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Exil progressif

Un blog old-school sur les musiques progressives et psychédéliques

mercredi, mai 01, 2013

PINK FLOYD The Wall (1979)

Pink Floyd - The Wall
Pop-Rock/Concept (Grande-Bretagne)


The Wall reste sans doute l’un des disques conceptuels les plus connus dans l’histoire du rock, si ce n’est le plus réputé. On lui voue un véritable culte, et il assoie toujours davantage la popularité de Pink Floyd, comme son envergure.

Ce double album s’insère dans un dispositif en trois volets, comportant aussi une tournée grandiloquente, dans laquelle les musiciens construisent un mur sur scène pour les séparer du public, et le célèbre film sorti en 1982, réalisé par Alan Parker. Ce long métrage garde cependant une allure plutôt sinistre et a un peu mal vieilli. Mais, à l’instar du disque dont il est l’illustration, cela variera beaucoup selon les gens.

Beaucoup aura été dit sur The Wall en tout cas. Certaines théories à son égard peuvent se contredire radicalement tout en gardant une certaine pertinence.

Si je ne le place pas sur un piédestal, force est d’y constater la présence d’un certain « souffle » ; The Wall reste un disque de rêveur désabusé, à la poursuite nostalgique du passé. "The dream is gone", dit la chanson… Mais j’admets tout de même que la construction de son aura s’est faite davantage autour du disque.

Globalement, l’album The Wall présente pour moi deux défauts majeurs :
.les thématiques, un peu égocentriques et misérabilistes. Retracer de façon imagée les déboires de Roger Waters peut détourner l’intérêt de l’auditeur. Grossi par l’effet de loupe de la popularité, l’ensemble fini par sembler trop mégalo. Cela étant, on peut aussi s’y reconnaître d’une façon ou d’une autre.
.La faiblesse de trop nombreux titres. The Wall aurait gagné à être un disque plus simple, quitte à chambouler le concept et l'identité de l'album tel qu'on les connaît. Tailler davantage dans le roc aurait été salutaire pour rendre le disque plus dense et percutant (tournant dès lors autour de ses face A et C actuelles).

Mais ce serait injuste de passer outre les meilleurs moments, judicieux à plus d’un titre. Rétrospectifs et mélancoliques, ‘The Thin Ice’ et ‘Mother’ ressemblent à ces comptines d’artistes absorbés par leur passé. Cette tonalité désenchantée se retrouve aussi dans l’aérien ‘Comfortably Numb’, et son solo de guitare mythique. Enfin, je retiens surtout le bon enchaînement formé par ‘Hey You’ (marqué par sa très belle section middle), d’‘Is There Anybody Out There?’ plus atmosphérique, et de ‘Nobody Home’ plus intimiste. Un des climax de l’album à mon sens.

Dans l’ensemble, The Wall aurait gagné à être amélioré, sur le fond et sur la forme. Il apporte néanmoins de nouveaux morceaux solides pour le répertoire du Floyd, et une autre dimension en termes d’ambiances. Honni ou vénéré, The Wall reste un disque ambivalent ; certains s’y retrouveront, tandis que d’autres y seront insensibles, comme… face à un mur.

Note : 4-/6

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vendredi, décembre 21, 2012

Frank ZAPPA Joe's Garage (1979)

Frank Zappa - Joe's Garage
Rock / Fusion (U.S.A.)


Joe’s Garage est un album conceptuel… ou devrais-je dire un triple album conceptuel (l’acte I étant d’abord sorti seul, avant d’être complétés par les deux suivants) mettant en scène une histoire rocambolesque sur fond de musique crossover assez alambiquée, technique et ambitieuse (reggae, funk, pop, rock…) Le vernis proto-eighties et la production éclatante sont le décor attrayant pour le déroulement d’une pièce dans laquelle Zappa se Gainsbarre-ise, notamment en narrant ses textes. Malheureusement, les déceptions devant ce disque gargantuesque seront néanmoins multiples, comme je vais tâcher de l’expliquer.

