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Exil progressif

Un blog old-school sur les musiques progressives et psychédéliques

dimanche, septembre 26, 2010

MARILLION Marbles (2004)

Marillion - Marbles
Néo-progressif (G.B.)


Je suis un peu désarmé pour cette chronique. Je n’ai que la version simple de cet album, dirais-je, honteux et confus. Le groupe a en parallèle sorti une version double, donc logiquement plus longue avec des morceaux supplémentaires… mais pas dans le même ordre. Alors que puis-je savoir de l’essence de ce disque ? Que dois-je en faire ? Que m’est-il permis d’en espérer ? Qu’est-ce que Marbles ? Un disque qui me touche, assurément. Sa légèreté, sa finesse de composition, ses atmosphères, sa tristesse si intimement enfouie… J’ai choisi d’appréhender en toute simplicité chaque morceau, chaque transition, et d’apprivoiser ainsi le disque dans son ensemble. J’ai choisi d’écouter, de me laisser transporter, en ayant cette fois oublié de me poser des questions. Marbles reste un album perfectible, mais doté d’une grande sensibilité. Et c’est vers cette dernière que je me suis tourné. Sa beauté nous anime. Il y a des passages au sein de ce disque soigné qui méritent bien des égards ; la coda de ‘The Invisible Man’, la magie nostalgique de ‘You’re Gone’, ‘Angelina’, ‘Don’t Hurt Yourself’, ‘Fantastic Place’… Derrière cet artwork un peu pauvre et pas très engageant se cachent des comptines amères et plaintives qu’on aurait tort de négliger. Marbles est un album que j’apprécie musicalement, de façon sincère. Et à défaut d’en avoir compris le sens, j’en ai apprécié le son.

Note : Pas de note

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samedi, septembre 25, 2010

MARILLION Anoraknophobia (2001)

Marillion - Anoraknophobia
Néo-progressif / Pop (G.B.)


"Today I saw music in the sky"… Dès l’introduction, quelque chose sonne déjà un peu faux dans ce disque. Et ce quelque chose vous poursuivra quasiment tout le long. Il y a en effet ce côté mielleux, sirupeux, voire un peu niais, qui émane de l’ensemble. Et puis les morceaux sont souvent un peu longuets, ce qui nuit irrémédiablement à leur qualités potentielles. Parce que oui, de bons éléments, il y en a véritablement : les couplets de ‘Between You & Me’ et de ‘Map of the World’ (et son solo) par exemple. ‘Quartz’ reste pour sa part un des morceaux qui peut tirer son épingle du jeu, tout comme ‘This is the 21st Century’ assez planant et mélancolique. Là encore, un bon couplet. J’ai aussi un peu de tendresse pour ‘The Fruit of the Wild Rose’, plutôt délicat et touchant. En revanche pour ‘Separated Out’, singeant parfois ‘Light My Fire’ des Doors, ça commence à coincer, et pour ‘If My Heart Were a Ball It Would Roll Uphill’ on est déjà plus dans l’inacceptable, malgré un final correct. La rupture semble ici consommée. On pourra ajouter que l’ensemble est moderne et cohérent, mais tout cela ne reste pas très sérieux en terme d’inspiration. Le disque ne propose par ailleurs rien de vraiment renversant, rien de vraiment original. À part peut-être cette démarche, dont tout le monde a un peu parlé dans le « milieu » : cette idée de demander aux fans de commander l’album avant même son enregistrement, les fonds permettant la réalisation dudit disque. Et puis il y a aussi cet artwork un peu étrange… Déjà le titre, "Anoraknophobia", un portmanteau word disent les anglo-saxons si je ne m’abuse… Ironique d’ailleurs de voir sur la pochette des petits bonshommes en parka armés de… cintres. Mais bon, tout cela n’est que détails au final. De façon générale, il m’arrive de prendre du plaisir avec ce disque, mais sans oublier que l’on peut, parfois, prendre du plaisir avec de mauvais albums... Trop moyen pour faire mouche, Anoraknophobia fait un peu peur au vu de ce que Marillion sait faire. Malgré quelques bons moments, la vue d’ensemble n’est dès lors pas très favorable à ce disque dont on attendait peut-être trop. Portemanteau. Fiasco. Rideau.

Note : 2,5/6

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jeudi, septembre 23, 2010

MARILLION Marillion.com (1999)

Marillion - Marillion.com
Néo-progressif / Pop-Rock (G.B.)


