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Exil progressif

Un blog old-school sur les musiques progressives et psychédéliques

dimanche, septembre 15, 2013

CUL DE SAC ECIM (1991)

Cul de Sac - ECIM
Néo-psychédélisme / Post-rock (États-Unis)


Cul de Sac, formation post-rock du Massachusetts, façonne une forme de psychédélisme minimaliste très marqué nineties, oblique et obscur, à la manière d’un Mercury Rev des débuts (qui sort la même année son inénarrable Yerself is Steam). Le premier album du groupe, ECIM est indissociable du climat particulier qu’il distille, sombre et un peu mystérieux.

Parmi les influences, Cul de Sac semble s’inspirer de Can, au travers de ses rythmiques rigides et hermétiques, et des élans post-punk de Sonic Youth voire de Pere Ubu. L’aspect débridé de l’ensemble est aussi hérité du séminal Velvet Underground. Enfin, il garde un background folk à l’image des deux reprises du disque : ‘Portland Cement Factory at Monolith, California’ de John Fahey, dont le groupe a sans doute perçu les dynamiques, et le célébrissime ‘Song to the Siren’ du grand Tim Buckley.

Si l’ouverture instrumentale ‘Death Kit Train’, et sa rythmique taillée au rasoir, fait partie des morceaux majeurs, le groupe délivre ses meilleurs compositions grâce à des ambiances inquiétantes, un peu glauques, mais que l’on capte immédiatement : ‘Electar’, ‘Lauren’s Blues’ et surtout ‘Nico’s Dream’ (en honneur de l’égérie du Velvet…) envoûtant à souhait, grâce à des atmosphères diaphanes particulièrement saisissantes, un peu à la façon d’un Slowdive embryonnaire.

ECIM est bien étrange. Pour la diversité des chemins musicaux empruntés, et pour son aura un peu lugubre, cet album ressemble à une énigme à déchiffrer, présentant différents couloirs sonores clairs-obscurs dans lesquels on parvient à s’engouffrer. Des détours musicaux intrigants, cachés, dérobés, méritant d’être démasqués.

Note : 4,5/6

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samedi, septembre 07, 2013

MANSUN Six (1998)

Mansun - Six
Pop (un peu) progressive (Angleterre)


Mansun sur ce blog ? La britpop se serait-elle introduite subrepticement et frauduleusement sur Exil Progressif ? Pas vraiment... J’aime beaucoup la britpop, ce genre musical ayant sévi dans les années 90, nous rappelant au bon souvenir du songwriting pur, des guitares britonnes et de leurs pédales overdrive. Ceci dit Mansun, qui faisait partie du mouvement, a développé avec son deuxième album Six une pop accidentée, aux accents obliques et aux climats changeants, proche des dynamiques progressives. Des structures non conventionnelles, un zeste de psychédélisme et nous y voilà : Mansun obtient au forceps une colonne dans ce site.

La britpop de Mansun est particulière. Elle présente un côté un peu glam-qui-tâche mais également une composante vraiment dark par moment. La musique du groupe semble correspondre en partie au subconscient triste du mouvement britpop (tout mouvement a sa face sombre). Les deux caractères glam et dark se retrouvent pleinement dans Six qui n’échappe pas à la règle. Il la renforce même, forgeant un peu plus son identité. Mais en y ajoutant une troisième dimension, (un peu) progressive.

À l’instar du très sympathique premier album qui en regorgeait, Six met en avant un certain nombre de tubes (singles ou non) : l’excellent ‘Six’, mais aussi ‘Negative’, ‘Serotonine’… D’ailleurs, singles et britpop vont de pair, et cela m’a toujours amusé de voir comment chaque groupe allait mettre en avant telle ou telle chanson de son nouvel album, avec clip vidéo à la clef. La commercialisation d’une chanson peut être un élément essentiel de son « histoire » et de celle du disque qui la contient. Elle semble définir un ordre, des places, des rôles à des morceaux. De plus, la britpop entretient une grosse culture des EP "Maxi".

