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Exil progressif

Un blog old-school sur les musiques progressives et psychédéliques

jeudi, octobre 25, 2012

Kate BUSH Never For Ever (1980)

Kate Bush - Never For Ever
Art Rock/Pop (Angleterre)


Never For Ever est un premier tournant dans la discographie de Kate Bush. Elle s’éloigne de ses morceaux initiaux pour nous présenter un univers plus aventureux. Et cela s’illustre bien par une musique légèrement plus alambiquée et conceptuelle, sur laquelle elle exerce de nouvelles pirouettes vocales. L’émotion et la technique se mettent de plus en plus au service d’une musique complexe dont les contours et les chemins tentent de surprendre davantage. Une nouvelle géographie sonore se met en place, tout en dépaysant une nouvelle fois l’auditeur.

D’entrée, Kate Bush ajoute un tube bien célèbre à son registre : ‘Babooshka’, peut-être un peu irritant mais avec un couplet assez efficace et incisif. Si l’ensemble des titres tracent des ébauches de nouveaux horizons, je pense cependant retenir : ‘Blow Away (for Bill)’, davantage soul-jazzy ; ‘Egypt’, subtilité orientale ; ‘Wedding List’, très entraînant ; les atmosphères de guerres passéistes en cambrousse avec ‘Army Dreamers’ ; et même si ça braille un peu sur la fin, les charmes de ‘Breathing’. Avec tout cela je terminerais par ‘The Infant Kiss’, poignant et délicat, tout en restant fidèle à la démarche piano/voix de la miss.

Never For Ever demeure un changement de direction notable et solide, enrichissant de manière durable le parcours de Kate Bush. Le rêve et l’évasion onirique sont toujours présents, mais cette fois au sein d’un monde introspectif envoûtant donnant une puissance et un intérêt supplémentaire par rapport aux fondements des œuvres précédentes, même si la qualité des compositions est parfois équivalente.

Note : 4,5/6

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mardi, août 14, 2012

Peter GABRIEL Peter Gabriel [Melt] (1980)

Peter Gabriel - Melt
Art Rock/Pop (Angleterre)


Melt fait figure de premier classique de Peter Gabriel, à défaut d’être son premier chef d’œuvre. La dynamique de création d’une pop toujours plus complexifiée arrive à maturation et le Gab’ franchit un nouveau palier, atteint un nouveau stade dans l’inventivité musicale. Il ne s’agit pas seulement de juger la qualité d’écriture nette de chacun des morceaux ; ici on s’attarde presque davantage sur l’ensemble des arrangements qui fourmillent d’idées alambiquées et ultra modernes. La production à elle seule semble mériter une forme d’émerveillement auditif.

Bon, qu’en est-il des musiciens engagés dans ce nouvel album ? Mis à part les fidèles Tony Levin, Jerry Marotta, Larry Fast, Robert Fripp et maintenant David Rhodes, on note la présence de John Giblin à la basse, de Dave Gregory à la guitare, de Paul Weller sur ‘And Through The Wire’, et surtout de Kate Bush, l’égal musical féminin du Gab’. Les sax semblent prendre une place plus importante au fil des disques et sont assurés ici par Dick Morrissey. On ne saurait oublier non plus la participation de Phil Collins à la batterie et au surdo. La production est quant à elle dans les mains de Steve Lillywhite…

Et au niveau des morceaux ? L’ouverture déjà : ‘Intruder’. Crimsonienne en diable, tonitruante et torturée, effrayante avec ses barrissements... Tout le travail de maillage d’arrangements impressionne dès le départ et se laisse progressivement découvrir. La voix menaçante du Gab’ se pose sur ces enchevêtrements de percussions et de bruits synthétiques. Sa musique se veut davantage tourmentée et les arrangements sont là pour mettre en forme cet état d’esprit, pour le symboliser. Cela est évidemment prouvé par le titre suivant : l’indomptable ‘No Self Control’. Une vraie homogénéité se met en place, assez opaque de prime abord. À noter une version intéressante, plus posée et un peu décontenancée, dans le disque Peter Gabriel Plays Live (1983).