Finalement, depuis les écarts de This Strange Engine, c’est peut-être sur Marillion.com que le groupe sonne le plus comme du… Marillion. Certes, on se trouve ici devant une version modernisée de la formation, mais sa griffe si particulière reste curieusement présente. Et ces compositions nous feraient presque replonger dans la subtilité d’antan. Mais cela n'empêche pas Marillion d'asseoir à nouveau son identité en empruntant, parfois, d’autres routes.

C’est vrai, Marillion.com peut sembler moins ambitieux que son prédécesseur et alter ego Radiation (encore que…) mais il reste bien plus réussi à mon sens. Déjà prouvée par leurs pochettes respectives, la similitude entre les deux disques, faux frères, est visible dans la recherche d’un son plus contemporain, et dans l’orientation vers de nouveaux horizons artistiques, sans pousser les expérimentations à leur paroxysme. Si Radiation s’était parfois un peu perdu en chemin, Marillion.com nous ramène sur la voie.

À travers une production soignée, à laquelle participe notamment Steven Wilson (Porcupine Tree), on compte dans cet album quelques morceaux rock sans prétention mais qui se révèlent accrocheurs et entraînants (‘Deserve’, ‘Rich’) et des compositions plus calmes et légères, bien sympathiques (‘Enlightened’, ‘Tumbling Down The Years’). Au vu de ces compositions, nous sommes en terrain connu et balisé.

Les atmosphères sont bien travaillées, mais surtout sur les deux longs titres finaux, ouvrant d'autres chemins. Déjà, ‘Interior Lulu’... l'une des meilleures compos du groupe dans cette période, morceau à tiroirs parfaitement soigné, efficace et magnétique. Un titre bien prenant qui possède un climat propre, une identité forte, et qui a l’allure d’un classique. Puis s’enchaîne ‘House’, forme de rêverie easy listening, nocturne et ambiante, plaintive et élégiaque, plutôt captivante. L’occasion de s’évader encore un peu, dans des contrées jusque-là inexplorées par le groupe.

Certes, sur l’ensemble de l’album, nous ne sommes pas au niveau de Brave, et parfois plutôt proche d’Holidays in Eden, mais Marillion.com garde sa propre saveur et ses tours de magie. C’est avant tout un disque teinté de modernité, demeurant presque le reflet d’icelle. Une réussite, et une bonne remise en forme pour un groupe soucieux de son esthétique musicale.

Note : 4,5/6

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dimanche, septembre 12, 2010

MARILLION Radiation (1998)

Marillion - Radiation - Néo-progressif
Néo-progressif / Pop-Rock (G.B.)


Le dixième album de Marillion… comme le souligne d’ailleurs l’artwork, de façon discrète et élégante. Et une nouvelle mutation musicale, même s’il on ne sait guère trop où l’on va. Les voies de Marillion seraient-elles impénétrables ? A vrai dire, on oublierait ici un peu l’acoustique pour se tourner peut-être vers quelque chose de plus fondamentalement rock. Encore que… En tout cas, dans Radiation le mal-aimé, la magie semble vraiment moins fonctionner. Derrière cette pochette pourtant bien réussie, sibylline et prophétique, se laissent découvrir des compositions résolument modernes, en phase avec leur époque, mais paradoxalement et sûrement déjà en retard face à la concurrence. Que retenir de ce nouvel opus alors ? Pas grand-chose en fait. L’entrée en matière est particulièrement faible et peu de morceaux demeurent vraiment au niveau. On a en effet la fâcheuse impression d’être en face d’une collection de faces B. Parfois Marillion se replace sur le terrain de la sensibilité où il reste le plus à l’aise, avec ‘Three Minute Boy’ ou ‘She’ll Never Know’, peut-être par facilité d’ailleurs, mais en se caricaturant malheureusement un peu, fatalement. Alors oui, probablement que ‘Cathedral Walls’ sort la tête de l’eau, notamment grâce aux backing-vocals sourdes et hallucinées au sein de son couplet. Et le meilleur moment du disque restera peut-être les instrumentations soignées du morceau final, ‘A Few Words For The Dead’, sur lesquelles Steve Hogarth pose délicatement sa voix. Mais dans l’ensemble, Marillion semble quand même loin de son zénith, tout cela demeurant encore un tantinet trop maigre... Si Radiation mérite tout au plus une forme d’affection, peu d’éléments permettent à ce disque frêle et un peu indigne d’aspirer au salut, ou au moins à davantage de crédibilité.