À mon sens, quatre morceaux se détachent dans Six :

- ‘Legacy’, pour ses arpèges de guitares clinquantes et la mélancolie puissante se dégageant de l’ensemble. Un morceau sinueux qui semble tournoyer autour de vous, mais qui lentement arrive à vous envoûter, à vous conquérir. Quand on parlait de clip vidéo, celui de ‘Legacy’ est franchement pas mal, mettant en scène l’essor et la chute d’un groupe de rock, incarné par de petites marionnettes. J’ai encore la nostalgie de la découverte de ce morceau et de sa vidéo en 1998, à Londres…

- ‘Cancer’, une belle petite pièce montée, avec ses ambiances nébuleuses et ses passages mélodiques fins et définitifs, appuyés par la voix de Paul Draper, pas forcément très éloignée de celle d’un Billy Corgan (Smashing Pumpkins). Un morceau sombre (et un peu inquiétant au début) d’où émerge un véritable charisme lumineux.

- ‘Special’, l’introduction du track ‘Blown It’. J’aime beaucoup comment le morceau apparaît, un peu sans complexe, avec sa ligne mélodique tendue qui déambule, bien mise en valeur par des atmosphères prenantes un tantinet dramatique. Un moment singulier d’une grande importance pour l’ensemble du disque.

- ‘Six’, déjà brièvement évoqué plus haut, et que je cite ici en dernier lieu. Un très bon morceau d’ouverture, notamment pour son couplet addictif. En version single, ce titre a été copieusement retapé pour l’occasion ; sa structure instable et ses traitements divers n’étaient pas forcément très adaptés pour les ondes.

Avec Six, Mansun tient un peu son album d’envergure, tentant de voir les choses en grand. La voix et le look un peu « vulgos » pourront déranger, certains titres aussi (l’horrible ‘Fall Out’ franchement…) mais la diversité des ambiances et l’efficacité de certains passages feront mouche chez les auditeurs qui ne sont pas rebutés par la personnalité artistique du groupe. De mon côté, j’ai un attachement particulier pour Six ; ayant toujours la fibre britpop, je ressens la nostalgie de ce mouvement comme de ce disque, qui embaumèrent mes étés adolescents d’un parfum lumineux.

Note : 5/6

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jeudi, février 23, 2012

PANDA BEAR Tomboy (2011)

Panda Bear - Tomboy
Expérimental / Indé (U.S.A.)


Après l’impressionnant Person Pitch, Tomboy tente d’amorcer d’autres directions. Un peu plus kaleidoscopique, il n’en garde pas moins la patte du panda, marquant un peu plus son territoire en 2011. Certes le travail sur les samples de Person Pitch n’est plus, mais l’essentiel est ailleurs. Le pétillant ‘Slow Motion’ (hypnotique et exquis jusqu’à l’abrutissement), le terrible ‘Tomboy’ et l’extraordinaire ‘Alsation Darn’ sont parmi les plus belles réalisations du disque. J’aime également beaucoup les ambiances et les harmonies de ‘Friendship Bracelet’, magnifique, ou encore les pétulantes boucles d’‘Afterburner’, à la pulsion moderne mais légèrement tribale. On note aussi la mélancolie extatique et enivrante de ‘Benfica’, placée sous le soleil portugais, exactement. C’est d’ailleurs peut-être lui qui vous donnera envie de rêver éveillé sur le scintillant ‘Surfer’s Hymn’, très évocateur, avec ses vagues et ses mélodies en chœurs. On pense enfin au bourdon électronique de ‘Drone’ et au piano minimal de ‘Scheherezade’… De façon générale, la recherche est davantage orientée sur un format chanson mais en soignant toujours les mélodies (les Beatles et les Beach Boys ne sont pas loin) sur un mode psychédélique bien marqué. On retrouve dès lors cette atmosphère si particulière et intrigante, spirituelle et lumineuse, et un peu exotique. Tomboy est une boîte à idées expérimentale, émotionnelle et toujours instinctive. Une grande réussite.

