’était pas ma tasse de thé au départ, la démarche étant trop jusqu’au-boutiste à mon sens, j’ai fini par prendre un peu goût à Damnation. Notamment pour ses beaux morceaux, assez lumineux, comme ‘Windowpane’, ‘To Rid the Disease’, et ‘Hope Leaves’ bien sûr, comptant parmi mes préférés du disque, grâce à sa mélodie et à ses ambiances. Sans oublier les mystères de ‘Weakness’, sur lesquels l’opus se referme.

Le disque pourrait ressembler à un pari, à une originalité. C’est au contraire un exercice qui devient familier, parce qu’affirmation d’une identité artistique. L’album est globalement réussi même s’il se glisse un peu timidement au sein de la discographie du groupe. Il reste néanmoins un disque de valeur. On y cultive un bonheur simple, des moments d’une douceur surannée et mélancolique, se révélant toujours précieux.

Note : 4,5/6

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mardi, octobre 08, 2013

OPETH Deliverance (2002)

Opeth - Deliverance
Métal progressif (Suède)


Deliverance avait fait grand bruit à sa sortie. Le milieu du métal commençait à s’agiter, attendant la sortie du graal avec impatience et excitation. Et le résultat fut à la hauteur : Deliverance est un disque percutant et énergique, certes plus opaque que les précédents, mais capitalisant avec succès sur toute la dimension sombre que le groupe entretient visiblement de plus en plus. Et puis il me rappelle pas mal de (bons) souvenirs… Je me rappelle déjà son achat, le ramenant chez moi précieusement, dans ma besace, bien au chaud.

Une fois encore, un album d’Opeth est revêtu d’une très jolie pochette… Elle exprime le côté très noir de l’œuvre, son univers fantomatique (My Arms, Your Hearse et Blackwater Park  n’étaient pas en reste à ce niveau-là), et aussi une forme d’esprit originel ; le livret est assez évocateur, avec cette demeure morne et surannée, pourtant assez classieuse. De plus, je trouve intéressant d’avoir mis une vue d’un intérieur plutôt qu’une image de paysage, comme cela fut quasiment toujours le cas avec Opeth. Ce changement donne un aspect plus concret, voire plus humain à la musique du groupe.

Succéder à Blackwater Park n’est en tout cas pas chose aisée. Mais cela entraîne aussi un engouement qui peut se révéler positif. Deliverance arrive à surfer sur la vague de sympathie toujours plus grandissante pour un groupe d’exception. Il apporte aussi des changements, des inflexions, étant à mon sens davantage heavy mais aussi plus brutal que les deux œuvres précédentes, pour prendre un panel de disques cultivant les mêmes bases. Et il entretient toujours cet aspect ténèbres-lumière, même si les premiers semblent prendre ici une nouvelle longueur d’avance.

Sur les six morceaux (dont un interlude) qui composent Deliverance, j’en choisirais trois :

- le morceau-titre, et ses rythmiques en acier. L’intro n’est d’ailleurs pas sans me « rappeler » ‘Wealth’ des compères de Katatonia, sorti 2 ans plus tard (n’oublions pas qu’Åkerfeldt était le chanteur de leur deuxième album). J’aime vraiment beaucoup la fin, avec ce riff terrassant, annonciateur de quelque chose d’encore inconnu. Il s’en dégagerait presque une forme d’euphorie légère… Je trouve l’allure de ce motif assez novatrice pour du Opeth.

- ‘A Fair Judgement’, plus épique, symbolisant un peu une lumière triomphale dans cet opus, apportant tout son souffle libérateur. La section middle est aussi très subtile, et la fin du morceau, plus pesante, laissant traîner ses spectres de mauvais augure, permet de varier intelligemment les caractères.

