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Exil progressif

Un blog old-school sur les musiques progressives et psychédéliques

dimanche, juillet 07, 2013

SOUND OF CONTACT Dimensionaut (2013)

Sound of Contact - Dimensionaut
Néo-progressif/Atmo/Pop (UK/USA)


Sound of Contact se fait sans doute connaître pour son chanteur, Simon Collins, qui n’est autre que… le fils de Phil ! Dimensionaut est le premier album du groupe, une virée néo-progressive dans les grands espaces temporels. On peut ainsi dresser un parallèle intéressant entre rock progressif classique (Genesis, le groupe du père) et néo-prog (Sound of Contact, le groupe du fils).

La voix semble déjà nous mettre sur… la voie : celle de Simon possède un timbre qui n’est pas sans rappeler celle de son paternel. Après tout, on trouve aussi dans Dimensionaut un certain « esprit » prog, mâtiné d’une dynamique assez pop par moment ; et si l’album de Simon proposait justement un équilibre entre les deux facettes du père ? Pour se diriger inexorablement vers la pop, Phil Collins s’était en effet bien éloigné des sentiers progressifs (durant la période Genesis post Peter Gabriel puis sa carrière solo).

Comme nombre de disques prog, l’album de Sound of Contact met en scène son concept : le voyage spatio-temporel, dans l’infini des dimensions, comme fuite de la réalité. Rien d’original même si la musique, assez planante par endroit, colle bien à la thématique espace-temps. Si l’habillage conceptuel ne fait pas tout, il est souvent saisissant de constater la fluidité dans l’emboîtement de certains morceaux : le concept ne concerne évidemment pas que le fond, le sujet et les paroles, il entraîne aussi une mise en scène des compositions (enchaînements, présence d’interludes, pièces montées, etc.).

Penchons-nous un peu plus sur notre Dimensionaut et sur ses chansons…

Quand je parlais d’héritage progressif, je ne m’étais pas trompé : l’introduction du disque rappelle immédiatement Yes pour ses chœurs. On se doute bien que le fils n’existe pas uniquement à travers l’influence de Genesis, mais ce premier morceau un peu cliché sonne légèrement à côté, et n’apporte pas grand-chose, à part quelques doutes… À moins que cela soit mon biais concernant Yes qui s’exprime un peu trop.

On peut classer les morceaux en plusieurs catégories :

Concernant les morceaux plus pêchus, ‘Pale Blue Dot’ et ‘Remote View’, sont assez directs. ‘Omega Point’ est très subtil et dégage une grande sérénité, brillant par ses instrumentations délicates, et restant animé par une certaine tension dramatique progressive.

Au niveau des ballades lumineuses, ‘I Am Dimensionaut’ est intéressant pour ses aspects un peu ambiants, lunaires et dépaysants. En revanche, ‘Not Coming Down’ qui fait office de single, demeure un peu pompeux et n’est guère passionnant, noyés dans ses grandes instrumentations. ‘Only Breathing Out’ présente lui aussi un côté assez emphatique, mais certains passages plus fins font mouche. À mon sens, les deux ballades les plus attachantes sont ‘Closer to You’, très (trop ?) FM, et plutôt efficace, et surtout ‘Beyond Illumination’ que je trouve sublime et émouvant, devenant probablement le meilleur titre de l’opus.

Parmi les instrumentaux on note ‘Cosmic Distance Ladder’ qui apporte de l’énergie dès le début et ‘Realm of In-Organic Beings’, un joli interlude enchanteur.

Enfin, pour clore l’album : le titre épique de 20 minutes, ‘Möbius Slip’, qui en vaut bien plusieurs (il est composé de quatre parties distinctes). Comme dit précédemment, Dimensionaut obéit à la logique de nombreux disques progressifs, avec ici sa grande pièce conceptuelle. Les 15 premières minutes sont très bien enchaînées et maîtrisées, et sont toujours plus agréables au fil des écoutes, notamment pour ses atmosphères un peu lunaire et sa superbe section 4 (‘All Worlds All Times’), pleine de mélancolie. J’aurais cependant évité de répéter en fin de morceau la mélodie d’introduction du disque, faiblarde certes, mais ne collant pas vraiment à l’esprit de ce titre épique.

Après moult écoutes, j’avoue avoir apprécié le voyage proposé par Sound of Contact. La composante atmo est souvent présente, et offre une tonalité nostalgique, ce qui n’est pas pour me déplaire. Malgré certains passages un peu pompeux, l’ensemble est travaillé, bien produit, évocateur et plutôt équilibré, avec de nombreux passages réussis et marquants qui font de Dimensionaut un des éléments prog bien sympathique dans cette année 2013.