Note : 5/6

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mercredi, février 22, 2012

PANDA BEAR Person Pitch (2007)

Panda Bear - Person Pitch
Expérimental / Indé / Sampling (U.S.A.)


Voilà un disque bien marquant dans ces dernières années… Il s’agit à la fois d’un exercice personnel de sampling, d’une revisitation un peu spirituelle de différents samples si vous voulez, et également d’un travail authentique de composition. Noah Lennox, alias Panda Bear et membre d’Animal Collective, est lâché dans la nature depuis quelques albums solo déjà. Et Person Pitch pourrait être son graal.

Très typé, très malin, espiègle et remuant, cet album demeure accessible et efficace, tout en gardant des atmosphères contemplatives prenantes et intenses. Les voix en filigrane et leurs échos participent aussi à cet exil troublant dans des ambiances étranges et un peu farfelues... Quels sont donc ces bruits de fond que l’on entend parfois au loin ? Vos sens et votre imagination vous apporteront des réponses.

Au niveau des morceaux, le fringant ‘Bros’ est une merveille. La manière dont il évolue est assez amusante, et l’on ne sent pas le temps passer dans ce titre sémillant et addictif. Les morceaux purement atmos font également grandement partie du succès et de l’accomplissement de cette œuvre : le religieux ‘I’m Not’, l’énigmatique ‘Search for Delicious’ sont saisissants et absorbants… Et les autres compositions sont autant de tours de magie. La seconde partie de ‘Take Pills’ (et ses atmosphères aquatiques et ondoyantes), plutôt dansante et frétillante, est par exemple assez sympathique.

On retrouve dans l’ensemble une forme d’aura mélancolique/nostalgique mais en même temps bien actuelle, le tout mis en valeur par un climat « ensoleillé » assez frappant. Cela est probablement dû au départ de Noah Lennox et de sa petite famille au Portugal. Il y a un vrai esprit dans ce disque, quelque chose d’assez sain, réflexif et en même temps très spontané. Aussi intrigant que réussi, Person Pitch est un émerveillement à vivre de l’intérieur. Magistral.

Note : 6/6

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jeudi, janvier 19, 2012

SLINT Spiderland (1991)

Slint - Spiderland
Post-Rock (U.S.A.)


Noir et blanc. Quatre gars un peu paumés, hébétés, l’eau du lac jusqu’au cou, souriant comme des illuminés. Telle est la fameuse pochette de Spiderland, qui a presque la valeur d’icône. En effet, ce qui marque avant tout Spiderland c’est le culte et l’aura qui entourent ce disque, pas très connu du grand public mais adulé dans le milieu : un luxe propre à certains opus underground.

Cet album s’est imposé progressivement comme l’un des fers de lance de la scène post-rock, mais pas tellement au sens de celui de Sigur Rós, de Talk Talk ou de Silver Mt Zion (même si Slint semble avoir influencé Godspeed). En fait, Spiderland reste davantage proche de l’énergie d’un Don Caballero qu’il influença, mais en plus épuré et intimiste, sombre et rachitique.

Les guitares distordues, acides et perfides (nous ne sommes parfois plus très loin du Crimson de Starless…), se placent indubitablement au centre du disque, pulsées par moment par une section rythmique slow/mid-tempo, souvent à la rage contenue. De temps en temps elles se retirent, plus discrètes, presque prêtes à dialoguer avec le silence. Les vocaux sont tantôt chantés, narrés, hurlés. Un climat noir d’aliénation semble végéter au sein de cette œuvre étouffante et claustrophobe, noire d’encre, composée au plus près de l’os.