- ‘Master’s Apprentices’, figurant dans mon top 5 des titres favoris du groupe. Un morceau très heavy, avec une section middle ensorcelante et irrésistible… et un final renversant se prolongeant victorieusement pendant quelques minutes ; écoutez un peu la batterie, la performance de Martin Lopez étant d’ailleurs royale dans tout l’opus…

Deliverance, comme tout album d’Opeth, cultive l’identité du groupe, tout en se fondant brillamment avec son époque. Il y a toujours ce respect de l’héritage, tout en restant à l’écoute des sons contemporains… pour la création d’un univers grisant, d’un chez soi, certes déstabilisant pour ses atmosphères, mais qui contient en lui encore suffisamment de lumière pour s’y retrouver sereinement. C’est vrai, Deliverance est un disque impressionnant. Je ne sais pas s’il s’agit nécessairement du meilleur Opeth, mais il fait indubitablement partie de ceux qui me sont les plus proches.

Note : 6/6

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lundi, octobre 07, 2013

OPETH Blackwater Park (2001)

Opeth - Blackwater Park
Métal progressif (Suède)


Still Life était un bien grand disque… et c’est dans son terreau fertile que Blackwater Park va puiser ces racines. L’équilibre acoustique-électrique a été trouvé, il s’en trouve désormais renforcé. Et là où réside la force de ce nouveau disque, c’est dans ses ambiances. Les musiciens sont parvenus à insuffler une « âme » dans l’œuvre, un « souffle », un véritable « esprit ». On ressent toujours cette atmosphère frissonnante, un peu lugubre et magique, qui avait été créée dans Still Life et qui anime davantage Blackwater Park, avec encore plus d’intensité.

J’avoue ne pas avoir cédé tout de suite à l’appel de Blackwater Park. Je l’avais repéré en 2001, une des années propices pour renforcer ma culture métal, très à l’écoute du genre à cette époque. Mais si les premières écoutes furent satisfaisantes, voire très stimulantes, je ne pus saisir l’essence de l’album que quelques années après. Ma vision d’ensemble de l’œuvre Opeth-ienne et son approfondissement m’ont probablement permis de mieux cerner l’intérêt et le rôle de chaque pièce de ce puzzle si riche.

Les atmosphères semblent se fondre avec les instruments. Ces derniers mugissent comme le vent qui ébruite les feuilles. Nous sommes perdus dans la brume épaisse d’un parc inconnu, pas très rassurant, mais sachant nous montrer sa beauté profonde avec générosité. ‘The Drapery Falls’, un des plus grands morceaux d’Opeth, est le plus dans cet esprit, notamment grâce à ces sons de guitare qui semblent nous appeler, se plaindre au loin… Absolument saisissant, une pure merveille… Les ambiances guident l’ensemble des morceaux, notamment ‘Bleak’, et surtout le titre éponyme, nous plongeant un peu plus dans l’épaisseur d’un monde étrange, peuplé d’arbres fantomatiques.

Il y a aussi ce morceau acoustique intense, très mélancolique, assez poignant : ‘Harvest’, le successeur de ‘Benighted’ et ‘Credence’, moins intime, plus fédérateur. Il s’y mêle un sentiment universel et en même temps une grande plainte nostalgique venant de l’intérieur. Opeth semble décidément s’aguerrir à tous les niveaux, dans toutes les facettes de sa musique, entre ténèbres menaçants et lumières diaphanes. Une musique des opposés, des compromis, une musique des saisons intermédiaires, comme le printemps et surtout l’automne, particulièrement propice à son écoute.

La production, parfaitement claire, nous laisse entrevoir les différents caractères du disque, et met bien en valeur les instruments qui les expriment. Ce qui permet à ‘The Leper Affinity’ de conserver tout son côté percutant, à ‘The Funeral Portrait’ de nous montrer ses riffs à la fois terrifiants et éblouissants, et à l’excellent ‘Dirge for November’ de nous envoûter plus encore de toute sa tension dramatique.