Acte I. L’introduction, agréablement rythmée, nous met directement dans l’ambiance, narrée par le Central Scrutinizer, incarnation totalitaire nous suivant tout le long de l’histoire. Un détail déjà : pourquoi faire si long ? 3 minutes 30… n’est-ce pas un peu poussé pour juste présenter le décor ? Un premier choix qui m’étonne personnellement et j’aurais préféré quelque chose de plus incisif. Le morceau suivant, ‘Joe’s Garage’, est une chanson pop joviale. Très chantante, elle évoque pleinement l’histoire qui se met en place, mais en termes d’écriture pure, cela demeure quand même bien léger… Zappa prend évidemment une certaine liberté, distille son humour si particulier, mais cela n’en fait pas nécessairement une bonne chanson, ici longue, un peu gratuite, et très lassante. Le remuant ‘Catholic Girls’ qui le suit n’est pas terrible non plus, même s’il garde un côté entêtant, notamment sur sa section middle, tout en rupture rythmique. Les voix dans l’ensemble deviennent toutefois assez irritantes. Dès lors déboule le meilleur passage de l’Acte I : la « suite » ‘Crew Slut’ – ‘Fembot in a Wet T-Shirt’ – ‘On The Bus’. Bon, c’est surtout vers le dernier cité que j’avoue ma nette préférence, un bel instrumental rythmé et bien enchaîné. Les deux autres ont une valeur récréative et leur narration se mêle assez bien à la musique qui l’encadre. Pour poursuivre sur cet acte I je ne dresserai point de lauriers à ‘Why Does It Hurt When I Pee?’, étonnamment quelconque, même si j’apprécie évidemment la transition avec le morceau précédent. Quant au reggae romantique de ‘Lucille Has Messed My Mind Up’, on saluera l’idée de toujours aller chercher un autre genre musical pour le fusionner au concept général, mais la composition demeure tout au plus sympathique et légère, relativement entêtante et mélancolique, avec une prise de risque encore assez minime. Enfin, l’Acte I s’achève sur les mots du désormais incontournable Central Scrrrutinizer…

Acte II. C’est à mon sens dans ce deuxième moment que l’ensemble va vraiment chavirer dans le mauvais sens. ‘A Token Of My Extreme’ touche déjà au supplice, cette litanie qui n’en finit plus... Dès lors ‘Stick It Out’ survient, parvenant à être très entraînant, mais son côté limite ringard ne sera supportable que pour ceux qui accédent plus aisément au "trip" imposé par l’album. En fait la chanson contient une dynamique humoristique musicalement, alors pourquoi ajouter un texte aussi stupide ? Pour ‘Sy Borg’, l’interprétation vocale est de qualité et s’installe dans cette ambiance quasi lounge plutôt réussie, bien qu’assez convenue au final. Mais là encore, pourquoi est-ce si long ? La voix du robot est proprement insupportable et là, pour le coup, on est bien content que l’objet finisse à la casse à la fin... Ensuite, si ‘Dong Work For Yuda’ demeure un des titres les plus mièvres de l’album, celui qui lui succède est en revanche une vraie bombe rythmique : ‘Keep It Greasey’, une des réussites majeures. Déjà pour les accompagnements décalés de Vinnie Colaiueta, pour cette assise funky, lisse, décapante. Pour sa déchirure de larsen… Du grand art vraiment bien maîtrisé. Précisons que les textes sont toujours aussi idiots et gratuits, malheureusement. Enfin, à l’instar des ambiances déboussolantes d’‘Outside Now’ qui entrent en piste, l’Acte II arrive à redresser la tête hors de l’eau, bien tard il est vrai.

Acte III. Quatre longs morceaux pour compléter l’ensemble (8-12 minutes chacun), toujours accompagnés par la présence du très imposant Central Scrrrrrutinizer. Déjà, un premier titre assez complexe pour débuter : ‘He Used To Cut The Grass’. J’aime bien sa section onirique pour s’évader, et dans laquelle est citée la fameuse phrase : "Information is not knowledge. Knowledge is not wisdom. Wisdom is not truth. Truth is not beauty. Beauty is not love. Love is not music. Music is THE BEST…". ‘Packard Goose’ qui le suit est visiblement un classique mais il ne m’impressionne aucunement, et je le trouve assez long et inutile. J’apprécie plus ‘Watermelon in Easter Hay’, solo de guitare mélancolique qui résonne assez bien en moi. Le dernier morceau obtient les mêmes critiques que l’ouverture de l’acte I : une bonne fin décalée pour terminer le concept mais vraiment longuette… Existe-t-il des gens qui l’écoute régulièrement et d’une traite ? Ouch...