Note : 2/6

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samedi, août 21, 2010

MARILLION This Strange Engine (1997)

Marillion - This Strange Engine
Néo-progressif / Pop-Rock acoustique (G.B.)


Après une succession de disques assez monumentale, This Strange Engine marque un peu le pas dans la carrière de Marillion. Tourné parfois vers une forme de pop acoustique, ce nouvel opus, extrêmement inégal, ajoute au demeurant des éléments intéressants à la discographie du groupe. Je pense tout d'abord à certaines dynamiques de l'ouverture, ‘Man of A Thousand Faces’, titre plutôt rythmé et entraînant, mais qui pèche par un refrain un peu minable et un final pompeux... Difficile ensuite de résister à l'écriture appliquée du très beau ‘One Fine Day’, chanson nostalgique et amère, interprétée avec une certaine finesse. Et puis bien sûr le voyage proposé par ‘Estonia’ demeure mémorable, notamment grâce à sa section middle envoûtante... Enfin, j'ajouterais ‘The Accidental Man’, assez efficace, sans être renversant. Bon malheureusement, à côté de cela, il faut se coltiner ‘80 Days’, ballade acoustique improbable à la faiblesse d'écriture ahurissante, le genre de rengaine indolente dont on ne pensait pas Marillion capable. Si le très emprunté ‘Memory of Water’ n'arrange rien à l'affaire, tendant à l'autoparodie, le très (très) niais ‘Hope for the Future’ noircit le tableau de façon considérable. Marillion pouvait sembler à la limite de ses possibilités, ou tout du moins en danger dans certains passages des œuvres précédentes, mais on ne pouvait, ou ne voulait trop croire à la possibilité de ce genre d'écarts. Pourtant le Rubicon semble être ici franchi, les limites du mauvais goût aussi. Il est d’ailleurs vraiment étonnant de se rendre compte d'un tel contraste en terme de qualité au sein des différents morceaux, de belles réussites côtoyant des compositions médiocres et indignes, clichés de platitude et de sentimentalisme dégoulinant. Peut-être que le morceau-titre, petite pièce de près de seize minutes, pourrait nous permettre de trancher en faveur du disque dans sa globalité ; cette suite réconcilie temporairement le groupe avec le monde du progressif proprement dit, de par sa structure alambiquée et ses moments floydiens. Je dois dire que l'ensemble mérite vraiment qu'on s'y attarde, et notamment toute la seconde partie, riche en moments d'excellence : soli de sax et de guitare triomphants, nappes de claviers discrètes et enivrantes, final contrôlé et maîtrisé... Toutefois l'impression d'un album particulièrement décousu ne peut que s'estomper, à défaut de vraiment disparaître. Encore un peu trop poussif dans l'ensemble et un peu trop banal aussi, sans réelle personnalité (à moins qu'il ne la pousse parfois jusqu'à la caricature), ce disque semble parfois manquer de souffle et demeure dès lors dans l'ombre de ses prédécesseurs. Les plus belles années de Marillion semblent derrière eux, même si de très bons moments musicaux présents ici sont à considérer simplement.

Note : 3,5/6

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lundi, août 16, 2010

MARILLION Afraid of Sunlight (1995)

Marillion - Afraid of Sunlight
Néo-progressif / Pop-Rock moderne (G.B.)


