Retour à l'index

Exil progressif

Un blog old-school sur les musiques progressives et psychédéliques

samedi, décembre 28, 2013

ANSUR Warring Factions (2008)

Ansur - Warring Factions
Métal progressif (Norvège)


Avec Warring Factions, Ansur accentue clairement les dynamiques progressives présentées dans Axiom, délaissant un peu le côté plus « extrême ». Éclatant davantage les structures, sollicitant des univers musicaux bien divers, technicisant toujours plus les compositions, ce second disque des Norvégiens n’est pas avare en surprises. Tout en défrichant et exploitant les bases du premier album, Ansur multiplie des nouvelles pistes, à la recherche de riffs absolus au sein de morceaux épiques plus copieux et agréablement instables.

Mais nous voilà de nouveau face au souci des vocaux… Si j’avais dit que cela n’était pas un problème pour le premier album, je soupçonnais un peu secrètement la production de masquer les limites vocales du chanteur-brailleur. Quoi qu’il en soit, dans Warring Factions, la voix se montre à découvert. Et on a un peu l’impression d’un musicien qui force sur sa voix malgré une rhino carabinée… Cela donne au chant un aspect assez grossier qui dessert l’ensemble, même si ses interventions demeurent relativement sporadiques.

Qu’à cela ne tienne, parlons des instrumentations des compos, ces longues étendues de musique progressive et éclectique. Intro acoustique, riffs rythmés et alambiqués (parfois presque bluesy), solo triomphal, coda délicate… Le conquérant ‘The Tunguska Incident’ démarre sur les chapeaux de roues et présente déjà les directions artistiques entreprises par le groupe sur Warring Factions : multiplier les pistes, et conserver le côté épique. L’auditeur pourra, et ce tout le long du disque, se sentir parfois un perdu devant l’instabilité des morceaux, mais le groupe tient néanmoins fermement la barre de son navire.

Autre mot d’ordre bien sûr : « progressif ». ‘Sierra Day’, le titre suivant, est une, si ce n’est la réussite notoire de l’album : intro aérienne, couplet mathématique, et une seconde partie de morceau exécutée en toute liberté, légère et euphorisante, dans laquelle s’invite notamment un saxophone haut perché. Dans des schémas musicaux aventureux, les deux premiers morceaux offrent ainsi un climat positif et une forme d’efficacité auxquels Ansur ne nous avait pas habitués sur le précédent disque.

Je mettrais de côté ‘Phobos Anomaly’, moins en vue, pour passer directement aux douze minutes d’‘An Exercise in Depth of Field’. Elles se montrent diversifiées, changeant assez souvent de cap : une petite introduction un peu obscure ; une courte section lumineuse, aérienne et cristalline à 4:06 ; une forme de rodéo musical joué par des guitares guillerettes, sous les acclamations d’un public acquis à leur cause ; un riff moderne, direct et catchy survenant de façon victorieuse vers 7:25 ; une clinquante section en delay et une petite coda acoustique pour couronner le tout.

Enfin, je me pencherais directement sur le titre final : ‘Prime Warring Eschatologist’, succédant à ‘At His Wit’s End’ (et son joli final) et ‘Cloudscaper’, tous deux plutôt de bonne facture. Ansur termine son disque avec un autre morceau de douze minutes, intéressant au moins à deux niveaux : son riff de matheux à 3:08, absolument excellent, avec en filigrane des barrissements de guitares (?) angoissants du plus bel effet ; sa belle coda au piano débouchant sur un solo de guitare flamboyant en guise de finish.

Ansur parvient à maîtriser une œuvre décousue librement dans laquelle les chemins, multiples, s’entrecroisent, générant de fait divers univers aux tonalités souvent étrangères les unes aux autres. Brillant également par une technique singulière, Ansur donne à Warring Factions des allures de tour de force. Si l’on regrette le chant défaillant, souvent planqué dans le disque, le disque se révèle captivant, apportant aussi une note assez positive très enthousiasmante. Et c’est d’ailleurs sur cette note que prend fin l’aventure Ansur… même si le groupe semble préparer un nouveau projet musical sur des bases encore plus progressives, et sous un autre nom.

Note : 5/6

Libellés : , , ,

vendredi, décembre 27, 2013

ANSUR Axiom (2006)

Ansur - Axiom
Métal extrême progressif (Norvège)


"Axiom"… le titre lui-même nous annonce, sans mentir, un disque mathématique et progressif… Mais Axiom, le premier album des Norvégiens d’Ansur est avant tout un disque de métal sombre et abrupt, nerveux et tendu, voire assez extrême ; il cultive en filigrane les atmosphères d’un black métal évocateur et un peu épique, pas si éloigné des contrées d’Emperor (*), sans connaître pour autant l’emphase et la puissance de production de leurs œuvres plus récentes. Et pour cause, Axiom fut enregistré dans les propres studios du groupe : un aspect self-made qui peut se révéler ici tout à fait à propos.

Très heavy et agressif, Axiom pose rapidement le décor avec ‘Earth Erasure’ : des riffs hostiles, des chœurs discrets et énigmatiques, chantant les déboires d’un univers post-apocalyptique assez conceptuel. Mais ce qui frappe immédiatement nos oreilles si délicates c’est ce chant très en retrait, façon « combiné téléphonique », qui sera peut-être pour beaucoup la critique négative majeure de l’opus. À titre personnel, ce parti pris de production ne me pose pas vraiment de problème.

C’est avant tout la qualité des riffs qui me semble être la priorité d’écoute de cet Axiom. Et pour le coup, Ansur tient déjà plusieurs bons titres à son actif :
  • ‘Post-Apocalyptic Wastelands’, dont j’aime beaucoup l’incursion des guitares claires/acoustiques (disséminées par endroits dans l’ensemble du disque), introduisant un passage inquiétant plutôt réussi ;
  • ‘Interloper’, variant les tempos et ourdissant des sections de guitares assez complexes et tout à fait prenantes (vers 4:55 & 6:54 notamment) ;
  • ‘The Desert Messiah’, au côté fougueux bien exploité à travers ses riffs (et ce malgré des vocaux ici assez approximatifs), et présentant une middle section claire (4:08) toujours très mathématique et progressive.
Mais à mon sens, le morceau phare d’Axiom est indiscutablement son titre ultime : ‘The Axiom Depicted’. Il semble vous dévoiler les clefs de l’opus. Mais surtout : il vous propose une admirable coda, très atmosphérique et envoûtante, bien amenée par une section middle réussie. Ce finish a irrémédiablement marqué mes écoutes de l’album. Justement, les "post-apocalyptic wastelands", on les ressent clairement ici, et bien plus qu’ailleurs.

À l’écoute d’Axiom, Ansur montre qu’il n’est pas dénué de personnalité. La production sèche pourra peut-être réfréner l’enthousiasme de ceux voulant goûter aux dynamiques progressives du groupe. Mais ce ne serait pas faire justice au quatuor, qui offre de belles promesses pour la suite. Derrière son aspect brut et juvénile, Axiom demeure un disque attachant et maîtrisé.

Note : 4,5/6

(*) : le groupe avait d’ailleurs été signé sur le label de Samoth d’Emperor : Nocturnal Art Productions.

Libellés : , , ,