Blackwater Park, tout en étant moderne, retient en lui un véritable héritage (nous aurons peut-être l’occasion d’en reparler plus tard), teinté de folk et de musiques progressives. Il préserve aussi d’album en album ce côté « naturaliste », originel, en exprimant également toute sa force brute. Blackwater Park est un album résolument métal, résolument romantique, apportant à l’univers des musiques extrêmes tout son arôme, tout son sens et toute sa subtilité.

Note : 6/6

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dimanche, octobre 06, 2013

OPETH Still Life (1999)

Opeth - Still Life
Métal progressif (Suède)


Still Life… une bien belle pochette. Mais ce qui nous interpelle ici est bien évidemment le contenu : Still Life semble poser la dynamique de la majorité des albums d’Opeth à venir. Les deux premiers albums étaient un peu à part, mais montraient déjà la complexité comme l’osmose acoustique-électrique qui pouvaient émerger de leurs compositions. My Arms, Your Hearse, le troisième, était davantage un album de transition, de tentative de clarification. Au final, trois albums de grande qualité (et surtout le deuxième, Morningrise…)

Avec Still Life, les bases sont définitivement posées, Blackwater Park semble annoncé, tout comme la logique des albums suivants, déclinant l’identité musicale d’Opeth tout en diversifiant subtilement les angles et les approches, tout en apportant sans cesse des compositions d’envergure. Opeth est du côté du métal, brut et progressif, électrique et acoustique. Vigoureux et extrême, mélancolique et romantique. Traditionnel et moderne, avec cette complexification des structures, des harmonies et des rythmes, et donc des chemins, des accès nous menant à l’essence d’une musique si impressionnante.

Il est important de noter que Still Life établit véritablement un line up stable pour 6 albums : Mikael Åkerfeldt (guitare & chant) – Peter Lindgren (guitare) – Martin Mendez (basse) – Martin Lopez (batterie). Ce n’est donc pas étonnant de voir que le style d’Opeth comme ses acteurs témoignent d’une continuité et d’une réelle cohérence artistique pour les années suivantes. Certes, précisons que Mendez joignit le groupe pour My Arms, Your Hearse, mais pas suffisamment tôt pour assurer les parties de basse, dont s’occupa finalement Åkerfeldt.

Parmi les plus belles pièces de l’opus : ‘Moonlight Vertigo’, ‘Serenity Painted Death’, ‘Face of Melinda’ et ‘Godhead’s Lament’. Ce qui est notamment frappant dans ces highlights, c’est cette science du motif guitaristique, cette architectonique du riff, et comment les instruments se mettent au service d’une ambiance ; quand je vous disais que Still Life préparait le terrain à Blackwater Park… Le terrain, le discours, la méthode. Les chemins. Impénétrables aux premiers abords, ils vous mèneront à des territoires jusqu’ici inexplorés, la qualité de certains passages, plus efficaces, aidant à la découverte.

On pourra être plus réticent sur l’histoire racontée, naïve, voire sur la production, que certains (mais pas moi) jugeront un peu fade, ne mettant pas encore tout à fait en lumière les intentions du groupe. Mais au niveau des compositions le travail effectué absolument remarquable, et le pas en avant non négligeable d’un point de vue artistique. Still Life ouvre de nouveaux accès, de nouvelles voies. Sorti en 1999, cette année magique pour le métal, il est encore temps de s’y engouffrer comme de s’y ressourcer.

Note : 5/6

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mardi, février 21, 2012

OPETH My Arms, Your Hearse (1998)

Opeth - My Arms, Your Hearse
Métal progressif (Suède)