Globalement, parmi les points positifs, malheureusement mineurs, je retiens :
.La production, lisse, intelligente, mettant bien en avant les sonorités des instruments. Très agréable dès la première écoute, je n’ai pas grand-chose à y redire…
.La technique des musiciens, même si elle demeure stérile, n’étant pas au service d’une « grande » musique. Je note une grosse prestation rythmique en tout cas.
.L’idée de marier les genres musicaux, et leurs sons propres, indépendamment de la réussite de l’interprétation de chacun.
.Quelques morceaux que j’aime bien : ‘On the Bus’, ‘Keep It Greasey’, ‘Watermelon in Easter Hay’.

Parmi les points négatifs, je pense directement :
.Au concept assez stupide. Vulgaire, scabreux, salasse (en plus d’être manichéen et de la profondeur d’une flaque). Je n’ai pas l’humour de Zappa ici, ça ne me touche pas du tout, et je trouve presque mensonger de croire que cela tient du génie. C’est dommage que l’humour ne soit pas au niveau de sa musique, qui me parle déjà bien davantage... Les mauvais pressentiments d’Apostrophe se sont vérifiés, ont enflés. De plus le texte engendre, chez de nombreux titres du triple disque, un certain malaise qui empêche d’apprécier la musicalité à sa juste valeur, et donc de façon donc totalement contre-productive (certes, les plus fanatiques se remémoreront sans problèmes l’agencement, voire le « rythme vocal », de certaine répliques). Céder à la stupidité est une facilité. Serait-ce justement un éloge de la bêtise ? On ne peut pas tout accepter, tout pardonner aveuglément à Zappa parce que c’est Zappa.
.A la majorité des morceaux, parfois même inacceptables. Une multitude de genres juxtaposés donnant au tout un côté imposant et qui suscite le respect ou au moins la curiosité. Ce qui me touche ce sont les arrangements de ‘Regyptian Strut’, les collages de ‘Peaches En Regalia’, la montée vertigineuse de ‘Echidna’s Arf (Of You)’, mais pas les sornettes abêtissantes de Joe’s Garage. J’intellectualise peut-être trop la musique de Zappa mais c’est comme ça que je l’aime et, de toute façon, je ne trouve pas que ces trois actes soient maîtrisés en termes d’humour et de fraîcheur.

En conclusion, Joe’s Garage est un disque décevant, d’autant plus qu’il propose de nombreuses qualités dans l’approche du son et de certains styles musicaux. Il se présente évidemment comme un témoignage d’une musique réalisée en toute « liberté », mais il reste raté à mon sens gâché par son concept inepte et par ses morceaux faibles, bien trop nombreux.

Note : 2/6

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mercredi, novembre 14, 2012

Frank ZAPPA Sleep Dirt (1979)

Frank Zappa - Sleep Dirt
Jazz Rock (U.S.A.)


Un disque que j’aime vraiment bien… Moderne et sinueux, totalement instrumental (il s’agit de la première version sortie, sans les vocaux de Thana Harris) et possédant une vraie identité qu’on a envie d’étudier de plus près. Et pourtant. Sleep Dirt en tant que tel « doit » sa constitution à Warner, sorti initialement au détriment de Zappa… Les morceaux le composant étant prévu pour une œuvre en 3 cds, Hunchentoot, refusée par la maison de disques. Le projet verra pourtant le jour avec le coffret posthume Läther en 1996, décomposé jusqu’alors en plusieurs témoignages : principalement Zappa In New York (1978 - live), Studio Tan (1978), Orchestral Favorites (1979)… et donc Sleep Dirt ici présent.