Puis ‘Start’, lueur dans la nuit. Le saxophone étoilé retentit et une mélodie mélancolique nous envoûte… avant de laisser place à la new wave visqueuse d'‘I Don’t Remember’, toujours à la limite du « mélodique », et assurant une prédominance rythmique quasi-autoritaire. La basse et les assauts de la batterie de Phil Collins y sont pour beaucoup. Peter Gabriel sait s’entourer et son groupe ne cesse de monter en puissance. Dans cette dynamique globale, ‘And Through The Wire’ et ‘Not One of Us’ assoiront un peu plus l’identité globale du disque. Pour le premier cité, j’aime beaucoup sa section middle, et moins son refrain un peu ramenard.

Concernant les autres morceaux déviant légèrement de la trame conceptuelle principale : ‘Family Snapshot’, plutôt réussi, replace l’album dans un moment d’accalmie toute relative ; ‘Lead A Normal Life’ suspend le temps à sa façon, avec un travail plus ambiant ; ‘Game Without Frontiers’ demeure un peu le tube (un peu irritant) de Melt (dans lequel on mesure la dualité Peter Gabriel/Kate Bush) et ‘Biko’ un classique live pour clore l’album d’un grand coup, hymne commémoratif taillé pour les stades qui préféreront cette fois une chanson aux minutes de silence.

Tribale, européenne, toujours moins rassurante, la musique schizoïde du Gab’ tend vers une world music synthétique et électronique claustrophobe et très personnelle. Peter Gabriel a eu souvent le fond, il a désormais la forme. À lui désormais de confirmer et de joindre les deux en les rendant toujours plus solides et solidaires.

Note : 5/6Morceaux fétiches : ‘Start/I Don’t Remember’, ‘Intruder’, ‘No Self Control’

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dimanche, juillet 08, 2012

Mike OLDFIELD Q.E.2 (1980)

Mike Oldfield - Q.E.2
Prog / Electronique (Angleterre)


"Q.E.2"… un titre énigmatique et une pochette qui ne l’est pas moins. Je dois dire que son côté rustique et minimaliste m’a poussé à jeter un œil au contenu, il y a quelques années. En fait, pour dissiper tout mystère, il s’agit d’un dessin représentant une partie de la coque du Queen Elizabeth 2. Les initiales du célèbre paquebot britannique vous donnent les clefs du titre du disque.

Et pour rester dans l'aspect concept, l’album amorce un peu une trilogie avec ses successeurs : Five Miles Out & Crises, le troisième volet étant déjà chroniqué ici-même. On décèle sur chacun le morceau ‘Taurus’, développé ainsi en trois parties.

Question contenu, je pense que c’est très subjectif. Si certains trouveront Q.E.2 attachant, j’ai personnellement beaucoup du mal. Je trouve que les sons ont vraiment mal vieilli, et que les mélodies, comme les arrangements, restent souvent plats et gênants, voire un peu ridicules par moment. Les parties de guitare n’ont quant à elles que peu d’intérêt à mon sens. Au niveau des atmosphères, c’est difficile à dire, il y a un certain travail évidemment, notamment à partir de l’héritage celte, mais le rendu un peu trop « numérique » engendre une ambiance vieillotte qui met un peu mal à l’aise.

Au niveau des pièces les plus importantes du disque, ‘Taurus I’ manque quand même d’envergure malgré sa longueur, et Q.E.2 n’apporte que trop peu, si ce n’est à la fin une mélodie typique un peu compromettante hors contexte. Parmi d’autres moments un tantinet encombrants, on note ‘Mirage’, sans grand intérêt, et ‘Arrival’, la reprise d’ABBA. Je n’ai par ailleurs jamais vraiment réussi à accrocher à ‘Sheba’, dont la mélodie me paraît de plus en plus insurmontable. À part ‘Conflict’ que j’épargnerais éventuellement, l’ensemble reste globalement un peu inoffensif, avec toujours cette atmosphère musicale étrange, un peu surannée, un peu nostalgique, on ne sait pas trop. Difficile d’y prendre part quand on est réfractaire au style. En tout cas, de mon côté, j’ai capitulé.

Note : 2/6

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mardi, novembre 02, 2010

STEELY DAN Gaucho (1980)

Steely Dan - Gaucho

Jazz-Rock / Lounge Pop (U.S.A.)