Afraid of Sunlight ressemble au petit frère de Brave. Qualitativement et stylistiquement d’une part… et conceptuellement d’autre part, puisque les diverses compositions tournent autour d’une même thématique : ici, la célébrité et ceux qui s’y brûlent les ailes. Cependant cette fois, les morceaux de l’album semblent conserver chacun une identité forte et peu de liens musicaux entre eux. Pour leur dernier disque avec EMI, Marillion nous offre en tout cas une forme de pop-rock moderne, illuminée par les divers instruments. Comme dans Brave, les ambiances, lyriques et romantiques, généralement mélancoliques, sont bien accentuées et prennent ainsi un rôle central, valorisées par une production lisse et profonde. L’écriture reste toujours très fine, efficace et sensible, dévoilant une nouvelle fois des compositions travaillées, précises et de haut niveau ; mis à part l’étrange et sanglant ‘Cannibal Surf Baby’, petit clin d’œil bizarroïde aux vénérables Beach Boys, chaque titre se montre vraiment à la hauteur. L’ouverture, curieusement nommée ‘Gazpacho’, reste de très bonne facture, soignée et lumineuse, marquante par ses parties de guitare étincelantes. La ballade ‘Beautiful’, atypique et radieuse, nous présente quant à elle un monde onirique, un peu rose bonbon, sur une mélodie simple et directe emmenée par la voix de Steve Hogarth, pleinement dans son sujet. Mais ce sont sans doute les titres de la seconde moitié de l’album qui tirent leur épingle du jeu. Si j’aime bien la douceur diaphane d’‘Afraid of Sunrise’, comment ne pas être proprement subjugué par ‘Afraid of Sunlight’, morceau céleste et touchant, particulièrement brillant ? Quant à ‘Out of this World’, et ses atmosphères confinées et dépressives, introspectives et pénétrantes, il demeure un moment musical particulièrement sombre et poignant. Cependant, mon titre fétiche reste indubitablement ‘Beyond You’, que je place parmi les joyaux du groupe. Calme et nocturne, ce titre révèle à nouveau avec habileté des sentiments contenus, sur un texte de toute beauté, à la simplicité troublante. Une chanson en clair-obscur, fantastique et rayonnante, précieuse et intime, une forme d’élévation, pure et éclatante. Enfin, l’opus se termine avec le mémorable ‘King’, et sa coda en incandescence : une fin en apothéose pour l’un des grands disques de Marillion, moment majeur pour un groupe qui n’en finit plus d’exceller depuis Misplaced Childhood. Enivré et éclairé par une période fertile pour la composition, Marillion apporte ici une nouvelle réussite indéniable, pleine de fraîcheur et de générosité.

Note : 5/6

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mercredi, août 11, 2010

MARILLION Brave (1994)

Marillion - Brave
Néo-progressif / Concept-Album (G.B.)


Cela commence par des bruits terrifiants, et cela ne vous lâche plus. Les chemins tortueux de Brave s’offre à nous. Une nappe de clavier envoûtante et dépouillée se pose sur le premier titre, simplement appelé ‘Bridge’, en guise d’introduction, et nous voilà projetés dans un monde où le temps et l’espace entrent en collision. Brave raconte une histoire basée sur un fait divers : une jeune fille rencontrée par des policiers, rôdant sur Severn Bridge, un pont connu pour les nombreux suicides qui y eurent lieu. Ayant perdu la mémoire, cette demoiselle fut incapable de répondre à leurs questions. Que ce soit sur sa vie, ou son identité. Mais Brave n’est pas qu’une fiction, c’est également le grand concept-album du groupe, qui s’était notamment déjà exercé sur le séminal Misplaced Childhood et sur l’emblématique Clutching at Straws. Tous les éléments de réussite propres à Marillion sont ici réunis : la maturité dans l’écriture, le renforcement de chacune des personnalités artistiques, la cohésion limpide entre les morceaux, la sensibilité sincère et mesurée de compositions introspectives et magnétiques, absolument troublantes. Jamais dans l’excès, toujours avec adresse et raffinement, Brave joue sur la variété des caractères, des émotions, et nous entraîne dans un voyage intérieur fascinant et absolument déroutant. Entre intimité et apothéose, les morceaux oscillent et ballottent l’auditeur dans des dimensions mentales et artistiques diversifiées, grisantes et irrésistibles. Je ne compte même plus les compositions qui peuvent entrer au panthéon de la carrière de Marillion, aux côtés de ‘The Last Straw’, ‘Childhood’s End?’, ‘Berlin’, ‘Seasons End’… et il est presque impossible d’évoquer, plus que d’autres, certains de ces moments d’existence, d’exaltation, d’extase. De bravoure… C’est bien simple, tout semble s’enchaîner à la perfection, à la façon d’un courant de conscience (écoutez le morceau-titre…), dans lequel chaque élément se dévoile progressivement pour laisser place à d’autres moments d’excellence. Le niveau ne faiblit jamais et l’on est indubitablement happé par cet acheminement, ce développement artistique qui n’en finit plus de lever le voile sur tout un tas de splendeurs à la précision d’écriture proprement effarante... Impossible non plus de regarder dans le rétroviseur où en est Genesis entre les 80’s et 90’s : déjà loin derrière actuellement. Certes, la comparaison semble hors de propos, et la formation de Gab’ le magnifique a déjà tout prouvé pendant les 70’s (le prodigieux The Lamb… entre autres, souvenez-vous…), mais au moment où elle traîne encore sa carcasse dans le monde de la pop, tout en méritant parfois d’être défendue, Marillion semble avoir quant à lui dépassé le maître, le temps d’un instant. Un groupe a fait son temps, l’autre lui succède. Avec Brave, Marillion tient ici son concept-album, son classique, son chef d’œuvre.