Très homogène, l'opus n’en demeure pas moins irrégulier et imprévisible. Slint semble se trouver au sein de tous les équilibres précaires. Sec et minimal, brut et peu engageant, Spiderland s’apparente à un environnement complexe et réfléchi, et à un canon du genre. Le groupe emprunte les chemins désaxés du punk et post-punk, et devient l’affluant majeur des courants post-rock, indé et parfois même math-rock. Un jeu d’équilibriste animé par une verve primale et tourmentée, pour un disque séminal, tranchant et rayonnant, quasi-mystique, à l’aube d’une décennie qui n’a pas fini de surprendre.

Note : 5/6

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mercredi, janvier 18, 2012

SIGUR RÓS Takk... (2005)

Sigur Rós - Takk...
Post-Rock (Islande)


Sigur Rós est de retour en 2005, 3 ans après ( ). Bon, ça couine toujours autant, voire davantage, mais force est de constater l’envergure de ce nouveau disque. Takk… en effet, impressionne. Le style du groupe est toujours présent, peut-être moins sibyllin et expérimental, peut-être davantage diversifié, sans doute plus efficace. Je ne juge pas nécessairement la qualité de la musique à son aspect « direct » mais je ne puis m’empêcher de conférer à Takk… une aura et des qualités qui parviennent à marquer fortement l’auditeur.

J’ai pour ma part du mal à résister à certaines pièces du disque qui me bluffent littéralement. Bon, il y a déjà ce morceau bien sympa, ‘Hoppípolla’, remixé notamment en ‘Poppiholla’ par Chicane, et qui envoûte assez rapidement, malgré un usage des cordes que je trouve encore un tantinet trop théâtral. J’aime bien aussi ‘Glósóli’, et ‘Sé lest’, pas si mal, avec son lit de cordes plutôt maîtrisé, mesuré et équilibré… L’apparition d’autres instruments (cuivres notamment) est également bien trouvée. Le groupe va au bout de son style, jusqu’au-boutiste, en lorgnant légèrement vers d’autres horizons et sans en faire des tonnes, malgré des vocaux un peu caricaturaux ici (reproche que l’on pourrait aussi faire à ‘Mílanó’, un peu décevant).

Mais surtout, écoutez donc ça : ‘Sæglópur’, le terrible. Le piano et les effets guitaristiques nous plongent dans une composition majestueuse, noire et menaçante, impressionnante et écrasante, probablement une des plus réussies de la formation. Et puis voilà ‘Gong’, l’illuminé. Son groove est implacable, son piano de cristal. Irrésistible. Les promesses tenues des premiers disques, et l’émotion jusqu’aux larmes. Enfin, ‘Andvari’, le subtil. Les cordes enivrantes de sa coda nous font voyager et méditer. Le temps s’arrête dans ces paysages froids et dévastés. Takk… se présente comme un vrai aboutissement, assurément. Je ne saurais non plus oublier le lacrimal ‘Svo Hlj ótt’, mélancolique et contemplatif, et ‘Heysátan’ qui clôt l’album avec adresse.

Alors bien sûr, on pourra peut-être juger l’ensemble trop mielleux, et faire les mêmes reproches qu’aux autres oiseaux blessés au cœur moelleux et sensible comme Radiohead et Coldplay, avec cependant des griffes différentes. Efficace et personnel, Takk… semble pourtant réconcilier tant d’antagonismes dans la musique du groupe. Les promesses tenues des premiers disques, et de l’émotion jusqu’aux tripes. Du très grand art.

Note : 5,5/6

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lundi, janvier 16, 2012

SIGUR RÓS Ágætis Byrjun (1999)

Sigur Rós - Ágætis Byrjun
Post-Rock (Islande)


Je me souviens avoir acheté ce disque en Norvège, à Bergen, en 2003. Probablement pour rester dans les atmosphères nordiques. C’était en tout cas un choix judicieux pour amorcer la découverte de Sigur Rós. Ágætis Byrjun, album très respecté, a en effet propulsé le groupe au devant de la scène et reste ainsi le premier vrai classique de la formation islandaise.