Note : 4,5/6

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dimanche, mai 19, 2013

RIVERSIDE Shrine of New Generation Slaves (2013)

Riverside - Shrine of New Generation Slaves
Néo-progressif (Pologne)


Prendre le contrôle de sa propre vie. Tel est le concept de ce nouvel album de Riverside, Shrine of New Generation Slaves. Derrière une pochette évocatrice se trame une réflexion sur nos existences contemporaines. Ces ombres qui dévalent les escalators, avant de s’engouffrer mécaniquement dans les couloirs du métro… ces ombres pourraient être les nôtres, peut-être…

Musicalement, ce qui m’a beaucoup touché, c’est l’écart qui a pu se creuser entre la première écoute et les suivantes. Le disque semblait bien inoffensif de prime abord. Puis tout s’est éclairé, tout prenait sens soudainement. D’une façon à la fois logique et magique, l’œuvre résonnait en moi. Là où je voyais du perfectible, apparaissait en fait une forme de vérité musicale, pleinement cohérente.

L’ouverture de l’album, ‘New Generation Slave’, est typique des introductions qui posent le disque. Malgré un texte un peu cliché, la musique se veut annonciatrice : folk posé, voix aérienne et expressive, contrastant avec l’apparition de ces vagues de saturation menaçantes. Puis l’on perçoit les premières envolées de guitares, énergiques et atmosphériques. La dynamique est pleinement prog-rock, l’approche résolument moins métal, et ce pour l’ensemble du disque.

Le deuxième titre, ‘The Depth of Self-Delusion’, est déjà un morceau de haute volée, avec son alchimie acoustique/électrique. Il est ensuite accompagné de son solo de guitare, assez prenant, dans le pur esprit de Riverside.

L’appel électrique justement. Celui de Deep Purple pour le morceau suivant, ‘Celebrity Touch’, qui va progressivement révéler toute sa saveur. Et notamment avec cette partie subtile exécutée en delay, accompagnées ensuite de voix aériennes. Toute la finesse d’un titre pas loin d’être irrésistible. ‘Celebrity Touch’ est le premier grand tournant du disque, une révélation dont seul Riverside semble détenir tous les secrets.

Tout en gardant une vraie cohérence, un authentique équilibre, l’opus se poursuit avec une ballade classique au piano, légère et mélancolique : ‘We Got Used To Us’. Une qualité sonore irréprochable au service d’une mélodie et d’une atmosphère. Cela étant, si le couplet possède une réelle aura, le refrain est d’un niveau un peu en dessous.

Dès lors ‘Feel Like Falling’ apparaît, plus en rupture… pour mieux laisser place à son refrain en apesanteur. Un autre moment remarquable, envoûtant. Guitare aérienne, synthé ambiant, voix en communion. Imparable et classieux, une pure merveille.

Mais avec ‘Deprived’, le titre qui lui succède, nous nous élevons parmi les anges. Un petit chef d’œuvre. Une mélodie fragile et une section instrumentale tout en touché et maîtrise, subjuguante. Ses nappes de mélancolie ambiante nous enveloppent dans nos réflexions les plus intérieures.

Avec ses 12 minutes, ‘Escalator Shine’ prend un peu le rôle de morceau « épique » du disque, si on veut. Toujours léger, sobre, dans la continuité de l’œuvre, cette composition de haute volée synthétise bien les influences du groupe. Elle s’ouvre en dernier lieu sur un appel musical céleste : une forme de lumière symbolisant bien le concept et le message de l’album.

Enfin l’œuvre se referme sur ‘Coda’ qui reprend les esprits subtils et fragiles de ‘Feel Like Falling’. De façon classique, une conclusion qui apporte cohérence au concept d’ensemble et à la musique qui l’illustre.

Shrine of New Generation Slaves est le fruit d’un mariage réussi, l’héritage seventies rencontrant la célébration d’un prog atmosphérique dans la lignée de Marillion ou de Porcupine Tree… Riverside n’en oublie pas moins son identité musicale, tout en réalisant des compromis.

Ainsi, ce nouvel opus est bel et bien une réussite. Et sa qualité d’écriture, comme de production, en font un sommet pour cette année 2013. Un disque qui habite son auditeur. Le genre d’albums qui me fait aimer la musique progressive, voire la musique tout court. Et aussi une raison d’écrire si longuement dessus.

Note : 6/6

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