Gaucho est le dernier disque du groupe avant une longue période d’absence : 20 ans sans le moindre album studio pour la formation ! Dans la lignée du jazz-rock d’Aja, Gaucho présente une pop suave et méticuleuse, certes plus clinique que son prédécesseur, mais qui garde encore son côté stylé. Le soin apporté aux différents morceaux ne fait jamais défaut à un disque qui brille par son élégance, sa précision et sa sophistication.

Les emblématiques ‘Babylon Sisters’, ‘Hey nineteen’ & ‘Time out of Mind’ (dans lequel s’invite la guitare de Mark Knopfler) tiennent la dragée haute, quand ‘My Rival’ et ‘Glamour Profession’, plus incisifs et groovy, saisissent l’auditeur par leur cadence et leur régularité hypnotiques. La science du beat, encore une fois. Pour ‘Third World Man’ et le morceau-titre, où tout est une fois encore question de finesse, nous sommes indiscutablement en présence de deux grands titres, riches et pénétrants, presque émotifs, d’une très belle subtilité.

On perçoit ainsi toujours ce souci de l’atmosphère, de la justesse et de la mesure, de la souplesse et de la dextérité, le tout interprété par un personnel fourni et de haut niveau (Chuck Rainey, Anthony Jackson, Steve Gadd, Bernard Purdie, Michael Brecker, Patti Austin …). Et pourtant la route fut ardue pour parvenir à enregistrer l’opus : l’accident de Walter Becker, percuté par une voiture ; les problèmes de propriété de droits entre compagnies de disques ; la perpétuelle insatisfaction des protagonistes… Et puis un morceau, ‘The Second Arrangement’, aurait été effacé par mégarde…

Les difficultés d’enregistrement n’auront donc pas eu raison de la qualité d’un disque mature au possible, soigné et profond, et dont les ambiances lounge et soul, parfois nocturnes, plongeront l’auditeur dans un univers comme seul Steely Dan sait les créer, forme d’hommage au jazz mâtiné d’un vernis moderne, savante recette d’où résonne l’essentiel : la magie.

Note : 5/6

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samedi, mars 29, 2008

RUSH Permanent Waves (1980)

Rush - Permanent Waves
Art Rock / Prog / FM (Canada)


Difficile de ne pas succomber à l’explosion punk qui fit tant de mal au courant progressif. Difficile également de ne pas dénaturer son talent en s’orientant trop facilement vers une pseudo-new wave baveuse, c’est-à-dire vers le mauvais côté des 80’s (rassurez-vous, il en existe un bon : si elles n’ont pas atteint le zénith artistique des 70’s, les années 80 ont permis l’émergence d’une succession de groupes absolument excellents, et demeurent ainsi bien trop sous-estimées…). Pourtant, Rush a réussi à trouver la solution au problème en surfant à la fois sur la vague eighties, tout en gardant une certaine éthique progressive et une certaine énergie empruntée à ses origines hard rock. Permanent Waves est en fait l’aboutissement d’un crossover a priori contre-nature entre pop FM et rock progressif, influencé par le hard. Ce disque prouve également que c’est en se servant utilement des caractéristiques négatives (d’ailleurs souvent portées à tort) d'une époque que l’on permet l’émergence de nouveaux courants, de nouvelles possibilités musicales, bref que l’on atteint de nouveaux horizons artistiques. Un retournement de stigmates en somme. Permanent Waves opère donc un changement dans la carrière du groupe, qui va voir sa renommée accrue et solidifiée. Des morceaux courts et efficaces comme ‘The Spirit of Radio’, ‘Freewill’, le romantique et appliqué ‘Different Strings’ (une magnifique célébration de l’altérité), et l’épique et polymorphe ‘Natural Science’ (dont certains gimmicks inspireront des groupes comme Dream Theater), montrent ainsi au grand jour les ressources d’un groupe qui a su réinventer sa carrière.