Tout d’abord, Ágætis Byrjun demeure assez impressionnant au niveau de la forme. Le groupe bâtit vraiment son propre univers (et parfois sa propre langue vonlenska). Sa musique est propice pour nous faire voyager dans un monde pur et étrange, rempli d’éléments naturels que le groupe semble avoir lui-même façonné, paradoxalement. Un véritable langage musical est né. Le falsetto de Jònsi et les divers instruments (notamment via le jeu à l’archet) construisent des ambiances limpides et cristallines extrêmement soignées et personnelles, et évoquent tour à tour la tempête ou le calme religieux. En tant que telle, la qualité de la démarche est considérable.

Cependant au niveau du contenu, je reste davantage perplexe. La personnalité de Sigur Rós, au final assez marquée, est à double tranchant. Ça couine, ça dégouline même un peu parfois. Enfin juste un peu, hein. Les morceaux ne sont pas toujours réussis, et ce malgré une vraie sensibilité de composition. Mais c’est histoire de chipoter et surtout d’être honnête avec cette œuvre. Paradoxalement, derrière cette musique fragile, se cache un caractère parfois un peu inélégant voire un tantinet pompeux par endroit :

 - ‘Starálfur’ est une pièce symphonique miniature remarquable à plusieurs reprises mais son refrain est un peu trop grandiloquent, notamment à cause de son avalanche de cordes.

 - Pour les mêmes raisons, les emphases de ‘Hjartað hamast’ me sont pénibles, même si son outro est plus subtile.

 - Enfin, la montée d’adrénaline de ‘Viðrar vel til loftárása’ semble prendre tout le monde dans son envol tout en me laissant sur le quai.

Ces éléments entraînent chez moi un conflit dérangeant, un écart entre la maîtrise de la forme et les maladresses du fond, du contenu. Alors bien sûr j’ai tout de même quelques compositions fétiches comme ‘Flugufrelsarinn’ (et son très bon couplet), le morceau-titre, assez touchant, ou encore le mélodique ‘Olsen Olsen’… Mais l’ambiguïté reste présente en filigrane.

A la fois accessible et très typé, Ágætis Byrjun peut en fait être adulé comme négligé. Il symbolise néanmoins l’appel du grand froid, un truc un peu métaphysique, et un album à prendre, au minimum, en considération. En somme, et comme son titre le signifie en toute simplicité, ce grand pas en avant qu’est Ágætis Byrjun demeure… un bon début.

Note : 4/6

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dimanche, juillet 31, 2011

MERCURY REV All is Dream (2001)

Mercury Rev - All is Dream
Pop symphonique / Néo-psychédélisme (U.S.A.)


Dix ans après le séminal Yerself is Steam, on aurait presque du mal à reconnaître Mercury Rev avec l’apparat d’All is Dream. Pourtant entre temps, le groupe aura fait sa route (quitte à se perdre en chemin ?). C’est vrai, certains d’entre nous auront découvert Mercury Rev avec ‘Goddess on a Hiway’, sans pour autant fouiller dans le passé du groupe, préférant continuer avec la suite et le disque que voici. De mon côté, je reste davantage partisan des débuts, même si le successeur de Deserter’s Songs mérite bien d’être écouté pour ses aspects un peu mystérieux, qui n’ont d’ailleurs rien à voir avec la date de sortie, le 11 septembre 2001…

Au premier abord, All is dream lève le voile sur un univers de comptines féeriques et oniriques qui pourraient trancher avec les chemins sinueux dans lesquels s’était aventuré Mercury Rev au début des années 90. Ici, dès les premières notes de ‘The Dark is Rising’, l’auditeur est plongé dans une forme de délire majestueux un peu déroutant, limite « cinématographique », voire quasi-« fantastique ».