Note : 6/6

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mardi, août 10, 2010

MARILLION Holidays in Eden (1991)

Marillion - Holidays in Eden
Néo-progressif / Pop FM (G.B.)


Marillion entre dans les 90’s avec le disque qui fait peut-être figure de maillon faible dans leur discographie, et dans la progression cohérente qui lui est propre. Et pourtant, l’album n’est vraiment pas avare en qualités, nous le verrons… Ici, la démarche pop est davantage poussée, le son est plus lisse, et le monde du progressif s’éloigne un peu plus encore… Holidays in Eden repose sur la pop aérienne de Seasons End, affirmée à nouveau, même si la ferveur du précédent opus reste beaucoup moins présente. Un mot sur l’artwork déjà : un nouveau logo et une pochette bleutée et sympathique, illustrée par cette meute d’animaux se rejoignant autour d’un arbre, semble-t-il. Cela me fait un peu penser aux pochettes de Talk Talk période Spirit of Eden (1988) & Laughing Stock (1991). D’ailleurs, dans différents disques, la voix d’Hogarth a tendance à se rapprocher de celle de Mark Hollis par endroits... En revanche, Marillion propose une pop assez FM, mais travaillée, au moment où Talk Talk est déjà loin, parti sur les terrains fertiles de l’avant-garde et de la musique spirituelle. Dans Holidays in Eden, on trouve en tout cas plein de bonnes choses, parfois un peu contrastées et discutables : des nappes de claviers et des atmosphères éthérées bien intégrées dans des compositions cohérentes et appliquées (‘Splintering Heart’ & ‘The Party’), quelques morceaux sensibles et convaincants, à défaut d’être géniaux (‘Dry Land’ & ‘No One Can’) et un titre assez efficace et entraînant, mais pouvant diviser les fans (‘Cover My Eyes (Pain and Heaven)’). Concernant ‘Waiting to Happen’ et le morceau-titre, plutôt inégaux, ils alternent le pire, par leurs fautes de goût, et le meilleur, par une certaine intelligence dans la composition. Le disque s’achève de façon conceptuelle sur les trois derniers morceaux, parfaitement enchaînés : ‘This Town’ (au solo de guitare éblouissant), ‘The Rakes Progress’ (et ses ambiances introspectives très réussies), et ‘100 Nights’, dont j’adore tout particulièrement la fin : cette coda en guitar delay, absolument terrible et magnétique, terminant parfaitement l’album. Holidays in Eden regorge ainsi de nombreux moments d’accomplissement à écouter en toute sérénité. Une récréation pop, souvent sensible et délicate, presque toujours maîtrisée, avant que Marillion ne voie les choses en grand, avec Brave

Note : 5/6

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lundi, août 09, 2010

MARILLION Seasons End (1989)

Marillion - Seasons end
Néo-progressif / Pop aérienne (G.B.)


