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Exil progressif

Un blog old-school sur les musiques progressives et psychédéliques

dimanche, juillet 29, 2012

FAUST Faust IV (1973)

Faust - Faust IV
Krautrock (Allemagne)


Bruits et atmosphères soniques. Après The Faust Tapes, suite d’enregistrements très privés, Faust IV réalise un nouveau pas en avant dans l’expérimentation. Un équilibre entre recherche inventive et efficacité, beaucoup plus accessible que les précédentes œuvres. Faust IV, album drone, inconscient du post rock à venir, quelques années plus tard.

Face A. Les moments à retenir sont en premier lieu ‘Krautrock’, titre symbolique, dans une veine plus proche de Neu! que des expérimentations hostiles du passé. Spatial, un classique de la musique cosmique allemande, dans lequel se passent des choses étranges, dans des directions différentes, et dans ses recoins les plus cachés. ‘Jennifer’ reste aussi dans cette dynamique de flux, aux frontières du mélodique. Une autre réussite, dans le traitement des sons notamment. Quant à ‘The Sad Skinhead’, intercalé entre ‘Krautrock’ et ‘Jennifer’, il s'agit du titre le moins original, et à mon sens, le moins bon. Un support intéressant néanmoins pour le courant post rock. Enfin, ‘Just A Second’ complète bien le tableau, avec cette dimension sonique personnelle et expérimentale.

Face B. Il y a des passages que j’aime bien sur ‘Picnic On A Frozen River’ (cette montée souterraine à 0:54, et le passage jazzy central), mais la fin répétée à outrance (le motif que l’on retrouve sur « Faust So Far ») est quand même bien soûlante. ‘Giggy Smile’, plaisant et soutenu, devient un moment bien intrigant, de bonne tenue, tandis que le drone ‘Lauft…’ ajoute une nouvelle touche légèrement atmo, bruitiste, assez eno-esque, et au final très réussie. ‘It’s A Bit Of A Pain’, dernier morceau du disque, présente une ambivalence entre un côté assez classique, et une forme de perversion sonore qui détourne un peu le morceau, avec ces petits assauts industriels.

Le bruitisme de Faust IV semble davantage intégré dans un processus mélodique. Ce qui donne cette sensation d’équilibre ; les trois grands classiques de Faust sont chronologiquement une poussée vers cette mesure, même si l’expérimental reste toujours ambitieux. La forme change, le cœur du concept se maintient. Et de nouvelles atmosphères, prégnantes, sont sans cesse créées. Avec son quatrième album (le meilleur probablement), Faust, tout en faisant bouger les lignes et alimentant sa discographie, reste dans les pas de Stockhausen, Cage, Zappa et du Velvet. Radical, libre et jusqu’au-boutiste.

Note : 5/6

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samedi, juillet 28, 2012

FAUST Faust So Far (1972)

Faust - Faust So Far
Krautrock (Allemagne)


C’est avec un beat autoritaire et un peu insupportable que Faust So Far nous assomme dès le départ. Celui de ‘It’s A Rainy Day, Sunshine Girl’, qui va lui-même se liquéfier légèrement pour devenir un tantinet plus amical, débouchant sur un petit air guilleret. Une contradiction dans le titre, et aussi dans son exécution. Sans doute pas un grand morceau, mais une indication parmi d’autres sur ce que Faust va offrir cette fois.

Même si l’album est censé être un peu plus accessible que le précédent (une suite de morceaux plus courts), nous végétons une fois encore en milieu hostile. L’énergie un peu agressive et les expérimentations hasardeuses sont présentes pour solidifier encore un peu plus l’identité de la formation, apparaissant déjà comme l’un des groupes les plus secs, les moins séduisants des ténors de la scène kraut (parfois un peu à tort mais c’est aussi ce qui fait leur force).

Parmi les éléments les plus fondateurs du disque, on note la fougue de l’épique ‘Harm’, un peu le morceau central de l’album, mais aussi le jazz psycho-ambiant et soutenu de ‘So Far’, ou encore les coups de butoir électroniques de ‘Mamie Is Blue’. Je pense aussi aux atmosphères troublantes de l’acoustique ‘On The Way To Abamäe’, que j’aime beaucoup. À noter enfin les ébauches de ‘Picnic On A Frozen River’, ici en deux courtes parties, que l’on retrouvera dans une version bien plus intéressante dans Faust IV.