Opeth semble s’être vidé de quelque chose. Pour éclore ailleurs. La section rythmique qui avait ourdit tant de belles choses sur l’opus précédent n’est plus là. Certes Johan DeFarfalla & Anders Nordin ne font plus partie de l’aventure mais l'arrivée de Martin Lopez à la batterie, ce n’est pas rien non plus, assurément. Le groupe abandonne également les structures de plus de 10 minutes. Les voix claires prennent davantage d’espace, les guitares acoustiques aussi. Le groupe semble rechercher un nouvel équilibre. Ailleurs. Un temps nouveau pour Opeth est arrivé et My Arms, Your Hearse demeure l’album de transition propice. Un vrai régal aussi. Un concept album enfin, sur les errances d’un fantôme autour de la femme qu’il a aimée. Musicalement, la tempête est toujours de mise avec une ouverture magistrale : ‘Prologue’/‘April Ethereal’. Le groupe soigne ses premières pistes, emblématiques (et notamment leurs motifs de conclusion), une habitude qui le suivra pour notre plus grand plaisir. Les riffs sont toujours efficaces, alambiqués, mélodiques, même s’ils demeurent plus directs que sur les deux albums précédents. Plus timoré et moins éblouissant, riche et impressionnant que ‘Morningrise’, My Arms, Your Hearse reste pourtant un successeur particulièrement digne. Creuset du nouvel Opeth, authentique préparation pour les disques suivants (écoutez ‘When’ par exemple, terrassant), nouvel preuve éclatante du talent d’une formation qui sait composer des œuvres d’envergure, et des titres perforants et décisifs comme jamais. ‘Demon of the Fall’ en est une preuve remarquable. J’ai aussi un petit faible pour le folk de ‘Credence’, annonciateur de beaucoup de belles choses futures, et le troublant ‘Epilogue’, mélancolique et incandescent, qui me laisse dans une rêverie crépusculaire. Pas grand-chose à blâmer une fois encore. La magie d’Opeth est bien là, et pour longtemps.

Note : 5/6

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samedi, février 18, 2012

OPETH Morningrise (1996)

Opeth - Morningrise
Death métal progressif (Suède)


Nouvelle énigme d’Opeth, Morningrise est le premier album d’envergure du groupe. Orchid avait déjà tracé un chemin, de manière plutôt réussie, mais Morningrise pousse Opeth vers une nouvelle dimension. Déjà, la pochette reste des plus sublimes et des plus évocatrices. Pour avoir acheté le vinyle, je reconnais que c’est un vrai plaisir de pouvoir l’admirer sur ce format. Et puis ce son… Dense, opaque, équilibré, brillant, éclatant. Les guitares rugueuses et sombres sont toujours de mise, la saturation est lourde, mais Opeth ourdit ici une très belle synthèse acoustique/électrique (avec parfois des passages au chant clair), quelque part entre la puissance du death metal et les atmosphères forestières du black metal. La basse se gonfle, claque, s’entortille, la batterie percute, explose, groove. La section rythmique fait souvent preuve d’un feeling étonnant et enivrant, parfois presque jazzy. Et tout se développe au sein de larges structures, encore une fois complexes, avec une expertise du son et de l’arrangement un cran au-dessus de l’opus précédent. Morningrise semble davantage porteur de sens qu’Orchid qui, sans négliger ses qualités, lui ferait presque office de brouillon. Toujours très sibyllin, à la fois sombre et lumineux, ce deuxième album a beaucoup à offrir. ‘Advent’ est un classique des ouvertures de disques opethiens : une introduction fracassante, une incursion des guitares acoustiques, de grands moments organiques pour la section rythmique, une envolée de chant clair, une tempête de basse sinueuse… Les premiers ingrédients sont présents. Et Opeth nous dévoile tout son ‘Nectar’, une des plus belles réussites du groupe, avec notamment cette séquence entêtante dans laquelle la guitare acoustique et la basse se rencontrent dans une vraie dynamique progressive [autour de 8:00]. ‘The Night and the Silent Water’ qui le précède n’est pas en reste. L’hymne à l’eau noire. On retrouve les lignes mélodiques et les riffs renversants et efficaces qui font lorgner Opeth du côté du dark metal suédois (stricto sensu, ce qui conforterait l’idée d’une synthèse black/death si on veut). Une section plus calme s’y dévoile également, plus méditative. Mais le cœur du disque, progressif, réside peut-être dans les vingt minutes de ‘Black Rose Immortal’. Une ode électrique et folk, pleine de rage mais aussi de souplesse rythmique. Le groupe étire les structures naturellement. Certes, cette longue pièce regorge de différents mouvements plus ou moins autonomes, mais ces derniers s’associent plutôt bien. ‘Black Rose Immortal’ est plus difficile d’accès que le reste du disque mais il résume assez bien l’ensemble, asseyant un peu plus son homogénéité. L’opus se referme sur des points de suspension, ceux de ‘To Bid You Farewell’, forme de ballade opeth-ienne subtile et complexe, mettant encore une fois en valeur l’identité forte du groupe. Devant tant de richesses, de compromis artistiques nécessaires, Morningrise ne se trouve pas loin du zénith. Non loin de la perfection, non loin de l’absolu. Opeth a encore beaucoup à nous faire découvrir. Avec ses deux premiers disques nous ne sommes qu’à l’aurore d’un grand voyage. La route est longue, les écoutes exigeantes. Et ceux qui persévèrent découvriront sans mal les secrets que Morningrise veut révéler.