Mais les déboires juridiques et contractuels ne doivent pas occulter la musique, présente et bien vivante, au sein d’un album qu’on aurait tort de juger comme un simple artefact. Sleep Dirt, c’est toujours le top avec George Duke aux claviers, Chester Thompson à la batterie, Ruth Underwood aux percus, Bruce Fowler aux cuivres… et avec la participation de Terry Bozzio (deux titres), et du bassiste Patrick O’Hearn (trois titres), qui se retrouvaient pour l’occasion...

Au niveau des morceaux, c’est sans originalité que je vais dire adorer ‘Regyptian Strut’, un vrai classique au même titre que ‘Peaches En Regalia’, où brillent ces ambiances cinématographiques, appuyées par leurs cordes, et bien sûr le jeu de Ruth Underwood, indissociable du monde de Zappa. Mais dès l’ouverture, ‘Filthy Habit’ et son cadre inquiétant nous interpelle... Une belle entrée en matière, remarquable. L’intimité jazzy du piano de ‘Flambay’, les constructions sonores de ‘Spider of Destiny’, tout comme le flux improvisé sur l’épique ‘The Ocean is the Ultimate Solution’ sont les autres moments marquants d’un opus diversifié et pourtant d’une homogénéité surprenante parce qu’inattendue.

J’ajouterais enfin qu’il se dégage du tout une forme de faux intellectualisme un peu froid et clinique, chose qui n’est vraiment pas pour me déplaire, moi qui suit parfois plus hermétique aux productions légères et humoristiques de Zappa. En tout cas, force est de constater qu’il y a vraiment du contenu dans cette production, et qu’il est plutôt bien articulé. Sleep Dirt est un album qui, bousculé par un contexte de création mouvementé, n’en demeure pas moins une réussite, semblant certes artificielle, mais restant pourtant entière.

Note : 5/6

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mercredi, mai 07, 2008

Robert FRIPP Exposure (1979)

Robert Fripp - Exposure
Art Rock (Angleterre)


À l’issue d’une période de doute et de dégoût concernant le milieu musical, Robert Fripp, remis à flot par sa participation à la trilogie berlinoise, nous offre Exposure, œuvre capitale, substantielle, réunissant une palette impressionnante d’artistes. Cet album brillant, se situant lui-même comme deuxième volet d’une trilogie (contenant PG2 du Gab’ et Sacred Songs de Daryl Hall), expose une forme de dream team de musiciens : Brian Eno (ex-Roxy Music), Peter Hammill (Van der Graaf Generator), Peter Gabriel & Phil Collins (Genesis), Tony Levin (King Crimson 80’s), Daryl Hall (Hall & Oates), Terre Roche (The Roches), Barry Andrews (XTC), Jerry Marotta, Narada Michael Walden…

Le contenu du disque interpelle : la magie crimsonienne et cette atmosphère urbaine, stressante et paranoïaque qui lui est consubstantielle, purement extraite de la chaleur et des brumes de Hell’s Kitchen. Cela est évident sur ‘Breathless’, crimsonien en diable, ‘Disengage’ et ‘I May Not Have Had Enough of Me But I've Had Enough of You’, chantés par l’infernal et immense Peter Hammill, ou encore sur l’excellent ‘NY3’ et ses samples vocaux. Ajoutons à cette collection étincelante de morceaux le très rock and roll ‘Burn Me Up I Am A Cigarette’, moderne, lisse, fiévreux, faussement innocent et assez entraînant ; le touchant ‘Mary’, non loin des terres de Joni Mitchell ; et surtout les atmosphères de ‘Urban Landscape’ et des deux parties de ‘Water Music’, entrecoupées par ‘Here Comes the Flood’ du Gab’ (surgissant lui-même après une transition musicale absolument magique et pleine d’émotion).

Dès lors, Exposure en impose, et impressionne par son élégance et sa maîtrise. Ce disque riche et classieux, alambiqué et tentaculaire, devient une forme d’abécédaire à la grammaire musicale troublante, ayant une place de choix dans la discographie de Fripp. Exposure fait ainsi figure pour ce musicien hors norme d’éternel recommencement, avant la sortie de Discipline, sa prochaine œuvre majeure, qui ressuscitera, du coup, le monstre Crimson.

Note : 5,5/6

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