Si le titre même de ce premier morceau tranche avec sa musicalité, l’hypnotique ‘Tiders of the Moon’ qui lui fait suite montre que la rêverie sera bien équivoque, transpirant de cette ambiguïté, de ce trouble d’identité qui fait de Mercury Rev un groupe mi-innocent, mi-lugubre. Étrange énigme...

On retrouve la même dynamique un peu plus tard, avec le très bon ‘Little Rhymes’, également sombre, entêtant et envoûtant. Mercury Rev dévoile à sa façon le fond de son âme sombre et torturée, ses chimères et ses illusions, avec une réussite parfois inégale certes, mais toujours en proie à cette dualité intérieure dont le reflet naïf et bigarré n’est qu’un vernis trompeur.

Ce dernier aura vite fait de s’écailler au fil du disque ; tantôt rêveur, regardant vers le ciel azuré, tantôt tracassé, sentant le sol se dérober sous ses pieds, l’auditeur navigue dans un monde qui a parfois bien du mal à nous confier sa nature première. Et la mise en forme est elle-même double : pop parfois symphonique et orchestrale, pop parfois plus intimiste, proche d’une musique de chambre, soignée et légère, précieuse et pudique.

D’ailleurs, sans être expérimental, le groupe ne coupe pas totalement ses racines du monde progressif et psychédélique, notamment avec l’épique et auguste ‘Hercules’, ou encore grâce aux douces avalanches de mellotron du délicat ‘Spiders and Flies’. Les vues du groupe sont multiples.

Dans sa globalité, l’album est soigné, à défaut de montrer une véritable classe olympienne. On regrettera tout juste l’entrée en matière, un peu trop théâtrale et solennelle, et – déjà – un tantinet encombrante, ou encore ‘A Drop in Time’, niais et superflu. La voix de lutin de Jonathan Donahue pourra également rebuter quelques-uns, tout comme certains aspects sentimentaux, mielleux, voire mélodramatiques de certains passages.

Si All is Dream n’est pas la pierre noire de la discographie de Mercury Rev, il porte un éclairage nouveau et ambigu sur l’identité complexe du groupe, sur son sens de la mélancolie, sur la définition qu’il porte à la nostalgie. All is Dream demeure un album en trompe-l’œil, un disque dual pour les esprits songeurs, parfois accompli, parfois plus dérangeant, mais toujours entre évasion et réalité, entre rêve éveillé et cauchemar torturé.

Note : 4/6

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samedi, juillet 30, 2011

MERCURY REV Boces (1993)

Mercury Rev - Boces - Néo-psychédélisme
Néo-psychédélisme (U.S.A.)


Boces fait ici figure de petit frère de Yearself Is Steam. Le groupe reprend un peu la même recette pour délivrer une musique rock psyché, turbulente et désordonnée, ambiguë et un peu… sinistre. L’album contient deux longues épopées obliques de 10 minutes (‘Meth of a Rockette's Kick’ & ‘Snorry Mouth’) démontrant bien l’addiction du groupe pour les horizons psychédéliques. D’autres titres demeurent plus courts et directs comme ‘Bronx Cheer’ et le single euphorique ‘Something for Joey’. Notons aussi ‘Boys Peel Out’, parfois curieusement jazzy, et surtout l’excellent ‘Downs Are Feminine Balloons’, davantage atmosphérique. Le climat général reste assez génialement déluré (la flûte sur ‘Meth …’ et le son de trompette bizarroïde et détraquée de ‘Snorry Mouth’, emmenée par un refrain en chœur limite débile) quand il ne tombe pas dans une forme de lugubre malsain, accentuant les troubles psychiques et chimiques du premier disque. On y détecte ainsi un côté décalé et funeste, un peu à la manière des petites choses terrifiantes que l’on trouve quelque part, dans le Giant Steps des Boo Radleys. Le tout semble animé de manière indécise par une désinvolture un peu lascive et tribale, parfois mêlée à une énergie électrique et furibonde. Reste à savoir où le groupe tire un réel avantage de tout cela, à moins d’en être fasciné avec un certain effroi. Boces n’en demeure pas moins un disque vraiment honorable, espiègle et intrigant, schizophrène et polymorphe. Il incarne aussi la fin de la première vie de Mercury Rev, scellant notamment le départ du chanteur David Barker, s’envolant sous d’autres cieux, en solo cette fois-ci…

Note : 5/6

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mardi, décembre 08, 2009

MERCURY REV Yerself Is Steam (1991)

Mercury Rev - Yerself is Steam
Pop-Rock / Néo-Psychédélisme (U.S.A.)