Note : 6/6

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mercredi, février 01, 2012

OPETH Orchid (1995)

Opeth - Orchid
Death métal progressif (Suède)


Mais qui est donc David Isberg ? Souvent, les routes qui nous mènent à la musique et les parcours qui nous font évoluer au sein même de l’art sont pour le moins étranges. David Isberg, musicien suédois, est à l’origine de la formation en 1990 d’Opeth, groupe incontournable de la scène métal. C’est lui-même qui sollicita l’un de ses membres cruciaux : Mikael Âkerfeldt… Mais leurs chemins se séparèrent. David Isberg, sans oublier ses premiers amours, est devenu DJ Dake, parfois influencé par la scène Madchester dont nous reparlerons peut-être ici. Opeth, de son côté, développa sa musique, sa syntaxe, son essence.

Orchid est le premier album de ce groupe de référence. Un peu à la façon des premiers disques des formations phares du doom (Katatonia, Paradise Lost, My Dying Bride, Anathema) ou du death suédois (In Flames, Dark Tranquility), le son est raw, brutal, primitif voire primaire, mais sans négliger, en filigrane, une recherche mélodique embryonnaire. Le grain du death metal et son agressivité se marient ici à l’éclosion de guitares acoustiques. La musique d’Opeth révèle déjà sa complexité, mais sans trop en montrer. Encore aride, opaque, Orchid met du temps à être apprivoisé par l’auditeur. Opeth est encore à l’étape de la genèse mais impressionne déjà par sa personnalité, et par certains passages qui ne trompent pas : l’introduction mélodique de ‘In Mist She Was Standing’ et ses guitares entremêlées qui ne nous lâcheront plus… la section acoustique et menaçante d’un ‘Under The Weeping Moon’, telle l’eau noire qui dort… et puis le piano crépusculaire de ‘Silhouette’… Un tableau mélancolique et onirique se peint progressivement, chaque morceau apportant ses touches personnelles, réfléchies et introspectives. L’épais ‘Forest of October’, le triomphant ‘The Twilight Is My Robe’ & l’épique ‘The Apostle In Triumph’ marquent par leur générosité et leur tempérament, malgré l’aspect parfois impénétrable de leurs agencements. À l’instar du titre d’ouverture, les structures s’allongent jusqu’à une quinzaine de minutes, les guitares se rencontrent, se chevauchent, et donnent naissance à des lignes mélodiques alambiquées, parfois fougueuses, faisant résonner en nous leurs échos. Orchid est un apprentissage lumineux. Et de ces premiers pas on retiendra volontiers les balbutiements d’une nouvelle grammaire dans une œuvre intrigante, dont les promesses ne tarderont pas à devenir réalité, et ce pour les quinze années à suivre.

Note : 4,5/6

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