Marillion à la croisée des chemins… dans l’élaboration d’une nouvelle formule qui fera date. Un nouvel artwork déjà, résolument moderne, qui tranche avec l’imagerie du passé mais en en gardant quelques traces symboliques, celles du caméléon et de l’oiseau, du clown et du bouffon. Un nouveau chanteur surtout, Steve Hogarth, qui place sa voix sur un disque pratiquement déjà composé et qui n’attendait plus que lui… pour remplacer Fish qui avait déjà fait ses valises. Certes, si la majorité des textes est écrite par John Helmer, Hogarth pose sa pierre à l’édifice en ajoutant indubitablement, et pour longtemps, une personnalité artistique propre, au service d’une musique qui se tourne davantage vers une pop aérienne et délicate… En fait, ce qui me trouble le plus dans ce disque c’est la foi, la puissance spirituelle qui émane de l’ensemble. Quelque chose de véritablement ardent, vibrant, quelque chose d’intrinsèquement profond et humain, illuminant la totalité d’un disque mettant en évidence un groupe à l’apogée de son art. Rarement, Marillion fut aussi intense dans sa musique. Et beaucoup de moments forts consolident évidemment ce sentiment… Déjà, l’entrée en matière, dans laquelle Marillion dévoile tout son art : ‘The King of Sunset Town’, morceau dont j’aime particulièrement la fin, tout en subtilité… Puis vient ‘Easter’, un classique du groupe, qui brille par ses mélodies et parties de guitares. Mais surtout, après le dynamisme volontaire de ‘The Uninvited Guest’, se met en place ‘Seasons End’, un morceau émouvant jusqu’aux larmes, fragile et pénétrant... Un hymne à la vulnérabilité, doté d’un solo floydien impérieux et d’une coda hypnotique assez hallucinante, faisant irrémédiablement voyager l’auditeur. Puis c’est le couplet de ‘Holloway Girl’, efficace, lucide, décisif… avant que se dévoile toute la ferveur de ‘Berlin’, une chanson absolument sublime ; le passage avec le sax y est d’ailleurs tout bonnement terrible, et puis là encore, le titre se finit de la plus belle manière, avec ces atmosphères troublantes et si personnelles… Ambiances que l’on retrouve sur ‘After Me’, avant que le disque ne se referme sur une autre coda magistrale, celle de ‘The Space…’, toujours dans une grande intensité... Le disque joint la pureté de la nature, illustrée ici par l’artwork, à l’accomplissement artistique de l’humain. Magnifique, témoignant d’une grande humilité, Seasons End se révèle un opus de qualité, habile et exigeant, d’une grande sensibilité. Un tour de force dans un moment crucial pour le parcours de Marillion : la fin d’une saison et déjà un sommet artistique.

Note : 5,5/6

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mardi, juillet 27, 2010

MARILLION Clutching at Straws (1987)

Marillion - Clutching at Straws
Néo-progressif (G.B.)


Clutching at Straws est le quatrième volet discographique terminant la période de Marillion avec Fish. Et elle s’achève peut-être avec leur disque le plus abouti. Moins inoffensif, plus incisif, présentant des musiciens davantage accomplis et mettant en valeur leur individualité au sein d’un collectif finalement uni et cohérent, malgré le contexte tendu dans lequel le disque fut réalisé. Une nouvelle fois, le côté conceptuel est présent puisque cet album porte sur l’alcoolisme ; musicalement cela se ressent également, déjà au vu du très bon enchaînement des premiers titres. Plus sombre que le précédent opus, Clutching at Straws dévoile de nouveaux morceaux variés et pénétrants affinant la personnalité artistique d’un groupe qui changera pourtant de formule après le départ imminent de son chanteur… Parmi ses innombrables temps forts on compte les soli de ‘Hotel Hobbies’ et l’enchaînement avec les deux titres suivants, eux-mêmes également marquants, mais aussi les ambiances de ‘Going Under’ & de ‘White Russian’, la section instrumentale de ‘Just for the Record’, la mélodie de ‘Slainte Mhath’, l’intimisme lumineux de ‘Torch Song’, l’anthémique ‘Sugar Mice’, la section finale du fantasque ‘Incommunicado’, intrinsèquement progressive, avec ces échanges et cette communion entre les divers instruments... Mais à mon sens, le meilleur titre de Marillion première période reste celui avec lequel ils nous quittent : ‘The Last Straw’… Franchement, avec un tel moment musical, qui viendra nous dire que le néo-progressif est nécessairement pompeux ? La composition est soignée, les voix percutantes, la tension palpable, le solo de guitare magistral… Un des plus grands titres de Marillion à n’en pas douter, morceau qui termine de belle manière un disque qui nous aura montré toute sa lumière noire. Et qui parachève donc la première ère d’une formation bientôt prête à réaliser sa mue.

Note : 5,5/6

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lundi, juillet 26, 2010

MARILLION Misplaced Childhood (1985)

Marillion - Misplaced Childhood
Néo-progressif (G.B.)