Mercury Rev aurait un peu un parcours à la Pink Floyd, finalement. Deux groupes qui démarrent fort avec un premier album repoussant les frontières de la musique, sous la houlette d’un frontman un peu barré (ici David Baker, homologue de Syd Barrett), et qui fera ses valises quelque temps après. Les deux discographies se ressemblent car elles vont « progressivement » s’orienter vers un pop-rock plus accessible. Comme pour beaucoup d’autres groupes certes...

En tout cas, c’est précisément avec ce disque, et dans une moindre mesure avec le suivant, que Mercury Rev se montre le plus impressionnant, en forme éclatante, et très inspiré. "Your Self-Esteem" est en effet un opus plutôt remarquable, présentant un univers un peu malsain, compté sur une musique oblique et déjantée. Une forme de néo-psychédélisme malfaisant, enraciné bien sûr dans le rock, et prédisposé aux délires psychiques.

Chaotique et conflictuel, cet album sulfureux présente diverses facettes, celle d’un monde narcoleptique, transcendantal et nébuleux. Différents climats enveloppent ce disque résolument arty, avec pour moments forts l’aura ensorcelante de ‘Sweet Oddysee of a Cancer Cell T' Th' Center of Yer Heart’, l’apothéose acoustique de ‘Frittering’, l’abyssal et luciférien ‘Blue & Black’, et le décalé ‘Very Sleepy Rivers’, long morceau final évoquant un serial-killer, paraît-il…

Ainsi déconstruite et malmenée, la musique de Yerself Is Steam s’inscrit dans le panthéon de l’art expérimental des nineties, indubitablement. Exaltée, faisant tout pour être incomprise, elle reste celle du meilleur album d’un groupe en proie à des mutations futures et qui se vouera ultérieurement à d’autres horizons musicaux bien différents.

Note : 6/6

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jeudi, décembre 03, 2009

DON CABALLERO What Burns Never Returns (1998)

Don Caballero - What Burns Never Returns
Post-Rock / Math-Rock (U.S.A.)


What Burns Never Returns est le troisième album des fameux math-rockers américains de Don Caballero. Purement instrumental, il présente des rythmiques massives, compactes et puissantes, faisant souvent place à moult sections de guitares échevelées, imbriquées, entremêlées. Centré sur le jeu explosif de la batterie de Damon Che, What Burns Never Returns demeure un opus structuré, charpenté, parfaitement organisé, d’où ressort une alchimie technique a fortiori évidente. Les changements et modulations de rythmes haletants et époumonés apportent au tout une atmosphère oppressante, convulsive, spastique. Galvanisé par une impulsion jazz et des influences heavy, ce troisième album dévoile à sa façon les voies de l’expéri-mental au sein d’une culture intrinsèquement post-rock. Bien qu’un peu essoufflé sur la fin, il assoit en tout cas la renommée d’un groupe, au carrefour du temps et de l’espace sonores.

Note : 4,5/6

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mercredi, juin 17, 2009

TORTOISE Millions Now Living Will Never Die (1996)

Tortoise - Millions Now Living Will Never Die
Post-Rock / Expérimental (U.S.A.)