Faust So Far est brut et expérimental, entre l’esquisse et le produit fini. Avec cette touche d’adversité, farouche et glacée. D'ailleurs, pour certains, les passages de l’album les plus belliqueux sont déjà animés par un esprit punk. Certes, ce genre musical tenta de rayer le courant progressif de la carte des genres musicaux, mais finalement, n’est-il lui-même pas contenu dans certains groupes à la griffe prog, comme Faust ?

Note : 4,5/6

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vendredi, juillet 27, 2012

FAUST Clear (1971)

Faust - Clear
Krautrock (Allemagne)


Il fait noir. Un piano de cabaret un peu intello égrène quelques notes intimistes. Des voix d’outre-tombe se disloquent. Une fanfare délurée entre en scène… Tout cela mérite bien des explications.

La musique est histoire de frontières. Entre les genres, entre les cultures, entre les bruits et les sons... C’est là que Faust intervient ; soit la musique est toujours vouée à dépasser ses frontières et Faust en est la preuve, soit on observe ce que l’humain peut musicalement réaliser, et Faust devient lui-même une frontière, une limite, un aboutissement, une finalité, un absolu.

Dans une démarche naturellement anti-marketing, Faust dévoile un vide déboussolant, à travers ses pochettes minimalistes (noire pour Faust So Far, une partition vierge pour Faust IV), et une musique sans visages, une forme de désolation musicale… D’ailleurs, l’agressivité des sons, le concept global et la place prise par l’artwork ne laisseront pas insensible tout le mouvement de musique industrielle, notamment à ses débuts.

Clear est donc le premier album de ce groupe symbolique du krautrock. Forme de poésie anarchique, de collage dada et iconoclaste. Dès le départ, les pistes vont être brouillées. On perçoit des bribes (des lambeaux ?) de ‘Satisfaction’ et de ‘All You Need Is Love’… les ténors de l’époque passée seraient-ils renvoyés dos à dos ? Faust devient la troisième voie, celle du progressif au sens le plus basique du terme. Du progressif près de l’os. Brut et nature. Mais électronique aussi.

Le contenu est clair : trois morceaux détraqués pour une intense demi-heure de musique psychique et psychédélique. ‘Why Don’t You Eat Carrots’ est un peu un témoignage de l’effroi. Dans le noir. Avec ce piano, ces voix, et cette fanfare donc. Et ces grognements électroniques. Qui nous plongent dans un autre endroit obscur, proche d’un océan intérieur peut-être et de ses cargos magnétiques. D’une pièce à l’autre, d’une scène à l’autre, nous voilà projetés dans des mondes irréels. Faust fait du Buñuel en musique, à moins que cela soit du Lynch avant l’heure.

Les échos de ‘Meadow Meal’ ne sont pas sans nous rappeler les corridors de Tago Mago de Can, sorti la même année. Des grincements, de l’agitation. Le morceau se met en place de façon plutôt cohérente. Il nous interpelle. Le temps s’arrête. Puis un orage éclate (un autre point commun avec Tago Mago), et une mélodie lointaine et onirique résonne au loin, dans ces paysages noirs et silencieux.

‘Miss Fortune’, d’une bonne quinzaine de minute, est un nouveau testament noir. Il est remarquable de voir comment Faust arrive à absorber l’obscurité dans sa musique. Nous tâtons le pouls de ‘Miss Fortune’, sentons sa pulsation, écoutons ses lentes divagations, ses grincements. Les conventions du rock semblent se mourir. Les modulations de Faust ont raison de tout. Et elles ont raison tout court.

Clear est une nouvelle énigme qui nous frappe par sa violence sombre. Absurde, draguant de près la musique concrète, acide et sonique, droguée et disciplinée, révolutionnaire et intense, à l'image de cette radiographie d’un poing ("Faust" en allemand) en guise de couverture. Clear ressemble à un nouvelle genèse pour la musique. Fondateur, séminal, déroutant et tellement contemporain.

Note : 5/6

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