Un concept album sur l’enfance… et un opus déjà plus personnel dans sa musique et dans ses thématiques… Marillion privilégie ici la cohérence, se tourne vers plus de subtilité, canalise ses émotions… pour en tirer toute la substance. S’il n’est pas encore à son apogée artistique, le groupe frappe cependant un grand coup avec Misplaced Childhood, disque faussement naïf et vraiment intrigant, nous plongeant dans l’univers mélancolique du passé. Un voyage léger et nostalgique, une échappatoire au présent, pour peut-être mieux le comprendre. Les claviers prennent une place royale, de premier plan, et les ambiances deviennent parfois même majestueuses, sans tomber véritablement dans le pompeux. Les musiciens optent ainsi pour une vraie cohésion, et restent très mesurés. Certes, Fish demeure toujours un peu excentrique, mais on le sent déjà beaucoup plus sincère. Globalement, en termes de son et d’époque, on est en plein cœur des 80’s mais cela n’empêche pas, contrairement aux a priori un peu présomptueux, la genèse d’un disque authentique et émotif, à défaut d’être génial, intégrant les divers éléments du concept album : outre quelques singles (l’emblématique ‘Kayleigh’ et le tendre ‘Lavender’), le groupe n’oublie pas de nous offrir comme il se doit un morceau épique (‘Blind Curve’), tout en soignant également ses transitions (‘Lords of the Backstage’ et l’excellente plage atmosphérique pleine de tension : ‘Bitter Suite’). Aussi, un morceau contenant toute l’essence de l’album attire l’attention : il s’agit de ‘Childhood’s End?’, éblouissant et mélancolique, grâce notamment à ses lignes de guitar delay et à ses claviers élégiaques… Un titre qui demeure pour moi l’une des grandes réussites du début de la carrière de Marillion. Le groupe prend ainsi encore un peu plus d’ampleur avec ce disque capital qui s’ajoute déjà au séminal Script for a Jester’s Tear... Triomphe commercial et succès artistique, album touchant et maîtrisé, Misplaced Childhood marque dès lors l’époque d’un son, et le progressif d’un de ses classiques.

Note : 5/6

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lundi, juillet 19, 2010

MARILLION Fugazi (1984)

Marillion - Fugazi
Néo-progressif (G.B.)


À première vue, déjà, la pochette de Fugazi garde une grande fidélité avec l’imagerie bigarrée qui avait déjà été développée sur le premier opus, imagerie dans laquelle nous retrouvons la trace du bouffon, the jester… regardez notamment dans la glace… En outre, certains éléments relatifs aux titres du disque sont présents sur la jaquette : un puzzle, un caméléon…. Quant à la musique proprement dite, elle reste complètement dans le carcan 80’s et cela se voit dès ‘Assassing’ ; qu’on aime ou non la griffe de Fish, chanteur extravagant et versatile, et la marque si particulière de la production, ce titre d’ouverture demeure quand même globalement réussi, plutôt percutant, doté d’un refrain déterminé et d’arrangements synthé plutôt catchy… et puis j’aime beaucoup sa section middle, un changement habile de climat… Parmi les autres titres, je pense aussi aux ambiances de l’énergétique ‘Punch & Judy’ (particulièrement envoûtantes, aériennes et olympiennes sur la fin), premier single du disque, efficace et dynamique. Un morceau fétiche qui montre un Fish en grande forme. De même, le début fantasque et les dernières minutes de ‘Incubus’ demeurent de bons moments, avec cette section solo et ses atmosphères bien prenantes. On peut également compter sur la coda de ‘Emerald Lies’, un titre progressif dans l’âme, plutôt soigné et bien venu. En revanche, les autres compositions me laissent sur ma faim ; même le morceau-titre, qui pourtant part très bien, déçoit, et les derniers moments du disque demeurent ainsi vraiment étriqués, voire vraiment de mauvais goût sur la toute fin… Par ailleurs, je note surtout l’horrible refrain de ‘Jigsaw’, trop sentimental et finalement assez vilain. Dès lors, le disque reste donc un peu trop dans l’ombre de son prédécesseur, dont il est la suite logique mais peut-être un cran en dessous. En fait, Fugazi semble recycler l’influence Genesis 70’s pour mettre en quelque sorte un peu à plat sa propre version du Genesis 80’s, de façon plus ou moins inconsciente ; le néo-progressif de Marillion promeut ici une mouture un tantinet plus progressive (?) de ce qu’offre durant les 80’s certaines références/influences du prog sympho des 70’s (Yes, Genesis…) Avec plus ou moins de réussite. Mais, si Fugazi n’a pas forcément bien vieilli par endroit, il ne mérite franchement pas l’opprobre pour autant : à mon sens, c’est avant tout une affaire de réceptivité au style pratiqué ici par le groupe.