Ce disque de Tortoise m’intéresse tout particulièrement. Déjà pour sa qualité intrinsèque, mais aussi pour sa façon de synthétiser diverses influences : le rock, le jazz, le dub, l’électro, mais également, et surtout, la musique progressive allemande… De tout cela émerge un post-rock tourné évidemment vers l’expérimental, au sein d’un disque résolument moderne n’oubliant pas les racines qui lui insufflent énergie et inspiration.

En tout cas, le track-listing évoque indéniablement les structures globales de nombreux disques de progressif : un long morceau suivi d’une petite collection de titres plus courts. Pièce montée de 21 minutes, ‘Djed’ montre très précisément les exigences et l’ambition de cette formation douée : un pot-pourri célébrant l’héritage d’une partie de la musique allemande du XXème siècle (Stockhausen et indéniablement Neu!…), lorgnant également vers des horizons jazz-rock progressif... et vers de nouvelles dynamiques magnétiques.

Post-kraut, post-punk, post-rock… Tortoise opère ainsi à cœur ouvert dans la musique du XXème siècle en lui offrant une œuvre intelligente. L’ensemble de l’album révèle d’ailleurs d’autres trésors, d’autres énigmes, que ce soit les couloirs lumineux de ‘Glass Museum’, les expérimentations des profondeurs sur ‘Dear Grandma And Grandpa’ ou encore la mélancolie de ‘Along Rivers Banks’.

Aquatique et expérimentale, la musique de Tortoise met en valeur des sons et surtout, des textures modernes. Une nouvelle aventure musicale contemporaine, somme toute. Et peut-être plus : Millions Now Living Will Never Die reste un travail de construction et de déconstruction sur ce que le siècle a offert de meilleur.

Note : 5/6

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mercredi, avril 15, 2009

BLUR Think Tank (2003)

Blur - Think Thank
Pop / Expérimental (Angleterre)


J’ai beau être un fan absolu d’Oasis, et plus particulièrement de leurs débuts, leur ex-concurrent britpopien, Blur, a nettement plus sa place ici. En effet, contrairement aux Mancuniens, la formation de Damon Albarn et de Graham Coxon tente à sa façon de se diriger vers d’autres horizons musicaux. La question est : en sont-ils vraiment capables ? Ont-ils réussi leur pari ? Ont-ils visé trop haut ? Think Thank reste sans doute un très bon album et peut-être le disque de Blur qui vieillira le mieux… Pour cette fois-ci, Damon Albarn profite du vide laissé par Graham Coxon, qui a quitté les sessions d’enregistrement après moult désaccords, et prend indubitablement en main le déroulement des opérations. L’opus contient des morceaux particulièrement diversifiés, empruntant parfois des références à la world music, ou au krautrock, etc. On perçoit en tout cas quelques perles : 'Ambulance' et son atmosphère déroutante ; le romantique et tendre 'Sweet Song', très réussi ; les énigmes proposées par 'Out of Time' et 'Battery in your Leg'... sans oublier le malin et hypnotique ‘On The Way To The Club’. Rien que tout ça, c’est bien plus que de belles promesses… Cependant, certains pourront toujours considérer l’album comme un peu inégal, décousu ; quelques clichés et des chansons gratuites gâchent un peu le résultat final : ‘Crazy Beat’, par exemple, forme de gag dans lequel Blur n'est que la parodie de lui-même. En fait, le groupe réussit à faire un disque de qualité mais l’erreur serait de surestimer la profondeur de sa recherche expérimentale. Blur ne fait pas d’avant-gardisme et on ne peut pas affirmer qu’il voit les choses véritablement en grand avec Think Tank. Cette formation reste ici fondamentalement pop même s’il insère des éléments qui la rendent plus progressive, plus poussée. C’est cette démarche, parce que fructueuse, que l’on peut saluer dans ce blog, car même si l’album montre quelques limites il présente suffisamment de morceaux saisissants pour en faire un excellent produit, voire un petit classique moderne pour la carrière du groupe. En tout cas, c’est ainsi que je considère Think Tank, non sans une grande nostalgie.

Note : 5/6

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