Note : 5/6

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samedi, juillet 14, 2007

YES Drama (1980)

Yes - Drama
Progressif (Angleterre)


Au bord du gouffre, Yes le sera. Si, avec le temps, le groupe se rapproche de ses propres limites, un ultime sursaut est possible : Drama est l’occasion de surfer sur la vague pop FM pour en tirer du bon, pour se regénérer, pour créer quelque chose de neuf... Pourtant, Yes finira tôt ou tard par s’enfoncer dans la médiocrité de compositions pop particulièrement faibles et irritantes. Et il touchera le fond, à trop jouer avec le feu. Se servir du FM après l’explosion punk, ce n’est pas pour tout le monde... Rush restant d'ailleurs un modèle de réussite dans le genre.

Cela étant, avec Drama, Yes semble obtenir un vrai sursis. Et non sans certains changements majeurs au niveau de son histoire et de ses fondements : Rick Wakeman et surtout Jon Anderson ne font en effet plus partie du voyage. Le premier signe sa seconde fugue, après son retour en force sur Going for the One. Pour le second c’est plus problématique : après 12 ans de Yes, c’est l’un des deux fondateurs du groupe (avec Squire) qui se fait remarquer par son absence.

Pour les remplacer : Geoff Downes et Trevor Horn des Buggles. Oui, des Buggles… vous souvenez-vous de l’insupportable ‘Video Killed the Radio Star’ ? Eh bien c’est eux... Si ce changement de line-up peut engendrer un trouble d’identité au sein du groupe, et notamment en live, on retrouve tout de même avec Drama une fidélité au niveau des vocaux. Non seulement la voix de Trevor Horn n’est pas très éloignée de celle de Jon Anderson, mais les chœurs composés de Squire et Howe permettent de ne plus se sentir trop dépaysé.

En tout cas avec Drama, un univers très particulier se dévoile une fois encore. Il s’agit d’une musique presque légère, soutenue par des artistes jouant clairement sur les atmosphères (d’où l’importance des claviers sur ‘Run Through the Light’ & ‘White Car’ par exemple). En outre, l’alchimie est encore présente, n’en doutons pas, comme le prouve la solidité rythmique de ‘Tempus Fugit’. Quant à ‘Machine Messiah’ (eh oui 10 minutes, ça reste du Yes…) et ‘Into the Lens’, ils font figure de classiques du disque.

Avec Drama, le groupe affiche une grande vitalité, voire une véritable fraîcheur. La légère tonalité new wave de ce tableau d'ensemble se marie bien avec le progressif onirique et évocateur qui est ourdit dans l'œuvre. Tous les éléments positifs que Drama propose généreusement en font un album aéré et plaisant, un peu sombre et parfois assez énigmatique. Le disque d’une dernière chance saisie par les cornes. Avant la chute.

Note : 4,5/6

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lundi, juin 26, 2006

GENESIS Duke (1980)

Genesis - Duke
Pop progressive (Angleterre)


Intime et mélancolique, telle est Duke, l’aventure genesis-ienne ouvrant les années 80. Avec l’opus précédent And Then There Were Three, ce disque éloigne aussi Genesis de sa période progressive proprement dite pour ouvrir la « carrière » du groupe dans une veine plus pop, plus aérée, mais tout de même moins inspirée. Si Genesis continue d’ailleurs de façonner des tubes relativement honnêtes à défaut d’être renversants (‘Turn It on Again’, ‘Misunderstanding’), le plus important concerne le mini-concept que nous offre le groupe. Le disque démarre en effet par une introduction magistrale (‘Behind the Lines’) qui sera répétée à la fin de l’opus (‘Duke’s End’) et après l’excellent ‘Duke’s Travels’ qui lui-même réintroduit de très belle manière la mélodie du troisième morceau (‘Guide Vocal’), de façon totalement fluide. De grands moments donc ! Les autres titres sont en revanche un peu moins alléchants et ne demeurent pas vraiment des classiques du groupe (à part peut-être ‘Duchess’, morceau qui brille par sa légèreté) même s’ils contribuent à l’atmosphère particulière du disque (j’ai tout de même une petite tendresse pour ‘Man of our Times’). Genesis s’affranchit donc un peu plus de ses orientations musicales passées en créant une forme de post-prog, de néo-progressif personnel différent de ce que réalisera Marillion, groupe qui s’accaparera l’étiquette du style. Mais ça, c’est une autre histoire...

Note : 4/6

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