Note : 4/6

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dimanche, juillet 04, 2010

MARILLION Script for a Jester's Tear (1983)

Marillion - Script for a Jester's Tear
Néo-progressif (G.B.)


Le rock progressif a véritablement évolué au fil des années, et le néo prog, l’une de ses branches rejetonnes, s’est imprégné des atmosphères et des dynamiques eighties pour devenir un style à part entière. Né dans le creuset de cette décennie, il en représente en effet les principaux caractères. Et le son qui lui est propre, faisant écho à la modernité de l’époque, aura ses ardents détracteurs et inévitables contempteurs, mais aussi ses adulateurs, thuriféraires et coryphées. Les claviers permettent ici l’élaboration de nouvelles ambiances plus prononcées et planantes, qui tantôt respireront la nostalgie, tantôt auront mal vieilli. Les compositions lorgnent parfois vers plus d’accessibilité, et subiront les accusations de promo marketing, quand le progressif le plus « pur » endurera celles de sectarisme. L’essentiel est de rechercher la qualité, et la diversification des possibilités artistiques, celles du néo prog incluses, demeure un des moyens d’y parvenir. Mais il paraît que ce courant a engendré une foule de groupes qui n’ont pas forcément fait honneur au style, et qui ont cristallisé d’acerbes critiques se répercutant d’ailleurs de façon un peu injuste sur le rock progressif dans son ensemble… mais je n’entrerai pas dans ce débat. Inspiré fortement et fondamentalement par le progressif symphonique des 70’s, le néo prog permet quoiqu’il advienne de continuer le mouvement et de le renouveler à sa façon.

*****

Il n’est pas simple en tout cas de porter un jugement clair et définitif sur le premier album de Marillion : Script For A Jester’s Tear. En effet, si le disque fait figure d’amorce pour le mouvement néo progressif, il reste quand même encore trop poussif par endroits pour être considéré comme un chef d’œuvre, son contenu n’égalant donc pas nécessairement sa portée historique, bien que toute relative.

Tout d’abord, parmi ces longues suites qui constituent et caractérisent l’opus, je retiendrais principalement trois passages atmosphériques apparaissant comme les cols du disque : le morceau-titre déjà, et surtout sa coda pleine de mélancolie ; la section aérienne de ‘Chelsea Monday’ et son solo de guitare tout en apesanteur ; et les dernières minutes de ‘Forgotten Sons’, au ton emphatique mais non dépourvues de finesse et de sincérité. Sans être de purs moments d’anthologie ils lèvent le voile sur un certain potentiel pour une écriture plus précise et mature. On peut aussi signaler le solo à la guitare et les petites notes de claviers disséminées dans ‘The Web’, et pourquoi pas la section posée et sereine de ‘Garden Party’, titre pourtant globalement assez faiblard. Dans tous ces mariages entre émotivité et structures longues (encore assez complexes), on parvient à retrouver un peu cette aura sépia caractérisant le passé, et qui sensibilisera surtout ceux qui auront grandi dans les années 80.

Aussi, le disque, et ses textes sombres et introspectifs, n’est pas dénué d’une certaine sensibilité féerique et un peu ingénue, même s’il on est réfractaire aux vocaux caractériels et surjoués de Fish, et en général aux synthés qui tachent. Elle sera probablement mieux mise en valeur par la voix de Steve Hogarth, lors de la seconde partie de la carrière du groupe… mais les éléments sont déjà là, de façon très embryonnaire bien qu’un peu masqués par la personnalité du Fish, qui singe d’ailleurs un tantinet le Gab’, sans pour autant délivrer une mauvaise prestation. Quant à Steve Rothery, dont le jeu guitaristique tout en touché rappelle un peu celui de David Gilmour des Floyds, il reste de la partie même sans s’exprimer encore à son meilleur niveau, ce que l’on aura l’occasion d’entendre, là aussi, sur d’autres disques...

Enfin, même s’il est un peu inutile de les mentionner précisément, j’ai quand même du mal à oublier les mauvais moments du script, éparpillés un peu partout, le genre de passages maladroits et pompeux dans lesquels Marillion demeure empêtré pour le moment. Cependant, le groupe reste évidemment promis à une longue aventure progressive que beaucoup auraient tort de négliger, cette formation étant capable de faire appel à une magie authentique, et de la décliner sous tout un tas d’aspects que nous aurons l’occasion d’étudier de plus près.

Note : 4,5/6

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